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Le silence de plomb

Le plus grand mystère entoure jusqu'à présent la nouvelle de la mort d'un para belge rentré du Shaba, à
l'hôpital mili­taire. Il serait mort de maladie, fièvre jaune? Choléra? Cinq autres para­commandos malades laisseraient en effet supposer qu'une épidémie se serait décla­rée parmi le groupe d'intervention belge mais la Défense nationale prétextant le secret médical refuse même jusqu'ici de préciser s'il s'agit de militaires rentrés à Melsbroek mardi dernier ou s'il s'agit d'hommes qui faisaient partie du contin­gent resté à Kamina et qui auraient été évacués par la suite.


L'atmosphère était délirante ce mardi lorsque les premiers paras posèrent le pied sur le tarmac. Une foule énorme les attendait, composée principalement des représentants de la presse et surtout des familles des jeunes gens, pour la plupart inquiètes et angoissées, car nul n'avait été prévenu des noms de ceux qui rentraient, ni bien sûr quelle - était la compagnie qui était restée sur place. Parmi la foule aussi, une délégation du « Front National de la Jeunesse » qui brandissait des banderoles marquées de la Croix Celtique, et que le ministre Paul Vanden Boeynants pria, en per­sonne, et très gentiment, de se retirer... Ce qui ne les empêcha nullement de scan­der avec force: « Merci les paras », pro­voquant sur le visage de certains officiels un sourire un peu forcé. Comme s'ils étaient gênés ? Y avait-il de quoi? « Il fallait rester là-bas, et même nous ren­forcer, dit un milicien, mais les gens qui composent notre gouvernement sont des paniqueurs ». Ils n'étaient pas tous de cet avis bien sûr, tel ce milicien qui serre son épouse sanglotante dans ses bras et murmure comme une litanie « Plus jamais... plus jamais ». Plus tard il expliquera à mi-voix aux mem­bres de sa famille qui l'ont entouré comme s'ils cherchaient à le protéger rétrospectivement, qu'il a vu des choses horribles.
Des choses horribles? Des centaines de cadavres dans les rues de Kolwezi. Une femme enceinte qui avait été éven­trée et qu'on avait laissé mourir lente­ment. Une petite fille de quatre ans qui s'était réfugiée dans le grenier de sa maison de peur que les rebelles qui avaient déjà tué ses parents ne la trou­vent. Un homme dans sa baignoire, criblé de balIes. Et puis, les charniers composés de gens massacrés à la mi­traillette.
Les paras sont assez jeunes dans l'en­semble. Ce qui fait un peu penser qu'ils auraient pu rentrer après avoir participé à un grand jeu scout. Quand on les observe mieux, qu'on les regarde dans les Jeux, cette impression s'efface et nul ne peut plus douter que ces yeux-là ont vu l'indicible horreur.

Errant de groupe en groupe, un homme dans le grand hall de Melsbroek, traîne derrière lui un petit enfant de six ans. Il arrête un para qu'il ne connaît pas. Ce dernier est surpris quand l'homme se met à le tâter sur toutes les coutures, et finit par s'arrêter en posant une main fiévreuse sur sa baïonnette qu'il retire de son étui. L'arme dans la main il se penche vers l'enfant. Pour lui montrer. Cette scène ahuris­sante se passe sans qu'un échange de paroles ait lieu.

Silence. C'est la consigne. La dernière mission des paras: se taire. Ne pas don­ner de détails, ne pas parler trop avec les journalistes. De ne rien dire au sujet de leur intervention si ce n'est, en fait, qu'elle était réussie. Réussir c'était sauver les derniers Européens pris dans le cul de sac de Kolwezi. Hors cela, aucun détail. Ils n'ont pas participé à des opérations militaires. Ils n'ont tiré aucun coup de feu, n'en n'ont essuyé aucun non plus. C'est du moins ce qu'ils disent officiellement. En lais­sant traîner ses oreilles, on perçoit pour­tant les bribes de ce qu'ils racontent à leurs familles. Et il apparaît que certains groupes out dû tirer quelquefois pour se dégager. Il apparaît qu'à leurs familles ils disent tout. Et « tout» c'est plus, beaucoup plus que la version officielle des événements.

J.-L. V.