Une Leçon de sagesse

GEORGES DUHAMEL, DE  L'ACADÉMIE FRANCAISE

Congo 1960: bulletin periodique

 

  Si nous n'avions mille raisons pertinentes d'admirer l’œuvre des Belges dans leur belle colonie du Congo, nous pourrions encore les louer et les remercier d'une chose essentielle pour les visiteurs de ma sorte : en arrivant du Sud, on éprouve un véritable soulagement à voir les Africains sourire, rire et chanter. La détente est immédiatement perceptible et elle comporte les conclusions qu'on imagine sans peine. Le Congo belge présente une superficie égale à quatre-vingt-dix fois celle de la métropole. C'est un fort beau domaine. Il est tout entier compris dans la zone tropicale, de part et d'autre de l'Équateur.

Si la population autochtone est formée d'Africains appartenant à des tribus diverses par leurs coutumes et séparées par des distances comparables à celle qui sépare Paris d'Athènes, cette population est quand même homogène dans L’ensemble. Les apports de L’Asie ou du Soudan ne sont pas encore trop considérables.

Les nouvelles propagandes, de caractère politique ou religieux, se font très lentement jour à travers ces grandes solitudes. Le Congo paraissait donc une terre d'élection pour une expérience coloniale exemplaire. On est heureux de penser qu'une telle expérience, favorisée sans doute par des circonstances exceptionnelles, a été menée, du moins, avec bon sens, avec fermeté, avec humanité.

Le sol du Congo est fertile en beaucoup de ses parties. Le sous sol est riche en minerais. Certaines provinces, comme le Katanga jouissent, grâce à l’altitude, d'un climat plaisant et tonique.

Les Belges ont pensé que la meilleure façon de justifier leur domination était d'abord d'instituer un ordre, ensuite d'exploiter les richesses naturelles du pays avec méthode et, naturellement, puisque les Africains seraient associés à cette entreprise et lui fourniraient la main-d' œuvre indispensable, d'élever les travailleurs dans L’ordre de la technique.

Tous les observateurs savent désormais que, dans le monde moderne, dès que l'on abandonne la condition manouvrière, l’accession à la science suppose trois degrés :
la technique d'abord, ensuite la recherche scientifique et l’invention, enfin la philosophie scientifique et la création des méthodes générales pour « bien conduire sa raison ». Il nous est absolument impossible d'affirmer que les peuples de l’Afrique centrale ne donneront pas un jour, des intelligences de la troisième catégorie : les hommes de L’antiquité méditerranéenne considéraient, par exemple, les Gaulois et les Germains comme des barbares. Introduire patiemment, humblement les Noirs de l’Afrique centrale à la technique, c'est une œuvre de commencement et c'est une œuvre humaine. Leur refuser l‘accès de la technique, c'est manquer au devoir de la race éducatrice et c'est préparer un avenir de ressentiment et de lutte inexpiable.

J'ai visité des usines du cuivre, à Jadotville. Les Noirs y connaissent la condition générale de l'ouvrier, quelle que soit la couleur de sa peau une  pouponnière tout à fait remarquable inspire seulement quelque envie à l'Européen, à l'homme de nos pays ruinés par des guerres épuisantes. J'ai visité les huileries du Bas-Congo, les filatures et les tissages de l'Utexleo, usine qui, avec le coton du pays même, produit un bon tiers des cotonnades nécessaires à la population autochtone.

Partout, j'ai vu les Noirs mis à même de s'instruire, de démontrer leurs mérites, de faire preuve d'invention et d'initiative. Les Congolais ont, par exemple, du goût pour la décoration, pour le dessin ornemental, et ce talent est aussitôt mis à l'essai, puis à l'œuvre.

Les Africains, infiniment plus nombreux que les Européens, on le croira sans peine, habitent des villes qui ne sont pas des ghettos, qui sont aérées, égayées et embaumées par beaucoup de verdure. Ces villes comportent des terrains de sport, des établissements scolaires, des centres d'assistance sociale. Les Noirs ont leurs tribunaux et sont jugés par des hommes de leur race. Chaque plaideur peut parler la langue de sa tribu: les juges sont nombreux et choisis à cet effet.

On trouve dans les grands centres, de bons hôpitaux et des instituts scientifiques édifiés sur le modèle de nos Instituts Pasteur. Les médecins sont savants et appliqués à leur tâche.

J'ai visité, naturellement, les écoles. Elles sont excellentes.
Là, comme dans le monde entier, les missions religieuses, notamment, font un travail admirable.

Là société européenne, à Léopoldville comme à Élisabethville, montre une admirable ferveur pour les arts, pour la musique notamment et pour les lettres. J'ai entendu, au Katanga, un fort beau récital d'orgue et la belle chorale noire des chanteurs à la Croix de Cuivre.

On attend les livres envoyés de Belgique ou de France. On les dévore et on en parle.

L'Union Africaine des Arts et des Lettres donne des conférences qui font les frais des entretiens et L'objet, dans la presse, de critiques passionnées.

Une Alliance Française vient de s'établir à Léopoldville, Les lettres impriment des revues qui sont, pour poètes et prosateurs, de précieux laboratoires. On retrouve, dans cette société accueillante, vraiment éclairée, raffinée, ce chaleureux enthousiasme qui donne pour nous tant de prix à l'amitié des Belges de la métropole.

La colonie est administrée avec une tranquille fermeté. La discipline semble parfaite et tout à fait indépendante des vicissitudes et des fantaisies de la politique. Les administrateurs aiment leur métier.

Ils jouissent d'une autorité qui n'est pas remise en question chaque semaine. Beaucoup d'entre eux, ayant fait là toute leur carrière, connaissent à merveille et leurs devoirs et la mesure de leurs pouvoirs. La plupart aiment le Congo, s'y font construire une demeure personnelle et y appellent les membres de leur famille en vue d'établissement.

Ainsi la Belgique travaille avec persévérance et avec profit. Elle est assez raisonnable pour ne pas donner ce qu'on ne lui demande pas. Elle offre dans un univers secoué de convulsions le spectacle bien réconfortant de l'ordre et de la raison.

 

 

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Een auteur van een programma kan de namaker van zijn werk strafrechtelijk laten vervolgen, maar dat kan alleen als het namaken kwaadwillig of bedrieglijk is gebeurd. Niet alleen de namaker is strafbaar, ook wie namaakprogramma's voor handelsdoeleinden verkoopt, in voorraad heeft voor verkoop of invoert in België, overtreedt het auteursrecht.
Delcol Martine