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Kolwezi: le drame s'installe

(de nos envoyés spéciaux)

L'offensive rebelle s'est abattue sur la véritable capitale minière du Shaba Gemme un imprévisible orage. Les victimes qu'elle a laissées derrière elle des dizaines peur les uns, des centaines peur d'autres - lui valent d'être considérée Gemme une catastrophe nationale. Mais à présent, au moment du reflux qui est aussi I'heure des bilans, cette deuxième guerre du Shaba apparaît dans toute l'horreur de sen autre réalité: les menaces de toutes sortes qu'elle fait planer sur I'avenir...

Dans le vacarme du C. 160 Transall français qui vibrait de toutes les tôles et les nervures de sa carlingue, I'homme s'agitait de plus en plus. Sou bras droit était immobilisé le long de sou corps pour les besoins de la perfusion, mais de sa main gauche, le pouce dirigé vers sa bouche ouverte et ses lèvres sèches, il suppliait qu'on lui donne à boire...

Pas un sou. Pas une plainte. L'im­mense fatigue qui précède la mort et qui rend les paupières si lourdes, ou peut-être le vrombissement assourdissant des moteurs qui couvrait les échos de la terrible, de l'interminable agonie... Per­foration de l'estomac, sale blessure. Aux c6tés du légionnaire sanglé Sur sa civière, la petite infirmière au chignon qui com­mençait à se défaire s'efforçait de garder sou calme. Livide, quand même. Comme les deux ou trois autres militaires et les civils alignés contre la paroi bombée du fuselage, les yeux fixes droit devant eux pour échapper au terrible privilège d'avoir été les témoins de la mort d'un soldat. Et pendant ce temps, inlassa­blement, la main au pouce tendu réc1a­mail la gorgée d'eau aussi mortelle que la balle logée dans ce grand corps brisé...
Le quatrième légionnaire français n'est pas mort en vol, mais quelques heures plus tard, dans un lit de la clinique Ngaliema, à Kinshasa, ou l'on dirige depuis plus de quinze jours maintenant les victimes de Kolwezi.

Quelques heures plus tôt, dans la cité minière autrefois riante et sur laquelle flotte à présent l'odeur de la mort, un nouveau charnier était découvert. Une vingtaine de corps, vingt-trois disent certains. Des nouveaux deuils, le drame de ce qui est définitif et irréversible après le pénible espoir de I'incertitude.

Mais le même jour, également, une patrouille française qui avait progressé vers le sud, loin au-delà du nouveau quartier, faisait une merveilleuse décou­verte: une vingtaine de personnes là aussi, mais bien vivantes celles-ci, un groupe d'otages « oubliés» par les rebelles. Hommes, femmes et enfants, terrorisés, exténués, mais vivants. Encore quelques noms ajoutés Sur les listes affichées aux murs de l'ambassade de Belgique à Kinshasa, et pour quelques familles la fin d'un long, d'un trop long cauchemar.
Pourtant, Kolwezi fait déjà partie du passé. Son nom est déjà inscrit en lettres de sang dans l'histoire du Zaïre, aux c6tés de Kisangani, d'Isiro, de Bukavu... Bien entendu, les traces de la tragédie qui a fondu Sur la ville il y a un peu plus de quinze jours, sont toujours présentes. Identifiés ou non, les corps out été enterrés dans une rosse commune creusée au bulldozer, mais I'odeur de la mort persiste un peu partout. Dans le bar du motel Impala transformé en dortoir et réfectoire pour la vingtaine de journalistes qu'hébergent les légion­naires du 2e Rep, l'empreinte de deux corps reste imprégnée dans le parquet malgré les nombreux seaux d'eau qui y ont été déversés. Tout au long des avenues au revêtement bombé, les voi­tures abandonnées par dizaines sont un peu plus dépouillées chaque jour. Bien sûr, il y a toutes ces maisons de Mutoshi - le quartier assez maladroitement re­conquis à coups de mortier par les Forces armées zaïroises - dont les ruines doi­vent encore dissimuler plusieurs corps...
C'est malgré tout le passé. Aujour­d'hui, après la terreur, l'heure est aux préoccupations. Et c'est cela le drame qui s'est installé dans Kolwezi et bien au delà, dans tout le territoire du Zaïre. Pour longtemps.
Il y a tout d'abord le « nettoyage » que les légionnaires du Colonel Philippe Erulin se félicitaient d'avoir réussi en un temps record, et qui est en réalité loin d'avoir été accompli.

La raison: une complicité ethnique face à laquelle le meilleur des tacticiens est impuissant. En effet, les Lunda vivent Sur un immense territoire qui couvre une importante partie du Shaba, le nord-est de l'Angola et pratiquement tout le nord de la Zambie que le Dr Kenneth Kaunda reconnaît «ne pas contrôler totalement». C’est ainsi que les rebelles ont pu arriver jusqu'aux partes de Kolwezi sans éveiller l'atten­tion des services de renseignements de l'armée zaïroise. C’est ainsi qu'ils ont pu repartir à bord des véhicules pris sur place, et en emmenant des otages dont le nombre n'est toujours pas déterminé. Mais c'est aussi pour cette raison que les patrouilles françaises essuient régu­lièrement des coups de feu isolés et même des rafales d'armes automatiques légères.

- Cela se passe comme à Kisangani lors des événements de 1964, dit-on à Kinshasa. Un Lunda ne dénoncera jamais un autre Lunda... Il y a certaine­ment des rebelles qui sont restés aux alentours de la ville et même à l'intérieur de la cité, ou encore des citadins qui se sont ralliés à la cause des rebelles et qui réagissent maintenant comme des francs­-tireurs. ..

Les légionnaires, eux, avaient mani­festement le moral malgré leurs quatre morts:

- Nous pouvons estimer avoir ac­compli la tache qui nous a été confiée, précisait à chacun de ces « breefings » le Colonel Erulin qui commande le 2e Rep. La légion tient la ville, et chacune de mes opérations permet d'élargir le péri­mètre de sécurité,
Pourtant, les coups de feu (sporadi­ques il est vrai) se font entendre réguliè­rement. Une rafale leur répond, puis le silence le plus total retombe sur la ville morte. Et la nervosité gagne petit à petit les hommes. Les doigts se crispent sur la détente, on tire beaucoup trop facilement...
Il y a quelques jours, un échange de coups de feu s'est produit entre Belges et Français, qui aurait fait des blessés. Ils ont été discrètement rapatriés à Bruxelles, mais le secret a malgré tout transpiré et la rumeur publique s'en est emparée. En ville, l'interro­gatoire des suspects ne se faisait que rarement sans brutalité, des passants étaient jetés à terre sans ménagement, fouillés, frappés...
Après un premier inventaire, notam­ment, on s'est aperçu que les installations de la cité minière n 'avaient pas tellement souffert.
Quelques mines sont sous eau, mais il ne s'agit pas là d'un acte de sabotage délibéré: les pompes ont tout simplement été arrêtées faute de courant électrique et l'eau qui s'infiltre en permanence est montée anormalement. Mais les con­centrateurs n'ont à aucun moment été visés, et les fours ont été éteints après décantation. L'outil est donc pratique­ment intact:
- Si la société me donne le feu vert, expliquait dans les bureaux de la Géca­mines l'ingénieur Wala Kapila, je suis en mesure de remettre la production en marche dès demain !
Bien entendu, les usines tourneraient à moins de 30 p.c. de leur capacité, mais il faudrait encore que le cadre soit là...
Or, le cadre hésite justement à revenir. Puisque les rebelles n'ont pas délibéré­ment visé les installations, c'est qu'ils étaient dirigés contre les étrangers...
Il s'agit de toute façon de l'opinion qui prévaut...
D'autre part, la tragédie de Kolwezi a singulièrement entamé les confiances: les Belges se méfient des Français et les Français des Zaïrois. Chaque natio­nalité aimerait être protégée par un contingent de son pays, et on le clame sans essayer seulement d'imaginer l'au­thentique pagaille qu 'une telIe solution entraînerait.
Pour tout compliquer, des perquisi­tions ont eu lieu il y a une semaine à Kinshasa. Quelques abus ont été signa­lés, qui ont tout de suite été réprimés et on murmure d'ailleurs que les respon­sables de cet ordre pour le moins inop­portun ont déjà été sanctionnés. Mais le mal était déjà fait et ceux qui connaissent Kinshasa peuvent s'imaginer facilement le vent de panique qui a soufflé pendant quelques jours sur la capitale.
Chez les légionnaires, pendant ce temps, ordres et contre-ordres de dé­crochage se succédaient. Les paras belges quittaient Kamina en direction de Lubumbashi, où femmes et enfants pré­paraient déjà leurs valises en prévision d'une éventuelle évacuation.
Et toute cette agitation, sous le spectre d'un autre fléau: le choléra que le Dr Ruppol du Fonds médical tropical tente de circonscrire dans la région de Kalemie avec les 35.000 doses de sérum que I'ambassade de Belgique lui a fait parvenir. Mais de nouveaux cas sont à présent signalés à Kitona, dans le bas-Zaïre, et on parle même de morts...
Le drame s'installe,.,

Paul Emmanuel.