Témoignage de Jean Hellebosch.

Capitaine, si tu ne commande pas, tu peut rester.

Dans notre série : L’obscurité, le coeur noir de l’Afrique

Les ex coloniaux relatent leur fuite 25 ans après leur fuite en 1960. 16 témoignage rassembler par Gust Verwerft journalist dans la revue "De Post" et traduit du neerlandais a votre disposition pour qu'on oublie jamais le vécu des anciens et l'exode de tous les Belges!

Les témoignages de : Jean, Ann, Madeleine, Ernest, Jos, Jack, Gusta, Piet, Gil en Bernard, Theo, Frans, Albert, Louis, André , René, Jan


Jean Hellebosch, batelier.

  • Après 1963 je n’avais plus besoin d’un uniforme blanc immaculé.
  • Désormais cela était le privilège des noirs.
  • On travaillait 70 à 80 heures par semaine.
  • On n’avait pas remarqué qu’à terre c’était la débâcle.
  • Pendant la nuit, le long des rivages, on voyait des lumières orange, les yeux réflectives des crocodiles.
  • Je courais le risque d’être paralysé.
  • C’est alors que je recevais cette lettre : vous êtes trop souvent malade, on ne peut plus vous employer.
  • Sans regarder derrière eux des centaines de bateliers belges faisaient la navette sur le fleuve Congo et le Kasaï. Une armada impressionnante qui, de pair avec les chemins de fer, traversait le pays immense et le tenaient en vie. Sur l’eau on ne remarquait pas grand-chose de la « Dipenda », jusque au moment ou on captait le message suivant via la radio de bord : Interrompez votre route normale, on vous charge d’embarquer des réfugiés.

    L’appartement à Borgerhout dégage l’atmosphère du Congo à travers des portraits typiques et des meubles exotiques. Jean Hellebosch et son épouse Yolande Detaey résidaient au Congo/Zaïre de juin 1952 jusque avril 1974. Sans l’accident de travail ou Jean devenait invalide permanent, ils seraient restés jusque 1980. Il leur semblait que toute l’histoire belgo-congolaise s’était déroulé devant leur yeux sans y prêter attention.

    Ils arrivaient comme descendants d’une génération de bateliers, dans le Congo-Belge inconnu, irréprochable, gouverné depuis des salles de conférence en marbre de grandes entreprises et ou le Gouverneur Général Junkers cédait la place à Léon Pétillon. Quand ils partaient en 1974, plus vite que prévu, de Léopoldville devenu une poubelle à ordures, il ne restait plus rien du Congo colonial. Même les noms des grandes villes avaient changés, suite à la Zaïrisation effectué par l’ex sergent et journaliste Joseph Désiré Mobutu, qui désormais se faisait appelé Mobutu Sese Seko Kuki Ngbendu Wa-ZO-Banga. A l’Européen on faisait croire que ce changement de nom était un hommage à un courageux membre du clan de Mobutu dont il portait son nom à sa naissance en 1930 à Lisala, nom qui lui avait été volé par les missionnaires catholiques. Mobutu disait à son peuple qu’il n’était pas un noir ordinaire étant originaire du clan Soudanais Bangbandi et non des Bantous. Cette déclaration et tant d’autres pouvaient être entendu à la radio et la télévision dans l’ancienne capitale Léopoldville, rebaptisé Kinshasa. Les 22 ans, entre l’arrivé de Jean Hellebosch âgé de 30ans, travailleur assidu, et son départ en tant que handicapé, avaient changé le monde. Au Congo régnait un certain calme et stabilité. La rébellion des Simbas était déjà oublié. Les noirs avaient demandé de l’aide au blancs qui se montraient généreux. Mais ce qui intéressait Jean particulièrement était le fait que la navigation intérieure reprenait de l’importance. Le long des 25.000km de voies navigables Le Congo recevait des marchandises au dépend des chemins de fer particulièrement efficace dans le passé.

    Aujourd’hui il n’est pas facile de parler avec Jean Hellebosch, il craint de marcher sur les pieds de certain noirs.

    Jean Hellebosch : soyons clair, en tant que batelier nous ne savions pas ce qui se passait vraiment dans le pays. Nous faisions notre travail minutieusement pour le compte de l’Otraco, Office du transport colonial, une entreprise parastatale ayant le monopole des activités fluviales dans le Congo. Un batelier travaille, habite et vit sur son bateau. Pour nous le Congo était une seule voie navigable, une composition de cartes maritimes, d’endroits praticables, de rivages, de signalisation et différents postes d’amerrissage. Notre salaire était quadruplé comparé à ce qu’on gagnait en Belgique. Jusqu’au dernier jour on croyait pouvoir bénéficier sur place de notre retraite. Traditionnellement les bateliers ne s’occupent pas de ce qui se passe à terre. L’Eau était notre préoccupation primaire ! C’était pareil le 30 juin jour de la Dipenda. Je naviguais sur le Kasaï direction Port Franqui avec mon Kasangulu de construction particulièrement lourde. La rivière Kasaï, jugée dangereuse car son lit se déplaçait tous les 24 heures, exigeait toute notre attention pour ne pas enfoncer le bateau dans des bancs de sable. Pareille voyage durait une quinzaine. Sur le fleuve Congo on naviguait jour et nuit avec deux capitaines. Sur la rivière Kasaï des voyages nocturnes étaient exclues étant donné le caractère capricieux du cours d’eau. Le jour de la Dipenda était pour moi, ma famille et l’équipage noir et blanc un jour comme tous les autres. Les noirs m’avaient déjà questionné sur la signification du Dipenda, sans plus. On pensait que quelque chose allait changer car Louis Major, syndicaliste avait attiré l’attention des noirs sur leur droits sociaux.

    Jean Hellebosch au sommet de sa carrière : l’uniforme immaculé impressionnait les noirs.Jean Hellebosch au sommet de sa carrière : l’uniforme immaculé impressionnait les noirs.

    Aussi longtemps qu’il y a des hommes et de l’eau sur la terre, chaque batelier sait qu’on aura besoin d’eux pour le transport des marchandises. On travaillait déjà 70 à 80 heures par semaine. Pour nous la Dipenda ne changerait pas grand-chose. Il est vrai notre bateau appartenait à l’Otraco mais c’était aussi notre maison. Ma fille ainée fréquentait l’école à Léopoldville, mon fils résidait encore sur le bateau. Dipenda ou non, nous continuons a trainer sur le fleuve Kasaï. A la tombée du jour on m’appelait via la radio de bord, connexion directe avec la compagnie à Léopoldville. A ma grande stupéfaction tous les bateliers recevaient l’ordre de se préparer a embarquer des réfugiés tout au long de la rivière dans les différent postes de mission. Le lendemain j’amarrais à Banningville, actuellement Banduku. Des femmes et enfants délaissés et en panique étaient entassés sur la berge. Je ne comprenais rien à ce qui m’arrivait ! Qu’est ce qui se passait ici ?

    Le Congo était un oasis de paix et un pays magnifique. A nouveau les images de colonnes de réfugiés, pendant la guerre, me traversaient l’esprit. J’avais le sentiment que quelque chose était à jamais cassé au fonds de moi-même.

    Jean Hellebosch fût mis devant la cruelle réalité. Tout à coup le Congo saignait de blessures diverses. Aucun médecin sorcier blanc n’avait remarqué des symptômes d’une sérieuse maladie. Pendant huit ans Jean avait navigué sur le fleuve, d’abord avec une barge ensuite il pratiquait la navigation à poussage. Jamais il avait remarqué quelque chose d’anormal.

    On a transporté les femmes et enfants à Brazzaville éloigné de 350 km. La mission était claire : priorité aux femmes et enfants, les hommes restaient à terre. Je nous voit encore quitter la rive pendant que tout le monde agitait des mains. Les hommes ne sont pas restés longtemps, le prochain bateau les a embarqué. L’équipage noir ne comprenait rien à l’agitation, nous non plus. La seule explication plausible pour les noirs était que Lumumba ou Kasavubu ou peut-être tous les deux, étaient devenu fou. La population locale comprenait très bien que nous, les bateliers blancs travaillaient d’arrache pied pour appro- visionner le pays entier. Si on nous empêchait de faire notre travail l’isolement serait complet. Régulièrement j’attendais les noirs se plaindre : Bwana faites que la Dipenda disparait.

    Depuis le port de Léopoldville nous faisions durant trois semaines sans aucune interruption la traversée jusqu'à Brazzaville, situé à l’autre rive du fleuve Congo. Brazzaville, capitale de l’ancienne Afrique Equatoriale Française, était un lieu sécurisé pour les blancs. Durant trois semaines j’ai transporté des blancs et leur voiture. Tout le monde voulait sa voiture. Mon épouse avec les enfants est partie en avion, destination Bruxelles. On n’était pas pessimistes, les bateliers sont par définition des optimistes. On pensaient que cela passerait aussi vite que cela avait commencé, on jugeait que c’était plus tôt une réaction en chaine, causé par la panique. Nous, non n’avons rien entendu en ce qui concerne des révoltes , si début janvier 1959, l’ors d’un retour de vacances passé en Belgique. A, Léopoldville suite à une réunion organisée par l’Abako, organisation politique-culturelle, présidé du futur président Jozef Kasavubu, il y eut des troubles. Je me souviens que depuis ce moment la Belgique parlait d’indépendance, mais sincèrement cela nous n’intéressait pas de tout. La situation changeait quand, après trois semaines de navette avec des fugitifs, on était convoqué par les grands patrons de l’Otraco. Leur message était court mais clair : tous ces histoires autour de l’indépendance rend la situation au Congo précaire. A Léopoldville vous n’avez encore rien remarqué de ce qui se passe dans d’autres régions du Congo nous ordonnons que tout le monde doit renter en Belgique. Si et quand on reviendra dépendra de la situation dans un bref avenir ; les noirs ont décidé de mettre main basse sur la compagnie fluviale. Merci pour le travail effectué et bonne chance ! Moi, convaincu que j’allais encore rester 20 ans au Congo et voir mes enfants se marier dans ce pays, se trouvait le jour après, à l’aéroport de Bruxelles. Les 800 employés belges de l’Otraco suivaient. Personne ne restait sur place. Un des commis noir de la section comptabilité était promu directeur général et trônait, lunettes sur le nez, derrière un bureau énorme. L’Otraco me payait encore un an de salaire. Après il semblait que je devais oublier le Congo, pays en flammes….Je commençais a me résigner que je ne reverrais plus jamais le pays auquel je n’avais même pas fait mes adieux.

    A Anvers on essayait de démarrer un magasin mais sans beaucoup de succès. Comme des milliers d’autres coloniaux le confirmeront on se trouvait devant un mur de méfiance et préjugés . On n’était pas le bienvenu en Belgique. Tous les coloniaux éprouvaient dès le premier jour de leur retour, ce sentiment. Ceci est peut-être en contradiction avec les photos déchirants publiés dès l’arrivé des réfugiés à Zaventem, avec une couverture autour des épaules. Le coût de cette couverture était enlevé de ton prochain salaire.

    Jean HelloboschLe couple Hellebosch-Detaey, anno 1952,durant des jours Congolais meilleurs gens

    Les gens pensaient et le pensent toujours que tous ceux qui avaient été au Congo sont revenus en tant que millionnaire. Qui ou quoi est à l’origine de cette attitude ? Des slogans politiques d’antan ? Il est vrai qu’on gagnait bien mais on travaillait durement. En plus il fallait dépenser le double en nourriture et habits, comparé à la Belgique la vie au Congo était très chère pour le travailleur blanc, souvent en contradiction de ce qu’on prétendait.

    Je suis resté trois ans en Belgique. Les Simbas plongeaient le pays dans le sang. Lumumba était assassiné au Katanga dans des circonstances du moins douteuses. Les province du diamant, le Kasaï et Katanga du cuivre, avaient proclamés leur sécession. Après des combats meurtriers les deux provinces furent à nouveau contrôlées par le gouvernement central. Le secrétaire de l’Onu avait trouvé la mort dans un crash de son avion. Pierre Mulele voulait faire du Congo une république populaire. Tout cela pour opprimer la pensée d’un retour éventuel…Je voulais suivre les cours de l’école de navigation dans le but d’obtenir le diplôme de pilote, mais j’étais trop âgé et pas question d’un traitement de faveur pour les ex coloniaux !

    Les années passaient, j’ai essayé beaucoup de métiers pour gagner mon pain quotidien. Début 1963, trois ans après notre départ, j’entreprenais des initiatives pour reprendre du service au Congo. 41 ans juste l’âge pour entreprendre une deuxième aventure ! Jean Hellebosch devait naviguer, c’était sa raison d’être ! En 1963 il prenait l’avion aves son épouse et ses enfants. Durant trois ans il s’était sentit un exilé, maintenant il voulait à nouveau sentir le roulis des vagues des fleuves Kasaï et Congo. Tamba, l’ancien commis, nommé directeur général, avait comprit que le personnel noir non formé était incompétent et ne pouvait estimer à sa juste valeur, les situations imprévues sur le fleuve qui se présentaient à leur jugement et sur les actions diverses à entreprendre. Le nouveau PDG demandait aux anciens bateliers de revenir au Congo. Beaucoup d’entre eux ont répondu favorablement, Jean en premier lieu !

    Il se rappelle vaguement quelques détails : le Congo était pour moi synonyme d’eau. Le long des rives habitent des noirs avec qui je n’ai jamais eu le moindre problème. Avec les villes, plantations, mines etc. nous n’avions aucun lien dans notre vie journalière de batelier. Engagé sur place il semblait que je n’avais pas le même travail à faire. Je recevais le rang de capitaine et le salaire adéquat mais les noirs me faisaient comprendre que je ne pouvais plus commander. Un capitaine qui ne pouvait plus commander ? Du jamais vu ! On me donnait les titres de conseiller et d’inspecteur. Tout a été fait pour me faire oublier que j’avais été commandant d’un équipage d’une centaine d’hommes. A cause de ma situation personnelle et ma future pension j’acceptais les conditions de travail. De plus au point de vu d’administration tout était comme auparavant. Avant la Dipende mon patron était l’Otraco maintenant le nom de l’Onatra( office national de transport) figurait sur les documents. Il y a eut une période que la flottille comprenait environ 1000 bateaux.

    De Léopoldville on pouvait avoir l’illusion d’un port d’Anvers en miniature(De Post 1894). On n’habitait plus le bateau mais dans le building Lulonga bien connu et situé dans l’avenue du Kasaï, près de la gare. Au début il était relativement agréable d’y habiter mais avec les années on voyait l’infrastructure se détériorer ainsi que toute la ville en général. La notion travail avait disparue avec la Dipenda. Autour du building un grand tas de détritus, il fallait retrousser son pantalon pour accéder à la rue !

    Malgré tout cela j’avais reprit gout à la vie, mais envers les noirs on se trouvait dans une situation difficile ; les évolués se faisaient valoir. En tant que batelier j’accompagnais parfois un capitaine noir. Il m’était permit de donner conseil mais c’était des barreurs noirs qui effectuaient le travail. Plus tard je devais faire des rapports en indiquant ce qui n’allait pas et apporter des solutions. Intervenir directement était exclu ! Si on lisait mes rapports ?Aucune idée .

    En tant que capitaines, et avant la Dipenda, nous tenions à respecter une certaine étiquette. Une barge avec la famille comme seule équipage, est une chose. C’est une autre pair de manches si on navigue en convoi ; on appelle cela naviguer en flèche : un bateau avec des moteurs puissant et derrière 10 barques sans moteur, une véritable trainée. Ou le transport ITB, Integrated Tow Boat, une combinaison de transport de fret et de passagers.

    A Léopoldville les blancs essaient de ramener leur voiture à Brazzaville. Trois semaines duraient ces traversées avec Jean à la barre.A Léopoldville les blancs essaient de ramener leur voiture à Brazzaville. Trois semaines duraient ces traversées avec Jean à la barre.

    Malgré qu’on était en route pendant des semaines on portait toujours un uniforme blanc comme la neige : képi, chemise et pantalon blanc, cravate et épaulettes. Ma femme veillait que je pouvais endosser tous les jours un autre uniforme. C’était ainsi et cela inspirait du respect au noirs. Après 1963 il ne fallait plus respecter cette étiquette, les noirs portaient l’uniforme, nous étions habillés en civil. Je m’habituais doucement à la vie à quai et me réconcilia avec le mont de papiers à remplir. Mon épouse travaillait chez le personnel à terre à la Sabena. Je me répète en disant, que chaque grande ville dans le monde montre les mêmes particularités. On gagnait bien mais la vie était chère. On pouvait se détendre, l’occasion ne manquait pas. De quelque tapage ou rébellion nous n’avons jamais remarqués quelque chose . Jusqu'à 1974, l’ors de mon départ, Léopoldville semblait le lieu le plus paisible du monde. Il est vrai que nous menions notre propre vie. Notre petit appartement dans le grand building était bien entretenu, il y avait radio Léopoldville, les émissions mondiales, les journaux de la Belgique et depuis 1970 la télévision, studios Kinshasa et Brazzaville. La télé était nouveau et tout le monde était enchanté avec ces deux postes le soir. J’ai très peu de souvenirs du contenu des programmes des émissions mais je me souviens d’une très charmante présentatrice…Un jour elle nous annonçait que le lendemain on allait la voir …en couleurs! Je ricanais car presque rien ne changeait, elle était noire et le restait. Seulement à l’arrière plan on pouvait constater un changement. Les programmes reflétaient la confusion des noirs en face de deux cultures différentes. On programmait beaucoup de films, des western avec John Wayne, un de leur favoris. Puis des films comiques et beaucoup de football. Tout ce qui pouvait chotter contre un ballon à Kinshasa était à la une…Ils raffolent de ces émissions. Un des favoris était la musique : je me rappelle seulement de nombreux tangos. Le plus fréquent un discours politique à écouter, Mobutu apparaissait sans faute tous les jours à l’écran.

    Pensant à leurs vieux jours Yolande et Jean Hellebosch ne se souciaient guère ; Kinshasa était sécurisé, cela était le plus important. Il ne fallait plus espérer de naviguer en tant que capitaine : Jean travaillait depuis 1974 à terre pour le compte de l’Onatra en tant que chef de quai. Il était responsable pour le chargement et déchargement des navires et ensuite pour les expéditions .On dit que les noirs sont des maîtres à ne rien faire dès qu’on a le dos tourné, non pas par fainéantise mais parce que ils perdent toute confiance en leur savoir. Il compte sur le fait que le blanc attirera l’attention sur les fautes commises. En 1967 j’ai éprouvé une certaine tension en ville, suite à un nouveau nettoyage politique organisé par Mobutu. Il avait fondé la MPR ( Mouvement Populaire de la Révolution), seul partie autorisé au Congo. Les membres de cette partie effectuaient en ville toutes sortes de contrôle sur les blancs, p.e. sur les bus en allant au travail. On barrait les routes et tout le monde devait descendre. On apprenait à vivre avec ces situations. On nous ordonnait d’ ouvrir nos mallettes pour vérifier si on ne cachait aucune arme. Certaines choses disparaissaient en douce, je peut vous assurer que les dockers du Kinshasa étaient plus expérimentés et habiles que ceux du port d’Anvers…Ce sont des magiciens dans la matière. N’oubliez pas que eux pouvaient voir dans le noir. Via le moindre petit trou ils peuvent faire disparaitre un maximum de marchandises. Cela provient aussi du fait que le noir a énormément de patience. Donne lui un morceau de fer et dit qu’il doit en fabriquer un couteau. Il le fera même ci cela lui demande des jours de travail. Si ils voyaient nos tartines pour manger à midi on nous les confisquaent en disant qu’ils avaient faim ou que leurs enfants étaient malade. Toutes les excuses étaient bonnes.

    Des animaux sauvages ?

    Honnêtement j’ai jamais été embêté par eux. Sur mon bateau il va de soit qu’aucun animal ne pouvait m’approcher. Des serpents, croyez moi ou non, mais j’en ai jamais vu. Parfois au lointain on constatait à l’eau une famille d’hippopotames qui disparaissait aussitôt que le bateau s’approchait. Un bateau pareil, on l’entend venir ! Il faut savoir qu’on naviguait aussi la nuit, deux phares énormes de 2000 watt éclairaient le fleuve. Le trajet Léopoldville-Stanleyville était de 1734 km. Après un repos de 24 heures on parcourait la même distance au retour. Je ramassais des centaines de kilos d’insectes tôt le matin. Imaginez le nombre d’insectes qu’attire un faisceau lumineux pareil pendant la nuit. Voir le reflet des yeux des animaux nocturnes était pour moi un image familier. Le long des rives on voyait des points de couleur orange, tout près l’un de l’autre : c’étaient les crocodiles partout présent. La nuit on pouvait voir également les antilopes.

    Le cauchemar pour chaque batelier était l’obstruction de la surface du fleuve par l’envahissement incontrôlable de l’hyacinthe d’eau, causé par un déséquilibre dans la nature. Vers 1954 un Américain importait une plante aquatique produisant une très belle fleur. Il les cultivaient dans un étang à Coquilatville mais durant la saison de pluie les eaux débordaient et c’est ainsi que le fleuve fût envahit en peu de temps. L’aspect de ces magnifiques fleurs sur l’eau était une caresse de beauté pour la vue. Ces tapis long de centaines de mètres cachaient le balisage et s’emmêlaient dans les hélices. Tous les trois heures il fallait les nettoyer. Cette plante du nom eicornia crassipes s’adapdait à la température et la composition de l’eau du fleuve. Quiconque qui a navigué sur le fleuve sait de quoi je parle. Beaucoup de gens pensaient retrouver la terre ferme sous leur pieds et dégringolaient ainsi dans l’eau. Des petits serpents noirs, genre anguille, nageaient à travers les plantes. Les indigènes attrapaient ces serpents et les mangeaient. On m’a raconté que cette plante causait le même problème à travers le Congo entier. Probablement il manque de détergents pour arrêter la croissance.

    J’ai souvent vu Mobutu l’ors de la mise à l’eau de nouveaux bateaux. Il était très friand sur le cérémonieux et pompe de toute manifestation publique. Ses capitaines venaient au chantier en Volkswagen-Kever très populaire au Congo. Un jour il interdisait aux capitaines de rejoindre le lieu de travail avec cette voiture, cela ne correspondait pas à leur grade. Il leur payait un Mercedes 280 S ! Pour Jean Hellebosch tout s’est terminé abruptement et très péniblement. En 1971 il était victime d’un accident dans le port de Kinshasa, il tombait à travers la trappe d’une cale d’une bargeet fût grièvement blessé au dos. Un enfer avec divers passages dans des hôpitaux belges et des vacances de maladie au Congo. Il essayait de continuer son travail tout en espérant d’atteindre l’année 1980, âge de la retraite si attendue. Hélas en avril 1974 l’ors d’un nouveau séjour dans les hôpitaux belges à fin d’éviter une paralysie totale, il recevait une lettre envoyé par la direction noire de l’Onatra pour qui il travaillait depuis 1952. On lui communiquait que la direction ne pouvait plus avoir de la patience et investir du temps perdu dans un employé si mal en point et on le licenciait pour des raisons médicaux avec effet immédiat. D’autres personnes reprendraient son travail.

    Jusqu’à ce jour Jean n’a pas encore dirigé le contenu de cette lettre ! Sa vie est devenue morose. Il dit : »Finalement je ne suis pas paralysé, je peux bouger raisonnablement. Mais j’avais mérité un peu plus d’égards. Mon épouse devait aussi abandonner son travail et revenir en Belgique. Pendant 16 mois on m’a versé mon salaire, après plus rien de tout. Je peux vous garantir, avec deux enfants à la maison que les économies si péniblement acquises, vous faufilent entre les doigts. Mon épouse a reprise un travail moi, avec 45% d’invalidité, pouvait oublier toute reprise. Peut-être, si je retournais j’aurais droit à quelque dommage. On m’a également privé de mes droits sur une pension entière, tout le temps inactif j’étais inscrit au chômage. Qui ose prétendre que les ex-coloniaux sont tous des gens riches. La Dipenda ravage le pays.

    Congo Reis Mar Del Plata

    Le bateau à moteur Kunzulu. Ici Jean était maître à bord après Dieu.

    FIN

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