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Dix-huit ans après


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L 'auteur, petit garçon, au Congo, avec sa mère et son père.
Dix-huit ans après à Zaventem, un petit garçon, qui lui ressemble comme un frère

J'avais huit ans. C'était en juillet 1960. Un pays qui s'appelait alors le Congo devenait subitement, par la grâce des sorciers progressistes de Bruxelles, une nation indépendante. La précision des dates a échappé à ma mémoire d'enfant mais les images y sant restées gravées. Tout avait commencé dans la nuit. On tirait du côté du camp mili­taire de Léopoldville. Des amis s'étaient réfugiés chez nous, affolés, avec quelques maigres bagages. Les fidèles soldats noirs de la Force publi­que s'étaient mutinés. Au matin, tout un univers basculait. La radio crachait sa haine du Blanc. Les nouveIles étaient alarmantes. Nous fîmes nos baluchons. J'emportais, pour ma part, outre les vêtements que je por­tais, un ours en peluche jaunatre qui n'avait plus ni bras ni oreilles. Arrivés dans la rue, nous eûmes notre premier contact avec l'Afrique indépendante. Un camion chargé de nègres ivres, armés, en uniforme. Soldatesque gesti­culante et braillante. Nervis de Lumumba devenus maîtres de la ville.

Ils nous fouillèrent sans ménagement. Ils nous mirent en joue, le regard vitreux. Ils exigèrent de voir le moteur de la voiture pour vérifier si on n'y cachait pas des armes. Hébété, je voyais les fusiIs se lever sur mon père, sur ma mère. De longues minutes indi­cibles. Ils exigèrent de voir notre appartement. Nous gagnâmes les pré­cieux moments qui nous permirent de nous débarrasser de l'unique revolver que mon père gardait en sa qualité d'officier. Distraits par on ne sait quoi, ils partirent pour d'autres victi­mes. Sans le savoir, nous avions frólé la mort... De barrages en barrages, nous gagnàmes l'ambassade de Belgi­que. Des centaines de personnes entas­sées dans les couloirs. Qui avait une couverture. Qui avait un matelas. Qui n' avait plus rien du tout... De temps à autre, la rue tirait dans les carreaux qui volaient en éclats. Des heures intermi­nabies. Puis, ce fut l'aérodrome de la N'Djili. La longue attente des femmes et des enfants. L'angoisse. La crainte aussi... Enfin, L’avion du salut. Embarquements et débarquements successifs au rythme des humeurs vagabondes des guerriers en délire. Mon père, des maris, des frères res­taient que le destin ne nous rendrait peut-être jamais. Au bout de huil jours, c'était l'envol vers l'Europe civi­lisée, l 'Occident... Je découvrais Mels­broeck. La foule des curieux médusés et des parents anxieux. La presse agglutinée. Les secouristes débordés. On nous octroya quelques çonnes paroles. Une ou deux oranges. Nous étions vivants. Cet hiver-là, je décou­vrais, pour la première fois, la neige qui tombait sur Bruxelles. Quand papa reviendrait-il? Il sonna un matin à la porte, comme un colporteur qu'on n'attend pas ou quelqu'un qu'on n'attend guère. Ce jour-là fut telle­ment beau que je ne m'en souviens plus... Le drame banal de milliers de nos compatriotes en cet été 60. Ceux qu'on appelait;, avec une pointe de mépris, «les coloniaux». Un drame dool nous réchappàmes sains et saufs. Ce ne fut pas le cas de tout le monde. Mais nous avions tout perdu fors L’honneur et... la vie! Des années de vie balayées par le vent fou de la décoloni­sation. Des carrières brisées. Des foyers décimés. Des espoirs envolés. Moi, c'était man pays. La terre qui m'avait vu naître. Cela ne s'explique pas. Nous, les créoles... Nous ne retournâmes jamais en cette Afrique qui nous avait vomis et à laquelle nous tournions désormais le dos. Certains repartirent.

Ils avaient gardé un peu de cette terre collée à la semelle de leurs souliers. Ils crurent dans le Katanga de Moïse Tshombé. On a étranglé le Katanga. Ils crurent au Congo d'apres l'indépendance sorti des soubresauts sanglants du lumumbisme. Ils furent massacrés à Stan et Paulis. Ou sauvés de justesse. Ils crurent au Congo des grands condotierres blancs qui fai­saient régner l'ordre et la justice dans les provinces reculées. Ce fut Bukavu et la fin des condotierres. lis crurent au Zaïre du guide de Kinshasa. Et ce fut Kolwezi... Dix-huit ans déjà. Dix-huit ans de vies brisées, d'espoirs rabibo­chés, d'illusions saccagées. Dix-huit ans de meurtres, d'exactiomi, de pilla­ges, de viols, de massacres, d'horreurs et de ruines sur lesquelles nous rebàtissions chaque fois l'utopie. De la démo­cratie parlementaire à la belge à la dic­tature militaire «authentique», tous les chàteaux de cartes se sont écroulés, soufflés par la bourrasque de la négri­tupe. De l'Etat indépendant du Congo de Léopold II au Zaïre de Mobutu, rien n'a changé. L' Afrique, livrée à elle-même, est restée elle-même. Et nos politiciens n'ont toujours den com­pris. Et nos Etats occidèntaux n'ont den compris. Et nos clercs continuent à ne rien comprendre... Juillet 1960, mai 1978. Dix-huit ans déjà, presque jour pour jour. Le gamin que j'étais grandi. Et ces images que je croyais enfouies à jamais au tréfonds de m'a mémoire oot resurgi soudain devant mes yeux. Les mêmes scènes vécues à Melsbroeck se sont répétées à Zaven­tem. J'ai croisé les mêmes figures défaites, les mêmes yeux hagards, les mêmes regards perdus que ceux que nous promenions dix-huit ans plus tot. Les mêmes flashes des photographes de presse. Les mêmes questions idio­tes. Les mêmes larmes de joie. Le même silence épouvantab!e de ceux qui guettent un fils, un mari, un enfant... Sur des listes de réfugiés où, les noms se bousculent. L'homme que je suis a parfois détourné les yeux pour ne pas rencontrer le regard vide d'un enfant de huit ans. Insupportable miroir de son enfance. Etait-ce l’émo­tion? Etait-ce de la-rage? J'ai souvent serré les poings en entendant la mau­vaise foio hypocrite des faiseurs d'opi­nion, les rodomontades-imbeciles d 'hommes politiques irresponsables. En voyant défiler dans nos rues les salauds qui crachaient sur nos paras au moment même ou on comptait à Kol­wezi les cadavres mutilés. Et ce nègre prétentieux du F.N.L.C., se calfeu­trant dans l'anonymat et la clandesti­nité, qui nous donnait des leçons de liberté... Dix-huit ans après Léo, qua­torze ans après Stan, nous allions voir sauter nos paras sur Kolwezi. Nous retenions notre souffIe, l'oreille collée au récepteur, comme s 'il nous fallait sauter avec eux. Mais le kaléidoscope s'est enrayé... Nos centurions n'ont pas sauté! L'audace, en politique, ne se répète pas. Mon pays me fait maL.

Dix-huit áns après, rien n'a changé. Comme si le monde, au matin de la décolonisation, était resté figé par l'idiotie. Les hommes d'affaires ont succédé aux colons. Les tyrans afri­cains aux «colonialistes» européens. Les guerrilleros aux missionnaires. Les Cubains aux colonisateurs. Les cocus, eux, sont restés les mêmes. Dix-huit ans après les événements de 60, rien n'a été fait malgré les rappels succes­sifs de L’Histoire. Malgré les tragédies répétées. Nos gouvernements abâtardis continuent à fournir en gibier la chasse gardée de quelques multinationales sans âme ou de quelques roitelets nègres sans scrupules. Sur un continent ou tout lui est dû et ou tout lui reste dû, l'homme blanc demeure la proie que même des mercenaires ne défen­dent plus... Dix-huit ans plus tard, le petit garçon de buit ans est devenu journaliste. Citoyen déraciné, il ne se reconnaît plus dans ce pays qui lui a tout pris et qui ne lui a rien offert. Apatride au pays du roi Cools et de ses semblables. Apôtre isolé au milieu des Judas qui, depuis dix-huit ans et sans défaillir, nous ont vendus aux canniba­les de l'Occident. J'ai honte de toi, petite Belgique. J'ai honte de toi, petit peuple belge. J'ai honte de toi, petite Europe fanée. Mais, plus que la honte, j'ai peur devant tant d'âneries et, en me levant le matin du 20 mai, j'ai regardé ma petite fille de 10 jours: de quoi seront faits ses dix-huit ans?

Francis DOSSOGNE .