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Congo Belge : Province de l'Equateur

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congo 1960 image foto sans titre
Province de l'Equateur - CAPITALE Coquilhatville

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Bolomba
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Cocquilhatville
Ingende

 

Le petit monde de Coquilhatville en 1940

cocquihatville banque

 

Résumé

Cette étude est basée sur de nouveaux matériaux des archives MSC à Borgerhout qui permettent de décrire plus en détails l'atmosphère régnant à Coquilhatville principalement au début de la guerre. Une véritable psychose de guerre s'y installait et quelques personnes sont la victime de la chasse aux sorciers, menée par les «bien pensants». Edmond Boelaert en tant qu'objecteur de conscience devait quitter la ville en rélégation à Bokuma. Les Noirs, qui étaient tenus à l'écart de toute information

Coquilhatville est située sur la rive gauche du Fleuve Congo au confluant avec la Ruki et l'Ikelemba.

Le point vital en est le port de transit (Kinshasa – Kisangani ; mouvement en 1944 : 50.000 tonnes). Elle héberge l'Administration Provinciale avec M. E. Henry (1890, au Congo 1915) comme Commissaire Provincial, Chef de Province durant toute la guerre, l'administration du Territoire, un Bataillon de la Force Publique, deux paroisses catholiques et une protestante (Disciples of Christ Congo Mission), deux hôtels5, quelques entreprises commerciales (SECLI, SEDEC, Interfina, Van Lancker, N.A.H.V., Nogueira) et l'Administration des grandes entreprises concernant la guerre, on attendait bien qu'ils s'évertuent pour contribuer à «l'effort de guerre» par une nouvelle campagne de caoutchouc. L'art étant plus éloquent et plus insidieux que la parole surveillée, permet au Père Jos Moeyens de glisser sous le nez de l'Administrateur, dans le pamphlet même appelant la population noire au caoutchouc, ses vives protestations Cette étude est loin d'être complète. Plusieurs secteurs n'ont pas été touchés. Il faudra avoir alors accès à d'autres documents, notamment ceux de l'Administration locale, de la Justice et des militaires

La Deuxième Guerre Mondiale a eu un impact notable sur l'Afrique coloniale. La Colonie belge n'y a pas échappé. On y trouve le reflet des changements culturels et conceptuels intervenus en Europe. La démocratie était tombée en discrédit, d'autres formes de gouvernement, plus autoritaires, faisaient maintenant partie du paysage. Les esprits étaient fort divisés sur ce genre de questions. En Flandre et en Wallonie des tendances fascistes avaient gagné un grand nombre d'adhérents. Quand la guerre atteint la Belgique, cette division idéologique jouera pleinement dans l'attitude que certaines autorités et beaucoup de citoyens allaient prendre devant l'événement. Quand le roi prend sur lui de signer la capitulation de l'armée belge devant l'Allemagne, la rupture se radicalise. Le Gouvernement veut continuer la guerre à côté de l'Angleterre (et des alliés) et se sépare du roi Léopold III. Au Congo le Gouverneur Général Ryckmans choisie le côté du Gouvernement, établi à Londres.

Les Belges du Congo n'avaient pas de droits politiques (locaux), mais ils n'étaient pas sans avoir des opinions. Certains les expriment et ils ne se sentent pas obligé de s'aligner à l'option politique du Gouverneur. Ainsi il arrive que la Belgique n'est de fait plus en guerre, mais que la Colonie l'est bien. Comme en Belgique, il y a des gens au Congo qui s'accommodent de la défaite. Ce sont des 'défaitistes' car ils doutent de la victoire finale des Alliés mais par ce fait ils sont en opposition avec la doctrine officielle. Dans un pays sans démocratie une telle attitude est risquée, il peut y avoir des sanctions. Il faut penser comme le gouvernement (de Léopoldville), il faut penser correctement, être «bien-pensant».

Pour le contexte général de la guerre au Congo et pour l'identification des documents officiels y relatés, nous renvoyons à l'étude de Benoît Verhaegen, La guerre vécue au Centre Extra-coutumier de Stanleyville1.

L'étude qui suit, veut apporter quelques éléments à l'histoire coloniale belge. Les faits relatés sont liés à la situation particulière de Coquilhatville. De fait ils ne sont que des applications d'Instructions valables pour toute la Colonie et ils traduisent les réactions typiques des populations blanches et noires devant les mêmes événements et inspirées par les mêmes positions idéologiques et sociales.

Sur base de documents de l'Administration de Coquilhatville, Lufungula Lewono a esquissé dans les Annales quatoria de 19882 le sort réservé aux Allemands, aux Autrichiens et aux Italiens séjournant dans la Province de l'Equateur et à Coquilhatville. Ils étaient internés ou mis sous surveillance. Une atmosphère de suspicion était ainsi créée envers ces personnes et leurs familles et des tracasseries ne pouvaient pas être évitées. Nous avons trouvé dans les archives MSC à Borgerhout des nouveaux matériaux qui nous permettent de décrire plus en détails l'atmosphère régnant à Coquilhatville principalement au début de la guerre. Nous sommes ainsi en mesure de relater quelques incidents qui ont ému la population blanche de la ville, souvent, comme le constate Lufungula, «au grand étonnement du public (noir).»

Les Noirs se posaient bien des questions mais l'Administration avait pris des mesures de surveillance et de censure des publications leurs destinées empêchant ainsi la moindre mention de la guerre en Europe.

Cela n'empêchait pas que les Blancs de leur côté s'en émouvaient. Une véritable psychose de guerre s'installait à Coquilhatville et quelques personnes sont la victime de la chasse aux sorciers, menée par les «bien pensants».

Mais des Noirs, qui ne pouvaient rien savoir de ce qui se passait on attendait bien qu'ils s'évertuent pour contribuer à «l'effort de guerre» par une nouvelle campagne de caoutchouc. Un document révélateur et choquant pour certains observateurs contemporains en témoigne. Ici nos considérations dépassent quelque peu la ville de Coquilhatville car l'effort de guerre, bien que dirigé à partir du centre de la province, était surtout d'exécution à l'intérieur.

L'art étant plus éloquent et plus insidieux que la parole surveillée, permet au Père Jos Moeyens de glisser sous le nez de l'Administrateur, dans le pamphlet même appelant la population noire au caoutchouc, ses vives protestations qu'il avait déjà formulées dans ses lettres à Gustaaf Hulstaert.

Cette étude est loin d'être complète. Plusieurs secteurs n'ont pas été touchés. Il faudra avoir alors accès à d'autres documents, notamment ceux de l'Administration locale, de la Justice et des militaires3. Nous avons pu consulter les Rapports des Conseils de Province des années 1940, 1944 et 1945, mais précisément les années 1941 à 1943 font défaut dans la Bibliothèque Africaine à Bruxelles.

Le petit monde de Coquilhatville en 1940

Coquilhatville est située sur la rive gauche du Fleuve Congo au confluant avec la Ruki et l'Ikelemba. Le point vital en est le port de transit (Kinshasa – Kisangani ; mouvement en 1944 : 50.000 tonnes). Elle héberge l'Administration Provinciale avec M. E. Henry (1890, au Congo 1915) comme Commissaire Provincial, Chef de Province durant toute la guerre, l'administration du Territoire, un Bataillon de la Force Publique, deux paroisses catholiques et une protestante (Disciples of Christ Congo Mission), deux hôtels, quelques entreprises commerciales (SECLI, SEDEC, Interfina, Van Lancker, N.A.H.V., Nogueira) et l'Administration des grandes entreprises agricoles comme la Société Anonyme Belge (S.A.B.) et l'Equatoriale, un hopital pour les Noirs (1920) et un pour les Blancs (1926 et 1932), et un Laboratoire de bactériologie (1929).

Les Noirs vivaient en deux quartiers6 : Bakusu et Basoko (principalement des pêcheurs). Plusieurs Congrégations religieuses y organisaient l'enseignement primaire pour garçons et filles et une Ecole secondaireétait dirigée par les Frères des Ecoles Chrétiennes. Coquilhatville disposait d'un Bureau de Poste, d'une liaison télégraphique et radiographique, d'un poste de douanes.

La plaine d'aviation servait depuis 1935 comme escale sur la ligne Bruxelles-Léopoldville. Il y avait un Tribunal de Première Instance dont Maurice Posschelle (1886, au Congo 1928) etait Juge-Président.

Selon les données officielles le nombre des habitants de Coquilhatville se présente comme suit : 1940 : Blancs 417 Noirs: 9.953 (dont 1.941 pêcheurs) 1945 : Blancs 354 Noirs: 11.767 (dont 2.191 pêcheurs)

Les acteurs principaux des événements relatés dans cette étude étaient des militaires et des missionnaires (catholiques). Les scènes évoquées se situent aux endroits suivants: Le Couvent des Frères, la Procure, le Camps Militaire, le Port de Coquilhatville et à la Mission Catholique de Bamanya (10 km de Coquilhatville). Les Frères des Ecoles Chrétiennes (F.E.C.), tous d'origine belge, étaient arrivés au Congo en 1910. En 1929 ils s'étaient installés à Bamanya sur demande de Monseigneur Van Goethem pour y diriger l'Ecole Normale. Deux ans plus tard ils ouvrent à Coquilhatville le Groupe Scolaire, Ecole Officielle Congrégationiste, (Ecole Moyenne pour Commis, 4 ans) en face de la cure de la paroisse de Bakusu. On y trouve les Frères Herman7 et Albert (Albrecht) De Witte.

La « Procure » était située au bord du fleuve en pleine ville européenne, à quelques pas du Port. En 1911 les Trappistes y avaient construit une habitation et une remarquable cathédrale. C'est aussi la résidence de l'Evêque du lieu, Mgr Eward Van Goethem, appelé à ce époque «Vicaire Apostolique». Son adjoint le Père Paul Jans, longtemps Supérieur de la Mission de Bamanya, y séjournait depuis 1936 jusqu'à son départ à l'armée mi-décembre 1940. Y étaient rassemblés les services centraux du Vicariat comme le bureau qu'organisait l'approvisionnement des Postes de Mission de l'Intérieur, communément appelé «Procure», tenu par le Père Marcel Es. La mission y avait installé une petite imprimerie dont le Père Moeyens tenait les rênes au moment des événements relatés ici. Boelaert y habitait de décembre 1940 au 2 juillet 1941. Il y retournera après la guerre. Sur la concession de la Procure se trouvait le « Cercle Sportif et Philanthropique », lieu de rencontre et des activités culturelles des Blancs9.

Bakusu était la Paroisse des Noirs ouverte en 1934 dans le «Centre Extra-Coutumier». En 1942 s'y ajoute le quartier «Bruxelles» à côté du village Ikongo Wasa. Boelaert habitait la paroisse de Bakusu du 15 août 1939 à mi-décembre 1940 et y animait l'action culturelle et sociale dans le cadre du Cercle «Excelsior». Le curé était l'ancien Trappiste, le Père Sébastianus Wiedenbrugge (1884-1963; Congo 1912-1950). Le Camp de la Force Publique10 était situé en face de la Paroisse de Bakusu, audelà du marais en direction de la Ruki. C'est le Capitaine Commendant Camille De Vré (dans la Force Publique depuis 1925) qui y commande au debut de la guerre, succédé plus tard par un réserviste Thiriart (incorporé dans la Force Publique en novembre 1941).

Bamanya avait été repris des Pères Trappistes, fondateurs de la Mission (1895), par les Missionnaires du Sacré Coeur en 192511. Hulstaert y résidait comme Supérieur et Inspecteur des écoles entre 1936 et 1946. Les Frères des Ecoles Chrétiennes y dirigeaient une école d'Instituteurs (Ecole Normale) et avaient une maison de formation de candidats congolais à leur Congrégation. Parmi les Missionnaires du S. Coeur, il n'y avait à cette époque que de Flamands à Bamanya et à Mbandaka.

Flamands et Wallons avaient leur vie culturelle en grande partie séparée selon les lignes linguistiques. Mais il me manquent les données pour en tracer l'impacte sur la vie sociale. Tous les Flamands n'étaient pas des « flamingants » et tous les Wallons n'étaient pas des « belgicistes 12». Dans leur récit des événements, Boelaert et Moeyens y font allusion et citent parmi les «flamingants» les noms de Van Houtte13, Jean-François Nys (né 1904, au Congo depuis 1929, agent territorial), Jules Coryn (né 1901, au Congo depuis 1927, Percepteur de Poste), Désiré Braeckman (né 1910, au Congo 1938 ; Administrateur Territorial), et François Bossaert (né 1904, au Congo 1926, sous-chef de bureau au Département des Finances).

En 1936 le Père Paul Jans le futur aumônier en chef de la Force Publique, devient Curé de la Cathédrale de Coquilhatville, la paroisse des «Blancs». En 1937 il lance une feuille paroissiale : La page Chrétienne du mois. Distribuée gratuitement, aussi à l'intérieur, la feuille paraissait sur 4 pages, au début mensuellement, plus tard à des intervalles irréguliers. En 1940 on notait un tirage de 333 exemplaires. Boelaert le prendra en main pendant une brève période (de janvier à juillet 1941), après le départ de Jans. La feuille disparaît après août 1942. A part l'horaire des services religieux il n'y avait rien d'original. C'était plutôt un genre de Digest Catholique destiné à l'édification des paroissiens. Mais cette édification n'était pas nécessairement pieuse, à certains moments elle était même très politisée car le choix des articles n'était pas innocent et reflétait assez bien la pensée (socio-politique) des rédacteurs. A partir de juillet 1939 la guerre ne sera plus absente de La Page Chrétienne. Parfois l'origine du texte cité est vaguement indiquée, parfois il n'y a la moindre indication quant à l'auteur ou à la publication originale. Nous avons pu en retrouver quelques-unes. Moeyens a illustré ces textes avec quelques linogravures. Le maître à penser du clergé d'avant-garde de l'époque était le Chanoine Jacques Leclercq1, professeur à l'Université Catholique deLouvain. Ses articles reproduits dans la feuille paroissiale sont repris principalement de la revue La Cité Chrétienne.

Le premier texte, en relation avec la guerre, date de juillet 1939 : Henri Bauchau, Soliloque d'un mobilisé. La vertu de force, repris de La Cité Chrétienne. Il ouvre avec la phrase: « La guerre est sur nous. » En octobre 1939 il sera suivi d'un article plus moralisant: M.J. Folliet, A propos du racisme18. Il s'agit bien sûr du racisme nazi.

La Page Chrétienne ouvre l'année 1940 avec un article de fond repris de Jacques Leclercq : La morale et la guerre présente (d'une série de 4 articles sur la Guerre dans La Cité Chrétienne. En résumé : Il ne faut pas mettre l'Eglise au service des intérêts temporels. Jusqu'à Munich, Hitler était raisonnable. L'annexion de la Tchécoslovaquie a été la première faute. On ne peut pas se fier à Hitler mais il y des graves fautes de l'autre côté aussi: L'Amérique, l'Angleterre et la France ont saboté et trahi la Société des Nations. Le réflexe chrétien doit être celui de patriotisme et de respect pour tous. L'auteur fait la part des choses : « Les dirigeants de l'Allemagne prétendent n'être pas plus immoraux que leurs adversaires, mais simplement plus francs. Il y a une part de vérité là-dedans.» De portée plus philosophique mais toujours dans le but d'une formation politique, on trouve dans le même numéro de janvier : « Universele godsdienst en nationaal volksbelang » [Religion universelle et intérêt national du peuple] (Anonyme), repris de la revue nationaliste flamande Nieuw Vlaanderen qui a son tour a puisé dans un texte de Joseph Eberle dans Schönere Zukunft

En février 1940 on publie un commentaire de J. Tonneau sur l'Encyclique de Pie XII Summi Pontificatus (repris de La Vie Intellectuelle). Leclercq reçoit à nouveau la parole dans le même numéro et on reprend de La Cité Chrétienne (décembre 1939) un long texte : Petite morale patriotique (p.7-12). L'auteur donne quelques bons conseils et incite au courage et au calme. Il s'attaque à l'alarmisme de la presse et propose d'en limiter l'influence. Loger les mobilisés et payer l'impôt sont les mots d'ordre du moment.

Entre mai 1940 et janvier 1941 nous ne possédons aucun numéro dans nos archives. Le déclenchement de la guerre en Belgique avait-il temporarement fait supendre la publication?

Le numéro de janvier-février de 1941 ne contient aucune allusion à la guerre. C'est le numéro de mars-avril 1941 qui aligne les grands canons. C'est le premier après le départ de Jans à la guerre. Il est très probable que tout le numéro, extrêmement politisé, est de la rédaction de Boelaert. Celui-ci a apposé sa signature sous deux articles anonymes, dans l'exemplaire gardé aux archives de Bamanya. Des accents clairement anti-alliés y percent, tout en plaidant pour un jugement équilibré, basé sur des principes chrétiens. Nous y retrouvons des reflets de l'anti-démocratisme d'avant guerre (et qui bien sûr se prolongeait durant la guerre.) Dans le titre Pour l'Ordre Nouveau nous reconnaissons une expression politique cher à l'époque21. Le texte est anonyme mais signé par E. Boelaert dans son exemplaire à lui. De fait ce sont des longues citations de J. Du Plessis, La Civilisation de l'Occident dans La Vie Intellectuelle du 31 mars 1936, pages 471-485. Ce n'est pas un plaidoyer pour le nazisme, mais bien dans le style des « pessimistes de la culture » de l'époque, un réquisitoire de la situation politico-religieuse en Occident (Oswald Spengler, C.V. Georghiu). Y fait suite un bref texte : Nieuwe Middeleeuwen (Nouveau Moyen Age) de Nicolas Berdjajew (1874-1948 ; La traduction néerlandaise de l'essai a été publié en 1935 à Antwerpen.) Citons-en quelques phrases caractéristiques: "La démocratie est le gouvernement de la volonté populaire en débandade. (…) Elle laisse décider par le vote ce qui est la vérité. Mais celui croit qui en la vérité, celui qui possède la vérité, ne la livre pas au droit de vote général. (…) La démocratie fait du parlement l'outil de la dictature du parti politique = le plus désorganique qui peut exister. » (Traduction du néerlandais.) Comme une véritable curiosité y figure alors le seul texte en anglais jamais publié dans le périodique : Citizenship. Its Privileges and Responsabilities, de Roger W. Holmes (The Atlantic, November 1940, pages 638-641). C'est typiquement Boelaert qui veut combattre ses ennemis (les pro-alliés) avec leur propres armes (dont la langue). «The danger to our way of leaving [living?] today is not invasion – it is selfish citizenship. Selfish citizenship makes a democracy inefficient and corrupt.»

Les textes dans le numéro de mai-juin 1941 suivent la même direction, bien que de manière moins prononcée. Boelaert était toujours à Coquilhatville, mais il n'est pas impossible que Hulstaert y disait son mot et l'imprimeur, le Père Moeyens adhérait lui aussi aux mêmes idées22. Nous y trouvons un texte des évêques anglais, catholiques et protestants : Les fondements de la paix chrétienne paru dans le Times du 21 décembre 1940. Ensuite on donne la parole au Père Leslie Rumble, (Australien), Pays de liremède [le catholicisme] qu'Hitler et Stalin .»23 Comme il convient à une feuille paroissiale, on finit par citer quelques extraits de l'Encyclique de Pie XII sur la guerre Summi Pontificatus (20-11-39).

En juillet-août 1941, Boelaert a déjà quitté Coquilhatville. La rédaction est probablement aux mains de Hulstaert ou de Moeyens mais on continue à tirer dans le même camps. On y trouve un morceau bien fort pour l'époque quand l'auteur anonyme sous le titre Internationale Moraal (Morale internationale) présente quelques extraits du « Handboek van Internationale Moraal24 » Citons (en traduction) en quelques phrases de pleine application à la Belgique occupée : «Juridiquement, la région occupée reste soumise au souverain chassé, mais parce qu'il n'est pas en mesure de gouverner, le parti occupant (…) est installé à la place de l'autorité légale dont elle doit exercer la fonction jusqu'à la paix (…) Ils ne peuvent, ni individuellement ni collectivement poser des actes de violence contre l'armée et l'administration de l'ennemi. » Et il ne manque pas de citer les paragraphes qui prônent la préséance de la communauté populaire sur l'état. Des extraits de Salazar : Une révolution dans la paix nous situent en pleine discussion politique avec une option forte et claire : « Nous sommes anti-libéraux, (…) Nous sommes anti-démocrates (…) Nous voulons arracher le peuple à l'esclavage de la ploutocratie.» Et l'article (anonyme) suivant tire de la même veine : Oost en West (Est et Ouest) est un morceau typiquement anti-occidental et de teneur euro-pessimiste culturel, dans le pur style de l'Hulstaert de l'époque. De fait ce sont des citations de L.J.M. Feber, Het uur van Azie (Antwerpen 1939, 219 pages) (L'heure de l'Asie) avec, pour compteberté illimité. Il pose que la société ne peut être guérie que par le catholicisme vécu et il conclue « L'Amérique semble tout aussi bien disposé à ignorer ce vrai remède [le catholicisme] qu'Hitler et Stalin .»23 Comme il convient à une feuille paroissiale, on finit par citer quelques extraits de l'Encyclique de Pie XII sur la guerre Summi Pontificatus (20-11-39). En juillet-août 1941, Boelaert a déjà quitté Coquilhatville. La rédaction est probablement aux mains de Hulstaert ou de Moeyens mais on continue à tirer dans le même camps. On y trouve un morceau bien fort pour l'époque quand l'auteur anonyme sous le titre Internationale Moraal (Morale internationale) présente quelques extraits du « Handboek van Internationale Moraal24 » Citons (en traduction) en quelques phrases de pleine application à la Belgique occupée : «Juridiquement, la région occupée reste soumise au souverain chassé, mais parce qu'il n'est pas en mesure de gouverner, le parti occupant (…) est installé à la place de l'autorité légale dont elle doit exercer la fonction jusqu'à la paix (…) Ils ne peuvent, ni individuellement ni collectivement poser des actes de violence contre l'armée et l'administration de l'ennemi. » Et il ne manque pas de citer les paragraphes qui prônent la préséance de la communauté populaire sur l'état. Des extraits de Salazar : Une révolution dans la paix nous situent en pleine discussion politique avec une option forte et claire : « Nous sommes anti-libéraux, (…) Nous sommes anti-démocrates (…) Nous voulons arracher le peuple à l'esclavage de la ploutocratie.» Et l'article (anonyme) suivant tire de la même veine : Oost en West (Est et Ouest) est un morceau typiquement anti-occidental et de teneur euro-pessimiste culturel, dans le pur style de l'Hulstaert de l'époque. De fait ce sont des citations de L.J.M. Feber, Het uur van Azie (Antwerpen 1939, 219 pages) (L'heure de l'Asie) avec, pour compte 34 du compilateur anonyme de La Page Chrétienne, des applications à l'Afrique : « Le rabougrissement des sentiments religieux et moraux de l'Afrique sous l'influence de l'Occident (..) Et cela est probablement l'accusation la plus grave qui peut être avancée contre la colonisation. » C'est le dernier mot politique dans La Page Chrétienne. A partir de septembre-octobre 1941 (avec une suite à Pâques 1942) le ton redevient très pieux. On publie encore des extraits innocents de la lettre pastorale de Mgr Richard Downey, Archevêque de Liverpool, en relation avec la guerre. Suivront encore deux numéros du même genre avant de sombrer définitivement après Pâques 1942. A la même époque Hulstaert publiait dans quatoria (1941, p.59-60) un extrait d'une brochure de 1938 de Leclercq « De la Communauté Populaire » soulignant que «Dans la notion de communauté populaire, la patrie, c'est la communauté populaire, l'Etat n'est plus qu'une institution juridique» liant ainsi la position du mouvement flamand et le droit des peuples colonisés. C'étaient les textes fétiches de Boelaert et de Hulstaert. Il n'est pas certain que ces textes ont eu une influence de quelque importance sur cette population blanche de militaires, commerçants et employés, peu enclins aux considérations philosophiques. Mais au moins ils nous révèlent les idées des responsables ecclésiastiques du moment. Il est bien probable que les prédications dans la Cathédrale ont été d'une même teneur. Jos Moeyens écrivait à l'évêque le 9 mai 1941 : « Depuis le début de la guerre, le Curé Paul Jans s'adonne à une série de prédications pendant la messe dominicale sur le mensonge, la civilisation, la justice, l'égoïsme, l'opportunisme et sa peste etc. etc.»

Nous n'avons aucune information sur l'attitude de l'Eglise protestante à Mbandaka. Nous nous limitons donc nécessairement à la seule position de l'Eglise catholique. La guerre éclate en Belgique le 10 mai 1940. Le 17 mai Hulstaert en tant que Supérieur religieux des Missionnaires du Sacré Coeur à Coquilhatville, écrit une lettre à tous ses confrères présents dans le Vicariat en complément à la lettre de l'évêque. La lettre de Hulstaert est principalement spirituelle et incite les prêtres à supporter courageusement les restrictions matérielles inhérentes à la situation et à suivre avec soumission la direction de l'évêque. Je n'ai malheureusement pas pu retrouver cette lettre de l'Evêque. L'autorité ecclésiastique divulguait fidèlement les circulaires et autres instructions en provenance des autorités civiles. Ainsi le 29 mai 1940, un «Avis au Public» destiné à la population blanche, émanant de la Province et contenant principalement la déclaration du 28 mai faite à Paris par le Premier Ministre Belge et envoyé au Congo par le Ministre des Colonies De Vleeschauwer, était distribué aux missionnaires. Le Ministre y stigmatise l'attitude du roi Léopold et appelle à la continuation de la lutte pour l'indépendance (de la Belgique !) « Aucune défaillance dans nos rangs!» est son mot de la fin. Le Gouverneur Général y ajoute : « Le Gouvernement représente aujourd'hui la seule autorité légitime.»25 Nous trouvons encore parmi les documents reçus par les postes de Missions une copie de la lettre du Cardinal Van Roey, lue le 2 juin dans toutes les églises de Belgique et dans laquelle il prend la défense de l'attitude du roi. Plus important pour son contenu est une circulaire de l'évêque de lieu datant du 20 juillet 1941 résumant une lettre du Délégué Apostolique Mgr Dellepiane (italien26), qui incite les missionnaires à la neutralité tout en allant à l'encontre de la position officielle quant à l'attitude à prendre envers le roi : «3. Au point de vue civil, écrit le Délégué Apostolique, qu'ils soient extrêmement prudents: qu'ils se gardent de dissocier, de n'importe quelle façon, les trois choses : Belgique, Roi et Drapeau. 4. De se garder également de discuter et de juger des événements de caractère civil et politique de Belgique où d'ailleurs n'étant pas de la compétence de Missionnaire et n'ayant pas les éléments suffisants pour juger. Ce conseil est particulièrement important dans les relations des missionnaires avec l'extérieur et surtout avec les Noirs.» Monseigneur Van Goethem y ajoute comme commentaire que la guerre est une punition de Dieu pour les débauches de la société moderne. Nous verrons plus loin que les missionnaires n'ont pas été si obéissants que le Délégué l'aurait souhaité.

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Source : Annales aquatoria :

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