AU CONGO

Carnet de Campagne Arabe.

Leopoldville place de la marine

ÉPISODES &. IMPRESSIONS de 1889 à 1897


Le Commandant MICHAUX Du 1er. régiment de lanciers,
Ex-Commissaire de district de 1re classe du Kasaï-Lualaba.

NAMUR. — Imp. DUPAQNE-COUNET & Fils

Ce sont ces heures que j'évoque, ce sont ces heures que je veux revivre quelques instants avec vous. Je n'essaierai pas de poétiser les lieux, ni de dramatiser les choses ; ce que je veux, c'est être vrai et vous reparler familièrement, en camarade, de ce que nous avons vu, de ce que nous avons fait ensemble.
Ces quelques souvenirs je ne les écris sous l'influence de personne, ni avec l'idée préconçue d'attaquer ou de défendre qui que ce soit. Toutes les réflexions que je ferai me sont absolument personnelles et ne me sont inspirées que par les faits dont je fus témoin. Je me suis surtout astreint à ne cacher aucune des fautes que j'ai commises pendant mon long séjour au Congo ; espérant faire œuvre utile en instruisant mes jeunes camarades, qui pourront profiter ainsi d'une expérience que nous, « les anciens », nous n'avons pu acquérir, hélas ! qu'à nos dépens.

Citation de la page 420 à 437

Je viens de donner une rapide énumération des grands progrès réalisés au Congo.
Est-ce à dire que tout soit parfait dans notre belle Colonie ?

Certes non, puisque toute œuvre humaine est perfectible. Je suis d'autant plus à l'aise pour écrire ces lignes que S. M. le Roi et le Ministre des Colonies sont les premiers à proclamer cette vérité.
Parmi les réformes qu'il nous reste à accomplir, il y en a une demi-douzaine qui sont capitales. Sans avoir la prétention de vouloir résoudre ces questions (ce livre ne comportant pas un pareil travail) je demanderai cependant à mes lecteurs, la permission d'attirer leur attention sur quelques points et, m'enhardissant de leur bienveillance, je pousserai même l'audace jusqu'à émettre des voeux.

VOIES DE COMMUNICATION


Ce qui fait la valeur intrinsèque d'une colonie, ce sont les richesses de son sol et de son sous-sol, ainsi que ses voies naturelles de Communications.
Ce qui en fait sa valeur réelle, c'est la façon dont la Mère Patrie sait exploiter ces richesses. Or, un pays ne peut donner son maximum de rendement qu'à la condition d'avoir un système parfait de voies de communication, autrement dit : une politique de voies de communication.
Au Congo, d'immenses progrès ont été réalisés. Ils sont dus surtout aux travaux et aux études des ingénieurs Gofïîn, Adam, Paulissen, Denil, du commandant Moulaert, des capitaines Bultinck et Gorovson et du lieutenant du génie danois Jensen. Le cours du fleuve et de ses affluents a été presque partout étudié et amélioré.

Le chemin de fer de Matadi à Léopoldville et le chemin de fer dit des Grands Lacs sont terminés. Les lignes du Mayumbe, d'Elisabethville à Kambove, de Kabala au Tanganika sont en voie d'achèvement. Enfin différentes lignes, dont les trois plus importantes sont celles devant relier Kambove à Dilolo, celle partant de Kambove pour arriver à Lusambo et celle qui, partant de Dolo, traverse le Kwango, le Kasaï et ira aboutir à Bukama, sont à l'étude et seront probablement construites sous peu.

Mais toutes ces lignes, ainsi que je l'ai démontré dans « La mise en valeur de notre Colonie », seront toujours plus longues et plus onéreuses que la ligne qui part de Lobito-Bay pour aboutir à Kambove en passant par Dilolo, Au point de vue de la rapidité du voyage, il n'y a rien à faire, mais au point de vue du fret, nous pourrions peut-être avoir une voie belge moins onéreuse, ainsi que je l'ai démontré. Pour cela il faudrait créer un passage à travers les chutes Wolff ou plutôt les rapides de Wolfî, car ce ne sont pas des chutes, mais bien des rapides.

Ce travail peut, je crois, se faire assez facilement. En tout cas, la réussite de ce travail est d'une importance si capitale pour le développement de notre belle colonie en général et du Katanga en particulier que je crois pouvoir émettre à nouveau le voeu que ce problème soit éludié sans retard par nos ingénieurs.

LA JUSTICE

Lorsque, il y a trois ans, j'ai publié l'ouvrage intitulé « Pourquoi et comment nous devons coloniser », j'ai consacré un chapitre à l'organisation des chefferies indigènes et à la justice aux colonies.
Depuis lors, des travaux très importants ont été publiés sur ce sujet par des savants d'une renommée mondiale, tels que MM. Edmond Janssens, Galoppin, Victor Augagneur, D1 Gustave Le Bon, H. Rolin, Harmand, G. Jonnart, A. Girault, Flandin et F. de Lannoy, etc.

Tous sont unanimes à demander deux codes bien différents, l'un pour les blancs et l'autre pour les noirs.

Le code applicable aux noirs doit respecter les uns et coutumes de chaque race, tout en s'adaptant aux
exigences de la civilisation.

Nous avons en ce moment 80 juges au Congo. C'est beaucoup au point de vue des finances de la Colonie et cependant c'est bien peu, si on se place au point de vue de l'étendue du territoire, puisque le Congo représente
une superficie de plus de 80 fois la Belgique. Si nous voulons que la justice puisse se rendre d'une façon efficace sur tout cet immense territoire, nous devons forcément :

  • 1°) Éduquer convenablement les chefs et les fils de chefs, leur faire subir un petit examen sur les cas qu'ils auront le plus souvent à résoudre, ainsi que sur les sanctions que ces cas comportent. Le pouvoir judiciaire des chefs ne pourrait s'étendre qu'aux membres de leur tribu et encore pour les seules fautes n'entraînant qu'une peine minime. Ils seraient les juges de paix, les juges de simple police de leur pays.
  • 2°) Créer dans chaque circonscription territoriale une juridiction composée d'un agent du gouvernement et de deux assesseurs, l'un blanc et l'autre noir, ainsi que le préconise M.F. de Lannoy dans le remarquable travail qu'il a publié dans le Bulletin de juillet-août 1913 de la Société Belge d’ études coloniales.
  • 3°) Exiger d'une façon absolue que les magistrats ou les fonctionnaires qui seront appelés à rendre la justice au Congo, connaissent la langue indigène de la contrée où ils sont appelés à siéger.
  • 4°) En plus de l'obtention d'un certificat spécial d'aptitude aux fonctions judiciaires coloniales, tout juge devrait faire un stage d'au moins un an en qualité d'attaché au service judiciaire auprès d'une Cour d'appel coloniale, avant de pouvoir être appelé à rendre des jugements.
  • 5°) Enfin, avec le D'- Maxwell, je suis partisan dans une certaine mesure des peines corporelles pour certaines catégories de noirs. (( Pour obtenir un résultat, dit le D' Maxwell, il faut que la peine soit vraiment pénible; dans le cas contraire, elle favorise la production du crime au lieu de l'empêcher

Je suis absolument de cet avis. Or, puisque pour la plupart des nègres la prison n'est pas considérée comme étant une peine, ou du moins puisqu'ils la considèrent comme une peine très légère, j'estime que dans certain cas, on doit continuer à appliquer la peine du fouet. Je sais que cette appréciation fera tressauter quelques personnes d'une sensibilité excessive. Avant d'avoir été au Congo, j'aurais probablement pensé comme elles, car, moi aussi, j'ai toujours aimé et défendu les nègres. Malheureusement mon expérience de vieil Africain m'a démontré qu'avec certaines natures rebelles, le fouet seul peut parfois obtenir certain résultat.

LA MAIN-D'OEUVRE

Une des questions les plus intéressantes qu'il nous reste à résoudre au Congo, et particulièrement au Katanga, est certes celle de la main-d’œuvre. Cette question est pour nous d'intérêt primordial, car le manque de bras se fait déjà grandement sentir et ce besoin ira en s'accentuant au fur et à mesure que l'activité industrielle se développera dans le pays noir. L'étude de ce problème a déjà tenté beaucoup de spécialistes des plus capables. Je citerai entre autres Camille Janssen, René Vauthier le Dr Cureau, Emile Zimmerman, E. Walterthum, le capitaine commandant René Dubreucq, Henri Anet, Jacques Hassan, Georges Paquot, E. Francqui etc....

Les uns sont partisans d'employer la main-d’œuvre jaune, puisque la main-d’œuvre indigène fait défaut. Les autres, après avoir fait le procès des jaunes et avoir expliqué tous les motifs (et ils sont nombreux !) qui militent en faveur de leur exclusion de la colonie, réclament la continuation de la main-d’œuvre indigène. Je me range énergiquement parmi ces derniers.

Les expériences qui ont été tentées avec des jeunes sont nombreuses : partout elles ont donné des résultats peu encourageants.
Les essais faits dans les mines du Rand et au chemin de fer de Matadi à Léo sont concluants et, à moins d'y être absolument forcé, je demande que l'on éloigne d'une façon absolue cet élément dissolvant de notre belle Colonie.

Alors, me dira-t-on, où nous procurer la main-d’œuvre qui nous est indispensable ?
Mais au Congo !
La plus grande partie du chemin de fer de Léo à Matadi et la presque totalité du chemin de fer dit des Grands Lacs ont été construits par des ouvriers indigènes.

Quant aux mines de Kilo, on peut affirmer qu'elles sont presque exclusivement exploitées par des ouvriers indigènes et que maintenant tous les chemins de fer du Congo emploient des mécaniciens du pays. J'estime que ce qu'ils ont fait aux chemins de fer et aux mines de Kilo, ils peuvent le faire au Katanga. A nous de les éduquer et de les amener à aller travailler au Katanga. Ce sont deux conditions qui ne peuvent être obtenues sans l'aide la plus large du Gouvernement.

C'est à lui en effet qu'incombe le devoir d'éduquer les noirs et de les préparer au rôle qu'ils sont appelés à jouer dans le développement de la Colonie.
Il faut aussi à tout prix et quels que soient les sacrifices qui seront reconnus nécessaires, que le gouvernement multiplie sur tous les points du territoire des écoles professionnelles et qu'il prenne des mesures énergiques pour que les cours soient suivis régulièrement. De cette façon, nous aurons des ouvriers.

Voici d'ailleurs ce que disait le Roi ALBERT, dans son beau discours, lors de l'inauguration de la Section Coloniale à l'Exposition de Gand.

« N'oublions surtout jamais que les populations du Congo nous apporteront la plus précieuse et la plus indispensable des collaborations. En élevant les indi- gènes à une conception plus large de la vie, en accroissant leur bien-être, en développant chez eux le goût des travaux qui répondent à leurs conditions d'existence, nous trouverons en eux des artisans du progrès de la colonie. »


Oui, diront des camarades, c'est parfait en théorie, mais comme ces ouvriers sont nés paresseux et que pour eux, le besoin de travailler ne se fera jamais sentir, ils ne travailleront pas.

Peut-être!...

Ils ne travailleront pas, si le besoin de travailler ne se fait pas sentir, c'est très vrai. Mais c'est précisément ce besoin qu'il faut faire naître et même imposer.

Le moyen me paraît assez simple.

Maintenant que l'impôt se perçoit en argent, il faut que le gouvernement exige son paiement d'une façon régulière. Au besoin le Gouvernement peut augmenter quelque peu l'impôt.

Mais là ne doit pas se borner l'oeuvre du Gouvernement. Il ne suffît pas qu'il oblige les indigènes à travailler, il faut aussi qu'il surveille de très près la façon dont on les fait travailler. Lorsque l'on aura amené les indigènes à aller travailler au Katanga, il faudra, à mon avis, pour les retenir sur les travaux, observer les conditions suivantes :

  • 1°) Exiger que les contrats soient faits d'après un modèle fourni par le Gouvernement et le rendre strictement obligatoire pour les deux parties.
  • 2°) Exiger que les travailleurs soient traités avec justice et bonté. par les employeurs.
  • 3°) Obliger les compagnies à loger convenablement leurs ouvriers et, afin d'amener le plus possible de ménages, exiger que chacun d'eux ait une maisonnette convenable à sa disposition.
  • 4°) Leur distribuer des vêtements et des couvertures.
  • 5°) Leur procurer des divertissements,les uns gratuits, les autres à très bon compte.
  • 6°) Veiller à ce qu'ils aient des vivres frais en abondance et de bonne qualité. Pour obtenir ce dernier résultat, le gouvernement pourrait exonérer de l'impôt les indigènes qui se trouvent dans certaines zones et qui justifieraient qu'ils possèdent des plantations vivrières d'une contenance à déterminer. La vente de leurs produits à un taux suffisamment rénumérateur devrait également leur être assurée.
  • 7°) Afin d'éviter autant que possible, les désertions parmi les travailleurs, une partie de leur paie, par exemple les 2/3, serait payée hebdomadairement et le 3me tiers leur serait payé à l'expiration de leur contrat. De cette façon, non seulement on retiendrait davantage les nègres sur les travaux, mais encore ceux-ci, ayant un joli pécule à toucher à la fin de leur terme, iraient faire montre de leurs richesses dans leur village où ils feraient naître la convoitise. Le nègre étant très vaniteux, il n'y a pas de doute que son besoin de paraître créerait bientôt un courant qui s'orienterait vers les mines. Le problème de la main-d'oeuvre serait donc en grande partie résolu.

LA COLONISATION AGRICOLE DU KIVU.


Dans deux brochures :

  1. «Nos Paysans au Congo »
  2. « La mise en valeur de notre Colonie », j'ai demandé avec insistance que l'on créât une colonie agricole dans le Kivu.


Les essais que nous avons faits au Katanga sont concluants. Pour le moment du moins, nous ne pouvons espérer installer des colons agricoles dans cette province du Congo.

Tout ce que nous pouvons faire, c'est d'y installer des maraîchers.

Au Kivu, au contraire, des hommes qui font autorité dans la matière, tels que le Gouverneur Général Baron Wahis et les vétérinaires Willaert et Garlier, déclarent qu'il fait aussi sain dans certaines parties du territoire, telles que Kalembé-Lembé, Bobandana, N'Goma, etc., qu'en Belgique.

Ils sont également unanimes à déclarer que l'élève du gros bétail peut s'y faire dans des conditions exceptionnelles et qu'il est déjà pratiqué sur une vaste échelle par les indigènes.

Enfin des essais ont été faits et il s'y trouve des terres d'une fertilité extraordinaire, telles par exemple, la région de Luvingi à Rutshuru, ainsi que la région du
Bubaie. Là, les pommes de terre, le blé, le tabac, etc., viennent très bien et sont à même de donner un excellent rendement.

J'ai expliqué ailleurs la façon dont je comprends la colonisation de cette contrée, ainsi que les moyens d'écouler les produits obtenus. Je n'insisterai donc pas sur ce point.

Mais, pour la troisième fois, j'émets le voeu de voir entreprendre le plus tôt possible la colonisation agricole de ce beau pays. Ce vœux est d'autant plus ardent qu'il y a peu d'aléas, que la réussite en est certaine, ou à peu près.

MARINE MARCHANDE. - MARINE DE GUERRE.

Ceux qui en Belgique font autorité au point de vue commercial, sont unanimes à déplorer que notre marine marchande ne prenne pas plus d'extension.
Pour s'en convaincre, il suffît de lire les discours du Roi LÉOPOLD II à Anvers, le 12 Juin 1909, du Roi ALBERT au Sénat, lorsqu'il était encore Prince Royal, des Ministres Helleputte, de Lantsheere, Seegers, de MM. Léon Hennebicq, Franck, Smeester, Hervy-Gousin, de Ryckère, Georges Lecointe, etc..

Ils vous diront que le commerce suit toujours le pavillon.

C'est à dire que la prospérité du pays est intimement liée au développement de notre marine marchande. Tous, vous diront aussi que la stagnation de notre marine marchande provient de la difficulté que rencontrent nos armateurs pour se procurer de bons officiers de nationalité belge.

Pourquoi avons-nous peu de bons officiers de marine en Belgique ?

Uniquement parce que nous ne possédons pas de marine de guerre et que c'est dans celle-ci que tous les pays maritimes recrutent leurs meilleurs officiers de marine marchande. Cette objection suffirait à elle seule pour nous faire désirer avoir une petite marine de guerre.

Il y a d'autres motifs plus impérieux qui militent en sa faveur. L'année dernière (en 1912), aux journées coloniales qui tenaient leurs assises à Bruxelles, M. René Vauthier, dans un beau et savant discours, nous a démontré d'une façon irréfutable que nous avons le droit d'avoir des colonies.

Il m'a paru qu'à ce beau discours une conclusion s'imposait. J'ai donc demandé la parole et la conclusion que j'ai tirée était celle-ci :

 

  • Nous avons le droit pour nous, c'est très bien, mais à quoi sert le droit, s'il ne s'appuie sur la force?
  • De nos jours, on ne parle que de droit, et lorsque nous observons ce qui se passe autour de nous, nous voyons partout la force primer le droit !
  • Nous sommes une nation de près de huit millions d'habitants et, au point de vue du commerce, nous sommes la quatrième nation du Globe. Cependant les grandes puissances nous traitent en quantité négligeable, alors que quatre petits peuples qui, tous ensemble, ont à peine notre population et qui sont loin d'être aussi prospères que nous, tiennent toulc l'Europe en émoi.
  • Pourquoi cette différence?
  • Uniquement parce que les Bulgares, les Serbes, les Grecs et les Monténégrins ont une armée vraiment nationale, qui leur permet de parler fier et haut, tandis que notre armée n'est en rapport ni avec notrepopulation, ni avec la prospérité du pays.


En terminant, je disais :

  • Le meilleur moyen de défendre notre Congo, c'est encore d'avoir une bonne armée en Belgique, car en politique, on aime où l'on fait semblant d'aimer ceux qui sont forts.
  • Ayons donc une bonne armée; on nous aimera et l'on nous respectera.

Depuis lors, la résurrection de notre esprit national s'est affirmée et grâce aux efforts de notre Ministre de la Guerre, le Baron de Broqueville, et de patriotes de tous les partis, tels que : MM. Hymans, de Landsheere, Pirmez, Louis Huysman, Théodor, Monville, Léon Hennebicq, le Lieutenant Général Baron de Heusch, Ludovic Thiriaux, Alban Bertrand, Knudsen, etc., nous allons enfin avoir une armée digne de nous et de notre glorieux passé !

Les preux qui furent nos ancêtres auront tressailli dans leur tombe, le jour où la loi du salut a été votée.
Elle leur aura prouvé que leurs fils n'ont pas dégénéré et que le sang gaulois coule toujours pur dans leurs veines.

Certes, l'effort que nous avons fait est beau et tous les patriotes doivent une reconnaissance éternelle à tous ceux qui ont aidé à la rénovation de notre armée.

N'oublions pas cependant que l'orage gronde toujours et que, si le danger semble s'être déplacé, il ne reste pas moins réel.

Des brochures, des journaux sont publiés et l'on y parle du partage ou de l'annexion de notre colonie, absolument comme si la succession était déjà ouverte.

Des mots!... des phrases!... me dira-t-on.

Oui, mais cela commence toujours par des mots ou par des phrases, jusqu'au jour où l'on se trouve devant la terrible réalité.

Les peuples ont un besoin pressant d'expansion, cela est certain.

Notre colonie est vaste, riche et prospère. Donc, tentante!,..

Si nous voulons la conserver, sachons vouloir la défendre envers et confie tous ceux qui voudraient nous la voler.

M. E. de Renly, dans son bel ouvrage « L'Europe Noire », dit à la page 139 : « La neutralité du Congo semble aussi précaire en Afrique que celle de la Belgique en Europe. Si l'une est entamée, l'autre ne survivra pas longtemps. »

Ou ne peut pas mieux dire. C'est la logique même.

En défendant le Congo, c'est la Belgique que nous défendons, et en armant en Belgique, c'est le Congo que nous protégeons.

Mais, de toute éternité, comment défend-on une colonie?

C'est je pense au moyen d'une marine de guerre.

Je sais qu'après l'effort considérable que le pays vient de faire pour réorganiser son armée, ma demande va faire pousser des cris d'effroi ou de colère à bien des gens.

Les uns diront : ces militaires ne sont jamais contents, donnez-leur un doigt, ils prendront toute la main.

D'autres diront également : c'est un maladroit! Le moment est mal choisi pour demander de nouveaux sacrifices au pays; je sais cela très bien.

Mais ce que je sais aussi, c'est que le danger est peutêtre plus proche que nous ne le croyons.

Quand je vois des peuples, tels que les Hollandais, qui n'hésitent pas à voter la construction de cinq dreadnoughts pour défendre leurs colonies, je pense que je serais criminel, si, puisque c'est ma conviction, je ne disais à mes compatriotes :

Si vous voulez que des peuples amis nous aident à conserver notre beau Congo, il faut que nous le défendions nous-mêmes et qu'à côté de leurs puissantes escadres, notre pavillon soit au moins représenté par 4 ou 5 bonnes unités de combat.

Songez qu'il y va non seulement du salut de notre colonie, mais peut-être aussi de l'indépendance de notre Patrie. L'appétit vient en mangeant et lorsqu'on commence à prendre, il n'y a pas de motifs pour s'arrêter en route.

 

Le proverbe dit : "Aide-toi et le Ciel t'aidera".
En politique, cela veut dire : "Arme-toi et on te respectera!"
* CLAIRONS! SONNEZ AUX CHAMPS....
....AU DRAPEAU!

Chez nous, un drapeau, c'est bien peu de chose, trois morceaux d'étoffe de couleurs différentes, cousus ensemble et que l'on arbore les jours de fête.

C'est à peine si on le regarde et l'on passe indifférent devant lui.

Au Congo, au contraire, dans chaque poste, dans chaque station, dans chaque camp, il n'y a qu'un drapeau.

Toujours il est placé sur la perche la plus haute et lorsque, le soir, sa journée terminée on se trouve seul, assis sur sa chaise longue et qu'on rêve au pays natal, instinctivement les yeux se portent vers lui.

Dans le grand silence d'une de ces belles soirées tropicales, lorsque l'on n'entend plus que le coassement monotone des grenouilles et le grincement éternel des grillons, on voit le soleil disparaître lentement à l'horizon. Une sonnerie de clairons retentit.

Les soldats sortent précipitamment de leurs cases et présentent les armes; les blancs se lèvent et se découvrent respectueusement.

Pourquoi?


C'est qu'à ce moment on amène le drapeau.


Oh ! non, à cet instant, ce drapeau n'est pas une loque, un chiffon.

C'est l'âme même de la Patrie absente! c'est notre guide, c'est notre conscience.

C'est lui qui, au nom du progrès, nous dit : Marche, va de l'avant!


C'est lui aussi qui, au nom de la civilisation, nous dit encore : Sois juste et bon. Apprends à ces malheureux, à ces pauvres déshérités que le droit du plus fort n'est pas toujours le plus juste, ni le meilleur.

Apprends-leur ce que signifient ces deux grands mots qui sont à la base de toutes les civilisations : Justice et Charité.

Eu fin, c'est encore lui qui nous réconforte dans Tes moments difficiles et, lorsque nous nous sentions las, découragés, prêts à faiblir peut-être, c'est encore lui qui nous crie :

« Debout et haut les cœurs ! »

Fais ce que dois!
Advienne que pourra!....

Lire le livre via document pdf carnet de campagne Arabe via internet .. .

Info

Ook op het internet gelden de auteursrechten. Werken die auteursrechtelijk beschermd zijn, zoals tekeningen, foto's, muziek, film en software, mag u niet verspreiden via het internet zonder de uitdrukkelijke toestemming van de auteur.
Een auteur van een programma kan de namaker van zijn werk strafrechtelijk laten vervolgen, maar dat kan alleen als het namaken kwaadwillig of bedrieglijk is gebeurd. Niet alleen de namaker is strafbaar, ook wie namaakprogramma's voor handelsdoeleinden verkoopt, in voorraad heeft voor verkoop of invoert in België, overtreedt het auteursrecht.
Delcol Martine