Congo 1960

Passé et Evolution du Congo

Logo Congo-1960

Messages de l'auteur Guy De Boeck

Il y a, en général, deux raisons à une réédition. La première, c’est l’épuisement en librairie de l’ouvrage concerné. La seconde, la mise à jour d’un ouvrage pour tenir compte des progrès de la science, ce qui, en matière historique, signifie la mise en œuvre de matériaux d’archives jusque là inconnus ou inaccessibles. Je n’ai bien sûr aucune raison d’invoquer la première, puisque Les Héritiers… n’a été vendu que par souscription et n’a jamais été mis en vente en librairie. Cela tient en partie à la faiblesse des moyens financiers dont disposait Dialogue des Peuples, en partie au fait que les hommes et les femmes les plus susceptibles de rechercher les informations qu’ils pourraient trouver dans ce livre, je veux dire l’immense majorité tant des Belges que des Congolais des classes populaires, ne disposent de toute façon pas de l’argent nécessaire à son achat, même si j’ai, dès le départ, rejeté l’idée de toucher en quelque façon que ce soit des droits d’auteur et si Dialogue des Peuples s’est efforcé de maintenir le prix du livre papier le plus bas possible.

Diffuser plus largement ce livre, tout en contournant les problèmes matériels posés par l’édition imprimée est devenu possible, entre temps, en recourant aux NTIC, et en distribuant l’ouvrage sous format informatique uniquement, au nom de la liberté de la science et de la culture, suivant une formule inspirée de Creative Commons (CC).

CC est une association à but non lucratif dont le but est de proposer une solution alternative légale aux personnes souhaitant libérer leurs œuvres des droits de propriété intellectuelle standard de leur pays, jugés trop restrictifs

1. L’organisation a créé plusieurs licences, connues sous le nom de licences Creative Commons. Ces licences, selon leur choix, ne protègent aucun ou seulement quelques droits relatifs aux oeuvres.

En pratique, cela signifie que l’œuvre peut être téléchargée gratuitement et rediffusée de même. La seule obligation de celui qui la rediffuse, et qui, en plus d’être une règle légale, est d’ailleurs de pure courtoisie, est de citer sa source.

Ce passage de l’édition sur « papier payant » à la diffusion électronique gratuite était donc la principale raison de cette réédition. Il n’empêche que, venant plus de dix ans après la première, elle a subi quelques modifications, son auteur ne se prenant pas pour Horace et ne se croyant aucun droit à prétendre « exegi monumentum aere perennius ». Ces modifications sont de deux ordres :

La plus visible est une nouvelle répartition des matières.

Dans son édition-papier,  Les Héritiers … comprenait trois volumes, « Le temps du Roi » (1885 – 1908), « Le Temps des Héritiers » (1908 – 1940) et « Le Temps du Refus » (1940-1960) accompagnés d’un opuscule reprenant deux autres textes « Le Roi dans la bouteille à encre » et « Le Congo en vitrine », offert comme une sorte de « prime » aux acheteurs de l’œuvre principale. D’autre part, à l’époque, mon livre « Baoni »
– Les révoltes de la Force Publique sous Léopold II. Congo 1895 – 1908 » était toujours disponible en librairie, et le désir de ne pas « torpiller » les droits de mon éditeur m’avait poussé à n’évoquer ces fait que de manière fort succincte dans Les Héritiers…

Cette œuvre étant aujourd’hui épuisée en version papier, quoique toujours disponible en téléchargement [1], ces scrupules n’avaient plus de raison d’être. Enfin, il y a l’apport de la polémique.

Ce que j’ai écrit sur le Congo a été attaqué sur divers points par des auteurs qui ne partagent pas mes idées [2], ce qui m’a amené à préciser et à approfondir mes vues pour leur répondre. Il s’agit, notamment, de l’utilisation des écrits de Thonner, de l’appréciation du témoignage du Cdt Bodart, de la valeur de Jozef Conrad, non en tant qu’écrivain, mais comme « témoin » du Congo léopoldien et de certains choix méthodologique de Jean Stengers… Autant valait, bien sûr, partager avec mes lecteurs ces approfondissements et ces précisions.

Comme l’on s’en doute, tous ces apports, qui concernaient principalement les parties 1 et 2 en auraient fait des volumes assez lourds à manier, même sous forme informatique. Il en résulte une nouvelle répartition des matières, avec un volume « Le Temps de la Reprise » consacré essentiellement aux événements des années 1904 à 1911.

En second lieu, je me suis efforcé d’intégrer au corps de l’ouvrage des documents anciens récemment publiés et de citer, lorsqu’il y avait lieu, des travaux historiques parus depuis la première édition des Héritiers… Ainsi, il a été tenu compte de la publication des Notes de voyage du Prince Albert et d’autres pièces anciennes d’archives récemment exhumées ou du livre de C. Braeckman sur  Lumumba : un crime d’état’.

A propos des sources et de leur utilisation, je crois bon de rappeler que Les Héritiers… n’est pas et ne prétend nullement passer pour une « Histoire du Congo », ni même pour une « Histoire du Congo de 1885 à 1960 ». Son but est seulement de parcourir cette histoire de la colonisation léopoldienne, puis belge en cherchant la réponse à quelques questions : « Dans quelle mesure la Belgique – ou une certaine classe dirigeante belge – a-t-elle accepté l’héritage de Léopold II ? Cet héritage a-t-il eu lieu pour rompre avec la colonisation léopoldienne, ou pour la poursuivre ? Comment ce pays d’abord hostile à la colonisation en est-il arrivé, un demi-siècle plus tard, à se prendre pour « l’exception belge », pour un colonisateur idéal ? Qu’est-ce qui a rendu l’anticolonialisme impossible ? »

Cela suppose certes de parcourir l’histoire de la période coloniale au Congo, mais non de faire un exposé exhaustif et systématique de l’histoire de ce pays depuis les origines les plus lointaines jusqu’à nos jours. Un tel ouvrage existe d’ailleurs déjà : l’Histoire du Congo d’Isidore Ndaywel è Nziem.

En 2012, un livre sur le Congo a même été considéré par beaucoup comme le «livre de l’année». Il s’agissait, bien sûr de « Congo… Une histoire » de David Van Reybrouck.  Ce mélange magistral de reportage, d’historiographie et de littérature a obtenu des critiques dithyrambiques et remporté prix sur prix… Ce que l’auteur produit surtout sans effort apparent, c’est une prose élégante, souvent magnifique. C’est effectivement une belle histoire, mais ce n’est pas un ouvrage historique. C’est une splendide évocation littéraire du Congo et de son histoire, un de ces ouvrages de non-fiction historique qui allient histoires vécues et analyse de ces histoires en transmettant avec virtuosité données pures et vue d’ensemble. De la préhistoire aux premiers chasseurs d’esclaves, du voyage de Stanley missionné par Léopold II à la décolonisation, de l’arrivée de Mobutu puis de Kabila à l’implantation industrielle d’une importante communauté chinoise, ce livre retrace, analyse, conte et raconte quatre vingt-dix mille ans d’histoire : l’histoire du Congo, cet immense territoire africain au destin violent.

Le monde s’est passionné alors pour cet ovni littéraire qui entrecroisait approches historiographique, littéraire et journalistique…

L’on a eu raison de se passionner, car si c’est bien « une histoire » plutôt qu’un ouvrage historique, David Van Reybrouck y a écrit au moins un message prophétique. Il nous dit que le Congo n’est pas un souvenir de notre passé, mais une préfiguration de notre avenir.

Le sort des Congolais, enfermés depuis Léopold II dans le rôle de prolétariat famélique d’un pays regorgeant de richesses qui ne profitent qu’à quelques « Héritiers » dont, au fil du temps, ne change que la couleur de peau, mais pas la rapacité, c’est le sort qui nous attend tous.

Car on ne sait pas encore si l’Homme survivra eu changement climatique, et cela en inquiété beaucoup. Mais il est clair que ni l’Homme, ni le Climat, ni la Planète ne survivront longtemps encore à la malfaisance du Capitalisme.

[1] http://www.congoforum.be/fr/congodetail.asp?subitem=21&id=164152&Congofiche=selected

[2] Ces discussions se sont reflétées, au fil du temps, dans « Dialogue », Série « Pourquoi ne pas raconter tout l’histoire du
Congo ? ».



SiteLock
share this - partager le site - deel dit document


About Us | Contact | Privacy | Copyright | Agenda

Ook op het internet gelden de auteursrechten. Werken die auteursrechtelijk beschermd zijn, zoals tekeningen, foto's, muziek, film en software, mag u niet verspreiden via het internet zonder de uitdrukkelijke toestemming van de auteur.