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La honte d'être belge

La honte d'être belge... Je l'ai éprouvée en recevant ce coup de téléphone d'un ami, journaliste parisien. Il ne comprenait pas. Il m'a dit à peu près: «Qu 'est-ce qui se passe avec les Belges? Que Marchais et Mitterrand aient adopté l'attitude qu'i!s ont adoptée, personne ne peut en être étonné mais I'attitude des Belges nous en fiche un coup». Cette honte, je l'ai ressentie bien davantage encore lors du retour des rescapés du massacre du Shaba. Leur opinion était unanime : «Merci aux Français». Pourtant, i! y avait des paras belges au Katanga maïs ce sant les Français qui ont sauvé toutes ces vies. Les propos de certains réfugiés belges à Zaventem étaient tellement durs pour le gouvernement belge que la R. T.B. a préféré les couper. Le lundi 22 mai, dans son journal de 19 heures 30, la télévision belge a donné quelques-unes des interviews réalisées à Zaventem par Luc Beyer. Aussitôt après, sur Antenne-2, à la TV française, à 20 heures, d'autres interviews de Luc Beyer passaient, beaucoup plus dures.

Les complices des assassins

Tous les réfugiés affirmaient que; si les paras français étaient venus vingt-quatre heures plus tard, tous les Européens seraient..tombés vic­times de la folie meurtrière noire.
Cela signifie que, si les paras étaient arrivés vingt-quatre heures plus tôt, nombre de vies humaines auraient été épargnées. Or il ne fait aucun doute que, malgré les explications embarrassées de M. Tindemans de­vant le parlement, les paras belges auraient pu intervenir plus t6t. Nous y reviendrons. En attendant, c'est ici qu'il convient de parier de ces gens qui ont défilé dans les rues de Bruxel­les avec des slogans du genre: «Pas un para pour le Shaba!». lIs grou­paient en gros la LR.T. (Ligue ré­volutionnaire des Travailleurs), le C.N.A.P.D. (Oxfam), les Jeunesses communistes, etc. Si on les avait écou­tés, tous les Européens de Kolwezi auraient été massacrés. Comment, dès lors, les qualifier sinon de compli­ces des assassins? Par cette attitude, ces gens se sont retranchés de la com­munauté nationale. Aveuglés par leurs obsessions idéologiques, ils ont perdu tout sens de l'humain. I1 ne faut pas non plus oublier la prise de position du P.S.B. qui estimait que le largage des parachutistes risquait de mettre des vies en danger alors que l'avis des réfugiés est unanime: sans les paras, tout le monde était massa­cré ei, si les paras avaient sauté plus t6t, bien des vies huinaines auraient été épargnées. Or les réfugiés étaient, eux, sur place. lIs ne siégeaient pas confortablement dans les bureaux du parti socialiste au boulevard de l'Empereur. On touche ainsi directe­ment du doigt à quelles aberrations la passion partisane peut conduite des hommes qui assument pourtant de graves responsabilités puisqu'ils siègent au gouvernement. Il est certain que nos paras auraient pu, tout comme en 1964, à Stanleyville, sauver les Belges du Shaba. lIs ne sont pas en cause. lIs dépendaient des décisions politiques prises à Bruxelles. En ap­prenant que les paras du 2e régiment étranger de parachutistes faisaient pratiguement tout le travail, ils ont dû, eux aussi, éprouver un sentiment de colère et de gêne (cela se sentait chez. ces garçons courageux lors de leur retour à Melsbroeck: en 1964, leurs aînés étaient revenus en héros; eux, ils revenaient en infirmiers. Et pourtant, ils auraient pu faire aussi bien. Quant à la décision politique qu'ils attendaient, nous y reviendrons car c'est là que se trouve le nreud du problème.

Katangais et «Katangais»

Auparavant, il faudrait revenir à la question du Katanga, dit Shaba. Quand le Katanga de Moïse Tshom­bé revendiqua son indépendance, I'O.N.U. n'hésita pas à y envoyer des troupes pour mater ce qu'elle ap­pelait la sécession. Pourtant, à l'épo­que, il s'agissait de Katangais qui se trouvaient dans leur propre pays et qui entendaient y disposer d'eux-mê­mes selon le sacro-saint principe agité pour accorder l'indépendance même à de minuscules tribus dont .personne n'a jamais entendu parler. Cette fois, en 1978 il s'agissait bien d'envahisseurs puisqu'ils venaient de Zambie. Qu'ils fussent katangais, rien ne le prouve: ils étaient trop jeunes, sou­vent, pour être les «gendarmes» resca­pés de 1964. lIs pouvaient très bien appartenir à la même ethnie, les Lun­das, que les Katangais puisqu'elle s'étend des deux cötés de la frontiè­re, donc aussi en Angola. Ils faisaient donc parfaitement l'affaire pour accréditer le subterfuge. Par ailleurs, de ces «Katangais» prisonniers avouè­rent qu'ils étaient accompagnés par une compagnie motorisée cubaine maïs qu'elle avait disparu dès l'arri­vée des paras français. On ne peut donc nier que l'on se trouvait bien en présence d'une invasion. Et l'O.N.U. ne bougea pas.
Le problème katangais se pose depuis l'accession du Congo à l'indépendan­ce. Après la défaite de Tshombé, pour échapper au massacre, nombre de gendarmes katangais passèrent en An­gola, alors encore colonie portugai­se. lIs étaient trois mille, quatre mil­le... II se fait que le hasard m'a per­mis de les connaître assez bien. lIs servaient dans l'armée portugaise et ils donnaient la chasse aux bandes du M.P.LA. dont ils sont à présent les alliés. Leurs représentants à Bru­xelles, d'anciens fidèles de Tshombé, proclamaient leur amitié pour les Belges en qui ils voyaient leur seule chance de salut. II avaient un plantout prêt pour le jour ou, ces gendarmes exiIés aidant, ils reprendraient le pou­voir dans leur pays: ils souhaitaient des investissements belges et une pré­sence technique beIge importante. «Tout ce que nous demandons, di­saient-ils, c'est que vous fassiez tra­vailler nos gens et que payiez vos im­pöts. Nous comprenons fort bien que les Belges qui viendront travailler chez nous exigent des garanties de sé­curité. Aussi serons-nous prêts à signer avec la Belgique un accord qui autoriserait la présence permanente de troupes belges à Kamina»: Selon la ligne politique de leur ancien pa­tron, Moïse Tshombé, ces dirigeants Katangais étaient farouchement anti­communistes. Pourtant, après le putsch de Lisbonne et la livraison de l'Angola, par les Portugais, à Neto et aux bandes du M.P.LA., certains de ces responsables congolais parti­rent pour l'Angola. J'ai eu, à l'épo­que, certaines conversations avec eux. En réalité, l'idéologie les préoccupait fort peu. Ils l'adaptaient plus ou moins à leur interlocuteur beIge. Ils étàient avant tout conduits par le dé­sir de rentrer dans leur pays, d'y ra­mener leurs frères et leurs cousins exilés et d'y prendre le pouvoir. La conscience tribale avait pour eux beaucoup plus d'importance que nos options idéologiques et philosophi­ques européennes.

Les Blancs transformés en gibier

Ils furent d'ailleurs pris de vitesse par deux autres mouvements qui, gra­ce à Neto, s'emparèrent, à leur pla­ce, du contrôle des gendarmes katan­gais d'Angola: le F.N.L.C. et le M.A.R.C. Cette fois, il ne s'agissait plus d'anciens de Tshombé mais d'uni­versitaires, adversaires deMobutu, dont les options penchaient nettement à gau­che, au point que l'adresse parisienne de l'un d'eux était celle du P.S.U. Ce sont eux qui se sont fait, en mai 1978, les porte-parole des envahisseurs du Shaba, qualifiés globalement, pour les besoins de la cause, d'«ex­gendarmes katangais», afin de donner l'impression qu'ils s'agissait simple­ment de braves Katangais soucieux de regagner leur pays. A l'heure cu­baine en Afrique, on tentait d'accré­diter une sorte de mythe tshombiste pour brouiller les cartes et faire avaler la pilule. Sans les massacres, l'équi­voque aurait d'ailleurs subsisté.
Mais il y a eu les massacres... A Stanleyville, ce furent des mulelistes d'extrême-gauche qui se livrèrent à de sauvages massacres de Blancs. A Kolwezi, ce furent des Katangais, manipulés par le communisme,qui se rendirent coupables d'horreurs au moins égales, sinon pires et' maints réfugiés affirmèrent que des soldats zaïrois s'étaient gaiement joints aux pillages et aux exactions. La «chasse aux Blancs» avait, dans les deux cas, commencé très rapidement et elle se traduisit par des actes de barbarie et de sauvagerie qui rappellent ceux qui caractérisèrent l'indépendance congolaise en 1960: hommes égor­gés, femmes enceintes éventrées, femmes violées, massacres collectifs,­ etc. Valéry Giscard d'Estaing a de­mandé aux Français de ne pas avoir d'arrière-pensées racistes dans ces cir­con stances maïs on peut se demander si les chasseurs et massacreurs de Blancs ne faisaient pas preuve de ra­cisme et on est bien forcé de se dire que Pon se trouve en présence d'un aspect permanent de la négritude. A ce propos, il est navrant de retrou­ver continuellement les mêmes scènes à notre aéroport national: le retour de rescapés, traumatisés, ayant encore dans le regard les scènes d'horreur qu'ils ont vécues, démunis de tout ­-en 1960, en 1964, en 1978            Le lundi 22 mai, en première page, la «Derniè­re Heure» posait la question qu'il faut poser: «Laissera-t-on toujours massacrer les nôtres?» et, à la Cham­bre, après la déclaration ministérielle de Léo Tindemans, André Damseaux demandait avec raison s'il est normal qu'un gouvernement engage des Bel­ges dans la coopération au dévelop­pement et ne prenne pas les mesures indispensables pour assurer leur sécu­rité. Est-il normal en effet que les Blancs soient continuellement trans­formés en gibier (alors qu'ils sont tou­jours, de loin, les plus forts: il suffit de quelques centaines de paras euro­péens pour rétablir l'ordre.

Les responsabilités socialistes

Nous en arrivons ainsi à l'essentiel:les responsabilités gouvernementales. La solidarité des partis au pouvoir a naturellement joué même si nombre de leurs mandataires ne se sentent pas très fiers en présence de ce qui s'est passé. Le secret absolu a entouré les délibérations de «l'état-major de crise» mais, malgré les démentis, il semble bien qu'il ait été le théätre d'accrochages entre Leo Tindemans et Henri Simonet. Nous n'irons pas jusqu'à affirmer que ce dernier blo­qua, durant vingt-quatre heures, l'appel à l'aide du Zaïre, comme l'affir­me Mobutu, puisque nous n'en sa­voos rien mais il est certain que les sympathies socialistes pour le F.N.L.C. n'ont pas été étrangères aux scandaleux atermoiements du gouvernement beIge. Nous disons «scandaleux» pour ne pas dire plus car, sans les paras français, il faut le rappeler, la plupart de nos compatrio­les seraient tombés sous les coups des tueurs, ALORS QUE NOUS A VIONS LES MOYENS POUR QU' IL EN SOIT AUTREMENT.
Un ami, fort au courant des choses d' Afrique, nous propose l'explication suivante : «Ce n'est pas d'au­jourd'hui qu'un voleur crie «Au voleur!» pour détourner l'attention.
Je soupçonne fortement Simonet d'accuser les Français de sa propre: manoeuvre. N'atirait-il pas été de mè­che avec le F.N.L.C.? Les «gendarmes katangais» auraient occupé Kol­wezi. On eût, «par mesure de prudence? », envoyé. Des paras.à 50 km de la puis propose la negociation «pour sauver des vies humaines», c'est-à-di­re que l'on aurait reconnu de facto le F.N.L.C. . comme «interlocuteur valable» (à la façon d'un N'Komo) pour faire tomber Mobutu (au régi­me pourri et honni) et, aux yeux des socialistes belges, pour venger Lumumba. De cette façon également, on eût entraîné la Zambie à faciliter les attaques contre la Rhodésie....
Malheureusement pour ce calcul, les nègres venus de l'Angola n'ont pu résister aux alcools, d'où: anarchie, viols, massacres Et les Français se sont trouvés bien fondés d'interve­nir (avec moins de majestueuse lenteur que le gouvernement «belge»).» Mais dans ce cas, pourquoi M. Tindemans et ses collègues ont-ils suivi les socia­listes jusque dans leurs folies? A ce stade, qu'est la «solidarité» gouver­nementale », sinon la loi du gang?
A ce propos, on sait que, dans ce journal, nous n'avons jamais ména­gé Giscard d'Estaing mais, cette fois, il a agi en homme d'Etat, qualité que l'on tenterait vainement d'attri­buer à nos mirables gouvernants, et particulièrement à Simonet, dont An­dré Damseaux disait justement que sa politique africaine consiste à ne pas en avoir. On n'ose pas croire que les quatre milliards de fournitures à Cuba (que Castro ne paiera jamais) aient pu entrer en ligne de compte.
Avant d'en finir, il est indispensable de souligner la manoeuvre de la R.T.B., une fois de plus dégueulas­se (qu'on nous excuse mais il n'y a pas d'autre mot). Alors que les frères, les soeurs, les épouses, les maris, les enfants des victimes de la fureur marxiste noire avaient à peine remis les pieds sur le sol beIge, dès le mardi 23 mai au matin, les ertébéistes repre­naient leur sale boulot: ils insis­taient lourdement sur des exactions qu'auraient commises les paras fran­çais. n s'agit de faire peu à peu oublier ainsi la véritable terreur, celle que firent régner leurs petits copains marxistes venus d' Angola. Encore un peu de patience et la R.T.B. finira par affirmer que, grâce aux «nationa­listes katangais» (le vocabulaire chan­gera peu à peu), -les «légionnaires français» n'ont pu massacrer que quelques centaines d'Européens... ..

Emile LECERF .