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1960, 5 septembre : Joseph Ileo est nommé Premier ministre, après la révocation de Lumumba

Deux mois après son indépendance, la jeune République du Congo roulait à tombeau ouvert, vers une déflagration démentielle, où l’on craignait, comme les Gaulois, que le ciel ne tombe sur la tête des Congolais. Le 5 septembre 1960, la levée des boucliers au sommet de l’Etat va conduire à un duel au couteau, entre Patrice Emery Lumumba et Joseph Kasa-Vubu. Ayant révoqué son Premier ministre Lumumba, Kasa-Vubu nomme Joseph Ileo président du Sénat. Il va vivre un mandat difficile. Sa primature, bouclée au Conclave de Lovanium d’août 1961, sera une véritable piste d’obstacles, mais sa longue expérience politique va lui permettre de tirer son épingle du jeu.


 

Joseph Ileo, le futur Ileo Songo Amba, était sous la colonisation un immatriculé, possédant la carte de mérite civique. Plongé dans l’action politique dès 1955, il faisait partie des « leaders ». C’est ainsi que, dans un article publié dans le journal « Actualités africaines » du 11 octobre 1958, intitulé « Petit essai de géographie des influences à Léo », le journaliste Joseph-Désiré Mobutu énumérant les noms des « représentants valables et dignes du Congo », citera Joseph Ileo aux côtés de Arthur Pinzi, Patrice Lumumba, Alphonse Nguvulu, Cyrille Adoula, Gaston Diomi, Joseph Kasa-Vubu, Joseph Ngalula, etc.

EXPERIENCE POLITIQUE

En effet, ensemble avec quelques intellectuels, tels Joseph Ngalula, Antoine Ngwenza, Joseph Ileo faisait partie d’un petit cercle d’étude organisé autour de l’abbé Joseph Malula, qui avait mis à contribution ses amis professeurs à l’Université Lovanium (Unikin) pour leur dispenser des cours et des conférences. Ce groupe d’étude disposait d’une publication mensuelle appelée « La conscience africaine », dont le rédacteur en chef était Joseph Ileo. Après la sortie en janvier 1956 du Plan Van Bilsen d’émancipation du Congo après 30 ans, ce groupe d’étude se mit à le décortiquer. Joseph Ileo va rédiger, en réaction, un texte appelé « Le manifeste de la conscience africaine », qui connut un grand succès auprès des rares intellectuels de l’époque, dès sa parution le 1er juillet 1956. Deux ans après, le groupe de « La conscience africaine » va s’associer à quelques personnalités, telles le syndicaliste Cyrille Adoula, le dirigeant de l’Abako Gaston Diomi, l’indépendant Victor Nendaka pour créer, le 10 octobre 1958, le Mouvement national congolais (MNC).

Ces personnalités placeront à la tête du nouveau parti politique un homme doté d’un dynamisme débordant, Patrice Emery Lumumba. Ancien cadre du service des postes à Stanleyville, après avoir purgé une condamnation judiciaire de douze mois pour faux en écritures aux comptes chèques postaux, sur une somme de cent vingt mille Francs belges. Après sa libération, il est amené à Léopoldville par Michel Relecom, qui le fait engager à la Bracongo comme directeur commercial chargé de faire vendre la bière Pils (ancêtre de la Skol) dans les bars de la « cité ». Une année après, le MNC éclate en deux ailes : MNC/Lumumba et MNC/Kalonji. Joseph Ileo opte pour le MNC/K, sous le drapeau duquel il participera à la Table ronde de Bruxelles de janvier à février 1960 ; et sous les couleurs duquel il sera élu président du Sénat le 22 juin 1960, dans le cartel UN (Union nationale) de Joseph Kasa-Vubu. Ce Cartel était opposé au Bloc nationaliste de Patrice-Emery Lumumba. NOMINATION CONTESTEE

Kasa-Vubu avait avoué, plus tard en 1964, à son biographe Charles-André Gilis en parlant de ses rapports avec Lumumba : « Nous étions, l’un et l’autre, un revolver à la main, ne sachant pas qui tirerait le premier ». Ainsi, le 5 septembre 1960, Kasa-Vubu « tire le premier ». Il révoque le Premier ministre Lumumba, qu’il appelle, par mégarde émotionnée « Le Premier bourgmestre ». Une heure après, Lumumba révoque aussi Kasa-Vubu : « Il n’y a plus de chef de l’Etat aujourd’hui dans notre République ; il n’y a qu’un gouvernement populaire ».

L’art. 3 de l’ordonnance présidentielle de ce 5 septembre 1960, nommait Joseph Ileo président du Sénat, comme Premier ministre avec en plus le ministère de la Défense et de la Justice. La même nuit, Patrice-Emery Lumumba convoque en catastrophe son gouvernement en une réunion de crise. Au terme de cette réunion, Lumumba ordonne à la sûreté d’arrêter Kasa-Vubu et Ileo : « Tous les deux ayant porté atteinte à la sûreté et à l’intégrité du territoire ». La révocation de Lumumba, Premier ministre, s’était accompagné de celle de six de ses ministres : Antoine Gizenga, Remy Mwamba, Christophe Gbenye, Anicet Kashamura, Antoine Bolamba et Jacques Lumbala.

Le 10 septembre, Joseph Kasa-Vubu communique à l’ONUC (ancêtre de l’actuelle MONUC) la liste des ministres du gouvernement Ileo. Le même jour, Lumumba se rend au camp Léopold II (actuel camp Kokolo) pour recruter des militaires Tetela, aux fins de reprendre le contrôle de la radio-Léo (située dans l’enceinte de l’actuel ministère des Affaires sociales sur le boulevard du 30 juin). Le chef d’Etat-major de l’armée nationale congolaise, le général Victor Lundula, oncle de Lumumba, lui fournit une escorte des militaires. La tentative de prise de la radio va échouer face à la fermeté du contingent ghanéen de l’ONUC.

Le 12 septembre, Joseph Ileo présente son gouvernement, immédiatement rejeté par le Parlement, majoritairement lumumbiste. Le Parlement qualifie Ileo de « somptueux Premier ministre d’un gouvernement illégal ». Plusieurs ministres du gouvernement Ileo appartenaient aussi au gouvernement Lumumba, et participaient aux réunions de deux gouvernements. Au ministère de l’Agriculture, Ileo avait nommé le chef de son parti MNC/K, Albert Kalonji, ennemi juré de Patrice Lumumba depuis l’éclatement du MNC original ; aux Affaires étrangères trônait Justin Marie Bomboko, même poste qu’au gouvernement Lumumba.

Dans la soirée du 12 septembre 1960, le gouvernement Ileo se réunit et révoque deux hauts cadres du pays : le chef de la sûreté Christophe Muzungu (père de l’actuel président du PPRD/Kinshasa), pour forte allégeance à Lumumba. Le général Lundula est aussi révoqué pour « désobéissance ». Le même soir, des soldats envoyés par Kasa-Vubu arrêtent Lumumba à sa résidence (actuelle primature) et l’amènent sans ménagement au camp Leopold II, où il sera libéré par le colonel Joseph-Désiré Mobutu.

Le 13 septembre, le ministre de l’Information du gouvernement Ileo, Jean Bolikango, leader des Bangala, annonce que « Lumumba sera jugé le plus rapidement possible » pour avoir instauré un gouvernement de terreur. Au même moment, Lumumba et certains de ses ministres assistaient à une séance des chambres réunies, qui lui reconnaissent les pleins pouvoirs. Kasa-Vubu réagit immédiatement et vigoureusement, il déclare « complètement illégale » la réunion des deux chambres.

Le 14 septembre, une ordonnance présidentielle, contresignée par Joseph Ileo, met les chambres en vacance pour un mois. Les chambres ne se réuniront qu’en juillet 1961 au Conclave de Lovanium. Dans la matinée de ce 14 septembre, Ileo annonce que le colonel Mobutu remplace désormais le Général Lundula à la tête de l’Armée. C’est le même 14 septembre, à 20 h que le colonel Mobutu annonce à la radio-Léo que « L’Armée nationale neutralise le chef de l’Etat, les deux gouvernements rivaux, les deux chambres législatives, jusqu’à la date du 31 décembre 1960.

En réalité, c’est Lumumba seul qui sera « neutralisé ». Kasa-Vubu continuera à diriger, et procédera même à l’installation du « Collège des Commissaires généraux », un gouvernement de jeunes universitaires qui auront l’effectivité de la gestion du pays, et mettra en veilleuse le gouvernement Ileo jusqu’en janvier 1961.

CONFIRMATION

En ce dernier trimestre de 1960, la crise congolaise s’amplifie, et est qualifiée de « Congolisation ». Pour tenter d’en sortir, le président Kasa-Vubu convoque, en la salle du Zoo de Léopoldville, la « Conférence de l’entente nationale ». Cette rencontre appelée ainsi « table ronde de Léopoldville, va durer trois semaines, du 25 janvier au 16 février. Sa commission préparatoire avait été dirigée par Joseph Ileo, lequel sera ensuite élu par les participants, à la séance du 28 janvier, comme « président de la conférence ». Le 1er vice-président fut Disasi du PNP, Cyrille Adoula du MNC/K fut 2ème vice-président.

La mort de Lumumba au Katanga, pourtant datée du 17 janvier 1961, ne fut connue que la veille de la clôture de cette conférence le 15 février. Le même jour, Joseph Ileo composa son gouvernement, pour remplacer les universitaires du « Collège des commissaires généraux ». Seuls deux membres du Collège des commissaires généraux seront repris : Bomboko aux Affaires étrangères et Commerce extérieur, et Marcel Lihau à la Justice, mais sans le rang de ministre, même cas de Mukwidi du PSA/Kamitatu aux Transports et Communications.

Le seul Lumumbiste du MNC/L était Alexandre Mahamba aux Mines et Energie : il sera plus tard parmi les quatre politiciens pendus en juin 1966 par le général Mobutu à l’emplacement actuel du Stade des martyrs.

Le MNC/K, parti de Joseph Ileo, alignait deux ministres : Cyrille Adoula (père de l’actuel musicien-animateur de Zaïko Langa-Langa, Adoula-Monga) à l’Intérieur et Bizala à l’Education nationale. Marcel Dericoyard du PNP cumulait les Affaires économiques et les Classes moyennes. L’ABAKO du président Kasa-Vubu alignait trois ministres : Nkayi aux Finances, Mopipi à l’Agriculture et Charles Kisolokele (fils du prophète Simon Kimbangu) aux Parastataux. Hormis Bomboko, l’Unimo (Union Mongo) alignait en sus Paul Bolya à la Fonction publique. De même, le PSA/Kamitatu alignait en plus de Mukwidi, Kimvay au Travail et Prévoyance sociale.

Quelques autres partis n’alignaient qu’un seul ministre. Tels l’UNC, avec Ilunga-Diwe, était aux Travaux publics, le RADECO avec Massa aux Affaires sociales, le PUNA avec Jean Bolikango à l’Information ; le MUB avec Kabangi à la Coordination économique et Plan. Delvaux (dont le nom est donné à Binza/Delvaux et qui s’appellera sous l’authenticité Mafuta Kizola) était ministre résident à Bruxelles.

CONCLAVE DE LOVANIUM

Le gouvernement Ileo ira jusqu’au Conclave de Lovanium, qui n’était rien d’autre qu’une session parlementaire. Devant investir un nouveau gouvernement, la session fut appelée « Conclave », à l’instar de la réunion des cardinaux à Rome pour élire le Pape. La séance d’ouverture du Sénat eut lieu le 22 juillet 1961, et celle de la Chambre des représentants, le lendemain. Tous les parlementaires étaient internés à Lovanium (actuelle Unikin) sous forte protection militaire de l’ONUCV et de l’Armée nationale congolaise.

Le Parlement va prendre à l’unanimité la décision de ne reconnaître, comme successeur légal du gouvernement Lumumba : ni le gouvernement de Léopoldville (Ileo) ni celui de Stanleyville (Antoine Gizenga). Ce fut le « ni Ileo ni Gizenga » semblable au « ni Birindwa ni Tshisekedi » de Mgr Monsengwo en 1993. Le 2 août 1961, Cyrille Adoula est élu Premier ministre par les parlementaires contre Jason Sendwe, Albert Kalonji, Jean Bolikango, Christophe Gbenye et Antoine Gizenga.

TSHILOMBO MUNYENGAYI (C.T., FACULTE DE DROIT, UNIKIN)

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