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Réflexions sur la négritude

Notre collaborateur, qui signe Arnaud de Monstelle, à sé}ourné en Afrique durant 22 ans. II y remplit diverses fonctions, tant administratives que judiciaires, et fut chargé, à certains moments, d'études sociologiques à l’Institut des Recherches scientifiques en Afrique centrale.
De plus, il est /'auteur d'un ouvrage ethnographique agréé et publié par l’Institut royal colonial belge, d'un cours de statistiques démographiques et d'un livre datant de 1963, intitulé «La Débac/e du Congo belge», qui fut préfacé par feu le vicomte Charles Terlinden, professeur émérite d'histoire de l'UCL.
Au Katanga, il exerça notamment la charge d'administrateur du territoire de Kolwezi et celle de commissaire de district assistant du Haut-Lualaba, dis­trict dont Kolwezi était le chef-lieu et qui s'étendait de Dilolo à Jadotville,l'actuelle Likasi. Ces précisions per­mettront d'accorder une attention par­ticulière aux lignes qui suivent.

Arraché à son encadrement

Certes, au Shaba, comme dans le bloc Rhodésie-Afrique du Sud, i1 s'agit aujourd'hui essentiellement d'un vaste plan géo-politique se traduisant par des agressions successives minutieu­se ment dosées, exécutées par les agents du communisme international d'obé­dience soviétique, contre les deux der­niers réservoirs africains. de prospérité économique demeurés encore dans l' orbite européenne.

Mais, si ces farces subversives béné­ficient de moyens d'action technique­ment bien élaborés, tant pour la conduite des opérations de terrorisme révolutionnaire que pour l'utilisation politique des faiblesses d'intelligence ou de caractère des dirigeants euro­péens - et, surtout nord-américains - ­elles trouvent aussi sur place une aide précieuse dans les particularités psy­chosomatiques de l'homme noir, spé­cialement de celui qui appartient à l'une des innombrables ethnies ban­toues.
Observé dans son milieu naturel, en­cadré par des chefs qui le sécurisent tout en lui in spirant une crainte révé­rentieuse - qu'ils soient notables tra­ditionnels, colonisateurs ou conqué­rants - le «bantou» (1) apparaît comme un homme, sinon doux, du moins résigné à la docilité au sein de l'orga­nisation sociale qui lui est imposée.
Alors, dans les limites des tâches pré­cises qui lui auront été assignées par le pouvoir coutumier ou l'autorité blan­che, celui qui fait partie de la masse bantoue pourra faire figure de colla­borateur courageux, intelligent, voire zélé et cela, monobstant sa propension innée à l'anxiété, son incapacité habi­tuelle à une réflexion tant soit peu , méthodique, son penchant marqué à l'indolence et son extrême influença­bilité.
En revanche, lorsque ce même «ban­tou» se trouve socialement déraciné et privé d'une direction à la fois ferme et cohérente. lorsqu'il a quitté son milieu coutumier pour aller former dans quel­que centre urbain, avec ses congé­nères, une masse flottante de désoeu­vrés ou pour trouver dans une armée sans discipline ni idéal des moyens de subsistance élémentaires, lorsque, de surcroît, il assiste au spectacle ininter­rompu de concussions et de pillages systématiques, perpétrés sur une gran­de échelle par des autochtones arri­vés au pouvoir à la faveur des évé­nements, ce même homme - appa­remment bon enfant et résigné à son sort - est mûr pour se métamorpho­ser, à la première occasion, en pillard assoiffé de stupre et de sang.

Humilier une autre race...

On a dit que le Noir abandonne à lui­même - ou, pire encore, amalgamé à une foule dans une situation sociale anarchique - devenait une bête sauva­ge. C'est faux. C'est faux parce qu'une bête sauvage n'attaque que pour l'une des trois raisons suivantes: pour se nourrir d'individus d'autres espèces, pour assurer son prestige à l'intérieur de son clan ou pour préserver son territoire naturel des envahisseurs.
Le Noir, lui, se déchaîne surtout lors­qu'il est eloigné de ses terres; il ne tend pas à imposer sa supériorité per­sonnelle dans un combat entre égaux mais bien dans l' oppression facile des faibles ; enfin, il ne tue pas pour sur­vivre mais, bien souvent, pour s'appro­prier le bien d'autrui ou, plus gra­tuitement, pour la satisfaction de son plaisir. Car, dans la masse bantoue déchaînée, plus facilement que dans aucune autre, le besoin de violer et de faire souffrir s'associe intimement à celui de piller et de tuer.
De fait, on ne trouve pas ici des réflexes de soudard seulement, maïs aussi le besoin -conscient ou non ­d'humilier, à travers les individus, une autre race, une autre ethnie ou même une autre tribu, en possédant ses femmes après avoir versé le sang de ses hommes... et surtout lorsque les cir­constances ont permis de prendre le dessus sur un groupe humain naguère dominateur.
Ajoutons à cela que la tradition ban­toue (et que l'on né nous parle pas ici d'insuffisance de protéines animales car la forêt équatoriale en regorgeait de tout tem ps) comporte, dans la plupart des régions africaines, l'usage de l'anthropophagie de guerre: en sus d'un élément de gourmandise très spécial, on peut déceler dans cette coutume - qui est loin d'avoir été abandonnée - d'une part, un moyen magique de s'approprier les qualités de l'âme de celui qu'on mange, d'autre part, un moyen posthume d’humiler un rival, parallèlement à celui qui consiste à violer sa femme et sa fille.

Le trinôme meurtre-viol-vol

Sans doute, le trinôme meurtre-viol-vol apparaît-il avec plus ou moins ( d'horreur dans tous les débordements d'une soldatesque victorieuse; mais ( elle ne reflète généralement qu'une réaction immédiate - naturelle, quoique ignoble - après les dangers cou rus et les efforts fournis au cours de la bataille.
Chez les bantous, au contraire, cruauté et pillage n'apparaissent pas seulement comme le fait de combattants victorieux face à la population d'un territoire conquis, ni comme des manifestations élémentaires d'une vengeance de classe; chez eux, c'est bien souvent un phénomène essentiellement raciste. En effet, il n'y a pas de ­peuples plus hétérogènes et racialement moins tolérants les uns pour les autres que ceux de I' Afrique noire, mis à part, sans doute, le Sud asiatique. On l'a bien vu, du reste, aussitôt après l'octroi que nous leur fîmes au Congo d'une indépendance politique préma­turée et on le voit encore aujourd'hui, un peu partout, dans les impitoyables affrontements internes, dépourvus de tout prétexte idéologique tant soit peu plausible, dans la presque totalité des pays de I' Afrique noire.
Dans notre ancienne colonie, ce ne furent que migrations guerrières du nord-est au sud-ouest: les Azandés, les Mangbétus, les Ngwandis et les Gwa­kas repoussaient les Budjas, lesquels repoussaient à leur tour les Ngombés, bientôt vainqueurs des Mongos, et ainsi de suite.
Même phénomène en Zambie, Rhodésie et Afrique du Sud: qu'il suffise de rappeier I'épopée guerrière de la peu­plade des Zoulous contre ses voisins du sud, plus nombreux mais physique­ment plus faibles et moins bien orga­nisés.
Et puis, iI y ent en 1959, au Rwanda, les sauvages massacres de dizaines de milIiers de tutsis (hamites) par les hutus (bantous), dix fois plus nom­breux, massacres suivis à quelques années de distance par les génocides réciproques de tutsis et de hutus dans un Burundi rendu à l'indépendance.
Au Kasaï, cette même indépendance fit couler des flots de sang entre ethnies rivales et, dans le sud du Katanga, nous avons eu à faire face, bien avant 1960, à une hostilité aiguë entre les Lundas (autochtones) et les Balubas (descendus du nord-ouest): les Balubas, à l'intelIigence plus ouverte, occupaient, à l'U.M.H.K. et dans ses succursales, la quasi-totalité des postes d'employés et de techniciens tandis que les Lundas devaient se contenter de places de chauffeurs de camions ou de manoeuvres. De même, les premiers prospéraient dans le petit commerce tandis que les seconds n'y faisaient que trop souvent faillite.
Après la décolonisation, ce furent dans cette région des massacres réciproques sanglants, qui s'accompagnèrent de mutilations corporelles et de viols, jusqu'à la création d'un éphémère Etat lunda (de Katanga libre), grâce aux mercenaires et aux techniciens in­dustriels européens.

Ni guerriers, ni soldats .

En ce qui concerne les événements post-coloniaux dont les Européens furent victimes dans ce qui avait été le Congo beIge - en 1960, 1964, 1978­- il existe une constante: les massacres, viols et pillages sont toujours, au dé­part, le fait de militaires noirs, aux­quels viennent se joindre, d'une façon plus ou moins généralisée, les masses autochtones. Cette constante compor­te. donc deux éléments: déclenchement de violences par des Noirs en armes (qu'ils s'appellent soldats de l'armée nationale, chefs militaires des Simbas ou ex-gendarmes katangais) et partici­pation à la curée des populations loca­les, surtout citadines. Et c'est exacte­ment ce qui va se produire, à chaque coup, à Kolwezi.
Dans cette ville, c'est la compagnie locale de gendarmerie de l'armée na­tionale congolaise qui procèdera à un commencement de rébellion le 9 juil­Iet 1960, déterminant l'evacuation noc­turne des Européens en Rhodésie du Nord; après quoi, la police urbaine, renforcée par les Européens du Ser­vice territorial, obligéra les mutins àdéposer les armes (2).
En 1977, ce sont les troupes marocai­nes qui sauveront Kolwezi in extremis, alors que les troupes zaÏroises s'étaient débandées. En 1978, «ex-gendarmes katangais», militaires de l'armée natio­nale zaÏroise et civils noirs rivaliseront de zèle pour mettre à sac les secteurs européens de la ville. II sera malaisé de répartir les responsabilités mais, à cha­que fois, ce sont des militaires qui auront donné le signal des massacres et des saccages.
Des militaires? II en est psychologique­ment de deux sortes: des guerriers et des soldats. Jadis, les Congolais étaient de bons guerriers. Ils l'étaient pour deux raisons: d'abord, parce que, dans la brousse, on était tué si on n'ap­prenait pas à tuer; ensuite, parce qu'ils possédaient un encadrement tradition­nel solide, fait de chefs de clan, de chefs de guerre et de sorciers protec­teurs.
Depuis l'époque de I'Etat indépendant du Congo et, surtout, au temps du Congo beIge, ces guerriers se transfor­mèrent progressivement en soldats, c'est-à-dire en militaires relevant d'une autorité supra-tribale, obéissant à une discipline commune et entraînés sui­vant les règles modernes du combat.
A ce stade, les officiers et sous-offi­ciers belges remplacèrent les chefs tra­ditionnels et, tant que leur encadrement put s'appuyer sur un gouvernement ferme en Belgique et sur une administration territoriale efficace sur place, ils constituèrent, avec les gradés et les hommes de troupe indigènes, un outil de paix et d'ordre magnifique, sous le nom de Force publique du Congo belge.
Depuis la décolonisation, les militaires du Conga - aujourd'hui Zaïre – ne sont plus ni guerriers ni soldats: ils ne relèvent plus de leurs structures socia­les traditionnelles et ils ne disposent plus d'un encadrement professionnel digne de ce nom. La nation zaïroise est un mythe et l'armée nationale zaïroise ne constitue, en fait, qu'un ramassis de soudards de tout grade vivant sur le pays et ne conservant un semblant d'ordre qu'en raison des tensions tri­bales internes qui neutralisent leurs aspirations à un bouleversement géné­ral.

Un corps autonome de protection

Tout ceci est, certes, de nature à remplir de pessimisme ceux qui sou­haitent le maintien d'un gouvernement non-communiste au Zaïre et d'une ex­ploitation européenne rationnelle des richesses du Shaba mais, il faut bien le constater, malgré l'alerte de 1977, le «général Mobutu n'a rien pu ou voulu réaliser pont assainir sou armée... pas plus, du reste, qu'il n'a pourvu à la formation de techniciens industriels autochtones susceptibles de rempla­cer partiellement les coopérateurs eu­ropéens.
Il a fait pendre spectaculairement ou a démis de leurs fonctions un certain nombre de ses officiers mais ce fut tout. L'armée nationale zaïroise, avec ses 40.000 hommes (au lieu des 30.000 de la Force publique du Congo belge) demente radicalement indisciplinée, techniquement inopérationnelle et, de surcroît, habituellement impayée. Dès tors, elle représente davantage un dan­ger permanent pont l'ordre public qu'une garantie, même minime, contre n'importe quelle menace sérieuse d'in­vasion ou de soulèvement.
Et ce qu on constate pour l'armée zaïroise vaut aussi, mutatis mutandis, pont la quasi-totalité des forces ar­mées noires de l'O.U.A. Les seules troupes africaines qui gardent encore une valeur combative sont, sans doute, celles de l'Afrique du Sud, de la Rhodésie, de l'Egypte, du Maroc, de l'AIgérie et de l'Angola cubanisé. Dès tors, comment espérer neutraliser la frontière méridionale du Zaïre et protéger les Européens travaillant au Shaba?
A défaut d'une occupation permanente par des forces militaires américaines , ou européennes, la seule solution se­rait, pensons-nous, de constituer, sans retard, un corps de gendarmerie et de gardes-frontière autonome, formé de volontaires blancs et payé par la société Gécamines, avec l'assentiment guide-président du Zaïre. Parallèle­ment, il faudrait organiser l'auto-défense locale des techniciens européens et rendre cette auto-défense efficace par l'interdiction de départ au Shaba de femmes non-professionnellement qualifiées et d'enfants.
Si cette solution n'est pas retenue par nos gouvernants et groupes de pres­sion, le Shaba d'abord, le Zaïre tout entier ensuite, tomberont, dans un avenir plus ou moins proche, aux mains des mercenaires de l'U.R.S.S. avec toutes les conséquences, politiques, économiques et militaires qu'une telle situation ne pourrait manquer d'en­trainer.

Arnaud de MONSTELLE .