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© Objectif Paulis

par Jean Pierre Sonck


 

Equipes d’appui logistique Jeep du Groupe Para à Paulis (collection Sonck)

Photo : Jeep du Groupe Para à Paulis (collection Sonck)

En octobre 1964, des officiers de l’Assistance Technique et Militaire Belge formèrent la 5e Brigade Mécanisée à Kamina Base pour reconquérir Stanleyville, capitale de la république populaire. Cette Brigade de l’Armée Nationale Congolaise se composait des colonnes « Lima I » et « Lima II » dont le fer de lance était les 61e et 62e pelotons blindés, commandés par les lieutenants volontaires Béro et Kowalsky. Outre le peloton mortiers lourds de l'adjudant Hottard, la 5e Brigade Méc comprenait le peloton de Police Militaire de l'adjudant Henrard, le peloton de génie des adjudants Wouters et Fernet, trois pelotons du 5e bataillon commando sud africain du major Hoare, des volontaires du 6e bataillon commando européen et les 7e et 8e bataillons commando katangais. Ces volontaires sud africains et européens s’étaient engagés dans l’armée congolaise avec l’accord du général Mobutu. Le 7e bataillon commando katangais de la colonne Lima I, formé le 15 octobre 1964 avec 311 recrues bahemba de la région de Kongolo, était commandé par le lieutenant volontaire Mikalsky (ce bataillon retourna à Kongolo pour y tenir garnison après la prise de Stanleyville). Quant au 8e bataillon commando katangais de la colonne Lima II, il avait été formé à Kamina avec des Baluba Shakandi, sujets du grand chef Kasongo Nyembo. Son commandant était le capitaine katangais André et il avait comme conseiller René Piret, un sergent volontaire du 6e bataillon commando commando européen, choisi pour sa connaissance du swahili et promu lieutenant pour l'occasion. Ce bataillon comprenait deux compagnies commandées respectivement par les lieutenants Jean-jacques Druez et Louis Meurice de l'ATMB. La colonne Lima I quitta Kongolo le 1er novembre pour se diriger vers Kindu qui fut occupée le 4 novembre 1964 après de durs combats. Le ltcol Liégeois  s’empara de la ville malgré l’arme secrète des simba, la sorcière mama Onema. Au même moment, des opérations secondaires étaient menées dans les secteurs d’opérations « Ops Tshuapa » du ltcol Lemercier, « Ops Kivu » du ltcol De Coster et « Ops Nord » du major Demol. Leur but était d’obliger les rebelles à disperser leurs forces. Ces secteurs opérationnels disposaient chacun d’une colonne de combats chargée de converger vers Stanleyville. Elles dépendaient directement du QG/ANC pour leur ravitaillement, mais elles furent rattachées à la 5e Brigade Mécanisée du col BEM Vandewalle le 9 novembre. La colonne d’Ops Tshuapa partie de Boende et qui se composait de forces de l’ANC, d’anciens gendarmes katangais et de volontaires sud africains parvint le 6 novembre à Ikela en bousculant les rebelles. Le 54e peloton du 5e bataillon commando SA s’empara d’Opala le 3 décembre et y resta en défensive. Pendant ce temps, la colonne d’Ops Kivu s’emparait de Bunia après avoir capturé Beni le 2 novembre. Une quatrième colonne de combat fut formée à Bumba par l'équipe logistique du major Génis qui conseillait le ltcol Itambo au QG d’Ops Nord. Ce secteur disposait du groupe de volontaires belges de Robert Noddyn, du peloton de parachutistes congolais de l’adjudant Gérard Madwa, des Sud Africains du lt Ben Louw (qui avaient participé à la prise de Boende) et de deux compagnies d’anciens gendarmes katangais. Les volontaires du 5e bataillon commando SA avaient adopté le béret vert, tandis que le groupe d'anciens parachutistes portait le béret rouge. Le groupe d’anciens para-commandos belges du capitaine Robert Noddyn avait été formé à Lisala en septembre 1964 et baptisé 2e commando, bien qu’elle était reprise dans l’organigramme du 6e Bn commando en tant que 64e peloton. Ce 2e commando reçut quelques hommes en renfort de Belgique et prit alors la dénomination de groupe spécial para, mais il ne comptait pas plus d’une vingtaine de volontaires. Des jeeps Kaiser M606, version militaire de la Willys CJ3B à moteur Hurricane de 72 chevaux furent livrées à l’ANC par les Etats Unis au titre du Military Assistance Program et un lot fut réceptionné à Bumba par les officiers de l’ATMB du QG d’Ops Nord. Le groupe para reçut quatre de ces jeeps Kaiser M606 acheminées par la voie du fleuve à Bumba avec escorte du lt Armand Cousin pour éviter qu’elles ne soient détournées en cours de route. Un affût pour mitrailleuse .30 fut monté sur chaque véhicule et un léger blindage fut soudé sur le capot pour protéger le conducteur et le mitrailleur, tandis que des lames d’acier assuraient la protection du radiateur. Ce blindage de fortune était insuffisant, mais il n’alourdissait pas les véhicules qui conservaient leur rapidité. Les Sud Africains du lt Ben Louw reçurent également quatre jeeps Kaiser M606. L’appui aérien était fourni par les avions du major Ksawery Wyrozemski « Big Bill », chef du détachement de quatre T-28D du WIGMO (force aérienne créée par la Central Intelligence Agency). La FATAC, aviation de transport mise en œuvre par des aviateurs belges, était  chargée des évacuations et du ravitaillement avec ses bimoteurs DC-3 et ses bananes volantes Piasecki H21. L’objectif de la colonne d’Ops Nord était la ville de Paulis, chef-lieu de la province de l’Uélé, nouvelle province constituée en 1963 après la chute du régime Gizenga. Elle avait été épurée de ses éléments lumumbistes par l’administrateur en chef de la Sûreté Nationale Victor Nendaka. Suite à leur attachement au pouvoir central, les habitants de Paulis payèrent le prix fort lors de l’arrivée des simba le 15 août 1964. Les soldats de la garnison qui avaient rejoint la rébellion et les simba qui s’étaient emparé de la ville sans combat déclenchèrent une répression féroce. Des dizaines de malheureux Congolais furent jugés et condamnés à mort en tant qu’anti-lumumbistes. Chaque matin, des innocents étaient amenés sur la place de la ville pour y être exécutés de manière atroce. Il y eu des milliers de morts.  

Photo : Special Para Group Of Noddyn 1964.

Face aux maigres forces de l’ANC participant à la contre offensive, l’Armée Populaire de Libération du général Olenga alignait plusieurs unités d'infanterie de valeur militaire inégale regroupées en brigades, notamment la 3e brigade qui était chargée de défendre la région de Paulis. On y retrouvait quelques bataillons issus du 3e Groupement de l’ANC dissout lors de l’arrivée de l’APL à Stanleyville, qui étaient passées avec armes et bagages au service de l’APL, comme le 18e bataillon commando et les 5e et 6e Bn d’Infanterie, la musique militaire, le 3e escadron de reconnaissance équipé de M8 Greyhound, la 3e compagnie de Prévôté Militaire et le 3e peloton d’écoute et de repérage de l’ANC. Une copie des rapports d’écoute de ce peloton aboutissaient sur le bureau du président Gbenye dont certains messages de l’ANC qui rendaient compte des combats en cours. D’autres unités avaient été créées de toutes pièce, telles le 2e bataillon de Wamba ou les gardes frontières d’Aba, mais leur désignation étaient fantaisistes et leurs effectifs correspondaient rarement à la réalité. Ces troupes dépendaient du 3e Groupement de l’APL qui avait établi son Etat Major dans l’ancien quartier général du 3e Groupement /ANC à Stanleyville. Des officiers de l’armée congolaise passés au service de l’APL y exerçaient les fonctions de S1, S2, S3 et S4 sous le commandement du col Joseph Opepe, dont le chef d’EM était le col Lukongo et le chef d’EM adjoint le major Molamba. Le camp Ketele était transformé en centre de recrutement de rebelles par l’APL et abritait 2 à 3000 recrues qui y recevaient un semblant d'instruction militaire. Les demandes de renforts ou de munitions adressées par les divers fronts au QG du 3e Gpt/APL n’étaient pas toujours suivies d’effets. Les colonnes formées par le ltcol Okito, officier S3, pour renforcer les divers fronts rebelles (« Ops Bunia », « Ops Paulis », etc ...), disposaient de moins en moins de véhicules à réquisitionner et le général Olenga s’en plaignait au col Opepe. Ce dernier ne savait où donner de la tête, car il devait renforcer les garnisons de Gombari, Dungu et Faradje et trouver des renforts pour le major Tshibanda, chef des opérations de l’APL du secteur Bumba-Lisala, qui avait subi d’importantes pertes suite aux raids menés par la colonne d’Ops Nord et aux destructions opérées par les avions T-28D de « Big Bill ». Deux semi-remorques des Chemins de Fer Vicinaux du Congo (CVC) chargés de blessés simba de ce front étaient arrivés à Stanleyville. Les rebelles d’Ops Paulis demandaient également des troupes et des munitions, car Mambasa était attaquée par la colonne d'Ops Kivu. Le quartier général avancé de Kindu, créé par la général Olenga, n’avait pas réussi à s’emparer de Bukavu, ni de Luluabourg et à ces défaites s’était ajoutée la fuite de ses hommes devant la colonne Lima I à Kindu.

Dragon Rouge

photo : Pilotes Cubains CIA (collection Hellstrom)

La Belgique et les Etats Unis préparaient les plans d’une opération aéroportée sur Stanleyville avec la participation d’unités du régiment para-commando, dont le 1er bataillon parachutiste caserné à Diest et une compagnie du 2e bataillon commando de Flawinne qui devaient être transportés dans une douzaine de Lockheed C-130 Hercules de l’USAF. En vue de cette opération, le colonel Laurent qui commandait le régiment constitua un Etat Major réduit, composé du major Rousseaux (2e bataillon commando), du major Hardenne (officier d’opération), du commandant Holvoet et du capitaine Lauwers. Pendant ce temps à Kindu, la colonne du ltcol Liégeois était renforcée par la colonne Lima II du ltcol Lamouline et la 5e Brigade Méc, baptisée « Ommegang » s’ébranla au complet vers Stanleyville le 19 novembre. Trois jours plus tard, la colonne d’Ops Nord du major Génis quittait Bumba vers Paulis avec un charroi constitué des jeeps-mitrailleuses du groupe Noddyn et celles du  lt Ben Louw, de camions de ravitaillement et de quelques véhicules récupérés chez les simba. Le premier objectif fut d’occuper le port fluvial d’Aketi qui devait devenir sa base de ravitaillement. Le convoi formé à Bumba avec des barges et un remorqueur réquisitionnés à l’Otraco ne parvint pas à forcer le blocus et fit demi-tour. Les Sud Africains du  lt Ben Louw et les Belges du groupe Noddyn précédaient la colonne en fer de lance et nettoyaient toutes résistances. Les otages européens sauvés des mains des simba furent évacués par la voie aérienne vers Bumba et la colonne d’Ops Nord poursuivit son mouvement vers Buta où septante personnes furent sauvées. Ensuite, elle rayonna à partir de cette localité vers Titule, Zobia, Dingila et Bambessa à la recherche d’autres personnes à sauver. Le 24 novembre à l’aube, pendant que les colonnes de l’ANC progressaient vers Stanleyville par quatre axes différents, les hommes du 1er bataillon parachutiste du major Mine sautaient sur l’aérodrome. Six C-130 se posèrent sur la piste d’atterrissage pour y débarquer la 12e compagnie commando du cpn Raes, des vivres, des munitions et des véhicules, dont les quatre jeeps Minerva blindées du 1er sergent Spillebeen et du sergent Gooris, les jeeps-radio, une demi-douzaine de tricycles AS24. Quelques véhicules civils furent récupérés et de grandes croix jaunes furent peintes sur les flancs. Grâce à ces véhicules, les parachutistes purent rejoindre le centre de la ville et sauver les Occidentaux. Au même moment, le col Opepe, qui logeait à l’hôtel des Chutes, tentait de sauver sa peau en échange des otages de l’hôtel Victoria, mais alors qu’il se dirigeait vers l’aérodrome, le major Bubu s’interposa et ordonna d’ouvrir le feu. Une trentaine de civils occidentaux fut massacrée par les rebelles avant leur fuite et les survivants furent conduits en sécurité. Les parachutistes belges furent rejoint vers 10h00 du matin par les hommes de la 5e Brigade mécanisée qui prirent peu à peu le contrôle de la ville et poursuivirent la recherche des otages avec leurs véhicules. Des insurgés se cachaient dans les habitations et faisaient le coup de feu à l’occasion, mais d’autres s’étaient réfugiés dans la végétation avoisinant l’aérodrome et ils harcelaient les parachutistes. Le peloton du lt Legrelle fut attaqué par 300 simba. Deux jours plus tard, la 11e et la 13e compagnie du 1er Bn parachutiste effectuèrent une opération parachutée sur Paulis. Le parachutage se déroula sur la plaine d’aviation de Paulis dans un épais brouillard et les C-130 se posèrent ensuite sur l’aérodrome pour débarquer quatre jeeps blindées et du ravitaillement. Le col Laurent disposait du personnel nécessaire pour huit autres de ces véhicules amenés de Belgique à Baka par avion Globemaster C124 pour appuyer les opérations prévues sur Paulis et Bunia, mais il ne jugea pas nécessaire de les utiliser toutes. Les para-commandos occupèrent la ville européenne, abandonnée momentanément par sa garnison de rebelles, et ils ratissèrent la ville à la recherche d’otages, guidés par le directeur hollandais de la brasserie Makasi. Des raids de sauvetage furent effectués jusqu’à 40 kilomètres de Paulis grâce aux jeeps blindées. Le 27 novembre 1964 à 6h30, une dernière patrouille fut effectuée par le major Rousseaux qui se rendit au kilomètre seize de la route de Wamba avec deux jeeps blindées à la recherche d’Européens, puis les parachutistes regagnèrent Kamina. Les opérations aéroportées "Dragon Rouge" et "Dragon Noir"» avaient permis de sauver la vie de nombreux otages, mais il restait beaucoup de personnes en danger à Paulis et dans d’autres localités des Uélé. Les simba réoccupèrent la ville après le départ des parachutistes et des représailles furent exercées contre les Occidentaux dans les toutes localités occupées. A Wamba, dont le diocèse comptait 48 prêtres du Sacré Cœur et huit sœurs de l’Enfant Jésus, la garnison simba composée du 2e bataillon de la 3e brigade de l’APL aux ordres du col simba Pierre Olembe, exécuta monseigneur Wittebols et trente deux missionnaires belges le 26 novembre 1964. Le 29 novembre, les colonels rebelles Olembe et Ngalo se rendirent avec leurs hommes à Bafwabaka pour emmener les sœurs du couvent en captivité à Wamba, mais en cours de route, ils changèrent d’avis et transportèrent leurs prisonnières chez le col Déo Yuma à Paulis. La sœur congolaise Anuarite refusa de céder au charme du colonel rebelle Olembe et elle fut tuée par le col Ngalo après avoir été battue. Sœur Anuarite fut enterrée dans une fosse commune avec d’autres victimes des simba massacrés à Paulis et devint en 1999  la première femme congolaise à être canonisée par l’église catholique. Le colonel rebelle Olembe fut emprisonné en 1966 et condamné à mort, mais sa peine fut réduite à cinq ans d’emprisonnement qu'il purgea à la prison de Ndolo pour avoir aidé l’ANC lors da révolte du 10e bataillon commando de Jean Schramme. Quant au col Gaston Ngalo, il devint général de l’APL mais offrit sa reddition aux forces régulières en mars 1966.

T-28D Trojan Stanleyville

C’est également le 29 novembre 1964 que le lt Passagez, officier ATMB au QG d’Ops Nord, se rendit de Buta à Stanleyville en DC-3 de la FATAC pour remettre un rapport du major Génis à son supérieur le col Vandewalle. Il y relatait le sauvetage de quarante otages européens à Titule, de trente autres à Zobia, de soixante Belges à Dingila et de vingt trois personnes à Bambesa. Dans cette dernière localité, trois femmes belges dans un état pitoyable avaient été sauvées de justesse des mains des simba. Pendant ce temps, le ltcol Touron qui avait remplacé le De Coster au QG d’Ops Kivu, organisait la poursuite des opérations dans le Nord Kivu avec l’aide du lt Henckarts et de l’adjudant Warnant. Les troupes d’Ops Kivu réunies à Beni atteignirent Mambasa le 30 novembre (ne pas confondre avec Bambesa) et y sauvèrent douze otages au prix de sept blessés. Le 1er décembre 1964, les forces d’Ops Kivu s’emparèrent de Bunia où 150 otages furent libérés et le lendemain, 66 Belges furent ramenés de Mongbwalu, Kilomines et Nizi. Ces raids de sauvetage étaient menés principalement par le peloton de commandos du Kivu (Codoki) et par les commandos sud africains du 53e peloton (5e bataillon commando SA). Au même moment à Buta, le major Génis recevait l’ordre du col Marlière, conseiller du général Mobutu au QG/ANC, de poursuivre son avance vers Paulis. La colonne d’Ops Nord se mit en route vers son objectif qu’elle rejoignit le 9 décembre 1964 après avoir visité les localités de Niangara, Tapili, Dungu à la recherche d’otages et sauvé une centaine d’Occidentaux. L’aviation avait été mobilisée pour l’attaque principale de l’Ommegang et la colonne « Ops Nord » organisée par le major Génis de l’assistance technique était partie vers Paulis sans protection aérienne. La FATAC avait mis à sa disposition l’hélicoptère du cdt Brokken qui survolait régulièrement la colonne et assurait le ravitaillement et l’évacuation des blessés. Un des camions était chargé du carburant nécessaire à son ravitaillement. L’équipe logistique d’Ops Nord tomba dans une embuscade à Wamba Moke et lt Glorieux fut tué, tandis que le major Génis et le lt Passagez étaient blessés. L’hélicoptère du cdt Brokken décolla pour les évacuer, mais le major Génis était très gravement blessé et il succomba à ses blessures. La colonne d’Ops Nord avait accompli un long périple de 1000 kilomètres en zone rebelle en agissant avec rapidité et en bénéficiant au maximum de l’effet de surprise, ce qui avait permis le sauvetage de près de 650 otages européens. Le cpn Defreyne prit la tête de l’équipe logistique et à 17h00, il annonça à Léopoldville que la ville de Paulis était occupée et que la plaine d’aviation était dégagée. L’aérodrome de cette localité devint la seconde base opérationnelle du Wigmo dans le nord-est du pays et le major Ksawery Wyrozemski, dit « Big Bill », rejoignit Paulis avec son détachement de T-28D. Il fut affecté à Bunia le 15 décembre à la demande du secteur « Ops Kivu », qui avait également été privé d’appui aérien lors de la progression de l’Ommegang vers Stanleyville.

L’ordre d’opération n° 6 Groupe Para Paulis Remise en état de la piste d'aviation (collection Sonck)

Groupe Para Paulis Remise en état de la piste d'aviation (collection Sonck)

Ops Nord passa effectivement aux ordres de la 5e Brigade le 11 décembre et la compagnie de parachutistes congolais du cpn Bumba débarqua de deux C-130. Ce renfort était insuffisant, car les rebelles réfugiés en forêt restaient très actifs. Le 13 décembre, ils attaquèrent l’aérodrome, et laissèrent cinquante d’entre eux sur le terrain, tandis qu’une patrouille de l’ANC tombait dans une embuscade à dix kilomètres de Wamba. Deux soldats congolais furent tués et des parachutistes belges et congolais furent blessés. Au QG d’Ops Nord installé dans la mission de Paulis, le cpn Defreyne envoya un message radio alarmant au QG/5e Brigade : « Contre-attaque repoussée – dissensions internes – présence commandant 5e Brigade souhaitable – envoi d’urgence d’un peloton volontaires supplémentaires pour opérations de sauvetages – celles-ci suspendues jusqu’à nouvel ordre ». C’était grave, car il restait encore beaucoup d’Européens aux mains des simba, notamment à Wamba. Avant de quitter définitivement Stanleyville, le col Vandewalle établit le 15 décembre 1964 l’ordre d’opération n° 6 de la 5e Brigade mécanisée. Il prévoyait de conserver une réserve opérationnelle à Stanleyville pour organiser les colonnes suivant les nécessités et pour compléter l’occupation du nord-est du pays. Le col Monmart, attaché militaire à l’ambassade de Belgique, confia au col Vandewalle qu’il avait fait des démarches pour mettre à la disposition de la 5e Brigade douze jeeps Minerva blindées du type Recce et des jeeps-radio amenées à Baka par Globemaster C124 pour les opérations des parachutistes et laissées sur place lors de leur retour en Belgique. Le 5e bataillon commando de Mike Hoare reçut six de ces Minerva blindées et les pelotons blindés Béro et Kowalsky et les Codoki en reçurent chacun deux. En vue de renforcer la garnison de Paulis, la 5e Brigade envoya par C-130 une section du peloton blindé Béro avec deux jeeps blindées Minerva, un camion blindé Scania Vabis SKP42 et une automitrailleuse Ferret. Le 17 décembre 1964, le cpn Defreyne fut convoqué à Stanleyville, mais durant son absence, une nouvelle attaque rebelle fut repoussée à l’aérodrome de Paulis et un prisonnier blessé annonça que le général Olenga dirigeait l’offensive depuis Gossamu, une localité proche de Paulis, et que trois à quatre mille rebelles simba cernaient la ville. La garnison fit appel aux B-26K du WIGMO basés à Stanleyville et ils attaquèrent Gossamu où était signalée une forte concentration de rebelles. Une patrouille envoyée sur place trouva les corps de plusieurs simba et des armes d’origine soviétique. Les B-26K intervinrent également près de la frontière soudanaise et détruisirent plusieurs camions chargés d’armes destinées aux simba. Un second détachement de T-28D fut envoyé à Paulis pour remplacer celui de « Big Bill ».

Pendant son séjour à Stanleyville, le cpn Defreyne discuta de l’opération « Ernest » destinée à sauver les Européens de Wamba des griffes des rebelles et remise de jour en jour à la demande du QG de la 5e Brigade. En attendant de libérer Wamba, une opération se déroulla le 17 décembre avec les hommes de Mike Hoare pour sauver les missionnaires européens de Banalia, Panga, Bomili, Bafwasende et Avakubi. Les Sud Africains inaugurèrent leurs jeeps blindées Minerva au cours d’un raid éclair de 850 km. Ils quittèrent Stanleyville par le pont de la Tshopo et empruntèrent la route de Bengamisa à travers la forêt. Durant les premières étapes de leur circuit, ils ne découvrirent aucun survivant. Le 19 décembre, alors qu’ils faisaient route vers Bafwasende, ils interceptèrent une voiture venant de Bomili avec des simba à bord et un message trouvé sur un des cadavres rebelles leur apprit que les otages occidentaux étaient menacés de mort. Les Sud Africains forcèrent l’allure et vers 13h00, ils occupèrent Bafwasende et y surprirent les guérilleros qui gardaient le pont sur la Lindi et qui s’attendaient à une attaque dans une autre direction. Après avoir détruit le barrage ennemi, les hommes de Mike Hoare se rendirent à la mission du Sacré Cœur de Jésus et fouillèrent les bâtiments où ils  libérèrent onze sœurs catholiques et trois protestantes. L’opérateur-radio rendit compte au QG de la 5e Brigade et un hélicoptère H21B fut demandé pour l’évacuation des survivants. Un capitaine rebelle fait prisonnier leur apprit que 42 missionnaires étaient emprisonnés à Avakubi, à seize kilomètres de là à la mission catholique des Prêtres du Sacré Cœur de Jésus. Dans la soirée, Mike Hoare organisa une patrouille vers cette localité avec deux jeeps blindées Minerva et le M37 radio, mais il ne trouva pas âme qui vive. Il était clair que les pères missionnaires avaient subi le même sort que ceux de Wamba. La patrouille de Sud Africains logea dans les bâtiments de la mission et durant la nuit, elle repoussa une attaque de rebelles. Le lendemain, les membres de la patrouille découvrirent des munitions et des bottines que les simba avaient abandonné dans leur fuite. Les Sud Africains retournèrent bredouilles à Bafwasende après avoir détruit au blindicide un camion ennemi rencontré en cours de route. Le jour suivant, le major Hoare retourna à Stanleyville avec ses hommes et une famille de Seychellois qui avait été  sauvée à Maganga. Ils rejoignirent leur point de départ par la route de l’Ituri et lorsqu’ils passèrent devant le camp Ketele, les Katangais qui y étaient cantonnés les acclamèrent, car ils croyaient que c’était des renforts qui arrivaient !

Le major Génis de l'Armée Belge et le capitaine Noddyn sur la route de Paulis (collection Sonck)Pendant ce temps, Alastair Wickx, commandant en second du 5e bataillon commando, avait réceptionné de nouvelles recrues à Stanleyville et il les avait mis immédiatement à l’entraînement. Le 23 décembre, l’adjoint de Mike Hoare les emmena en patrouille au carrefour de Madula situé à une vingtaine de kilomètres de la ville, puis il emprunta la piste des Eléphants, mais il en revint avec plusieurs blessés. Cette piste taillée en pleine forêt et aboutissant au village de Maleke était contrôlée par un important maquis d’irréductibles qui avaient pillé les plantations européennes des environs. Au QG d’ops Nord à Paulis, le major Yossa, commandant la Place,  réclama des troupes supplémentaires, car les rebelles avaient attaqué en force le 25 décembre. La garnison de Paulis se composait d’une section blindée qui avait rejoint par C-130E, du peloton Noddyn qui logeait à l’hôtel Negbe, d’une compagnie de gendarmes katangais, de commandos et  de parachutistes congolais et du 52e peloton commando sud africain qui occupait la brasserie Makasi transformée en fortin. Un mois après le massacre de Wamba, le major François, officier S-3 de l’Etat Major 5e Brigade, lança l’opération « Ernest » pour libérer les Européens encore en vie. La  garnison de Paulis avait été renforcée par les 54e et 57e pelotons commandés par le cpn John Peters et le groupe spécial para, le peloton para ANC de l’adjt Madwa et les Sud Africains devaient effectuer une manœuvre en tenaille avec la colonne du major Saint partie de Stanleyville. Le major Mike Hoare fut convoqué au QG de la Brigade pour discuter de l’opération à laquelle deux de ses pelotons devaient participer et le major François se rendit par avion à Paulis pour déclencher l’opération à partir du QG d’Ops Nord. Pendant ce temps, le groupe spécial para et le peloton para ANC de l’adjt Madwa sauvaient des otages à Viadana et dix Grecs furent retrouvés à Medje. Les rescapés leur annoncèrent que les Européens de Wamba étaient toujours en vie. Le 27 décembre à 04h00 du matin, la colonne du major Saint de l’ATMB quitta Stanleyville avec une compagnie du 12e bataillon commando katangais « Diabos » chargée de tenir garnison à Paulis et une escorte fournie par le 61e peloton blindé du lt Béro. Cette colonne atteignit Wamba le même jour sans subir de pertes sérieuses malgré une embuscade et elle y fut rejointe par une colonne venue de Paulis. Les forces régulières qui s’étaiten emparée des lieux sans combat y sauvèrent de la mort cent trente étrangers, dont une trentaine de sœurs espagnoles et ces rescapés furent évacués vers le chef-lieu du Haut Uele pour être transportés en C-130 à Léopoldville. Le 2 janvier 1965, l’itinéraire Paulis-Stanleyville fut emprunté par le groupe spécial para et le peloton para ANC de l’adjt Madwa qui avaient reçu l’ordre de rejoindre Stanleyville avec le major Saint.

 

base logistique de Paulis

Lorsque le colonel Mulamba remplaça le colonel Vandewalle à la tête de la  5e Brigade mécanisée en janvier 1965, l’Etat Major dirigé par le ltcol BEM Noel de l’ATMB projeta de nouvelles offensives qui avaient pour but de compléter l’occupation de la province du Haut Congo, de verrouiller les frontières avec le Soudan et l’Ouganda et de libérer les derniers otages européens. Le but principal était d’empêcher le ravitaillement en armes et en munitions des « vaillants soldats » de l’Armée Populaire de Libération. Les B-26K du WIGMO patrouillaient dans le nord-est du Congo et le 22 décembre 1964, un des pilotes cubains avait attaqué un convoi de vingt camions entre Aba et Faradje, mais l’aviation était incapable de stopper définitivement le trafic d’armes. Pour contrôler les frontières, il fallait disposer d’une base avancée d’appui logistique à Paulis. Le lt Raes, officier de l’ATMB chargé de la base de ravitaillement de Stanleyville, fut envoyé par la voie aérienne dans le chef-lieu du Haut Uele pour étudier la mise en place du matériel nécessaire à une offensive vers le Nord-Est. Il réquisitionna à cet effet les entrepôts de la Vicicongo situés près de l’aérodrome. Un convoi d’appui logistique chargé de renforcer Paulis en troupes, matériel et ravitaillement, fut placé sous le commandement du major Siegfried Mueller, le plus gradé et le plus ancien des officiers volontaires disponible au sein du 6e bataillon commando. Recruté en Afrique du Sud, il avait été officier subalterne dans la Wehrmacht comme gardien de dépôts et arborait une croix de fer gagnée sur le front de l’est (la rumeur prétendait qu’il épinglait sa croix de fer sur son pyjama avant d’aller au lit). Il avait été recruté en Afrique du Sud et avait rejoint le major Mike Hoare à Baka en août 1964. Promu lieutenant, il avait participé à l’opération « Watch Chain » sur Albertville qui s’était soldée par un échec. En septembre 1964, il avait été mis à la tête du 52e peloton du 5e bataillon commando avec le grade de capitaine et envoyé à Coquilhatville, mais il avait échoué devant Boende et une partie de ses hommes avait déserté. « Kongo Mueller » fut relevé de son commandement par Mike Hoare qui le renvoya à Baka, car il  n’en voulait plus dans son unité. L’offensive vers Boende fut reprise par le major Lemercier de l’ATMB avec deux pelotons de Sud Africains et aboutit à la capture de cet objectif. Siegfried Mueller fut muté fin décembre 1964 au 6e bataillon commando cantonné dans le chef-lieu du Haut Congo et promu au grade de major par l’ANC. Herr major Mueller parlait très bien l’allemand et l’anglais, mais il s’exprimait mal en français, ce qui était un handicap pour commander une troupe en majorité francophone ! Les effectifs de sa colonne étaient constitués de 80 volontaires européens du 6e commando, d’une vingtaine de Sud Africains du 5e commando et de six cents Africains, dont une compagnie du 1er Bn parachutiste ANC, une du 8e bataillon commando katangais et une du 12e bataillon commando katangais « Diabos », chargée de relever celle qui était cantonnée à Paulis. Ce convoi d’appui logistique escorté par trois pelotons blindés devait rejoindre Paulis, situé à 572 kilomètres, en traversant un territoire entièrement contrôlé par les simba. Dans l’annexe « A » de l’ordre d’opération n°6 de la 5e Brigade daté du 15 décembre 1964, il était notamment question de constituer au sein du 6e bataillon commando une compagnie d’infanterie blindée avec un EM et trois pelotons. A l’époque, elle devait intégrer les 61e et 62e pelotons des lieutenants Béro et Kowalsky qui avaient participé à l’avance victorieuse de la 5e Brigade vers Stanleyville en novembre 1964 et le 64e peloton du capitaine Noddyn cantonné à l’époque à Paulis. Lors de la nomination du ltcol Lamouline à la tête du 6e bataillon commando, la compagnie d’infanterie blindée fut portée à quatre pelotons. Le 61e peloton du lt volo Béro, qui comptait une quarantaine d’hommes regroupés à Paulis devint le 65e peloton d’infanterie blindée. Le groupe spécial para du cpn volo Noddyn, qui avait rejoint Stanleyville, devint le 66e peloton, tandis que Le 62e peloton du lt volo Kowalsky devint le 67e peloton. Ce peloton d’infanterie blindée comptait deux automitrailleuses Ferret, des jeeps blindées et divers camions et il avait un effectif de 20 Européens et de 80 Katangais. Quant au 68e peloton composé de deux Ferret et de jeeps, il fut formé avec une trentaine de volontaires engagés depuis peu au 6e bataillon commando francophone confiés à un jeune officier sans expérience de l’Afrique : le lieutenant espagnol Alphonso Abession-Conde qui se disait descendant du Prince de Condé (Branche de la maison de Bourbon). Les 66e, 67e et 68e pelotons de la compagnie blindée avaient pour mission principale d’assurer la protection rapprochée du convoi automobile. Le dépôt logistique de Stanleyville, qui s’était installé dans les bâtiments de la société anonyme hollandaise « Nieuwe Afrikaansche Handels-Venootschap » (NAHV), place de Saïo, assurait les besoins en véhicules, rations, vivres pour Congolais, carburant, armes et munitions des troupes en opération. Le « Basic load » nécessaire au fantassin congolais pour quatre jours d’opération était énorme, il fallait compter au minimum 600 cartouches par combattant !

La colonne Mueller entre à Paulis (février 1965 - photo W. Raes)Tandis que l’adjudant Gotzen se chargeait de la réparation de l’armement, le charroi qui avait servi à l’Ommegang était réparé ou révisé dans les garages de cette société, mais les vieilles Minerva qui avaient vaillamment servis la 5e brigade depuis Kamina étaient trop usées et furent affectées au service de la Place. Quelques camions civils furent réquisitionnés aux CVC, notamment des gros semi-remorques, et quatre jeeps livrées par la voie fluviale aux membres de la Sûreté provinciale furent mises à la disposition du QG sans leur accord. La base de ravitaillement chargea les ateliers du CFL situés sur la rive gauche de munir de plaques de blindage une série de véhicules pour la compagnie d’infanterie blindée du 6 codo et les pelotons des lieutenants Kowalsky et Abession-Conde en reçurent chacun un petit nombre, dont des jeeps CJ3B, mais la pièce maîtresse du 67e peloton était un Réo M34 «Eager Beaver» 6X6. Ce camion tous-terrains avait été blindé et armé de mitrailleuse suédoises 8 mm récupérées sur une Scania Vabis SKP.  Quant au groupe spécial para, dont les quatre jeeps avaient fort souffert de l’équipée organisée par Ops Nord, la base de ravitaillement de Stanleyville lui fournit le 20 janvier des véhicules du même type en meilleur état auxquels furent ajoutés un léger blindage. Un des volontaires de Noddyn équipa sa jeep d’une sirène récupérée sur une M8 Greyhound et son idée fut suivie par d’autres. Le charroi de ce groupe intégré dans la compagnie d’infanterie blindée se composait d’un camion, d’une demi-douzaine de Willys CJ3B et d’une jeep Willys CJ6 avec canon de 75 mmSR. Un autre véhicule s’y était ajouté par une voie détournée. Les hommes du groupe spécial para avaient aperçu l’une des Minerva blindées des Sud Africains garée sans son armement devant l’hôtel des Chutes. Détourner l’attention de ses propriétaires fut un jeu d’enfant, car ils s’étaient attablés pour déguster une Stanor à la terrasse de l’hôtel. Un des volontaires leur offrit à boire et détourna leur attention pendant que les autres s’approchaient du véhicule pour desserrer le frein à main et le pousser vers les garages de l’établissement. La jeep Minerva y fut repeinte aux couleurs du groupe avant d’être discrètement récupérée et armée de mitrailleuses Browning .30. Les Sud Africains logés à l’hôtel Stanley se mirent à sa recherche dès le lendemain, mais elle semblait s’être volatilisée ! Le vendredi 5 février 1965, le DC-3 « 9T-JDM », avion de commandement du général Mobutu, se posa sur la piste de Stanleyville, puis il se dirigea vers l’aérogare escorté par les jeeps du groupe spécial para toute sirènes hurlantes. Une parade fut organisée pour la circonstance et à sa descente d’avion, le commandant en chef de l’ANC fut accueilli par le col Mulamba, commandant la 5e Brigade mécanisée. Les officiers belges et congolais de son Etat Major, le ltcol Itambo, commandant de la Place de Stanleyville, et plusieurs officiers volontaires lui furent présentés, dont les majors Saint et Mueller.

 

Départ vers Paulis L’ennemi était aux aguets et le service d’écoutes et de repérages radio de l’ANC avait localisé de nombreux postes émetteurs rebelles installés dans la périphérie de la ville. La Sûreté signala à Léopoldville que des espions rebelles se tenaient à tous les points stratégiques de la ville pour examinaient la quantité et la qualité des troupes. De petits groupes de Congolais étaient régulièrement signalés en face de l’Etat Major/5e Brigade, de la Police, du bureau de la Sûreté provinciale et des différents hôtels où résidaient des militaires. Le départ de la colonne allait dégarnir dangereusement la ville et il était à craindre de nouvelles attaques des insurgés qui étaient évalués à plusieurs milliers dans les maquis de la région. Dans l’après-midi du 5 février, la colonne se forma sur la route de l’Ituri, entre la cité indigène « Bruxelles » (Kabondo), repaire de rebelles dont plusieurs cases avaient été rasées au bulldozer et le camp Ketele qui servait de cantonnement aux soldats katangais du régiment « Baka ». Elle comptait quelques quatre-vingt véhicules et comprenait des blindés bricolés à partir de jeep ou de camions, des camionnettes du peloton de mortiers lourds et les véhicules du génie et des transmissions détachés de la Brigade, auxquels se joignirent des camions de transport chargés de matériel divers et de ravitaillement en vivres, carburant et munitions, une ambulance Chevrolet et la dépanneuse Mack de l’équipe de réparation. Les hommes se rassemblèrent près des véhicules et le commandant en chef de l’ANC passa les troupes en revue avec le col Mulamba et les officiers de son Etat Major. La colonne semblait puissamment armée et le général Mobutu félicita le major Mueller pour la bonne tenue de ses soldats. Coiffé du béret rouge adopté par le 6e bataillon commando comme signe distinctif, l’officier allemand posa avec sa croix de fer pour une photo devant une Minerva qui lui avait été affecté par la 5e Brigade comme véhicule de commandement. Cette jeep-radio provenait d’une des unités de parachutistes belges qui avait sauté sur Stanleyville. Elle était munie d’émetteurs-récepteurs VRC10 et PRC10. Six sous-officiers de l’ATMB faisaient partie du peloton de commandement du major Mueller, dont les adjudants Guy Bruneel et Clément Colson qui s’occupaient du service de santé, l’adjudant De Wit qui était muté à Paulis et l’adjudant Schildermans, chargé des transmissions radio de la colonne. Outre quelques camionnettes chargées de matériel de transmission et un camion Chevrolet ex-FP sur lequel avait été placé une cabine radio, la section des transmissions disposait de la camionnette Dodge M37, rescapée de l’Ommegang comme d’autres véhicules de ce charroi. L’équipe d’opérateurs radio congolais que l’adjudant Schildermans avait formé y assurait les contacts en morse ou en phonie avec le QG de la 5e Brigade à Stanleyville grâce à  un ANGRC9 pour réseau bataillon. Ils opéraient avec un VRC10 et un PRC10 pour le réseau interne de la colonne et avec un poste VHF d’une portée de 2000 mètres pour assurer le contact radio avec les avions d’appui grâce à une antenne hérisson. La portée des postes PRC10 des chefs de peloton était limitée à une vingtaine de kilomètres et il était quelquefois nécessaire de leur transmettre via l’aviation. La camionnette Dodge M37 était placée au centre de la colonne de camions entre la jeep-radio de commandement occupée par le chef de la colonne et une jeep à châssis long employée auparavant par le col BEM Vandewalle comme véhicule de commandement lors de l’avance Lubutu-Stanleyville le 23 novembre 1964.

Cette Land Rover bleu clair fut affectée par la brigade aux deux brancardiers de combat de la colonne : les adjudants Bruneel et Colson qui l’avaient munie de matériel médical dont une trousse bien fournie et une provision de sachets de sérum physiologique. Clément Colson était un vétéran de ce genre d’équipée, car il s'était rendu à Paulis avec le major Saint et l'avait raccompagné à Stanleyville lorsque le groupe spécial para avait fait mouvement vers cette ville. De leur côté, les volontaires s’étaient constitués un service de santé rudimentaire avec des infirmiers sans formation qui étaient véhiculés dans un vieux fourgon Chevrolet orné des croix rouges réglementaires. La major François, officier S-3 de l’EM/5e Brigade, s’attendait à des difficultés lors de la progression de la colonne vers Paulis et sa consigne était claire : « Safety first ». La tactique de combat des rebelles, bien pourvus en armes automatiques, avait été fort améliorée durant les dernières semaines grâce à l’influence de conseillers militaires étrangers. En tant qu’officier S2 de la Brigade, le lt Neyt avait fourni au chef de la colonne un dossier complet sur l’itinéraire Stanleyville-Paulis muni de photos des principaux ouvrages d’art. Pour ce faire, il avait compulsé les archives du 3e Groupement où étaient conservés les dossiers constitués par les officiers de la Force Publique lors de chaque manœuvre ou déplacement sur cet itinéraire. Il y avait également trouvé des photos de certaines parties de la route et des ponts et avait complété son rapport par des informations puisées dans le « Guide du voyageur au Congo Belge ». Pour plus de précaution, un bombardier B26K avait survolé cette voie de communication et après avoir observé attentivement les passages des rivières, son pilote avait signalé que tous les ouvrages d’art étaient restés intact !  L’itinéraire Stanleyville-Paulis avait été employé un mois auparavant et semblait libre d’obstructions, hors mis le maquis rebelle du km 22. L’appui aérien était assuré depuis l’aérodrome de Stanleyville par trois bombardiers Douglas B26K du WIGMO qui devaient opérer à tour de rôle au-dessus de l’itinéraire afin de protéger la colonne de véhicules, tandis qu’un détachement de quatre North American T-28D Trojan était prêt à intervenir à partir de l’aérodrome de Paulis. Des hélicoptères Vertol-Piaseki H21B, pilotés par les équipages belges de la FATAC, pouvaient être utilisés pour les évacuations sanitaires à partir de ces deux aérodromes.

Jeep du Groupe Para à Paulis (collection Sonck)Grâce à leur réservoir supplémentaire, ces « Banane volante » avaient une autonomie de près de 500 kilomètres et étaient assurées d’un ravitaillement sur place, car un des camions de la colonne Mueller était chargé de fûts d’essence  d’avion. Les DC-3 étaient chargés de transporter les blessés à Léopoldville et d’assurer le ravitaillement « Air » de la colonne en cas d’imprévu, bien qu’elle fut autosuffisante en vivres, carburant et munitions, car chaque véhicule adoptait la tactique de l’Ommegang du « tout en un ». Etant donné le manque de parachutes, les équipages de ces bimoteurs avaient expérimenté sur la plaine d’aviation de Stanleyville la meilleure méthode pour larguer des colis à basse altitude en « free drop » sous le regard intéressé du lt Raes. Le départ de la colonne était prévu à 06h00 du matin le samedi 6 février, mais quelques unités ne furent pas prêtes à temps, certaines s’étaient levées trop tard et d’autres avaient omis de charger leurs véhicules la veille. Herr major Mueller réunit ses adjoints pour un dernier briefing qui se déroula autour d’une carte routière étalée sur le capot de sa jeep Minerva. Une discussion s’engagea entre les officiers volontaires, car le capitaine volo Noddyn, chef du  66e peloton d’infanterie blindée, demandait de partir en tête. Le major volo Siegfried Mueller céda à ses exigences et les troupiers africains prirent place dans les camions. Le major Mueller prit place dans sa Minerva de commandement conduite par l’adjudant De Wit et donna le signal de départ à 07h00 précise. Le groupe para du 66e peloton assurant l’avant-garde démarra et progressa à vive allure sur la route de Paulis, suivi par les véhicules du peloton de parachutistes congolais avec lequel il avait l’habitude d’opérer. Charles Masy conduisait la jeep Minerva blindée placée en tête. Habitué à surprendre l’ennemi par des raids rapides sans lui laisser le temps de réagir, le capitaine volontaire Noddyn répugnait de lier le sort de ses hommes et celui des parachutistes congolais à une colonne lente et vulnérable. La colonne se retrouva séparée en trois parties car l’avant-garde conservait une certaine distance avec le charroi de Siegfried Mueller qui s’étirait en un long cortège. La protection de cette colonne principale fut assurée par les blindés du 67e peloton d’infanterie blindée du lieutenant Kowalsky qui disposait d’automitrailleuses Ferret. Quant à l’arrière-garde, constituée du 68e peloton d’infanterie blindée du lieutenant espagnol Alphonso Abession-Conde, elle n’avait pas pu prendre le départ à cause de pannes de moteurs et de pneus dégonflés, mais son chef promettait de rejoindre rapidement le convoi principal pour assurer l’arrière-garde.

En route vers la Lindi Dès le départ, le major Mueller eut des difficultés à résoudre, car aucun véhicule n’avait été vérifié avant de prendre la route et certains camions étaient surchargés. Les soldats africains avaient emmené femmes et enfants et avaient entassé leurs bagages personnels, des poules, des chèvres et des réserves de manioc sur leurs véhicules. Les semi-remorques étaient handicapés par leur poids et ils imposaient l’allure au convoi déjà ralenti par les pannes et les crevaisons. L’idée initiale était de progresser lentement durant les premiers kilomètres afin de détecter d’éventuelles défectuosités aux véhicules et de permettre à l’équipe de mécaniciens de les réparer. Un bimoteur B26K d’escorte décolla de Stanleyville et survola le convoi. Siegfried Mueller demanda au pilote de transmettre un message au cpn Noddyn, car il n’était plus joignable et il fallait lui rappeler sa mission d’assurer la protection rapprochée à l’avant du convoi. Le pilote cubain du bimoteur effectua une reconnaissance sur l'itinéraire et il survola le carrefour de Madula situé au kilomètre 22. Il signala par radio qu’il y avait aperçu des mouvements suspects. Ce carrefour était contrôlé par un important maquis rebelle qui dressait fréquemment des embuscades. L’endroit avait fait l’objet d’une attaque en règle en janvier 1965 au cours de l’opération « Panthère » et le major François  y avait engagé les hommes des pelotons d’infanterie blindée Béro, Kowalsky, Abession-Conde et Noddyn, mais à l’époque, les difficultés de la progression et la résistance rencontrée avaient fait échouer la manœuvre d’encerclement. Averti par le pilote du WIGMO, le groupe spécial para stoppa son allure pour attendre la colonne principale qui le rejoignit à 09h15 après de nombreuses haltes. Cet endroit peu sûr ne convenant pas à un arrêt et le major Mueller décida de continuer jusqu’au kilomètre 40 pour permettre à l’arrière-garde de les rattraper. La colonne centrale fut à nouveau distancée par l’avant-garde et le major Mueller tenta d’avertir le 66e peloton d’infanterie blindée de faire halte au km 40, mais la liaison radio avec Bob Noddyn ne put fonctionner. A partir du kilomètre 22, la route pénétrait dans la grande forêt équatoriale et la visibilité se réduisait sur les côtés à cause de la végétation. Sur un tel itinéraire, le support aérien devenait quasiment impossible, car la route n’était plus visible du ciel.  Vers 10h00, le convoi du major Mueller rejoignit comme prévu Tshakala et y attendit les retardataires escortés par Abession-Conde. Le village de Tshakala situé à 40 kilomètre de Stanleyville possédait une piste d’aviation de secours, mais elle n’était plus entretenue depuis des années. La région était habituellement fort peuplée et comptait quelques plantations européennes avant l’indépendance, mais il n’y avait plus âme qui vive, car l’avance de l’ANC avait été signalée aux rebelles.

L’équipe de transmission déploya son antenne horizontale et un des opérateurs radio du Dodge M37 établit le contact avec l’Etat Major 5e Brigade à Stanleyville. Un message apprit au major Mueller que le 68e peloton d’infanterie blindée chargé de l’arrière-garde avait quitté la ville avec une heure de retard sur l’horaire prévu. Il demanda à l’équipage du B26K de contacter le PRC10 du groupe spécial para pour qu’il se mette en liaison avec lui, mais le pilote cubain n’arriva pas à le toucher. Un essai de contact radio avec l’arrière-garde du lieutenant Abession-Conde ne fut pas plus fructueux Les moyens de transmissions des volontaires souffraient d’un manque de batterie en bon état et d’un calibrage correct, à moins que ce ne fut de la mauvaise volonté, car on n’avait pas demandé aux chefs de pelotons s’ils acceptaient d’être placés sous les ordres d’un Allemand ! Aux environs de  midi, un message radio annonça au chef de la colonne stationnée au kilomètre 40 que l’arrière-garde du lt volo Abession-Conde avait subi une embuscade au carrefour de Madula. Elle lui avait coûté deux blessés qui devaient être évacués vers Stanleyville par hélicoptère. Le lt volo Abession-Conde poursuivit ensuite sa progression et après quelques problèmes techniques, il rejoignit vers 14h00 la colonne centrale au kilomètre 40 et la halte se poursuivit jusqu’à 14h30. Un nouvel essai pour contacter par radio le capitaine Noddyn échoua et l’équipage cubain du B26K ne put donner au major Mueller la position de l’avant-garde à cause des arbres. A court de carburant, le bimoteur retourna à Stanleyville, il devait être remplacé par un autre bombardier le lendemain à l’aube. Dès son départ de Tshakala, l’arrière-garde subit des tirs isolés durant une dizaine de kilomètres et une jeep mise hors d’usage par les tirs fut abandonnée au bord de la route. Le major Siegfried Mueller tenta de rattraper le retard, mais de nombreux incidents techniques retardèrent la progression de la colonne. Dans la soirée du 6 février, le long cortège de véhicules traversa le pont sur la rivière Uma et le radio du M37 réussit à établir le contact avec le PRC 10 du groupe spécial para qui avait traversé le pont Bailey sur la rivière Tshopo et qui fut rejoint au kilomètre 124.

Jeep du Groupe Para à Paulis (collection Sonck)Vers 22h00, les véhicules du peloton de commandement, les camions et les semi-remorques de transport, se regroupèrent à droite de la route dans le centre commercial de Bafwaboli déserté par ses habitants et les opérateurs radio de la camionnette M37 se mirent en contact avec Stanleyville. Pendant que les hommes bivouaquaient pour la nuit, le chef de la colonne réunit ses adjoints pour un briefing et en regardant fixement Bob Noddyn, il insista sur la nécessité de rouler lentement et surtout d’assurer la sécurité rapprochée de la colonne principale. Il était nécessaire de rester grouper car le fractionnement de la colonne empêchait la mise en œuvre des armes lourdes, tels les mortiers de 4,2 pouces. Les postes radio furent réglés afin d’assurer de meilleures transmissions et le chef du convoi décida de prendre place dans le véhicule-radio Dodge M37 pour mieux coordonner la progression de la colonne par la voie des ondes. Le lt Abession-Conde, qui parlait espagnol et anglais, fut chargé d’assurer la liaison sol-air avec les pilotes cubains du WIGMO. Le réveil était prévu à 03h30, mais de nouveaux problèmes mécaniques surgirent et les premiers véhicules ne démarrèrent qu’à 04h40. A cause de pannes fréquentes, la progression fut aussi lente que la veille sauf pour le groupe spécial para qui avait repris la progression vers Paulis à un rythme rapide. Bob Noddyn négligea à nouveau le contact avec le reste de la colonne et l’opérateur radio tenta vainement de l’appeler. Peu après, le convoi de Siegfried Mueller fut survolé par un des B26K basés à Stanleyville qui avait repris son rôle d’ange gardien et le lt Abession-Conde entra en contact avec son pilote. Le bombardier prit la direction de Bafwasende à la recherche de l’avant-garde. Dans l’après-midi, les hommes du groupe spécial para et ceux du peloton de l’adjt Madwa s’arrêtèrent en bas d’une côte située à peu de distance de la Lindi pour une pause ravitaillement. Depuis leur départ de Bafwaboli, ils avaient parcouru près de 130 kilomètres à bonne allure et seules quelques pannes vite réparées les avaient retardé. L’ambiance était à l’euphorie, car hors mis quelques escarmouches, pas une seule embuscade n’avait troublé cette journée du dimanche 7 février. Les villages bordant le chemin de la progression étaient désertés par leurs habitants qui avaient pris le maquis où s’étaient réfugiés loin dans la forêt.

L’embuscade de Bafwasende Le cpn volo Noddyn ordonna à ses hommes de reprendre la route et lorsqu’ils parvinrent au sommet d’une côte, ils aperçurent en contrebas le pont Bailey de 250 mètres qui permettait de traverser la Lindi. Les volontaires du groupe spécial para ne cachèrent pas leur appréhension, la route était fort escarpée et le passage d’un pont était l’endroit idéal pour interdire le passage d’une colonne, car elle devait réduire sa vitesse. L’avant-garde stoppa à nouveau et Bob Noddyn envoya la Minerva blindée en reconnaissance. Le lt volo Charles Masy s’avança à bonne allure sur la route qui longeait l’ancienne mission protestante UFM de Belegia et soudain, des rafales d’armes automatiques éclatèrent de face, tandis qu’un tir d’armes légères arrosait le flanc gauche des véhicules à l’arrêt. Ce genre de sport, les hommes du groupe le pratiquaient depuis Bumba, mais cette fois-ci, cela semblait vraiment sérieux car l’embuscade était montée par des experts et les simba étaient bien armés. Les élèves congolais revenus de leur stage de guérilla en Chine communiste avaient beaucoup appris, mais leur formation n’était pas parfaite. Néanmoins, l’époque des rebelles drogués attaquant en groupe compact semblait révolu, car l’adversaire se cachait dans la végétation pour tirailler sur les premiers véhicules de la colonne. Mitrailleuses en action, la Minerva Recce se rapprochait du pont lorsque son moteur s’arrêta. Il s’agissait sans doute d’un peu d’eau dans l’essence et il suffisait de nettoyer le carburateur, mais c’était une autre paire de manche sous le feu ennemi.  Charles Masy se jeta au sol et gagna l’avant du véhicule, se dépêchant de relever le capot, tandis qu’Armand Traweels et le mitrailleur arrière arrosaient les bas-côtés et la forêt avec leurs Browning, visant les lueurs des coups de feu. Les autres membres du groupe ouvrirent le feu et se portèrent en avant avec leur véhicule, mais la jeep du chef du groupe spécial para fut touchée et se renversa dans le fossé de drainage qui bordait la route et une autre chargée de paras congolais fut stoppée par des tirs. Bob Noddyn était blessé au bras et à la jambe et une balle lui avait traversé le cou, tandis que son chauffeur Goossens était atteint au poumon. Xavier Piers de Raverschoot fonça vers l’avant avec sa jeep pour se dégager de l’embuscade, mais Michel Pauchen fut touché par une rafale. Le pilote cubain du B26K, qui survolait à ce moment le lieu de l’embuscade, signala en espagnol au lt volo Abession-Conde que le groupe Noddyn avait essuyé un feu nourri à 70 km/h.

Dans la précipitation, le servant de la jeep armée du 75mmSR actionna le percuteur du canon sans viser et l’obus explosa sur une branche d’un des arbres bordant la route. Des éclats d’obus furent dispersés aux alentours et atteignirent le chauffeur et le mitrailleur d’une autre jeep. Deux véhicules se placèrent au flanc de la Minerva et les mitrailleurs arrosèrent la végétation de courtes rafales. Grâce à la protection des armes automatiques, Charles Masy put démonter le carburateur et nettoyer rapidement le filtre à essence de la Minerva Recce dont il remit le moteur en route. Les soldats de l’APL, camouflés à gauche de la route, tiraient trop mal pour mettre en danger les volontaires, mais le tir de l’arme automatique, qui prenait la route et le pont en enfilade depuis un promontoire situé de l’autre côté de la rivière, se révélait plus dangereux. Risquant le tout pour le tout, le volontaire Armand Traweels laissa les mitrailleuses jumelées au chauffeur et armé de son Fal et d’une musette remplie de grenades, il progressa par bonds, protégé par les traverses métalliques du pont. Parvenu sans encombre au pied du promontoire, il y grimpa et balança ses défensives pour déloger les simba. Lorsqu’il déboucha sur le promontoire avec son Fal à la main, les rebelles avaient déguerpi en emportant toutes traces de leur présence. A ce moment, le groupe spécial para et les parachutistes congolais purent se regrouper sur l’autre rive et rejoindre le village de Bafwasende trois kilomètres plus loin. Ce village est au centre d’une région occupée par la tribu des Babali, dont les membres avaient créé la confrérie des Anyotos, plus connue sous le nom d’hommes-léopards coupables de nombreux crimes. Lorsque la rébellion muléliste éclata, les Babali devinrent d’ardents partisans de l’APL. Ils le  prouvèrent d’ailleurs lors des embuscades dressées dans la région qu’ils habitaient. Les véhicules se rassemblèrent sur la place du village et les paras congolais fouillèrent les cases qui s’étendaient le long de la route pour établir un périmètre de sécurité. Peu après, le peloton blindé Kowalsky rejoignit à son tour la Lindi et tomba dans l’embuscade. Des blessés furent signalés aux brancardiers et l’adjudant Bruneel se munit de la trousse de premiers soins et de sachets de sérum physiologique. Il remonta la colonne en courant vers l’endroit où étaient les blessés pendant que l’infanterie congolaise se jetait au sol et répliquait au feu ennemi par un tir désordonné. Les abords de la route furent nettoyés à l’arme automatique pour permettre à la colonne d’avancer, mais un blindé léger et d’autres véhicules étaient bloqués en arrière avec le convoi. Ils ne parvenaient pas à rejoindre le groupe Kowalsky qui reprit sa progression vers le pont Bailey entre deux haies de fantassins qui couraient. L’adjudant Bruneel qui soignait les blessés dut se dépêcher de prendre place sur le capot d’une jeep qui fonça à vive allure vers le pont métallique en tiraillant vers la forêt.

La traversée du pont métallique se fit sous le feu des rebelles et des balles ricochèrent sur les traverses en métal, mais les véhicules du peloton Kowalsky réussirent à traverser le pont Bailey et poursuivirent leur avance vers Bafwasende, protégés par le camion M34 Réo qui ouvrait la route avec ses mitrailleuses jumelées de 8 mm. Il fut percé comme une écumoire malgré son blindage et il fallut l’abandonner. L’ennemi avait bien préparé son traquenard et l’avance de la colonne fut stoppée. Personne ne semblait se préoccuper du charroi qui se traînait à travers les tirs. C’était un peu le chacun pour soi et plusieurs véhicules isolés de l’autre côté de la Lindi furent détruits ou endommagés, dont deux autoblindées Ferret soumises aux tirs de lance-roquettes et trois des camionnettes Chevrolet du peloton mortiers lourds qui s’étaient enflammées, provoquant la destruction d’un tube mortier de 4,2 pouces. L’explosion d’un chargement de bombes de mortiers illumina le ciel et un camion chargé de fûts d’essence explosa à son tour. La lueur des incendies permit aux rebelles de poursuivre leurs tirs de harcèlement à la nuit tombée. Les hommes bivouaquèrent sur place pour attendre le lever du soleil. Le moral était très bas lorsqu’une liaison radio fut établie avec le QG/5e Brigade pour lui signaler que la colonne avait subi des pertes importantes et pour lui demander du ravitaillement. Les véhicules du peloton Kowalsky qui avaient réussi à passer rejoignirent l’avant-garde à Bafwasende. Les pertes du groupe spécial para s’élevaient à deux morts et à huit blessés, dont trois Africains et celles de Kowalsky  à un tué et à trois Congolais et deux volontaires européens blessés. Ils attendaient des soins mais l’ambulancier des volontaires était dépassé par les événements et ne pouvait leur apporter aucune aide. L’adjudant Bruneel emprunta le matériel de prise de sang et de transfusion dont disposait l’ambulance des volontaires et il se dévoua immédiatement auprès des blessés. Cela lui permit de faire des miracles grâce aux cours qu’il avait suivi à Stanleyville auprès d’un médecin de l’OMS. Guy Bruneel s’occupa en priorité  du volontaire Goossens qui avait une balle dans le poumon. Son état demandait d’urgence une transfusion de sang, mais par bonheur, chaque volontaire connaissait son groupe sanguin et celui de Goossens était le même que celui du lt volo Masy. La nuit se passa dans la crainte d’une attaque et le lendemain à l’aube les bombardiers B26K intervinrent à coups de mitrailleuses de 12,7 mm sous une pluie diluvienne afin de dégager les retardataires de la colonne et leur permettre de rejoindre Bafwasende. les bimoteurs patrouillèrent ensuite au dessus du village, prêts à intervenir à la moindre alerte.

 

La mise à l’écart du major Mueller  Le major Mueller était indemne, mais il avait perdu tout crédit et la troupe africaine murmurait, prête à se rebeller. Il semblait dépassé par les événements et une violente altercation l’opposa à Bob Noddyn qui le jugeait incapable d’assurer le commandement de la colonne. Dans la matinée du 8 février, l’officier allemand rédigea un rapport sur la situation de la colonne qui fut envoyé à 11h00 Z . Il était ainsi rédigé  : « QSP PT 11Z - Compagnie parachutiste (1er bataillon ANC) trois blessés (un grave) - armement et munition complet / Peloton mortiers trois blessés - 150 obus perdus - trois camionnettes avec matériel brûlées - un mortier 4’’2 brûlé / Peloton Noddyn deux morts -  cinq blessés (un grave) commandant blessé / Peloton para (ANC) Gérard trois morts et neuf blessés - une jeep brûlée - deux jeeps remorquées / Peloton Kowalsky un mort et un blessé européens (un grave) trois blessés congolais - commandant unité blessé - véhicule Réo M35 blindés et deux Ferret brûlés - deux jeeps blindées brûlées - une mitrailleuse .30 et deux blindicides brûlés / Peloton génie un blessé grave et un blessé léger /  8e Bn commando deux camions et une jeep brûlés / En général : plus de munitions et plus de nourriture – réserve essence insuffisante. IN08/02-6-1445B-CW ». L’EM de la 5e Brigade proposa au major Mueller de retourner à Stanleyville avec la colonne, mais il refusa. Mise en alerte depuis la veille, la base de ravitaillement du lt Raes avait préparé durant la nuit un dropping de munitions et les caisses en bois contenant les cartouches furent enroulées dans de vieilles capotes militaires, car ils ne disposaient pas de parachutes. Aux premiers rayons de soleil, elles furent chargées dans un bimoteur de la FATAC et le lt Raes accompagna l’équipe des largueurs dirigée par le lt parachutiste Neyt, breveté à Schaffen en dispatching. Le pilote démarra immédiatement les moteurs et le major Avi Blume prit la place du co-pilote. Près d’une heure plus tard, ils survolèrent la colonne à 300 pieds et le pilote se mit en rapport avec poste VHF. L’avion effectua trois passages au ras des arbres et le lt Neyt donna les directives aux soldats pour larguer les colis au plus près de la colonne malgré le danger. De retour à Stanleyville, le lt Raes remarqua plusieurs impacts de balles dans la carlingue, mais impossible de savoir s’ils provenaient de tirs amis ou ennemis. Aucun accident ne fut à déplorer, mais le lt Abession-Conde se plaignit d’avoir reçu un colis sur le pied et se fit poser un bandage avec des attelles. Malgré la protection assurée par les capotes, quelques caisses éclatèrent en morceau au contact du sol et la troupe dut récupérer les cartouches éparpillées aux alentours (voir l’article de Willy Raes dans le bulletin TTO).

Les alentours de la localité restaient dangereux, car l’ennemi était aux aguets et en attendant l’arrivée des hélicoptères chargés d’évacuer les blessés, la troupe débarrassa la rue principale du village de tous les obstacles. Tous les chefs des pelotons d’infanterie blindée étaient hors de combat : Thadeus Kowalsky se plaignait d’un éclat dans l’œil, Bob Noddyn souffrait de plusieurs blessures et Alphonso Abession-Conde traînait la jambe. Un premier hélicoptère se posa au centre du village et dès que le pilote stoppa son moteur, il fut ravitaillé en carburant avec une pompe à main. Il fallut faire le tri parmi les hommes et les brancards des plus atteints furent embarqués en priorité. Jouant au grand blessé, Abession-Conde tenta de soudoyer l’adjudant Bruneel pour prendre place à bord. Il se fit engueulé par Armand Traweels qui n’appréciait pas du tout son attitude peu courageuse. Le pilote du « FG322 » décolla  malgré son chargement en excédant, mais il dut manœuvrer à la limite des possibilités de la « Banane volante » qui semblait effectuer un ballet à quelques mètres du sol. Deux engins du même type se posèrent l’un après l’autre et embarquèrent chacun quelques blessés. Ce type d’engin était prévu pour le transport d’une section de douze hommes, mais sous les Tropiques, il arrivait péniblement à décoller avec trois personnes. Pendant ce temps, le QG de la 5e Brigade avait envoyé le major François à Paulis pour organiser le sauvetage de la colonne en difficulté. L’officier S-3 expliqua  la situation au major Marchal qui organisa une colonne de secours pour rejoindre Wamba au plus vite. A Bafwasende, le major Mueller réorganisa le convoi et en confia l’avant-garde au lt volo Masy en lui donnant des consignes de prudence. Dans l’après-midi, la colonne quitta lentement la localité après avoir incendié les cases. Il fallait remorquer les véhicules en panne dont plusieurs étaient dans un état lamentable : pneus rafistolés, radiateur fumant et pare-brise cassés et par crainte de cannibalisme, les volontaires voulurent emporter leurs morts qui furent entassés à l’arrière du camion de dépannage Mack. La colonne s’arrêta pour la nuit à Bafwatongono, petit village situé à 23 km de Bafwasende. De nombreuses palmeraies de la compagnie Belgika s’étiraient le long de la route, mais les rebelles avaient procédés au massacre de tous les planteurs. Dans la soirée, un appel radio très clair provenant du groupe Béro leur apprit qu’il se trouvait au nord de leur position et qu’il voulait les rejoindre. Cela semblait trop beau et ils se méfièrent, car la colonne de secours n’avait pas pu progresser aussi vite.

Le lt volo Charles Masy, qui avait connu le lt Béro au Katanga, déjoua le piège par quelques questions habiles et les volontaires se mirent en embuscade. Le premier camion chargé de simba qu’ils aperçurent fut accueilli à coups de blindicides. La roquette incendia le véhicule et la scène fut éclairée par une fusée qui permit d’ajuster les tirs sur un deuxième véhicule rebelle. Son chauffeur emboutit le camion qui le  précédait et les tirs touchèrent un troisième qui fut mis hors d’usage, mais les autres véhicules réussirent à faire demi-tour et à prendre la fuite. Quelques minutes plus tard, une fusillade nourrie éclata dans le lointain. Les simba tiraient sur leurs camions qu’ils ne croyaient pas revoir aussi vite. A partir de ce moment, le français ne fut plus employé pour les liaisons radio, car il était certain que les rebelles connaissaient les fréquences de la colonne et qu’ils étaient à l’écoute radio. Le lendemain 9 février, le corps d’un volontaire portugais fut découvert dans le campement, il avait été tué durant la nuit sans que l’on sache par qui. C’était un ancien colon qui connaissait plusieurs dialectes de la région et qui s’occupait des Katangais. Très tôt dans la matinée, ils préparèrent un hélistrip pour poursuivre l’évacuation de leurs blessés et des morts, mais à 13h00, les « Banane volante » n’étaient toujours pas arrivées et le cortège de véhicules éclopés reprit son avance avec précaution entre deux haies de fantassins. Ils furent à nouveau accrochés par les rebelles durant dix kilomètres, mais les soldats de l’APL tiraient aussi mal que les leurs. Par l’intermédiaire Abession-Conde, le major Mueller prit contact avec le WIGMO pour demander aux pilotes cubains d’attaquer le côté droit de la route où les simba s’étaient retranchés. Le message fut mal compris et le premier des monomoteurs T-28D lâcha ses roquettes et exécuta un mitraillage en règle de la colonne avec ses mitrailleuses 12,7 mm. Ses tirs touchèrent plusieurs véhicules, dont la jeep « Titine » de Piers de Raverschoot, quatre parachutistes congolais furent blessés et le lieutenant Gérard Madwa, chef du peloton para ANC fut tué. L’adjudant Bruneel remonta la colonne avec l'ambulance pour se porter au secours des blessés, tandis que le major volo Mueller ordonnait d’envoyer un nouvel appel radio pour signaler l’erreur de tir et demander qu’un hélicoptère vienne chercher les blessés au prochain village. Comme à son habitude, l’infanterie congolaise avait consommé une énorme quantité de munitions et il fallut faire appel à la FATAC pour un nouveau ravitaillement aérien. Les volontaires tenaient le coup, mais le moral des Africains était très mauvais. La « Banane volante » se posa, soufflant les toits des huttes et la poussière de la route et les hommes y embarquèrent les blessés et les morts pendant que l’on pompait l’essence. Le pilote tenta de repartir, mais son appareil était trop chargé et il fallut l’alléger pour lui permettre de décoller.

Jonction avec la colonne de secours Les sept cadavres qui commençaient à sentir furent débarqués. Les hommes incendièrent le village, puis ils prirent place dans les véhicules et progressèrent durant cinq kilomètres avant de s’arrêter pour dresser un campement provisoire. Le lendemain à l’aube, les chauffeurs éloignèrent leur véhicule du centre du village pour laisser un espace libre d’obstacles et cette piste d’atterrissage fut balisée sommairement, tandis que des fûts de carburant étaient préparés pour l’hélicoptère. La matinée du 10 février fut perdue à attendre la « Banane volante » qui ne rejoignit la colonne qu’en début d’après-midi pour déposer le major François. Il était venu pour effectuer une courte visite, mais le lt Vanderbergh persuada l’officier S3 de rester sur place pour réorganiser la colonne. Le major François prit des mesures pour reprendre en main la troupe africaine et il ordonna de mettre les postes de radio en ordre. Une équipe fut chargée d’enterrer les morts sur place et la colonne reprit la progression sans hâte excessive. Vers 18h00, les avions assurant la couverture aérienne retournèrent à Stanleyville, car la nuit allait tomber. Les hommes poursuivirent leur avance dans l’obscurité et vers 20h00, ils bivouaquèrent dans un petit village à 6 km d’Avakubi. La troupe fut réveillée à six heures du matin et la colonne se mit en route vers sept heures. Des soldats assuraient la protection en marchant aux flancs des véhicules et ils atteignirent la localité d’Avakubi, située à 64 kilomètres de Bafwasende. L’endroit était complètement désert et ils prirent leur repas dans le réfectoire de la mission catholique des Prêtres du Sacré Cœur. Les bâtiments avaient servi de cantonnement aux rebelles qui avaient saccagé l’église. Tout le mobilier de la mission d'Avakubi fut rassemblé dans la cour et incendié pour éviter qu’il ne serve aux guérilleros. Les membres de la colonne passèrent une nouvelle nuit à la belle étoile dans une atmosphère peu rassurante. Le 11 février, ils reprirent la route aux premières lueurs de l’aube et traversèrent le pont Bailey de 96 mètres de long qui franchit le gouffre profond où coule la rivière Ituri. Il aurait suffit aux rebelles de le détruire pour bloquer la colonne. L’étape du jour fut tout aussi lente que la précédente et un nouveau traquenard leur coûta un mort et un blessé. Ils aboutirent à l’importante bifurcation de Nia Nia, d’où partaient à gauche une voie qui conduisait à Wamba et à droite la route de l’Ituri continuant vers Mambasa et le Nord Kivu. Le village de Nia Nia, situé à 80 km de Bafwasende et à 15 km d’Avakubi, était occupé auparavant par un bataillon de l’APL qui disposait d’un nombreux charroi. Cet important centre rebelle fut pris sans combat, car il avait été attaqué à la roquette par les bombardiers du WIGMO et l’ennemi avait pris la fuite vers Mambasa.

Des cartes et divers documents furent découverts dans le PC rebelle que le général Olenga avait inspecté une semaine auparavant. Les véhicules furent mis en ordre et dans l’après-midi, ils quittèrent la localité de Nia Nia et empruntèrent la route de gauche qui traverse la rivière Ngayu sur un pont en béton de 145 mètres de long. Peu après, un DC-3 de la FATAC dans lequel avait pris place le col Mulamba survola la colonne, escorté par des appareils du WIGMO. Les T-28D étaient venus de Paulis pour appuyer la progression du convoi vers Wamba, où le major Marchal les attendait en recueil. Les guérilleros simba avaient creusé deux pièges à éléphant sur la route et les avaient adroitement recouverts de branchages et de terre. Ils les attendaient juchés sur les arbres, mais ils tiraient aussi mal que l’ANC et la colonne échappa à ce nouveau traquenard, sauf la première jeep qui tomba dans une fosse. La nuit tombait, mais les hommes poursuivirent leur route vers Wamba malgré la fatigue. Soudain, ils aperçurent des fusées de signalisation dans le ciel et le 11 février vers quatre heures du matin ils atteignaient cette localité où avaient péri le 26 novembre treize missionnaires catholiques, dont monseigneur Wittebols. Les simba avaient précipité leur corps dans le petit torrent qui  donne son nom à Wamba. La colonne que certains journaux congolais signalaient détruite s’arrêta au centre du village sans avoir subi d’autres pertes. Les membres de la colonne congratulèrent avec enthousiasme les volontaires venus leur porter secours. Ceux du peloton d’infanterie blindée BERO avaient eu plusieurs blessés et un tué : Tommy Carpentier, un ancien colon de Rungu rescapé des massacres simba (voir le texte « Mulele Maï » dans le TTO). L’hélicoptère H21B venu pour les évacuer était tombé en panne et son équipage bloqué au sol avait pris place dans la colonne avec les blessés. Le départ pour la dernière étape fut prévu tous feux éteints et dans l’obscurité pour tromper les rebelles simba. Vers 19h00, la colonne de secours quitta Wamba la première, suivie une heure après par la colonne du major François. Avant d’abandonner cette localité, le feu fut mis aux cases indigènes et les volontaires disposèrent des grenades piègées du type « booby trap ».

Il restait 123 kilomètres à faire pour rejoindre leur dernière étape et les véhicules roulèrent dans l’obscurité. Vers 07h00, ils effectuèrent une courte halte à 30 km de Paulis, puis ils repartirent dans la matinée. La population africaine de la ville s’était massée le long de la route pour les accueillir et une fanfare se mit à jouer des airs militaires. Ils furent reçus par les membres de l’EM d’Ops Nord et par les officiers S3 et S2 de la 5e Brigade, venus sur place pour constater l’étendue des pertes. L’opération d’appui logistique sur Paulis avait coûté cher : une dizaine de volontaires européens et une trentaine de soldats africains avaient été blessés, trois Européens et une dizaine d’Africains tués, un important matériel, dix-sept véhicules, dont deux blindés légers, des camions et des jeeps avaient été détruits et des armes avaient été perdues. Le major Mueller, qui avait abandonné son beau béret rouge, ne s’était plus fait remarquer durant le reste du trajet et il disparut discrètement vers l’aéroport. On ne devait plus le revoir sur la scène congolaise et son nom fut marqué sur une liste d’indésirables du 6e Bn commando. Quelques années plus tard, un ancien de la colonne le retrouva à Bockburg dans le Transvaal (Afrique du Sud) où il dirigeait une équipe de gardiens de nuit. L’offensive prévue pour verrouiller les frontières fut rebaptisée opération « North-East » et elle fut confiée au major volo Hoare qui opéra à partir de Bunia avec son 5e Bn commando sud africains et le 14e Bn commando katangais. Elle fut suivie par l’opération « White giant ». Quant à la compagnie d’infanterie blindée, elle fut dissoute en avril 1965 et le matériel roulant servit à former le 1er commando de choc de Bob Denard. Cette nouvelle unité du 6e Bn commando reçut la mission de reprendre Buta avec le 8e Bn commando katangais au cours de l’opération « Violettes impériales » en mai 1965.                  

FIN

Sources 

  • Tam Tam Ommegang n° 20 de décembre 1978 et l’article « CTMhite »  par Willy RAES
  • « Nge » par Xavier Piet de Raverschoot
  • "La Lorgnette" « Spécial Congo » et "La Lorgnette" n° 24 consacrée à la jeep Minerva par  Henri Demaret.

-Témoignages du lieutenant Neyt et des adjudants Bruneel et Schildermans -Témoignages des volontaire Traweels, Heyman et Masy.