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Le Shaba, pourquoi pas?

Le gouvernement Tindemans n 'a pas effectué sa fausse sortie en raison de ses responsabilités dans le drame du Shaba, hélas, mais pour une question de gros sous.

La tragédie du Shaba: pourquoi conti­nuer à en parler un mois et demi après? Pourquoi continuer à retourner le fer dans la plaie?
La R.T.B. ne nous donne-t-elle pas l'exemple de «l'apaisement»? Pour elle, les centaines d'Européens massacrés, les enfants européens empalés, les femmes euro­péennes violées et éventrées, c'est gommé, oublié. Ne comptent plus pour elle que les «Chiliens disparus». Incontrôlablement «disparus».

Des centaines?

Des milliers?

Pourquoi pas des millions?

Depuis la tragédie du Shaba, elle ne cesse de donner la parole à des «représentants du Front chilien» (qui représentent qui?), à des «intellectuels chiliens» (intellectuel en quoi, sinon en agitation marxiste?); elle serait malade de ne pas rappeler, à chaque émission, que, la Coupe du Monde de football, ce n'est pas seulement du sport mais surtout de la politique, que, «dans les geôles argentines, des gens sont torturés».

Mais, pour elle, les femmes belges violées et éventrées, les enfants empalés, les hommes émasculés au Shaba, la femme et la fille violées à satiété toute une nuit devant le cadavre pendu et ensanglanté de leur mari et père à Kolwezi, ce n'était pas de la torture, c'était - dans l'esprit de ses pédants bafouilleurs, ils n'osent encore le dire, mais ça viendra- un «acte de libération».

Et pour faire oublier plus vite ces cadavres et ces tor­turés qui ne vont pas dans le sens de l'Histoire, elle appuie sur l'accéléra­teur à propos du Chili et de l'Argentine. Il faut exciter les braves gens de chez nous sur d'hypothétiques atroci­tés lointaines et incontrôlables pour faire oublier les atrocités qui ont frappé des gens proches de nous - nos compatriotes - et qui sont, elles, non seulement contrôlables mais contrô­lées. De même, depuis trente-cinq ans, on nous casse les tympans avec les camps de concentration nazis, qui appartiennent bien au passé, pour nous faire oublier les camps de concentra­tion communistes, bien plus épouvantables et qui, eux, comme disait le «chanteur d'Occident», sont du temps présent. Cette sale volonté d'entraîner les gens dans l'irréel, dans l'utopie, dans l'illusion, pour leur faire oublier la réalité présente nous semble bien illustrée par les footballeurs français qui, en Argentine, avant leur match contre l'équipe de ce pays, se posaient un grave problème: allaient-ils pén­trer sur le stade en brandissant le drapeau de l'adversaire, ce drapeau «fasciste» (alors que Platini, leur meilleur joueur, avouait qu'il n'avait pas trouvé l'Argentine différente de la France et que, ses camarades et lui, ils s'étaient fait intoxiquer par la gauche.)
Ils auraient mieux fait de s'occuper de la réalité, de battre, sur le terrain, l'équipe d'Argentine. Cela aurait été beaucoup plus probant et surtout de leur ressort... Or ils ont été battus. Pauvres types: la politique gauchiste sert souvent d'alibi au défaut de valeur.

Donc, pour les mass-media, la tragédie du Shaba doit être gommée effacée, inexistante. Elle est indécente pour une double raison: d'abord, parce qu'elle a été commise par des nègres contre des Blancs (l'apartheid à l'envers et à la millième puissance, ça ne colle pas, n'est-ce pas, les sinistres farceurs d'Amnesty International?); ensuite, parce que les atrocités ont été supervisées par des responsables communistes - cubains et est-allemands: seuls, les «fascistes» (c'est-à-dire les combattants anticommunistes) doivent torturer. Eh bien, nous regrettons, pour nous, la tragédie du Shaba n'est pas finie. Ce serait trop facile: on gomme, on efface et on recommence. Et les mêmes salauds (il n'y a pas d'autre mot) remettent ça.

C'est pourquoi nous avons dressé, dans ce numéro, un dossier des responsabilités, fondé sur des faits précis, des faits que le pays et le parlement doivent connaître,' des faits que les flots de paroles irresponsables déversées à la tribune de la Chambre et du sénat (où on dit n'importe quoi) ont occultés aux parlementaires. Sur la base des révélations des paras belges, qui étaient, eux, aux premières loges et ne se pavanaient ni rue de la Loi ni à la mairie d'Anderlecht, des parlementaires honnêtes (bien des électeurs auront l’œil sur eux, nous nous chargerons de le rappeler mois après mois) doivent poser des questions à Tindemans et à Simonet, des questions enfin précises: parce qu'il est tout de même immoral et scandaleux que des paras belges aient attendu l'arme au pied pour sauver les otages belges, emmenés vers la Zambie et «liquidés» entretemps, comme l'a délicatement dît Mobutu, qu'ils aient attendu, de Bruxelles, un ordre qui n'est jamais venu.

Quand un citoyen moyen tue une personne, il passe en cour d'assises. Devant quel tribunal comparaîtront les responsables de ces morts de dizaines de Belges? Comme ils sont, par définition, «irresponsables» (ce n'est pas nous qui employons ce terme qui devrait les faire colloquer mais nos institutions) qu'ils aient au moins la pudeur de quitter à jamais les estrades où ils continuent à faire du cirque pour raccoler une clientèle...
Nous continuons à parler du Shaba et nous continuerons à le faire tant que l'Europe - dont la Belgique - n'aura pas une politique africaine correspondant aux réalités et non plus aux imbéciles abstractions nées de cerveaux malades. Nous pensons, nous, en effet, que, selon la bonne vieille formule, le crime ne paie pas... Actuellement, on recrute, en Europe, des «mercenaires» - deux à trois mille - pour le Zaïre. Seuls, ces Européens pourraient y garantir l'ordre contre les incursions cubaines fomentées par les Soviétiques.
Mais que ces garçons courageux ne se fassent aucune illusion: le moment venu, ils seront trahis par des gens qui ont la trahison des leurs collée à la peau. Comme ont été trahis les Blancs et les Noirs pro-belges (dont mon ami Kalubi, un chef katangais, enfermé dans les geôles angolaises) qui, au temps de Tshombé, avaient cru se battre pour un certain ordre et qui furent cocufiés par des gouvernants à la solde de la haute finance internatio­nale, que ces gouvernants se drapent, ou non, dans un drapeau rouge. En 1978, suivez mon regard...

Un chef katangais raconte....

Quatorze mois dans les prisons angolaises

Je connais Zacharie Kalubi de longue date. Avec un des meilleurs avocats bruxellois, j'ai été, pendant plusieurs années, le conseiller européen du comité katangais Qu'il animait à Bruxelles. Ils avaient, ses amis katangais et lui, des vues réalistes que je résume ici: «Les Belges doivent investir et travailler au Congo, ils doivent y payer leurs impôts et donner du travail à nos gens. Mais nous savons fort bien que les Belges ne viendront pas tant que leur sécurité ne sera pas sérieusement assurée. Aussi serions-nous prêts, si nous étions au pouvoir, à passer un accord avec la Belgique pour que des troupes belges puissent séjourner en permanence à Kamina». Ils préfiguraient en quelque sorte la «force de sécurité eurafricaine» dont on parle maintenant. Mais à l'époque, personne n'a voulu les écouter. Si on les avait suivis, il n 'y aurait pas eu de massacre de Kolwezi,... Je n'avais plus revu Zacharie Kalubi depuis plus d'un an. Il vient de repasser chez moi. Il rentrait d'Angola où il avait passé quatorze mois dans les prisons communistes. Son récit est intéressant à maints points de vue. Et d'abord, parce que personne n 'a de témoignage de première main sur ce qui se passe dans les prisons communistes de ce pays. E.L.

On arrêtait tout le monde

Je suis parti de Bruxelles pour l'Ango­la le 1er mars 1977 avec une tonne et 250 kg de médicaments pour les gendarmes katangais que je savais démunis de tout et qui m'avaient toujours fait confiance. Je suis arrivé à Luanda le 2 mars. J'ai remis mes médicaments puis j'ai flâné à gauche et à droite dans la ville. Le 5 mars, le major katangais Paulo Kalenga m'a dit qu'il avait reçu un coup de téléphone de Paris lui annonçant que je venais en Angola pour abattre le général Mbumba (N.D.L.R. le chef militaire des Katangais). Il m'accusa d'être un agent belge et occidental. Je lui expliquai que je n'avais cessé de me bagarrer pour les Katangais en Belgique et que je ne venais que pour huit jours afin de remettre mes médicaments.

On me convoqua au bureau de la Disa, la police politique angolaise. J'y ai été reçu par Ludi Kisansunda, le chef de la Disa, qui est un Angolais bakongo.
Puis un Européen est arrivé: Helden Neto. Il m'a dit qu'il m'emmenait à son bureau pour me remettre d'autres papiers. Et j'ai été emmené à la prison Saint-Paul, accompagné d'un soldat. Cela m'étonnait bien un peu mais je m'étais déjà rendu compte qu'on arrêtait tout le monde au ha­sard. Je suis resté sans voir personne pendant deux jours au bureau de la prison.
Sans la moindre explication. Le dimanche, un soldat est venu m'apporter un matelas et m'a conduit à l'étage. Dans la chambrée où il m'a conduit, il y avait presque 80 personnes. J'ai discuté avec les détenus qui m' avaient précédé. Il y avait là un Nigérien, Abakar Aboubakar, arrêté par­ce qu'il n'avait pas de visa et qui se trouvait déjà là depuis 16 mois. Je suis devenu ami avec quatre Portugais qui se trouvaient là depuis la guerre civile. Tous avaient la même opinion: «Dans ce pays, il n'y a pas de Justice. C'est la pagaille». Pendant mon court séjour à Luanda, j'avais pu me rendre compte que les gens avaient faim.
Ils ne mangeaient pratiquement que du riz et du macaroni. Ils avaient de la viande une fois par mois. On ne trouvait pas de costumes dans le magasins, pas de savon... Et cela, c'était à Luanda, la capitale. Je suis resté deux mois dans cette chambrée sans être interrogé, sans promenade dehors, sans voir personne sauf l'un ou l'autre soldat. Après ces deux mois, Helden Neto m'a appelé. Il me répéta que j'étais arrêté parce que je voulais tuer Mbumba. Je lui répondis à peu près: «C'est toi que je tuerai si vous me gardez ici sans raison. Si quelqu'un a des complexes tribaux ça ne me regarde pas.» Il m'envoya chez Ludi. Ce dernier affirma que je venais en Angola pour organiser les Katangais contre les communistes...

Révolte contre Neto

Un peu plus tard, une révolte éclatait à Luanda. Elle était organisée par l'ancien ministre de l'Intérieur de Neto, qui avait organisé la police et les militaires noirs. Ça commen­ça à trois heures du matin: les ba­zookas, les mortiers, les mitraillet­tes... Il y avait aussi du remue-ménage dans la prison. Les gardiens, affolés, tiraient... dans les portes. C'était une révolte des militaires contre Neto. Vers 9 heures, nous vîmes des militaires arriver à la prison. Ils sortirent des types à eux puis ils se dirigèrent vers la chambrée des mercenaires. Elle contenait huit Anglais, un Américain et un Sud-américain. Ils voulaient les tuer mais la femme qui les commandait les arrêta: «Pas maintenant, cet après-midi,..». J'exigeai de parler à un officier. On me dit qu'il fallait attendre. A deux heures, Neto parla à la radio. Plusieurs de ses ministres avaient été tués. Helden Neto aussi. Lui, Agostinho Neto, il s'était réfugié dans le camp des Cubains et c'étaient les Cubains qui l'avaient ramené au pouvoir. On tirait encore partout en ville. Les Cubains commençaient les arrestations: tous les directeurs de ministère, nombre d'Angolais blancs. On les amena à la prison: près d'un millier d'un coup.
Au matin, les massacres commencèrent dans la prison. Il y eut des tortures terribles: on arrachait les ongles des hommes, on frappait les femmes sur les parties génitales. C'étaient les militaires angolais qui massacraient à l'intérieur de la prison. Les Cubains, eux , massacraient dehors. Dans la prison, on venait chercher cinq, six, dix prisonniers et ils ne revenaient jamais. Dans ma chambre, on a tué 70 personnes. Et il n'y avait aucun chef avec qui discuter. Chaque soldat se croyait un chef. J'ai vu pas mal de choses dans ma vie en Afrique et no­tamment les mulelistes mais jamais une telle barbarie.
J'avais fait la connaissance du directeur de la prison, Gunga, avec qui je parlais souvent. A ma demande, il m'a placé dans la chambre des mer­cenaires. Un jour, un de ces mercenaires a été abattu dans la chambre à bout portant par un soldat à qui il avait répliqué. Gunga a fait emporter son cadavre. Il n'y a même pas eu d'enquête, rien.

Au Shaba, des Lundas, des Cubains, des Angolais

Un jour, Gunga m'appela et me dit que j'allais partir. J'étais en prison depuis quatorze mois. A 19 heures, on me conduisit à l'aéroport. Je réclamai en vain mon argent. Quand j'avais été arrêté, j'avais sur moi une enveloppe contenant 27.000 dollars d'une entreprise belge pour acheter un terrain en Haute-Volta afin d'y construire une cité africaine en maisons préfabriquées. Je n'ai jamais revu cet argent malgré mes protestations. Comme j'insistais, on me r­pondit: «Tout est nationalisé ici». J'étais en prison lors de la première guerre du Shaba. Après l'échec, le major katangais Kalenga est venu à la prison. «Nous avons eu un échec, dit-il, mais on va continuer». De son côté, Gunga affirma: «Les Katangais vont gagner. Ils ont reçu trois bateaux de matériel des Russes». Et il m'emmena avec lui au port pour me les montrer. Je suis parti de Luanda le 5 mai. Le 6, j'étais à Bruxelles. Le lundi, la nouvelle guerre du Shaba commençait...
En Angola, il y a des Lundas comme au Katanga. Il y en a de chaque côté de la frontière. Neto a donné à Mbumba l'autorisation de mobiliser tous les Lundas de 18 à 25 ans. II y avait des Cubains dans l'expédition du Shaba.
Le capitaine Francisco Lenino, un Cubain, avait toute une compagnie à Tchikapa pour intégrer les Katangais. Il y avait aussi un ba­taillon de soldats angolais. Mbumba a caché aux gendarmes katangais que j'étais en prison. Ça aurait pu faire du vilain. Pourtant, beaucoup de ces gen­darmes katangais d'aujourd'hui ne sont plus ceux d'hier. Ils ont été endoc­trinés. Ils ne jurent plus que par les Russes, par Lénine, etc. C'est la faute des Portugais et des Belges. Quand nous avons voulu re­prendre les Katangais en main, pen­dant des années, ils ont refusé de nous écouter. Maintenant, c'est trop tard. Enfin, presque trop tard car j'ai mon idée là-dessus ....

Des garanties de sécurité pour les Européens

Lors de la déclaration gouvernementale à propos de Kolwezi, le sénateur Hilaire Lahaye a tenu, à la tribune du Sénat, des propos très opportuns dont voici certains extraits à méditer (par nos ex et futurs gouvernants):

La mentalité bantoue

Dans le passé, nous avons déjà connu une première révolte dont le foyer s'était allumé dans la ville indigène de Léopoldville ou des blancs avaient été molestés. Cela se passait avant L’indépendance. Une deuxième révolte accompagnée de centaines de tueries à travers tout le Congo eu lieu immé­diatement après L’indépendance. Nous avons connu ensuite les événements de Stanleyville ou les parachutistes belges ont sauvé des centaines de blancs. Maintenant, nous avons Kol­wezi. Nous connaissons les témoignages des atrocités qui y ont été commises. Ce ne sont pas uniquement les rebelles mais aussi la population. et même des soldats de L’armée régulière qui y ont participé.
Pour comprendre ces événements, iI faut connaÎtre la mentalité bantoue. Un Bantou peut être fidèle jusqu'à la mort mais iI n'oublie jamais.
Je ne m'étendrai pas sur ce point. Une chose est, toutefois, certaine, Kolwezi est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Il y a encore environ 52 000 Belges au Zaïre. Permettra-t-on encore que les Belges partent sans que les garanties nécessaires en matière de sécurité ne leur soient accordées ?

Dans les plus brefs délais 

Le premier ministre a souligné avec insistance le caractère humanitaire de l'intervention belge. Sur ce point, iI peut compter sur l'appui inconditionnel du parti libéral. C'est à juste titre que nos forces armées n'ont pas été chargées de défendre les richesses minières de Kolwezi. Un pays indépendant depuis dix-sept déjà doit être capable de préserver lui-même la source principale de son revenu national et nos soldats ne doivent pas risquer leur vie pour ceux qui ont spé­culé sur ces richesses minières.
Je déduis, neanmoins, de la communication du gouvernement, que l'intervention belge a été précédée de nombreuses tergiversations.
Cette extrême prudence s'imposait-elle et était-il nécessaire de prendre autant de contacts internationaux alors que l'on savait que, dès le 14 mai, Kolwezi était aux mains des rebelles et que nos compatriotes étaient donc en danger? Ce qu'iI fallait faire, c'était les aider dans les plus brefs délais.
A quelle date le président Mobutu fit-il appel aux forces belges? Si ce fut avant le 18 mai, n'était-ce pas suffisant pour intervenir immédiatement? Le président Mobutu reproche à la Belgi­que d'être intervenue trop tard. Selon une déclaration qu'iI fit à l'A.Z.A.P., les troupes zaïroises avaient déjà reconquis l'aérodrome de Kolwezi le 17 mai et elles tenaient cet aérodrome lorsque les para-commandos belges atterrirent. Si cela est exact, était-il encore nécessaire de faire intervenir les parachutistes belges? Si Mobutu dit la vérité, je ne comprends pas la gratitude d'autant d'évacués à L’égard de la France.

«Manque de carburant:» et les milliards de notre aide?

Le manque de carburant au Shaba est un argument valable invoqué par le gouvernement pour expliquer son intervention tardive. Mais on peut alors se demander ce que le Zaïre a fait des milliards d'aide technique dont une partie était destinée à la réorganisation de l'armée zaïroise. Si le gouvernement zaïrois connaissait la vulnérabilité du Shaba et l'incapacité de l'armée zaïroise à protéger seule les richesses minières, pourquoi n'a-t-il pas pris les dispositions nécessaires à Kamina pour mettre le carburant nécessaire à la disposition d'alliés éventuellement appe­lés à la rescousse?
Le père Auguste Meys a déclaré à Zaventem que, sur l'aérodrôme de Kolwezi, un avion transportant une centaine de soldats fut maitrisé par six rebelles nus-pieds qui ne disposeaient même pas tous d'une arme à feu. Le président de la Mauritanie a déclaré hier sur les antennes d'Europe n° 1 qu'en Afrique, règne la loi de la jungle et que les pays faibles continueront à en être la victime aussi longtemps qu'ils n'uniront pas leurs forces. Le premier ministre qui est allé aujourd'hui à Paris pourra peut-être nous en dire plus à ce sujet, mais je crois que le résident de la Mauritanie est le seul à avoir vu juste.

Zambie, cuivre et, Rhodésie

Suivant les communiqués de presse, le président Mobutu a décidé de rapperer les ambassadeurs du Zaïre en Algérie et en Lybie, en raison de la part active prise par ces pays dans les événements du Shaba. Il a mis également en cause L’U .R.S.S. et Cuba. Et des rescapés du massacre ont déclaré que certains diri­geants s'exprimaiènt en langue espa­gnole. Le président Mobutu a par ailleurs (constaté, à Kolwezi même, que des armes étaient de fabrication russe. Et le journal anglais «The Observer» a écrit que ce sont les Allemands de l'Est et non les Cubains qui ont orchestré l'attaque contre le Zaïre, tout en cons­tatant que le ministre de la défense de L’ Allemagne de l'Est était en Angola, lors du début de l'attaque du Shaba.
La situation politico-économique en Afrique australe est complexe; mais, personnellement, je sais que L’invasion est partie de la Zambie. Ce matin, d'autre part, Europe n° 1 et un journal néerlandophone ont annoncé que la Zambie avait accueilli triomphalement les rebelles. Or, chacun sait que le tra­tic commercial est maintenu entre la Rhodésie et la Zambie, alors que l'état de guerre existe entre ces deux pays: des guérilleros entraînés de Zam­bie attaquent, en effet, réguliè­ment la Rhodésie avec des armes de fabrication russe. De plus, le Zaïre et la Zambie dépendent tous deux du cui­vre pour leurs balances commerciales, le Zaïre fournissant 7 p.c.du cuivre mondial et la Zambie 12 p.c. On comprend alors pourquoi les mines de Kolwezi ont été rendues impraticables par des gens venus de Zambie. C’est à vous, monsieur le ministre, de nous dire quel est le coupable en l'occu­rence.

Indemnisations.. .

M. le premier ministre a fait un pre­mier geste à l'égard des rescapés du Shaba, en mettant à leur disposition, à leur arrivée à Zaventem, une modeste somme d'argent. L'indemnisation complète ne peut, toutefois, se faire attendre trop longtemps. Certaines vic­times de 1960 et de 1964 n'ont toujours pas été indemnisées entièrement, même si leurs biens avaient été zaïrisés. Dans une société démocratique, cette façon de faire est injustifiable.
Je voudrais enfin remercier M. Simo­net pour un cas concret qu'il a résolu. Un homme de 75 ans a été exproprié, zaïrisé, iI y a cinq ans. L'expropriation s'est faite au bénéfice de deux des plus hautes personnalités du Zaïre que je ne citerai pas mais que vous connaissez bien, monsieur le ministre. Vous m'avez répondu que vous aviez réussi à obtenir de l'Etat zaïrois qu'il étalerait sur vingt ans le paiement du prix de la valeur de L’expropriation, mais vous avez ajouté que l'Etat belge, plus généreux étalerait ce paiement sur dix ans.
Cet homme aura donc 85 ans ans lors de la dernière annuité selon le système belge et 95 ans selon le système zaïrois. Ce n'est ni sérieux, ni honnête! Je vous demande instamment d'agir rapide­ment pour ces gens qui ont tout perdu. .

La colère des Belges

Parmi les très nombreuses lettres que nous avons reçues à la suite de la tragédie de Kolwezi, nous publions ici celle qui suit parce qu'elle traduit exactement le sentiment moyen du citoyen belge.

Lettre ouverte aux indécis ou aux lâches qui nous gouvernent.

Notre gouvernement vaut-il encore la reine que l'on se donne pour parler de lui? Le respect que l'on doit à la personne humaine et celui des valeurs qui ont établi notre civilisation lui font défaut. Il lui manque ainsi le sens de l'honneur.
Mais s'il garde celui du devoir - je parle de celui qu'il lui reste à faire et non pas de celui qu'il n'a pas accompli – qu’il se démette, (1) qu 'il présente ses excuses devant le parlement, et demande, à genoux, le pardon de la nation. Nous n'attendons pas qu'il donne des expIications embrouillées, qu'il recherche des faux fuyants, qu'il se perde en vaines arguties: tout cela serait inacceptable et ne ferait qu'ajouter à l'indignité de son comportement.
Mais qu'il présente ses excuses. Quelle excuse peut-il faire valoir? Celle de s'être fourvoyé, en relisant de vieux éditoriaux maladroits ou gauchistes- -je ne peux faire la différence - d'un Etienne Ugeux, d'une Colette Braeckman (2), celle d'avoir permis que nos antennes de radio servent les besoins de la propagande du communisme international?

J' ai la rage au coeur et les larmes me viennent aux yeux lorsque j'écoute le journal parlé; mais que puis-je faire? Les Belges sont massacrés au Katanga et notre gouvernement n'avait pas pris de dispositions préventives (3). Et pourtant, cela aurait été facile: il suffisait de consulter nos compatriotes qui résident en terre d' Afrique, de les écouter et de leur laisser exprimer leur opinion, en foute liberté; mais ont-ils jamais été écoutés?
Les Belges sont massacrés et notre gouvernement ne vient pas à leur secours. Il tergiverse, hésite, suppute le pour et le contre et laisse finalement la Légion assumer, seule, les risques de l'intervention, mais aussi recueillir les lauriers de la gloire, mais aussi repar­tir avec le sentiment du devoir accom­pli.

Certes, la responsabilité du Zaïre est directement engagée puisqu'il revenait à sou gouvernement de maintenir l'or­dre dans cette région convoitée, et le proche avenir nous informera sans doute des exactions commises par les forces gouvernementales zaïroises mais il de­meure que notre gouvernement n'a pas assumé ses responsabilités. Je parle, notez-Ie, en connaissance de cause, ayant moi-même vécu au Katanga et sachant fort bien que les armées zaïroises sont indisciplinées, dangereu­ses, et se sont livrées, par le passé, aux pires excès.
Profondément indigné par les propos que tenait M. Longerstaey en 1972, j' avais adressé une lettre assez longue à la rédaction de «La Libre Belgique», quelques mois avant la décolonisation de l'Angola. De quoi se mêlait notre représentant à l'O.N.U.?
Ne s'ingérait-il pas dans les affaires intérieures du Portugal? II est digne de remarquer que son intervention, si elle éveillait en moi des sentiments mêlés, me rappelait que ceux qui se récla­ment d'une idéologie marxiste se gar­dent bien de pratiquer la politique de non-ingérence quand elle nuit à leurs intérêts les plus vils, mais accusent leurs adversaires de s'immiscer de fa­çon intolérable dans les affaires inté­rieures d'un Etat souverain quand ils apportent une aide humanitaire, et obligée, faut-il le dire, à leurs compa­triotes en détresse. Ecoeurant.
Le journal, auquel j'étais cependant abonné alors que je résidais au Congo ne me répondit pas. J'écrivis une deuxième fois: sans résuItat. J'expédiai la 3e lettre par envoi recommandé. La réponse me parvint, laconique. La rédaction regrettait de ne pouvoir me donner satisfaction et n'envisageait pas de publier un extrait de ne pouvoir me donner satisfaction et n'envisageait pas de publier un extrait dans le courrier des lecteurs. Elle avait pourtant valeur prémonitoire.
Le «Nouvel Europe-Magazine», dont la moindre qualité reste celle d'avoir raison trop tôt, avait accepté d'en publier quelques extraits.
Mais quel crédit pouvons-nous encore accorder à nos «maîtres» qui n'ont pas appris les leçons du passé, et qui n'étudieront pas celles du moment présent; d'ailleurs, à quoi bon, ils n'en retiendraient rien (4).
Amis français, je vous le dis du fond du coeur, merci...

Dr J.M., Thirimont .

La lettre de notre correspondant. que «La libre Belgique» refusa de publier en 1972, contenait notamment ces lignes prophétiques: M. Longerstaey ignore-t-il que la pas­sation des pouvoirs signifie la ruine des colons européens, la résurgence des querelles tribales et l'effondrement des pays administrés? I1 n'est pas douteux que nos ressortissants qui résident ac­tuellement au Zaïre - et que la Belgique a déjà spoliés lorsqu'elle accorda l'indépendance à cette ancien­ne colonie -seront les nouvelles victimes des désordres qui ne manque­tont pas de se produire, le jour ou les voeux de M. Longerstaey seront exau­cés: l'économie du Zaïre est solidaire de celle de l' Angola.

(1) Le gouvernement Tindemans a démissionné depuis la rédaction de cette lettre: mais pas, hélas, à cause de ses graves responsabilités au Shaba... Fausse démission, en plus....
(2) Qu'on se rappelle les textes qu'elle publiait dans «Le Soir » avant la décolonisation de l'Angola: tant de sornettes accumulées! Elle nageait dans L’erreur mais engloutissait autour d'elle tous ceux qui n'avaient jamais été en Afrique et considéraient que l'on pouvait accorder quelque crédit aux éditorialistes d'un quotidien réputé sérieux.
(3) Nos dirigeants ont-ils exigé, en contrepartie de l'assistance technique qu'apporte la Belgi­que au développement du Zaïre, de maintenir et d'entretenir, au Shaba, une force militaire de protection? Force d'intervention humani­taire, chargée d'assurer la protection de nos coopérants gouvernementaux ou privés? Que notre gouvernement s'abstienne d'envoyer nos nationaux au Zaïre, puisqu'il étale son impé­ritie. Comment pouvait-il admettre, d'autrèpart, que les Belges n'étaient pas autorisés, par les gouvernements de la R.D.C. puis du Zaïre, à garder chez eux une arme défensive?
(4) Surtout, que notre ministre des Affairès étrangères n'annulle pas son voyage en Angola. Mais qu'il y reste: il s'y trouvera chez lui.