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SPECIAL - 24 MAl 1978

La lettre de Pierre Davister

Trop de morts !

1

Vision d'horreur à Kolwezi. pendant ce temps, on « réunionnait ».

 

Nous ne sommes pas fiers. Pis, à la place de M. Tindemans ou de M. Simonet, je me chercherais au plus vite une retraite cachée afin de ne pas courir le risquequ'un rescapé de Kolwezi me crache au visage sa façon de penser.
En réalité, les événements du Shaba nous ont confirmé de manière cruelle ce que nous savions déjà: la Belgique n'est pas gouvernée et elle a, à sa tête, des hommes mous sans grande envergure qui ne pensent qu'à leur image de marque et négligent totalement les intérêts vitaux de notre pays, voire même - chose plus grave - la vie de leurs compatriotes.

Qui ne le sait?

M. Tindemans, dépassé, se cherche une porte de sortie honorable mais l'exit qu'il se prépare s'annonce moins glorieux que prévu. Après ses tergiversations et ses atermoie­ments maladroits au sujet de D'intervention Belge à Kolwezi, il devrait - si notre démocratie était saine - remettre sou tablier et promener sa triste mine ailleurs. De préférence, très loin de nous. I1 ne le fera pas, bien sûr, mais espérons quand même que les propos qu'il a inconsidérément tenus, notamment au sujet de I'intervention française au Zaïre, ne seront pas oubliés de sitöt par tous les Belges lucides qui, tôt ou tard, finiront par comprendre que notre Premier ministre, con­fronté avec une affaire grave, a préféré insta lier un « cabinet de crise» aux décisions lentes pour mieux fuif ses responsabilités et mieux fuif surtout le choix de certaines décisions qui se devaient d'être promptes.
Lorsqu'on se souvient de I'efficacité et du courage du tandem Lefèvre-Spaak en des heures analogues (1), on com­prend mieux que les temps et les hom mes out bien changémais out changé, hélas, à leur désavantage. Au demeurant, pourquoi comparer?

Un Tindemans n'aura jamais le civisme raffiné d'un Lefèvre et I'intelligence cynique d'un Simonet ne pèsera jamais lourd devant I'instinct politique d'un Spaak de la belle époque, c'est-à-dire I'époque ou le communautaire ne motivait pas encore complètement le sens de nos grandes options nationales.
(1) C'était en 1963. Dans une opération identique à eelle qui vient de se dérouler à Kolwezi, nos paras furent largués au-dessus de Stanleyville pour délivrer les otages blancs du régime gizengiste.

Faut-il le préciser?

M. Tindemans n'avait pas, au départ, l'handicap d'un Giscard d'Estaing. Pour celui­-ci le SOS de Mobutu tombait au plus mauvais mo­ment. Ne devait-il pas, en effet, tenir compte à la fois de l'imminence d'un sommet Franco-africain à Paris, d'une pro­chaine intervention personnelle à l'Onu Sur le. . . désarmement, d'une opposition aussi large que virulente toujours prompte à saisir la balaie au bond lorsqu'il s'agit de condamner le penchant de Giscard pour I'Afrique. C6té Tindemans, par contre, aucune peau de banane d'envergure et un « feu vert » lumineux comme il n'est pas permis de I'être dans la mesure ou, précisément, notre Premier ministre clamait lui-même à tous les échos que la situation à Kolwezi devenait, d'heure en heure, plus tragique. Dès lors, comment ne pas trouver ridi­cule cette précision cent fois réaffirmée que l'intervention militaire Belge au Zaïre - « si elle devait se faire» (sic) ­s'inscrivait, en tout état de cause, dans un contexte humani­taire mais que la Belgique ne désirait pas, pour sa part, être associée à une remise en ordre du Shaba.
Tudieu! Quels propos farfelus (peut-on procéder à une remise en ordre sans faire cesser le... désordre?) Entérinés par un PSB impulsif pousseront l'hérésie et la démagogie jusqu'à dénon­cer, sans réunion préalable du parti, la façon dont la France est intervenue pour libérer ses compatriotes et les nôtres. Nous frémissons, en effet, en songeant que les Français auraient pu adapter notre langage et surtout notre attentisme dont, dit-on, M. Simonet - faisons chorus avec M. De Bruyne de la Volksunie - s'est montré le plus chaud partisan. On voit mal, en effet, le bouillant VDB accepter avec joie que ses « gars » piaffent d'impatience à deux cents kilomètres de leur but alors que le rôle de libérateurs leur revenait quasi­ment de plein droit. Ne I' oublions quand même pas: les Belges à Kolwezi étaient quatre fois plus nombreux que les ressor­tissants français. Or, nos « paras» ne sont pas, que nous sachions, moins courageux que d'autres et - qui le niera? - ­notre mission humanitaire, tant prônée précisément par M. Tin­demans, avait forcément une autre dimension que celle de la France. Afin de ne point courir le moindre risque politi­que, M. Tindemans a décidé cependant que d'autres soldats que les nôtres devaient prendre des risques à leur place. Gageons que les intéressés n'en seront ni heureux, ni fiers et que VDB doit être consterné de manger «de ce pain-là» même s'il apparaît que mourir pour Kolwezi n'est certainement pas la fin dont un militaire belge se surprend parfois à rêver.

Avec une insistance pesante, presque gênante et malsaine, Léo Tindemans et Henri Simonet ont souligné cent fois que l'opération belge et l'opération française n'étaient pas liées et n'avaient pas le même caractère. On comprend mal les mobiles d'un tel manque de fair-play car jusqu'ici - et M. Giscard d'Estaing l'a nettement confirmé ­les « paras» largués par la France n'ont pas jeté les bases d'une immixtion suspecte "et n'ont rien fait d'autre que d'intervenir plus vite. Partant, que nous le voudrions ou non, leur intervention est devenue, par sa rapidité, beaucoup plus huma­nitaire que la nôtre et, dès lors, nous voyons mal pourquoi notre Premier ministre et notre Ministre des Affaires étrangères se démènent tellement pour faire la leçon à nos voisins qui, s'ils n'étaient polis et patients, pourraient allègrement leur répondre par le mot de Cambronne. Certes, nous savons que nos dirigeants ont peur de se mouiller mais, qu'ils le veuillent ou non, ils ne sont pas moins mouillés que les Français aux yeux des zozos qui, aveuglés par leur hargne, sont évidem­ment disposés à sacrifier bi en davantage que cent de nos compatriotes pour saluer la chute du général Mobutu. Car c'est là que le bat blesse et, en réalité, nul n'est dupe: les nuances, les sous-entendus et les redites prudentes de notre Premier ministre s'adressent à cette partie de l'opinion publique Belge qui n'aime pas Mobutu, ne l'ont jamais aimé et ne l'aimeront jamais. C'est leur droit à ces gents de nourrir de tels sentiments mais nous avons - ne l'oublions pas - un poli­tique officiel qui affiche un attachement indéfectible au Zaïre et n'hésite pas à le proclamer lorsque certains intérêts - comme ceux des ACEC, par exemple - sont en jeu, parfois même en péril. Mieux, cette politique a la caution royale et le Palais n'a pas jusqu'ici renié est option. N'est­ ce pas d'ailleurs Baudouin Ier lui-même qui entoure Mobutu de soins attentifs et privilégiés chaque fois que le chef d'Etat zaïrois séjourne en Belgique? Nous voyons mal, dès lors, pourquoi M. Tinde­mans et M. Simonet doivent feindre soudainement d'ignorer le Shaba et esti­mer qu'ils ne peuvent y poser décem­ment que leur petit orteil comme s'il s'agissait d'une des régions pestiférées de notre planète ou nous ne pourrons normale­ment séjourner que... 72 heures. Car M. Tindemans, bon comptable lorsqu'il ne s'agit pas de compter les milliards de déficit de notre budget national, a calculé qu'une action humanitaire doit durer exactement 72 heures! Au-delà, il y a risque. Risque de mécontenter à nouveau les mêmes farceurs qui, pour les mêmes motifs, perturbent aussi l'exis­tence de M. Giscard d'Estaing mais dont, intelligemment, le Président de la Républi­que française ne tient apparemment aucun compte. S'est-il d'ailleurs jamais demandé, ce bon naïf de Léo Tinde­mans, ce que faisaient à Kolwezi les 1.400 Belges que nos « paras» ont sauvés? A Hoboken ou nous savons ce que parler cuivre veut dire, nous n'ignorons pas qu'ils servaient grandement les intérêts de notre pays et que la Belgique ne perdait pas son temps en conservant une tête de pont importante dans l'ex-fief de l'Union Minière devenu, la décolonisation aidant, le nouveau fier de la Gécamines. Société floris­sante s'il en est, celle-ci ne ferait pas aujourd'hui des chômeurs de nos compatriotes si les Occidentaux veilIaient plus intelligem­ment «au grain» en défendant aux Cubains, tueurs à gages des Russes, de déstabiliser certaines régions (les plus fiches, bien sûr) du continent africain. A présent, parce que le gang a coulé trop abondamment, on nie à Loanda, à Moscou, à La Havane, toute forme de participation aux nuits « des longs couteaux » que vient de connaître Kolwezi.

Evidemment, il est plus facile de nier I'évidence et d'allier l'hypocrisie à I'odieux en donnant, par exemple, un droit d'antenne à la RTB et à la BRT au porte-parole des rebelles qui ont torturé avant de les massacrer plus de cent Européens à Kolwezi. Ce porte-parole, Jean-Baptiste N'Pompa l'affirme: Il n'a pas vu de Cubains aux côtés des ex-gendarmes katangais. Comment aurait-il pu les voir puisqu'il n'a pas quitté Bruxelles où il exerce les fonctions de barman au « Crocodil », un night-club de la chaussée d'Ixelles fort fréquenté par les Africains? C'est de ce poste d'observation avancé que N'Pomba voit tout ce qui se passe sur le front du Shaba et peut ainsi faire la joie des gauchistes de notre télévision qui ne ratent aucune occasion de lui donner la parole. Lui arrive-t-il de se discréditer en annonçant la mort de plusieurs centaines de parachutistes français, information totalement fausse dont il n'était pas difficile de discerner le caractère hautement fantaisiste? Qu'importe! RTB et BRT lui redonnent aussitôt un large temps d'antenne qui intervient immédiatement après l'annonce d'une nouvelle particulièrement consternante: la découverte d'un charnier de soixante Blancs par des soldats français.
Jean-Baptiste N'Pomba ne se laisse pas démonter pour si peu. Cyniquement, il commente cette découverte et - non, nous n'avons pas rêvé! - nous laissons faire ce corniaud ou le laisse parler sans qu'un Tindemans ou un Simonet songent à intervenir en donnant l'ordre à un huissier de nos postes nationaux de lui botter le derrière. Pis, pour ce représen­tant du « Front National de Libération du Congo» il suffi­sait de l'écouter et de s'adresser direc­tement, par sou intermédiaire, aux rebel­les. Ceux-ci, en effet, n'avaient que des intentions pacifiques (on l'a vu!) et - tenez-vous bien! - ne pensaient à rien d'autre qu'à protéger tous les Blancs du Shaba dont certains, en conséquence, sont devenus des morts inutiles. Gageons que si la RTB a laissé diffuser ces sornettes, il vaudrait mieux qu'elles n'arrivent pas directement aux oreilles d'un rescapé de Kolwezi car, s'il en était ainsi, N'Pomba pourrait con­naître des heures moins douces que celles qu'il a connues jusqu'ici.

Mythomane à gogo, le porte-parole du FLNC n'en est d'ail­leurs plus à une affirmation près et, triomphaliste, croit à la chute imminente du président Mobutu au moment ou celui-ci est tout simple­ment en train de gagner sa deuxième guerre du Shaba. Certes, il n'en faudrait pas une troisième car si Henri Simonet est devenu plus calme, comme on a pu le voir dans le « Face à la presse» de ce dimanche, il a toutefois démontré que Mobutu demeurait dans le collimateur de sa politique personnelle qui ne veut faire au Président zaïrois nulle reine même légère mais s'efforce, néanmoins, de ne pas écarter la perspective d'un « après­Mobutu » quasiment programmé.
Cet « après-Mobutu », il faudra bien d'ailleurs qu'on en parle un jour pour démontrer - si besoin est - qu'il est impossible avant longtemps dans la mesure ou, précisément, on ne voit guère qui pourrait prendre les destinées du Zaïre en mains sans provoquer immédiatement une authentique hécatombe.
Quelle que soit la valeur de l'armée zaïroise, elle a encore le mérite d'avoir un chef qu'elle écoute et qui maintient, vaille que vaille, l'unité du pays. Qui pourrait le faire à sa place? Un autre général? Il n’aurait pas obéi par l'armée et serait tenté, dès lors, de créer une sécession afin que son autorité puisse s'exercer à part entière dans une région de son choix. Or, il y a beaucoup de généraux dans l'armée zaïroise. Assez pour balkaniser notre ex-colonie et lui donner l'occasion de se faire une superbe hara-kiri dont nous ne serions pas les derniers à nous mordre les doigts.
De cette alternative, M. Giscard d'Estaing ne veut pas et M. Tindemans n'en a même pas la vision. Quant à M. Simo­net, quelle que soit la formule pour l'avenir, il choisira celle qui le sert personnellement le mieux et surtout celle qui sert le mieux sa carrière. Pour le reste, il s'en moque. Comme l'orage s'annonce, il ouvre déjà sou parapluie. Son grand corps se replie. Il devient tout petit, petit, petit afin de mieux se déplier un jour - lointain ou proche - lorsque le soleil reviendra.

Pierre Davister