SUR LA PRÉSENCE PORTUGAISE AU GABON

Bulletin Hispanique. Tome 57, N°4, 1955. pp. 415-416.

Recherches sur la présence portugaise au Gabon .

Bulletin Hispanique. Tome 57, N°4, 1955. pp. 415-416.

SUR LA PRÉSENCE PORTUGAISE AU GABON

Grâce aux publications de l’Agencia Gérai do Ultramar, à Lisbonne, et, parmi celles-ci, aux Monumento, Missionaria Africana du P. Brásio [2], quelques précisions ont pu être réunies sur l'histoire des Portugais dans la région du golfe de Guinée. Si de nombreux documents permettent d'étudier le passé des îles (et notamment de la principale, Sâo Tomé), il n'en est pas de même des côtes du continent.

Les rivages du Gabon s'étendent du 1er degré de latitude nord au 4e degré sud environ. Jusqu'au cap Sainte-Catherine (1° 52' sud), les côtes ont été découvertes par des marins de Fernâo Gomes, commerçant lisbonnais qui avait pris à ferme le trafic des côtes d'Afrique à la condition de découvrir tous les ans cent lieues de côtes nouvelles au delà de la Sierra Leone. Le cap Sainte-Catherine fut atteint par Rui de Sequeira en 1474 ou 1475. Au delà de ce point, les découvertes reprirent sous le règne de Jean II de Portugal (1481-1495) et les côtes sud-gabonaises furent aperçues pour la première fois par DiEgo Cào, qui descendit jusqu'au Congo en 1482-1483.

La puissance portugaise dans le golfe de Guinée fut basée à S. Tomé ; les côtes gabonaises furent seulement un terrain de recherche et d'exploitation. Le peuplement de l'île et son développement économique (introduction de la culture de la canne à sucre) amena un appel de main-d’œuvre africaine. L'esclavage existait déjà en Afrique, ses sources étaient à peu près les mêmes qu'autrefois à Rome : prise de guerre, naissance, insolvabilité et aussi prix du sang; l'esclave était un domestique attaché à son maître. Au contraire, pour les Portugais, l'esclave était essentiellement un prisonnier de guerre (les mots de cativo, servo, escravo des premiers textes sont pratiquement synonymes). Les rois firent don de prisonniers aux premiers habitants de S. Tomé ; ces esclaves furent affranchis et assimilés très rapidement. C'est avec le développement agricole et minier du Nouveau Monde qu'une autre conception apparut : celle de l'esclave-marchandise, notion correspondant à une économie qui n'est déjà plus L' « économie de manoir » du Moyen Age. La traite des noirs s'accroissant, c'est surtout les parties sud du Gabon (Chiloango, Mayumba) qui furent en contact avec les Portugais, les habitants de ces régions étant plus recherchés. La suppression de l'esclavage au Brésil, entre 1817 et 1888, amena la fin de ce trafic, tandis que s'installaient les premiers établissements français (1839) et qu'en 1885 les accords de Berlin consacraient le partage de l'Afrique.

Avec les premiers marins et commerçants portugais vinrent aussi des missionnaires ; les côtes du Gabon furent sous la dépendance de l'évêché de S. Tomé, fondé en 1534 et dont le premier titulaire fut D. Diogo Ortiz de Vilhegas. La création, en 1596, d'un autre évêché à Sâo Salvador du Congo sépara ces côtes en deux juridictions. Par la suite, l'activité missionnaire diminua considérablement, pour reprendre à partir du XIXe siècle, mais par des religieux appartenant à d'autres nations.

Quels souvenirs reste-t-il actuellement de la présence portugaise au Gabon? Les Portugais y ont laissé un certain nombre de noms de lieu dont quelques-uns ont disparu et d'autres ont été déformés. Ces noms ont été donnés à des époques très différentes, soit dès le début par les découvreurs, soit jusqu'au XIXe siècle par des insulaires de S. Tomé ou des traitants. La langue portugaise a pénétré les idiomes Gabonais, notamment les langues du sud (vili) : une centaine de mots de cette origine ont été relevés ; ils sont souvent d'importation récente, bien qu'il y ait des traces de pénétration linguistique en Afrique centrale dès le XVIe siècle ; ils correspondent généralement à des objets nouveaux pour les Africains. Le portugais a aussi pénétré la langue dite « petit-noir », mais en subissant alors une évolution sémantique (cas des mots palabre, case, fétiche, etc.). Il est difficile de dégager quelques règles de cette évolution : les finales nasales ~âo ont été remplacées par un simple -a tonique ; il y a eu une dissimilation l-r que l'on retrouve souvent dans les langues africaines et surtout une simplification générale.

Enfin, les marins portugais ou brésiliens ont introduit au Gabon un certain nombre de plantes nouvelles, fruits ou plantes à tubercules, et certaines danses locales sont d'origine lusitanienne.

Robert REYNARD.

 

[1]. N. D. L. R. — Les recherches dont on publie ici les principaux résultats ont
fait l'objet d'un mémoire de D. E. S. présenté à la Faculté des Lettres de Montpellier. Ce travail sera prochainement publié dans le n° 9 du Bulletin de l'Institut
d'Études centrafricaines, à Brazzaville.
[2]. Monumento, Missionaria Africana. África ocidental. Coligida e anotada por
Padre Antonio Brásio, C. S. Sp. Vol. 1 : 1471-1531, xlvh-574 p., Lisboa, 1952 ; vol. II :
1532-1569, XLVii-594 p., Lisboa, 1953; vol. III : 1570-1599, xlvii-625 p., Lisboa,
1953; vol. IV, supplément aux précédents : 1469-1599, xxxix-684 p., Lisboa, 1954.
Malgré le titre, il ne s'agit pas que de documents d'ordre religieux, mais de textes
concernant la pénétration portugaise en Afrique occidentale : Mina, Bénin, golfe de
Guinée, Congo et Angola. La plupart des textes étaient inédits. Les ouvrages con
cernant les siècles suivants sont en préparation.

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