Ann Van Landuyt-Broeckaert

A peine adaptée, elle risquait d'être emprisonnée.

Dans notre série : L’obscurité, le coeur noir de l’Afrique

Les ex coloniaux relatent leur fuite 25 ans après leur fuite en 1960. 16 témoignage rassembler par Gust Verwerft journalist dans la revue "De Post" et traduit du neerlandais a votre disposition pour qu'on oublie jamais le vécu des anciens et l'exode de tous les Belges!

Les témoignages de : Jean, Ann, Madeleine, Ernest, Jos, Jack, Gusta, Piet, Gil en Bernard, Theo, Frans, Albert, Louis, André , René, Jan


Ann Van Landuyt-Broeckaert

  • A peine adaptée, elle risquait d'être emprisonnée.
  • Madame, nous allons vous enfermer dans la prison de Makala.
  • Là-bas, on a les moyens de vous faire parler.
  • On était obligé de graisser la patte.

Congo Reis Mar Del PlataOn pourrait faire tant de choses, mais tant de projets ont échoué. Après la Dipenda et ses séquelles dramatiques, on essayait d'attirer de Belges. Les noirs avaient assumé presque tout. Rien ne fonctionnait convenablement. Ann Van Landuyt-Broeckaert s'engageait ingénument dans l'Aventure Congolaise. Nous écrivons août 1969. Elle avait 28 ans. Une belle femme avec deux enfants adorables et un mari dévoué qui, comme médecin biologiste clinique, s'engageait à travailler à 'l'Institut de Médicine Tropicale ', dans la capitale Léopoldville qui s'appelait désormais Kinshasa.

(photo : Frère Jacques, Ann, Catherine et Tom)

Voici son histoire :

Ann Broeckaert : « fatiguée, avec les enfants de quatre et deux ans, nous débarquons à N'Djili, l'aéroport de Kinshasa. Chaud et accablant, la saison sèche. Problèmes dès les premières formalités. Afin de pouvoir passer les douanes nous étions obligés de graisser la patte. Ce qui nous ne savions pas. Nous avions quatre valises identiques, ce qui donnait une raison de nous inculper de 'espionnage'. A moins qu'on ne donnât un matabish. Nous fûment sauvés par Père Piet, un cousin de ma mère, qui nous accueillait. En route pour Kinshasa. Ciel gris, chemins poussiéreux, maisons grises. Où étaient ce soleil éternel et cette beauté tropicale ? Longeant la cité, rien que des taudis où vivaient les indigènes. Mornes et sales. Une odeur de sueur, d'urine, de beurre rance. Des belles villas plus près de la ville. Maisons magnifiques en style colonial, dans des beaux jardins avec piscine. Partout des écriteaux 'Mbua maba'. Chien méchant. Avant l'indépendance y habitaient les blancs. Aujourd'hui les notables noirs.

Dans notre contrat on nous promettait une habitation. Elle n'était pas prête. En attendant nous étions hébergés par les Pères Scheutistes. Dans une petite chambre (une cellule). Valises par terre, vêtements pendus aux vitres. Mieux que rien et nous sommes toujours bien reconnaissants vis-à-vis de pères. L'appartement promis était spacieux : living, cuisine, trois chambres à coucher et salle de bain. Mais complètement dépouillé. Bain et lavabos sans robinets, toilette sans couvercle etc. Et incroyablement sale. A nettoyer pendant des jours pour obtenir un résultat médiocre. Je commençais à être découragée. Je pensais souvent à ma famille, l'intimité, la Belgique tout court. Chaque jour nous rendions visite à l'O.N.R.D. (Office National de Recherche et du Développement), responsable pour l'organisation de l'Institut Tropical et de notre équipement et confort essentiel. Les semaines passaient. Enfin, deux peintres congolais s'amenèrent avec une telle quantité de pots de peinture, qu'ils auraient sûrement pu peindre le building entier. L'appartement était enfin habitable, non sans beaucoup de patience et d'énergie.

Nos malles étaient arrivées à Matadi. Les aimables pères nous aidèrent à les récupérer. Ici aussi il fallait connaitre les astuces. Suivant la filière normale Matadi-Kinshasa, le transport durait trois mois. Et on pouvait se déclarer heureux si les possessions n'étaient pas remplacées par des pierres et des loques.

Enfin nous pouvions déménager vers notre appartement. Notre boy s'appelait Omer. Vêtement blanc et servilité noire. Il n'en croyait pas ses yeux, voyant la patronne blanche frotter et laver à grandes eaux. Trop nerveuse selon sa mentalité Africaine. Il travaillait lentement, discrètement, poliment et honnêtement. Il adorait le 'patron' et le 'fils du patron'. 'Madame' était plutôt quantité négligeable. Il était temps de s'habituer : la chaleur, l'humidité, les lézards au plafond, les cancrelats dans le cellier et le vide-poubelle. La nuit ces bestioles grouillaient contre le mur et quand on marchait dessus elles craquaient.

Nos voisins au premier étage, la famille d'un médecin congolais, comptaient au moins quinze membres. Comme partout au Congo, toute la famille (le clan) venait habiter dans la maison de celui qui était supposé gagner de l'argent. Chaque matin la Mama écrasait le manioc sur le carrelage de la cuisine. Le bâtiment tremblait. Les restes du manioc ainsi que leurs eaux ménagères étaient balancés sur notre terrasse. Chez eux aussi, les tuyaux étaient obstrués. Si je leur demandais gentiment de trouver une autre solution, ils me répondaient affirmativement et rien ne changeait. Nous nous y sommes résignés.

Des semaines passèrent. Soudain arriva un camion, plein de pots de peinture et d'ouvriers noirs. Cette fois- ci ils allaient repeindre le tout sous la supervision d'un entrepreneur blanc. Et en plus : un citoyen faisait son entrée en nous montrant un paquet d'argent enveloppé dans un journal. Pour acheter des meubles. Bonne intention, mais un vrai vaudeville. Il n'y en avait même pas assez pour un dressoir. Nous rentrons avec trois fauteuils de barza (terrasse) pour le 'salon' Mon mari nous racontait des histoires décevantes : « Comment est-ce possible ? Le laboratoire de l'institut avait eu une renommée dans le monde entier. Même jusqu'en Amérique. A présent il n'y reste que du matériel usé, des microscopes cassés et moisis, une cave remplie de produits pourris. Le personnel se compose – à quelques exceptions près – des membres ou relations de hauts fonctionnaires. Incompétents et fainéants. » Mon mari passait des commandes pour fonctionnaliser le laboratoire. Durant les deux années de notre terme, elles n'ont jamais été livrées. Il a dû se débrouiller.

ROULER EN VOITURE DANS UNE VILLE PLEINE DE POLICIERS CORROMPUS

Entretemps je devais obtenir mon permis de conduire, puisque les Congolais n'acceptaient ni les documents belges, ni internationaux. Le test et l'interrogation n'étaient qu'une farce. Je crois même qu'un code de la route n'existait pas. Il me suffisait de connaitre mon nom, faire un gentil sourire et graisser les pattes (matabish). Sinon il fallait parquer la voiture dans une place plus petite que la voiture même… Mission impossible. Les automobilistes féminines étaient une source de revenu. Les policiers reconnaissaient sans peine les nouvelles arrivées et les arrêtaient. C'était angoissant au début. Un procès-verbal était établi. Du moins si le policier savait écrire, sinon il faisait semblant. Au lieu de signer je marquais 'pas d'accord'. Je n'ai reçu aucun PV dans notre boite aux lettre pendant notre terme. Ce qui importait, c'était de savoir combien il fallait donner. Ni trop, ni surtout trop peu. Si on estimait mal, la police devenait tout a coup incorruptible. Prière de venir au bureau, pour au moins une demi-journée. Parce que eux, ils ont le temps. Après quelques-uns de ces malentendus je me rendis compte que l'insigne de médecin sur la fenêtre de la voiture disposait à la bienveillance. Ils avaient du respect pour le monganga, et une consultation gratuite était toujours la bienvenue. Disons que les policiers étaient tellement bien occupés, qu'ils n'avaient point le temps de viser les petits et grands bandits qui rôdaient dans les rues et sur les boulevards de Kinshasa et cambriolaient les voitures. Ils volèrent 160.000,-FRB dans la VW de trois sœurs Carmélites. C'était la volonté de Dieu. Et moi… ils m'enlevèrent mon sac de ma propre voiture. La police était nulle part, sauf quand il fallait vous arrêter pour une infraction inventée (généralement 'excès de vitesse') et récolter le matabish. Le pire était que, avec mon sac, ils m'avaient pris tous mes papiers et cartes d'identités. L'administration n'était pas intéressée. Je suppose que les employés connaissaient les gangs et étaient ou bien dans le complot, ou bien craignaient d'être exécutés. Finalement, une femme blanche a retrouvé mon sac sous un arbre, après que son boy, qui avait été témoin de l'incident sans oser intervenir, lui ait tout raconté. La criminalité à Kinshasa n'était jamais loin.

Ann Van Landuyt-Broeckaert vivait avec son mari (Médecin biologiste clinique - coopérant) à Kinshasa dans les années 1969. Dix ans plus tôt, les coloniaux acclamaient la capitale comme une ville mondiale, gaie et vivante, avec l'avenue du 30 juin comme Champs Elysées et des quartiers pleins de possibilités pour les blancs et les noirs. « Nous nous croyions à Anvers », racontait la veuve Vanderpol dans son témoignage. Entretemps, Kinshasa était devenu un foyer de pensées révolutionnaires, un creuset de découragement parmi les blancs et l'arrogance des noirs. Invivable pour l'ex-colonial qui se rendait très vite compte que les noirs ne respectaient pas les conditions mentionnées dans son contrat. Il ne lui restait qu'à terminer son terme bon gré, mal gré et de voler de ses propres ailes. En plus, la vie à Kinshasa devenait de plus en plus chère. Il y a des coopérants qui rentraient en Belgique plus pauvres qu'avant leur départ.

Ann Broeckaert : « Début 1970, après les fêtes, je cherchais du travail. Je m'ennuyais à la maison. Omer faisait le ménage, les enfants étaient inscrits dans une école maternelle, mon mari travaillait beaucoup. Avant notre départ, j'avais travaillé comme script-girl à la BRT. Ainsi je sollicitais à Telestar, une station de télévision subsidiée par la Belgique et qui produisait des programmes culturels pour la télévision congolaise. Leur édifice était très luxueux. Malheureusement je ne fus pas acceptée pour la raison officielle que j'aurais ainsi pris le poste d'une Congolaise. Ensuite, j'ai essayé auprès de l'Ambassade, Sabena etc. On nous obligea de déménager. Du premier au troisième étage. Inutile de vous raconter qu'on eût pu écrire un scenario exactement comme le précédent. Egouts bouchés, aucun robinet. Et je vous assure que ça puait comme si des animaux sauvages y avaient vécu. Nettoyer pendant des jours. L' O.N.R.D. – le patronat de mon mari – nous procurait des peintres qui facturaient 60.000,- FRB. Un avantage quand même : désormais nous avions une belle vue sur le jardin d'une villa et ses habitants congolais. Un petit garçon noir y dansait souvent sur la musique typiquement congolaise. Il avait le sens du rythme dans la peau. J'ai été engagée comme secrétaire par un avocat belge, lui-même vétéran au Congo. Il connaissait tout et tout le monde dans la justice congolaise. Un Congolais 'Maître Lokwa' l'assistait, ainsi que deux employés et moi-même. Quelques mois plus tard il embauchait une seconde secrétaire. L'avocat était Membre de l'Ordre du Léopard. C'était une garantie de sécurité. Juin 1970. Bwana Kitoko visite le Congo. La joyeuse entrée du roi Baudouin et son épouse la reine Fabiola a Kinshasa. La ville fait peau neuve. Partout des gazons et des parterres de fleurs. Les ouvriers enduisaient les façades de chaux. Une masse de DDT contre les insectes fut répandue par des avions. Le Boulevard du 30 juin fut paré de centaines de drapeaux belges et congolais. Les policiers en uniforme d'un bleu pâle impeccable sur des motos ronflantes, des voitures noires à sirènes hurlantes comme dans les films américains et des jeeps formaient une haie impressionnante autour des limousines. Des fêtes étaient organisées un peu partout et se terminaient avec un feu d'artifice spectaculaire au stade de football. Je suis persuadée que le roi et la reine, ainsi que leur entourage, ont gardé un souvenir inoubliable de cet accueil plus que chaleureux. Après quinze jours de festivité la vie normale reprit : les ornements disparaissaient, mauvaises herbes poussaient dans les gazons et parterres de fleurs. Les réserves d'aliments diminuaient. Fini la Grande Tromperie.

A nouveau on nous annonçait que nous devions déménager. Cette fois-ci la mission belge nous proposait un appartement minuscule. Nous avons refusé carrément.

LE NOIR EST UN DIEU

Congo Reis Mar Del PlataEvidemment, Ann Van Landuyt-Broeckaert ne pouvait pas savoir en 1970 que Ronald Van den Bogaert allait revivre dans le Kinshasa des années 1985 des aventures à peu près semblables. Mais écoutons plutôt la suite de l'histoire d'Ann : un commissaire de police quelconque décida tout d'un coup que ses policiers pouvaient augmenter les amendes. Il ne fallait pas le leur dire deux fois. Il pleuvait des PV et souvent ils emmenaient le coupable au bureau de police. L'atmosphère devenait désagréable à Kinshasa. Les blancs ressentaient un sentiment de malaise en constatant le règne de l'arbitraire chez les policiers qui commençait à s'approcher du terrorisme. Les Congolais à leur tour craignaient les élections présidentielles qui s'annonçaient comme une grande farce : ils avaient le choix entre le président Mobutu et … le président Mobutu.

L'ouverture de l'année académique à l'université et les collèges était renvoyée à une date ultérieure parce que Mobutu craignait les contestations des étudiants dans la capitale. J'ai lu dans je journal que Mobutu gagna les élections avec cent pour cent des votes. Tous les Congolais avaient voté vert, tout simplement parce que les billets rouges n'existaient pas. Le résultat donnait à Mobutu l'impulsion pour rebaptiser le Congo durant l'année suivante. Le Congo deviendra Zaïre sous un gouvernement Zaïrois. Nous essayions de continuer à vivre comme auparavant. Mon mari partit pour un voyage d'étude à travers le Congo, une lutte contre le cholera qui émergeait à nouveau. Un voyage non sans les problèmes bien classiques : hôtels sans eaux ni électricité, abondance de cancrelats et 'femmes libres'. Et dans chaque aéroport il devait constater qu'il y avait plus de passagers que de possibilités de vol. Les résultats de sa croisade médicale dans les années 1970 étaient décourageants : le pays était au bord du désastre. Des germes pathogènes se répandaient partout. Les épidémies éclataient. Ce que les blancs avaient pu réaliser dans leur combat contre les maladies africaines pendant cinquante ans, semblait maintenant en vain.

Automne 1970. Un nouveau scandale envahit le Congo. La Socobanque et quelques hommes d'affaire renommés étaient compromis dans un trafic de devises. La banque fut fermée, les suspects emprisonnés. Pendant une émission à la télévision Mobutu assurait la population que l'amitié belgo-congolaise était durable et que cette affaire n'y changerait rien. Et moi, ça m'intéressait à peine. Je n'avais rien à voir, ni avec la banque, ni avec le trafic. Mon employeur, maître X., partit pour la Belgique début du mois de décembre 1970. Pendant son absence je reçus un coup de téléphone plutôt inquiétant d'une relation d'affaires Française : « J'ai des mauvaises nouvelles, Madame. Des noms ont été cités dans l'affaire Socobanque, dont celui de maître X. Avertissez- le… » Ce que j'ai fait évidemment dès son retour. Il ne semblait s'inquiéter.

Vendredi, 18 décembre, 17.00 h. Je commençais à rêver d'un agréable weekend. Nager, pic-nic, etc…. Soudain arrivèrent deux Congolais, habillés d'une gabardine. Comme dans un film. Seul le chapeau mou manquait. « Nous avons un mandat d'arrestation pour madame la secrétaire… » Maître X essayait d'intervenir, mais en vain : « Ne te fais pas de soucis », disait-il enfin, « fais ce qu'ils demandent. Tu n'as rien à voir dans cette affaire. C'est moi qu'ils veulent. » (Comme il était membre de l'Ordre du Léopard, maître X. était inviolable. Ndlr.)

Ils m'embarquaient dans une petite VW pour aller je ne savais où. Maître Lokwa prenait place à coté du chauffeur, le sourire en coin. Je commençais à m'inquiéter. J'avais entendu des histoires. Comme introduction je subis une première interrogation par un certain Likita, un agent pas du tout gentil de la sécurité nationale congolaise : « Nous savons que vous êtes au courant de l'affaire. Quels sont les appels téléphoniques suspects que vous avez faits et à qui, quelles lettres avez-vous écrites pendant l'absence de votre patron ? » Je ne pouvais rien avouer, puisque je n'étais au courant de rien. Ensuite j'avais l'honneur d'apparaître devant le procureur-général Lobitch (aujourd'hui : Léon Kengo Wa Dondo, un métis d'origine polono-congolaise) : «Inutile de vous taire, madame. Maître X a été arrêté et a tout avoué. Quels documents avez-vous détruits ? Qui vous a téléphoné ? » Il était clair qu'ils avaient intercepté les appels téléphoniques, mais qu'ils n'avaient aucun point d'appui. « Dommage, mais vous n'allez plus jamais revoir vos enfants, ni votre mari – médecin, » menaçait Likita. Suivi par une interrogation, beaucoup plus sévère, par le procureur – général Lobitch. J'avais peur, c'est sûr. Mais je réussissais à ne pas le montrer. J'essayais de riposter. Ils devenaient furieux. Ils avaient pensé avoir déniché une jeune fille naïve qui par peur avouerait en un clin d'œil. N'importe quoi. Comme je n'étais au courant de rien, je ne pouvais rien leur raconter. Obstination flamande … Ils menaçaient sans cesse qu'ils allaient m'enfermer dans la prison mal famée de Makala (makala signifie également charbon de bois), qu'ils y avaient les moyens de me faire parler. Et cela, je n'y survivrais jamais.

MA PETITE FILLE ETAIT DEVENU INERTE

A un certain moment le conditionnement d'air s'arrêta. J'entendis les voix dans la pièce d'à côté. Une interrogation. « Avouez, maître. Votre secrétaire a cédé. Nier n'a plus de sens. » Et l'avocat : « Impossible, madame n'est au courant de rien. Prenez mon Ordre du Léopard et laissez-la partir. » Enfin, au milieu de la nuit, je fus libérée. Du moins, ils me déposèrent, en faisant un détour, devant notre maison. Deux gardiens devaient me surveiller. Ma fille, Catherine, était assez âgée pour comprendre que sa maman avait de problèmes. Mon mari, accompagné de Père Piet, avait enquêté auprès de tous les bâtiments officiels de Kinshasa. Sans succès. L'inquiétude de son père, l'heure nocturne et l'arrivée de sa maman en compagnie de deux gardiens noirs, lui procuraient une telle peur, qu'elle fut traumatisée. Elle ne parlait plus, refusait toute alimentation. Apathie totale, choc émotionnel, fut le diagnostic. Les gardiens noirs prenaient note de chaque visite, ou firent semblant. Parmi les visiteurs: l'ambassadeur de Belgique, le conseil des ministres, le président de la mission militaire de Belgique et quatre autres diplomates. Une fois de plus, les Congolais démontraient leur pouvoir, tandis que l'impuissance des Belges était évidente. Chaque matin, à six heures, on m'emmenait pour l'interrogatoire. J'étais obligée de patienter sur une barza, souvent en plein soleil. Rien à boire, rien à manger, sauf quelques biscuits que j'avais fourré dans mon petit sac, et un gardien qui me tenait compagnie jusque dans les toilettes dégoutantes. Sans arrêt ils continuaient à me menacer qu'ils allaient me brutaliser, mais en restaient aux humiliations... La veille de Noël 1970 on me confisqua mon passeport. Ainsi je ne pouvais quitter le pays. (Ce qui posait un problème, puisque Catherine devenait squelettique et nous aurions voulu rentrer en Belgique avec elle.) Mais restons positif : j'avais la permission de rentrer chez moi. »Nous ne sommes pas de bêtes », disait Lobitch. « Nous aussi, nous fêtons Noël en famille. » Malgré tout, ce fut une très belle soirée de Noël, grâce au support moral des pères et quelques bons amis. Ce même soir, quelque part à Kinshasa, se déroulait une transaction bizarre. Mon employeur cédait ses obligations d'une entreprise dans laquelle le procureur –général avait aussi des intérêts.

La vérité? Je ne puis que deviner. Le procureur – général Lobitch avait été employé au bureau de l'avocat X. et se rendait au travail en bicyclette. Etait- ce un moyen de revanche envers son ex-patron ? De toute façon : le transfert des obligations semblait suffisant pour arrêter le chantage. Ils me laissaient tranquille. Notre fille guérissait lentement. Je m'engageais à donner cours pendant les cinq mois suivants à l'école belge. On offrait un nouveau contrat à mon mari, qui était alléchant.

Au mois de juillet (six mois après l'arrestation) on me rendit mon passeport grâce à l'intervention du conseil des ministres. Je pouvais enfin quitter le pays. La vie au Congo devenait de plus en plus chère. On payait 90,00- FRB pour un pot de chocó et 600,00- FRB pour cinq kilos de savon à lessiver. On attaquait et battait les blancs en pleine rue. Nous décidions de jouer la carte de la sécurité. Je rentrais en Belgique. Mon mari nous suivit deux mois plus tard. Nous disions adieu à un pays, non sans mal au cœur, où on aurait pu faire tant de bonnes choses, mais où l'on s'y prenait trop souvent très mal… »

Ainsi se termine l'histoire d'Ann Broeckaert.

Au bord du fleuve.

Ann Van Landuyt

 

Le marché de Kinshasa 1960

Congo Reis Mar Del Plata

 

l' institut de médicine tropicale "Princesse Astrid"

Ann Van landuyt

 

les assistants de l'institut "Princesse Astrid"

Congo Reis Mar Del Plata

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