Albert Geeraart de Zelzate,

Mourir avec le Congo dans son cœur.

Dans notre série : L’obscurité, le coeur noir de l’Afrique

Les ex coloniaux relatent leur fuite 25 ans après leur fuite en 1960. 16 témoignage rassembler par Gust Verwerft journalist dans la revue "De Post" et traduit du neerlandais a votre disposition pour qu'on oublie jamais le vécu des anciens et l'exode de tous les Belges!

les témoignages de : Jean, Ann, Madeleine, Ernest, Jos, Jack, Gusta, Piet, Gil en Bernard, Theo, Frans, Albert, Louis, André , René, Jan


Albert Geeraart de Zelzate, va, comme il le dit lui-même, mourir avec le Congo dans son cœur. La plus part des coloniaux parlent ce language.

A l’arrivé à Zaventem, un représentant de la cour nous accueillait pour nous consoler. Tout rentrerait à l’ordre, on serait intégré dans les cadres sans tarder. Aucune de leur promesses a été tenues, c’est tout simplement scandaleux !

  • J’ai emporté le Congo avec moi à la maison.

  • Celui qui n’a pas eu une femme noire ne connait pas le Congo.

  • J’admets, c’est la honte et la pitié qui m’ont poussé.

  • Ils étaient dans un camp et  avaient faim. Je voulais les avoir chez moi en Belgique.

Congo Reis Mar Del PlataAlbert arrivait dans le Congo, le paradis, en 1947, pour s’enfuir, la mort dans l’âme, le 16 juillet 1960.

Son lieu de travail se trouvait dans la région non explorée autour de Luluabourg. Déjà dans l’avion direction Zaventem, le remords s’empara de lui; il avait abandonné trois personnes qu’il aimaient particulièrement. Deux petites filles Baluba et sa compagne ménagère noire. Il sortait victorieux d’une bataille administrative qui dura plus qu’ un an et pour lequel il pouvait compter sur l’appui logistique de la princesse Liliane.

Astrid Ngalula, Anastasia Ntumba et Thèrèse Misengabo quittaient un camp de réfugiés, destination la Belgique. La famille était à nouveau réuni. Dans le village de Wachtebeke on avait de quoi parler tous les jours. A Zelzate ou la famille se fixait un peu plus tard on était beaucoup plus réservé avec les commentaires. Les enfants parlaient la langue de la région, excellaient dans les études et trouvaient du travail sans tarder.

LA PREMIERE CHOSE QUE JE VOYAIS AU CONGO ETAIT UN NOIR ENCAISSANT DES COUPS DE POING. DE SUITE JE COMPRENAIS QU’ON M’AVAIT MENTIT.

Une grande partie de l’histoire racontée par Albert Geeraart ne s’encadre pas vraiment dans cette série. C’est plus tôt un combat têtu sur le sol de la Flandre Orientale d’un honnête homme contre une autocratie aveugle et les préjugés d’une société qui ne voulait pas accepter qu’une attitude noble prévalait sur des sentiments sexuels. Cela a duré 20 ans avant que la procédure d’adoption était clôturé et que les enfants pouvaient s’appeler Geeraart. La ménagère de Geeraart ne l’a plus sut. Moins d’un an après son arrivé à Wachtebeke elle est décédée suite d’ une hémorragie interne ; elle avait alors 27 ans. Les deux filles  cinq et sept ans restaient une certaine période seul avec Albert. Situation complexe pour l’administration car Albert était toujours célibataire après qu’un mariage en 1951 se termina très vite en séparation. En plus les deux filles n’étaient pas les enfants de la ménagère, qui selon la très vieille tradition coutumière, prenait soin de l’éducation des enfants de son frère. Si j’avais expliqué à l’administration belge que les deux filles étaient mes enfants, que Astrid Ngalula était leur mère et moi le père, et qu’on voulait se marier, le mont de paperasses à remplir aurait été beaucoup plus petit et les choses se seraient déroulés positivement et beaucoup plus vite. Hélas je n’ai jamais su mentir disait Albert. Les problèmes semblent appartenir au passé. Entretemps une fille est marié et travaille comme éducatrice. L’autre reste avec Albert et est infirmière. Albert raconte et est  écrivain. Tous les jours, sans relâche il envoie ses  lettres à des politiciens en service actif ou en retraite ; à toutes sortes de gens aux postes responsables dans la société ; beaucoup de pages sur des sujets variés. Il avait 41 ans quand il devait s’enfuir du Congo. Depuis il fait le ménage avec son frère et sa sœur et surveille ses deux filles noires. Il se lève journalière ment à 3.H30 pour préparer un déjeuner costaud pour Mieske, c’est ainsi qu’on l’appelle maintenant, et l’accompagne jusqu’au bus qui l’amènera à l’hôpital. Une chose est claire : Albert n’a pas le même regard sur le Congo et les noirs que beaucoup d’autres coloniaux ce qui  ressort de leurs commentaires mentionnés dans les différentes pages de cette série. En 1947 on instaurait des lois à fin de limiter les interventions trop souvent violentes des blancs envers les noirs, ces lois existaient du moins sur le papier et étaient ignorés par les blancs. J’étais passager dans le train Matadi-Léopoldville. Quelque part on s’arrêtait et sur le perron je voyais un blanc en uniforme d’agent du BCK(les chemins de fer), tenue blanche avec insigne sur le casque. A coté de lui un noir. Tout d’un coup le blanc frappait violemment le noir sans raison apparent. Probablement que le noir n’avait pas le droit d’ accès au même perron que le blanc. Je voulais sauter hors du train car je ne pouvais pas approuver une conduite si déplacée. A cet instant précis le train redémarrait. Cela a été mon premier contact avec le Congo. Les jours après j’en étais encore malade, de plus il me semblait que les blancs trouvaient cela une attitude normale…Plus tard en tant que contrôleur des travaux publics je me suis rendu compte qu’il fallait dominer le noir, lui diriger dans tout ce qu’il fait sinon rien ne se passe. Mais cette manière de procéder était inhumaine et tôt ou tard cela devait exploser. Je me réalisais de suite qu’on m’avait menti tout le temps. Ma passion pour le Congo a été cultivée à l’école ou on parlait souvent des noirs. A l’âge de 7 ans on m’avait montré une image avec des enfants noirs sur la rive du fleuve puissant limité par la foret équatorial. Cette impression ne m’a plus jamais lâché. Depuis ce moment bien précis je savais que ma destinée serait le Congo. Plus tard il me semblait que beaucoup de coloniaux avaient ressentis la même chose . En décembre 1947 je naviguais sur le fleuve Congo, partant de Léopoldville et je revoyais les dessins des images. A l’intérieur de soi-même on ressentait une ardeur difficile à décrire. Dans ce pays immense on voyait des petits villages, avec le tricolore belge bien visible au sommet d’un arbre. Je m’en rends bien compte, cela est sentimental et dépassé, mais chaque fois j’étais ému. Un petit pays comme la Belgique, gouvernant ce pays immense. Quel tour de force ! Plus tard cet impression de rêves n’a pas survécu chez moi. Treize ans j’ai habité ce paradis. Un paradis érotique décrit magistralement par Jef Geeraarts. En général ce sont les hommes blancs, mariés, qui par jalousie ont inspiré l’auteur a inventé son « GRANGEENS ». Je peux témoigner que ce qu’il a écrit est vrai. En 1960 avec la Dipenda tout a été gâché. J’étais condamné à passer le reste de mes jours dans un pays froid et sans pitié, comme un numéro dans un système d’ordinateur, dans une société ou le vieillissement est considéré comme une maladie. L’Afrique entière est beau mais le continent serait encore plus beau sans les querelles  continues entre les différents tribus. Ici non plus la civilisation, entre parenthèses, n’a pas pu éliminer le mal par les racines. D’ailleurs ce n’était même pas l’intention du colonisateur il n’était pas en premier lieu un assistant au développement. Il voulait de l’or, des diamants en échange de miroirs, du papier argenté et de l’assistance médicale. Une fois colonial, toujours colonial. C’est un virus qui est toujours présent et qui infecte, encore de nos jours, des dizaines de milliers de malades.

EN AFRIQUE IL EXISTE DES MILLIERS DE STADES COMME LE HEYSEL , DONT ON NE PARLE JAMAIS ET QU’ON IGNORE. A CELA ON ACCORDE AUCUNE IMPORTANCE COMPARE A L’INTERET TEMOIGNE AUX RICHESSES MINIERES PRESENT .

Moi-même je sortais d’un trou perdu quelque part dans les Flandres. Je n’étais personne et je ne signifiait rien de tout. J’avais des connaissances réduites pas de diplôme, on a même arrangé quelque chose,  pour me donner le poste au Congo. Dès mon arrivé sur place j’étais tellement emballé par mon entourage, que ma vie consistait d’erreurs et stupidités d’attitude accumulés envers les noirs. Oui, aussi moi ! Je ne reproche rien aux autres mais moi j’ose l’avouer.Le soleil, la liberté, le pouvoir accordé en tant que fonctionnaire de l’état, la nature verdoyante, d’une beauté exceptionnelle, les belles filles, tout cela m’était offert, à moi, paysan que j’étais. Des dizaines de boys  soumis sollicitaient pour prendre service chez moi, car travailler chez un blanc, le Boula Matari, leur accordait une certaine importance envers leur compatriotes qui n’avaient pas cette chance. Après quatre ans à Luluabourg comme inspecteur des travaux publics, j’allais ici et la dans la brousse pour construire des dispensaires. Là je me suis éclaté comme jamais auparavant. Je construisais des routes, j’avais des centaines de noirs à ma disposition qui, sur mes indications déboisaient des paries de la forêt. On cherchait et trouvait de la disma, de la terre grasse, pour fabriquer des pierres . A chaque  bâtiment  terminé j’éprouvais un plaisir immense. Le charpentier des Flandres avait ici l’impression d’être l’architecte de la cathédrale. Pas d’interventions de patrons, qui ne s’occupaient guère de nous,  gens de la brousse. Si à tout hasard un d’entre eux nous visitait quand même on lui offrait des ¾ de litres de la bière locale Simba. Dormir sur ses lauriers ? Il n’y avait pas question, on travaillait d’arrache pied poussé par un idéalisme bizarre. 1960 mettait fin à tout cela. Non entendu par beaucoup mais évident pour ceux qui avaient ouvert les oreilles et les yeux. J’ai toujours prétendu que Lumumba n’avait pas tout à fait tort de lancer quelques vérités, le jour de l’indépendance, dans la direction des blancs en disant : Pendant des générations les blancs nous ont frappés, humiliés, exploités et volés nos richesses. En parlant de vol des richesses il pointait du doigt les multi national et non le colon individuel. Ses plaintes de coups et blessures n’étaient pas inventées, les agents territoriaux avaient le droit d’appliquer des punitions corporelles. Les blancs étaient d’avis que c’était insensé de construire dans ce pays immense partout des prisons pour enfermer les noirs dans des cellules. Cela était trop compliqué et exigeait trop de temps, de plus il avait apprit que cette punition corporelle était un passe partout accepté par le droit coutumier indigène. Cette punition s’appliquait sans beaucoup d’histoires : l’indigène écoutait la sentence, le nombre de coups de fouets lui étant réservé, baissait le  pantalon, se couchait et subissait la punition en publique. Je ne sais vraiment pas si cette punition avait une certaine influence publique, car 30-40 coups de fouet, étaient, selon la norme indigène, une punition légère. Ils appliquaient des mutilations sérieux, même la mort sans broncher. Par exemple attaché la victime en plein soleil jusque la mort par déshydratation s’ensuive. Une chose était certaine, le régime blanc était plus clément que le régime actuel, nous étions plus compréhensifs et compassionné, les noirs entre eux sont très cruels. Une tactique employée par les blancs en cas de troubles, était d’envoyer des troupes d’une autre tribu. En Afrique il existe des milliers de stades comme le Heysel. Le Congo a été un cimetière énorme. Rarement on pouvait lire quelque chose dans la presse concernant tous ces problèmes, les minéraux seul captaient l’attention internationale. Je ne comprends pas pourquoi le roi Léopold II n’a jamais mit le pieds au Congo. La civilisation aurait peut-être connu un autre aspect, que la comédie, très mal jouée par les blancs. Tout cela a duré jusqu’au moment que les noirs ont percés les intentions des blancs et nous ont foutu dehors  pour diriger eux-mêmes la  jeune nouvelle nation. Résultats ? Un échec sur toute la ligne ! J’ai aucune difficulté à imaginer l’hilarité générale des coloniaux provoqué par les paroles du premier ministre Wilfried Martens : « J’aime ce pays et ses dirigeants ! » Ou aurait du lui faire visiter un village très proche du lieu ou il avait prononcé ces paroles, et lui confronter avec des enfants mourant par manque de nourriture. En 1960, avant la Dipenda, un noir devait travailler 3 jours pour s’acheter un sac de 5Okilos de farine de manioc. En 1985 il lui fallait 18 jours. J’ai été au Congo sans aucun bien et j’en suis revenu avec très peu de choses.  Le jour de mon enterrement j’emporterais le Congo dans mon cœur !

J’ADMETS QUE C’EST LE GENE ET LA HONTE QUI M’ONT DECIDE. ILS AVAIENT FAIM ET ETAIENT ENFERME DANS UN CAMP. JE LES VOULAIS PRES DE MOI EN BELGIQUE.

Chaque colonial porte en lui le germe d’une nostalgie de l’Afrique comme le virus d’une maladie. Ils revenaient d’un paradis immense dans un petit pays sans horizon, rien que des mauvaises nouvelles et de la pluie, un pays de chômeurs et de situations sociales incorrectes. Maintenant ils voient se dérouler des fêtes délirantes en Kinshasa, l’admiration autour de Bwana Kitoko et les discours prononcés par Mobutu. Une conduite chaleureuse qui sonne faux, car de ceux qui ont fait le Congo, avant 1960, on n’en parle pas. Je suis resté aussi longtemps que possible pour préserver mes droits à la retraite, mais mi juillet 1960 il fallait en toute hâte s’enfuir du Kivu.. Mon dernier poste était Meniditu ou on a suivit la colonne des voitures des blancs pour prendre l’avion à Kamina, direction Bruxelles. Une fuite précipitée en laissant derrière moi à Meniditu,  Astrid Ngalula et les deux enfants. J’ai encore en esprit les images de ce départ. Les prendre avec moi était impossible ou plus honnêtement je n’avais pas le courage de le faire, j’étais un lâche, je craignais la critique et les mauvaises langues…Je revois ces petits enfants habillés de leur bimbala colorié, hébété, ne comprenant rien à la situation. Elles avaient déjà expérimentés mon départ en vacances, alors elles retournaient avec leur tatumukasi  au village pour 6 mois. Dans leur village sans confort, elles n’étaient plus à l’aise. Je les ai  abandonné, craignant pour ma vie. Déjà dans l’avion je regrettais ma lâcheté. Via les missions et la croix rouge je cherchait le contact. Les recherches étaient longues et difficiles car, après le départ des blancs, les Baluba et Lulua s’entretuaient. Sans savoir ce qui se passait réellement j’apprenais qu’elles étaient dans un camp de réfugiés à Mikeba dans le Bakwanga. Sans l’aide de la princesse Liliane je n’aurais jamais réussit à les retrouver. Depuis sa résidence en Argenteuil elle répondait à mes lettres de désespoir, elle avait même envoyé des personnes sur place pour faire des recherches. Je suis content de pouvoir témoigner du travail effectué par la princesse et cela en silence sans recherche aucune de publicité. Mes filles noires n’ont plus jamais pensés à retourner dans leur pays natal, elles ne connaissent ni la langue ni les gens. Pourtant on a souvent insisté pour les avoir de retour. Au Congo les filles sont vendues, comme du bétail chez nous au marché. Le clan réclame son droit. A des intervalles réguliers j’envoyais de l’argent. Maintenant ils exigent que je paie la dote de mariage. Légalement on ne peu m’obliger mais je ne veut pas d’histoires avec les noirs, on ne sait jamais avec eux… Le père était présent, sur mon invitation et frais, à leur communion solennelle. Les filles craignaient que l’homme, avec qui elles ne pouvaient pas échanger une parole, était venu les chercher pour un retour forcé. J’ai  vécus pour mes filles, je me suis jamais remarié et m’occupait exclusivement de leur éducation. J’ai réussis, malgré le résultat désastreux de la première année, ce qui était normal car elles ne comprenaient pas la langue. Mais les Baluba sont les gens le plus intelligent du Congo et après quelques années elles figuraient parmi les meilleures élèves de leur classe. J’en étais fière  et je négligeais les racontars  dans le village sur ma personne. Je sais que les filles ont appréciés le fait quelles ont pu quitter le camp. La plus part des blancs auraient profiter des femmes noires sans se soucier de leur avenir. Un blanc ne peut pas discuter du Congo sans avoir connut une femme indigène, elles sont naturelles d’une spontanéité naïve et sincère. Comparé aux femmes blanches on pourrait dire que ces dernières sont des actrices au lit. Je répète que Jef Geeraerts savait de quoi il parlait… Comprenez moi bien si j’avais été le vrai père des filles j’aurais fais la même chose , je pensais marier leur tatumukasi mais la mort nous a surprit. Les blancs prétendent toujours que la situation est mal tourné au Congo à cause que la population était mal préparé à l’indépendance. La vérité est beaucoup plus simple : aucune préparation avait été mise en place. Cette lacune était à l’origine des situations dramatiques. Le jour du  départ en colonne de voitures, direction Matadi, les noirs nous criaient le long des routes : blancs restez, restez ! Ils se rendaient bien compte qu’une fois partie que les massacres commenceraient. J’ai envie de vomir quand on use des clichés comme le noir est fainéant, sale, sans sentiments, stupide etc… Oui il y avait des noirs pareils mais aussi des blancs. Ils exprimaient certains sentiments, ma ménagère par exemple était jalouse au point ou elle m’écartait systématiquement de toute autre femme noire. Il m’est facile de comparer, durant des vacances en Belgique je me suis marié impulsivement à une fille bourgeoise. A peine quelques temps au Congo elle me trompait avec un adjudant de la Force Publique. Nous avons mis fin à ce mariage assez vite et cela à mon entière satisfaction. Sans cela je n’aurais jamais connu les filles. Albert Geeraart avait l’intention d’intégrer tout doucement son Astrid à son entourage belge. Ce qui le gênait, surtout, était la façon sévère d’Astrid de traiter les deux filles. Ce comportement chez les tribus indigènes en ce qui concerne l’éducation des enfants est chose naturelle. De la faiblesse ou de l’indulgence étaient des notions inconnues. Frapper les enfants, ca passait encore, mais leur impliquer une punition sévère au moindre erreur était exagéré. Cela me mettait en colère car j’étais un témoin direct. Auparavant ,pendant mon séjour au Congo, j’étais souvent absent. Un jour j’au vu Astrid jeter de la poudre de pili-pili dans les yeux d’une des petites parce que elle n’obéissait pas de suite à une directive donnée. Astrid est morte assez vite, trop vite pour nous. Aujourd’hui je me rends compte qu’elle ne se serait jamais adaptée à un séjour permanent en Belgique.

MON ASSISTANT NOIR M’ANNONCAIT SA PROMOTION DE DIRECTEUR DE TOUS LES MAGASINS ET MON CHAUFFEUR  ETAIT D’UN JOUR A L’AUTRE NOMME MINISTRE.

Les derniers mois avant la Dipenda les noirs étaient intraitables, aussi ceux travaillant avec mois : ils sabotaient le travail ou refusaient tout simplement de travailler. En vu des élections il fallait construire, dans les écoles, les cages de vote. Les noirs se cachaient derrière les panneaux. Avant aucun problème ne se manifestait mais l’arrivé d’un nouveau provoquait un certain chaos. On ne savait plus les contrôler ; qu’est ce qu’on tout fait accroire. Il est possible que dans les grandes villes on ne remarquait pas grand-chose car on se croyait en Europe mais en brousse on était confronté journalière ment à ces problèmes. N’oubliez pas que la punition corporelle était abolie. Personnellement je jugeais qu’il était temps de rentrer en Belgique car mon tempérament me jouais des tours. Comme charpentier expérimenté je connaissais le métier mais je ne supportais pas qu’on me contredisait. Il est vrai, ces gens gagnaient très peu. On ne pouvait pas exiger qu’ils travailleraient sous la chaleur tropicale. De plus ils ne comprenaient souvent pas l’utilité des projets blancs. Prenez René, mon boy, un brave garçon et bon ouvrier. Début 1960 au premiers tumultes il m’annonçait son prochain départ : « Je ne reste pas, j’ai un autre travail, adieu. » J’étais stupéfait car aucune raison justifiait cette décision. A ma grande surprise quelques mois plus tard, le même boy en costume, avec serviette sous les bras et une paire de lunettes sans verres sur le nez, mettait les pieds sur ma lupango. Il venait me dire : Vous m’avez toujours bien traité et si jamais vous cherchez du travail j’en prendrais soin. Maintenant on m’a nommé directeur de tous ces magasins. L’histoire, d’un de mes chauffeurs nommé Odia David , était plus bizarre. C’était un brave garçon éduqué par les missionnaires. Lui venait tout simplement m’annoncer qu’il était le nouveau ministre de transport du Kasai . Je ne l’ai plus jamais revu, il semblerait qu’il a été assassiné durant des querelles de tribus. Attention je ne dis rien de mal des noirs ; mes deux filles noires valent une dizaine de princesses ! A l’arrivé à Zaventem, un représentant de la cour nous accueillait pour nous consoler. Tout rentrerait à l’ordre, on serait intégré dans les cadres sans tarder. Aucune de leur promesses a été tenues, c’est tout simplement scandaleux ! Pourtant je sais que la plus part des noirs avaient très bonne impression des coloniaux belges. Les enfants d’alors sont devenus les pères de maintenant. Les histoires des blancs doivent se raconter à travers le pays, sinon comment expliqué la visite triomphale à Kinshasa de Bwana Kitoko ? Au plus que j’y pense au plus que je suis convaincu qu’on a laissé une excellente impression. Le noir ne connait pas le pardon, il ne nuance rien, chez lui c’est tout ou rien. Dans les cellules les prisonniers meurent de faim. Moi, ainsi que beaucoup d’autres blancs se sont posés la question pourquoi Karel-Nguza-I-Bond est retourné au pays ? Lui accorder grâce est impensable, cela n’est pas dans la logique des noirs. Un autre exemple de leur attitude envers la souffrance et la mort. Une fois j’ai vu une autre ménagère préparer un poulet : elle faisait bouillir de l’eau, mettait le poulet vivant dans la casserole, le couvercle dessus et attendait que la cuisson était terminée. J’exigeais que l’animal fut tuer proprement avant de le mettre dans la casserole. Le noir rigolait à la vue d’une sentimentalité pareille de la part du blanc. Pourquoi disaient-ils, nous préparons toujours nos repas ainsi. La mort était omni présent dans les villages. Il était fréquent de faire venir des femmes d’un autre village pour pleurer un mort. Elles étaient payées. La richesse ou l’importance de la personne décédée fixait le nombre de femmes pleureuses et la durée du deuil. Cela pouvait durer des semaines, parfois des mois. Même actuellement nous s’avons peu de choses de la façon de laquelle les noirs enterrent leurs morts. Cela se passe en brousse, dans des lieux introuvables pour le blanc. Leurs rites sont inconnues par les blancs. Les noirs ont un tout autre comportement entre eux, ils réagissent différemment à la présence d’un blanc. Je sais que l’épouse d’un mort était souvent enterrée vivant avec son mari. Elle ne s’opposait pas tellement que les filles étaient soumises dès leur prime enfance. La magie, la superstition, dictaient la conduite et la vie du noir. Nous les blancs, on rêve aussi, on a parfois  des cauchemars mais au réveil on les oublie. Le noir prends ses rêves pour réalités. Avec Astrid j’ai eu maintes discussions à ce sujet. Elle était persuadée que dans le fleuve à Luebo, il y nageait des sirènes. Mais nous les blancs, avons-nous le droit de parler ? Est-ce qu’on avale pas ce qui parait à l’écran de le télé, ce qui est publié dans les journaux, ce que nos politiciens nous racontent. Sommes nous pas trompés également et tous les jours ? Est-ce que notre vie n’est pas un grand mensonge, est ce que nous pouvons encore voir la vérité ? Petit noir, petit blanc, nous tous sommes des andouilles, dirigés et vécus par le surnaturel…  

albert geraert

photo : Les jours de gloire du fonctionnaire colonial.

Congo Reis Mar Del Plata

A.G. contrôleur des travaux publics en uniforme impeccable

Dans le village de Wachtebeke on avait de quoi parler tous les jours. A Zelzate ou la famille se fixait un peu plus tard on était beaucoup plus réservé avec les commentaires.

Les enfants parlaient la langue de la région, excellaient dans les études et trouvaient du travail sans tarder. Photo le père des enfants

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