SiteLock
Livre du mois Le Petit futé Kinshasa 14,95 € Communiqué de presseGuide Kinshasa 2017 (petit futé)Neocity
Boek van de maand Zoon in Congo 15% korting + gratis verzending Zoon in Congo Lanoo Uitgeverij
   Webmasters Delcol Martine Eddy Van Zaelen De webmaster Delcol MartineEddy Van Zaelen
  Helpt U mee en stuur je ons uw boeken in ruil voor een publicatie op de site  Sponsor Site
Kasai Rencontre avec le roi des Lele Kasaï , rencontre avec le roi Prix exclusif Grâce a Congo-1960 Sans limite de temps 29.80 € frais de port inclus  -Editeur Husson
L'état indépendant du congo a la recherche de la vérité historiquecongo 1957-1966 TémoignageLes chemins du congoTussen vonk en omroep , draadloze communicatie in België en CongoLeodine of the belgian CongoLes éxilés d'IsangiGuide Congo (Le petit futé)Congo Ya Kalakala, avec mes remerciements a Mr Paul DaelmanCongo L'autre histoire, avec mes remerciements a Charles LéonardL'Héritage des Banoko , avec mes remerciements a Mr. Pierre Van BostL'année du Dragon avec mes remerciements a Mr Eddy Hoedt et Mr Peeters Baudoin

La Force Aérienne au Congo©

Par JP Sonck

Demande d'aide congolaise

 

 

 

En avril 1963, le gouvernement de la république démocratique du Congo, dirigé par Cyrille Adoula, demanda l'assistance technique militaire du gouvernement belge pour apporter son aide à l’Armée Nationale Congolaise. Le général major Joseph Désiré Mobutu, commandant en chef des forces armées, était particulièrement favorable à cette demande, car il bénéficiait depuis l'indépendance de l'aide efficace et discrète de quelques militaires belges ayant servi à la Force Publique.

Depuis juillet 1960, ils agissaient sous la direction du colonel Marlière et oeuvraient au Quartier Général de l’ANC à Léopoldville (Kinshasa) pour maintenir son armée opérationnelle.

 

Un accord belgo-congolais fut signé en juin 1963 et la Belgique apporta une aide militaire à l’ANC. Dans le cadre de cet accord, un appel aux volontaires fut lancé dans les unités de la Force Terrestre en Belgique et dans les Forces Belges d’Allemagne et plusieurs officiers et sous-officiers rejoignirent les rangs de l’Assistance Technique Militaire Belge au Congo (ATMB) dont les effectifs atteignirent 62 membres en avril 1964 (suite à une augmentation de l’aide militaire). L’ATMB fut placée sous le commandement du colonel Logiest, Chef de la Mission d'Assistance Militaire au Congo (CAMAC) à Léopoldville.

 

Pendant ce temps, les Etats Unis mettaient en place un programme d'aide militaire (Military Aid Program ou MAP) baptisé COMISH incluant la fourniture de matériel radio, de jeeps et de camions à l’ANC. En novembre 1963, le gouvernement belge mit à la disposition du gouvernement congolais le ltcol aviateur Bouzin, qui conseilla le QG/ANC en matière aviation. En janvier 1964, l’état d’exception fut proclamé dans la province du Kwilu, suite à la révolte lancée par Pierre Mulele contre le gouvernement de Léopoldville. L’armée commandée par le général JD Mobutu fut incapable de rétablir l’ordre, malgré l’aide apportée par le major Demol, officier belge envoyé par le QG/ANC de Léopoldville. Cette armée était composée en majorité de soldats peu disciplinés encadrés d’anciens sous-officiers promus officiers à l’indépendance.

La plupart d’entre eux était incapable d’imposer leur autorité sur leurs hommes. A cette époque, la Force Aérienne Congolaise se composait de quatre Harvard T-6 qui furent mis en action contre les rebelles. Plusieurs appareils étaient cloués au sol et la FAC possédait seulement deux bimoteurs de transport en état de vol pour transporter le ravitaillement aux troupes en campagne et du DC-3 de commandement du général Mobutu. Grâce aux hélicoptères Sikorsky H-19 mis en action au Kwilu par l’ONU, des opérations de sauvetages évacuèrent les missionnaires en danger de mort et le cpn von Bayer outrepassa les ordres reçus du QG/ONUC pour qu’ils ravitaillent également l’ANC en munitions et évacuent les blessés. En avril 1964, les Américains envisagèrent la livraison d’hélicoptères Vertol-Piaseki CH-21B, d’avions d’entraînement North American T-6 Texan et de bimoteurs Douglas DC-3 pour renforcer la Force Aérienne Congolaise. Pour le général major JD Mobutu, la création d’une véritable aviation était indispensable à l’armée congolaise.

Cela posait un séreux problème aux Américains, car les pilotes congolais formés en Italie étaient incapable de mettre en œuvre l’aviation sans une aide extérieure. Larry Devlin, chef de station de la CIA à Léopoldville, envisageait deux possibilités, soit engager des pilotes mercenaires supplémentaires, comme les Cubains anti-castristes qui pilotaient les vieux T-6 de la FAC au Kwilu, soit signer un contrat avec une compagnie civile pour qu’elle loue des équipages à l’aviation congolaise. C’était déjà le cas avec la compagnie Air Panama de la CIA et avec la compagnie suédoise Transair qui ravitaillait régulièrement l’ANC à Kikwit. La maintenance des appareils de transport devait se faire sous contrat civil, car il était exclu de confier leur entretien aux techniciens noirs de la FAC, insuffisamment formés. Les autorités militaires de l’ANC insistaient pour que la Force Aérienne Belge fournisse des techniciens et des équipages à la FAC pour son aviation de transport et le 6 avril 1964, le sous-secrétaire d’état américain Harriman et le ministre Spaak discutèrent de la question. Deux jours plus tard, un télégramme du Département d'Etat informa l'ambassade américaine à Léopoldville de l'état d'avancement des discussions.

 

Après, le Kwilu, le sud de la province du Kivu entra en rébellion ouverte et le ltcol Mulamba, commandant le 3e Groupement dont le QG était à Stanleyville, reçut l’ordre du général JD Mobutu de se rendre à Bukavu pour juger la situation militaire. Le 15 mai, des rebelles du Comité National de Libération s’emparaient d’Uvira et l’armée du colonel Mulamba en position dans la Ruzizi fut mise en fuite. Bukavu fut menacée par les simba et le Kivu entra en révolte. Les succès remportés par la rébellion prirent de court le gouvernement congolais et le 23 mai suivant, il adressa un appel aux secours au gouvernement belge insistant sur une assistance urgente dans le domaine aérien. La situation de l’ANC au Kivu était critique, car les foyers d’agitation se multipliaient alors que la guérilla au Kwilu n’était toujours pas vaincue. L’ONU, dont le personnel était en cours d’évacuation, abandonnait le pays à son sort et laissait la responsabilité du maintien de l’ordre, dont la sécurité des Belges oeuvrant au Congo, à l’ANC qui était bien incapable de résister à des rebelles armés d’arcs et de flèches. L’ambassadeur américain et le chef de Station de la CIA à Léopoldville insistèrent à Washington pour accélérer la mise en place du programme d’assistance militaire à la Force Aérienne Congolaise. Ils demandèrent la livraison urgente par l’US Air Force de dix bimoteurs Douglas DC-3, de six hélicoptères Vertol-Piaseki CH-21B et de six avions d’appui North American T-28D Trojan, plus efficaces et plus modernes que les T-6 Texan. Après avoir délibéré sur la situation, le gouvernement de Bruxelles décida d’aider le Congo et l’Etat Major de la Force Aérienne Belge fut chargé d’étudier la mise en oeuvre immédiate d’une assistance technique suffisante.  

 

La décision fut prise de créer une escadrille de transport indépendante de la FAC qui dépendrait du ltcol Bouzin au QG/ANC. Cette escadrille de transport serait basée à Lumwe, dans la partie aérienne de Kamina, base aéroterrestre créée en 1949. Elle abritait avant l’indépendance l’Ecole de Pilotage Avancé et un flight Transport de la Force Aérienne Belge et elle s’étendait au beau milieu de la savane katangaise sur le plateau du Haut Lomami. Abandonnée par la Belgique à la Force des Nations Unies en septembre 1960, elle avait été remise à l’ANC le 12 septembre 1963 et était occupée par une petite garnison de soldats congolais qui campait dans les villas. De nombreux bâtiments étaient en piteux état, car les occupants successifs avaient procédé à un pillage en règle. Quant aux installations aériennes abandonnées par les techniciens de l’ONU, elles étaient dans un état déplorable.

 

Création de la FATAC

 

La première mission de la Force Aérienne Belge était de préparer l’installation à Baka d’un détachement chargé de constater les réparations nécessaires à la remise en état de Lumwe et à la centrale électrique de la Kilubi, Il était commandé par le lieutenant colonel BEM De Cock qui se rendit au Congo en DC-6B le 1er juin 1964 avec le major Sokay, le capitaine Aerts, le capitaine Van Helsen et sept sous-officiers spécialistes. Après avoir fait escale à Léopoldville, ce petit groupe d’aviateurs débarqua à Kamina base le 4 juin en avant-garde. Il disposait d’une jeep pour tout véhicule et devait se nourrir de rations « K » et dormir dans des sacs de couchage. L’inspection menée par ce groupe précurseur fit l’objet d’un rapport qui évaluait les besoins nécessaires à la remise en état prévue par les accords. Il fut envoyé à l’EM de la place Dailly à Bruxelles et trois jours plus tard, du matériel divers parvint de Melsbroek par la voie des airs dont des lits de camp, des sacs de couchage et des armes dont des PM Thomson .45 afin de préparer l’arrivée d’une soixantaine d’aviateurs, officiers, sous-officiers et caporaux. Pendant cette période, un appel aux volontaires fut lancé dans chaque escadrille par l’EM de la Force aérienne, mais il se révéla insuffisant. Etant donné l’urgence d’une assistance aérienne, des volontaires furent désignés d’office pour une période de trois mois renouvelables (Ordre général VF I/3085 du 9 juin 1964). Une note du ministère de la Défense Nationale datée du 12 juin prévoyait de porter l'effectif du détachement de la Force Aérienne Belge de Kamina à 120 hommes dont une douzaine d’équipages. Peu après, l’EM de la place Dailly à Bruxelles annonça l’arrivée d’un premier détachement qui comprenait des techniciens (personnel au sol) et six équipages d’avion de transport. Ces équipages se composaient d'un pilote, d'un navigateur, d'un radio et d'un mécanicien. Les pilotes étaient le commandant aviateur Hanot, les capitaines aviateurs De Meyer et Hadermann, et les adjudants aviateurs Lembourg, Devisscher et Karlowski. Ils débarquèrent à Lumwe du DC-6A OT-CDA (KY-1) piloté par le major Migliavacca. La mission des techniciens était de remettre en état les installations aériennes hors d’usage, les casernements, les différents réfectoires et le bloc de logements de passage qui devaient accueillir le personnel navigant, les techniciens chargés de la maintenance des appareils, les spécialistes du contrôle aérien et des transmissions, le personnel d'administration, les membres du service santé. L’ancien mess des officiers leur servit de dortoir et le mess sous-officiers, séparé par une cloison, leur servit de réfectoire (les Gurkhas de l’ONU s’étaient largement servi du mobilier d’origine).

 

Les travaux de remise en état de la base permirent aux Américains d’y baser six avions d’appui North American T-28D Trojan transportés par la voie des airs à Ndjili et de commencer l’entraînement des pilotes cubains de T-6, rendus disponibles par la tournure des opérations au Kwilu. Le 15 juin 1964, deux Douglas DC-3 pilotés par des équipages américains décollèrent de la base américaine de Châteauroux en France et se posèrent à Ndjili après un vol sans escales. Ces bimoteurs fournis par le programme d’assistance militaire US portaient encore leurs cocardes d’origine et leur immatriculation de l'USAF. Ils furent débarrassés de l’équipement de survie et du réservoir supplémentaire placé dans la carlingue et le cpn avi Hadermann, dont l’équipage était basé à Léopoldville, fut chargé de réceptionner les appareils en présence de représentants du COMISH, l’assistance militaire américaine et du lt Jacquemart, responsable de la logistique Air au QG/ANC. Les deux premiers DC-3 s’envolèrent en direction de Baka, mais le cpn Hadermann poursuivit sa route vers Elisabethville dans un des bimoteurs avec le major aviateur Blume, officier d’opérations de la FATAC. Le lendemain, l’appareil qui s’était posé à Baka effectua un vol local avec l’adjudant Devisscher aux commandes, puis les deux bimoteurs retournèrent à Léopoldville pour un Air Test et ils furent immatriculé 9TPKA et 9TPKB. Ils rejoignirent ensuite Baka. La création de aviation logistique congolaise dénommée Force Aérienne Tactique Congolaise ou FATAC débuta réellement le 22 juin 1964, lorsque les installations aériennes de Lumwe furent prêtes et q’une grande partie du détachement FAéB était en place.

 

Les hangars de Baka accueillirent les appareils de transport et la tour de contrôle était entièrement opérationnelle. En attente d’un ravitaillement en carburant, il fallut employer le stock d’essence d’avion abandonné par l’ONUC et les jours suivants, le lt Jacquemart prit livraison de trois autres bimoteurs pour la FATAC. Ils reçurent les immatriculations 9T-PKC, PKD et PKE et des cocardes et l’immatriculation congolaises furent peintes sur chaque appareil. Pendant deux semaines, les missions se succédèrent entre Léopoldville et la base, puis à partir du 1er juillet, des vols quotidiens furent effectués régulièrement en faveur de l’ANC au Katanga, mais le 9TPKA resta à la disposition de l’équipage du cpn Hadermann à Ndjili pour effectuer des vols de ravitaillement et de liaisons à partir de la capitale, notamment vers Kitona.

Quelques jours après l'arrivée du détachement de la Force Aérienne à Baka, le général major JD Mobutu déclara que les pilotes belges présents au Congo ne participeraient jamais à une mission de guerre. Il s'avançait un peu vite, car les évènements prirent une mauvaise tournure pour l'armée congolaise. A la demande du commandement belge du QG/ANC, les équipages de DC-3 durent effectuer des reconnaissances aériennes au-dessus des zones menacées par les rebelles qui disposaient d’armes lourdes capturées à l’ANC. Les Simba réoccupèrent Albertville le 24 juin et Gaston Soumialot y fut reçu avec les honneurs militaires. Le mois suivant, un DC-3 de la Force Aérienne Tactique Congolaise piloté par un équipage belge, fut basé à Kamenbe pour apporter du ravitaillement aux troupes du ltcol Mulamba, un des meilleurs officiers de l’ANC.

 

Le DC-3 de la FATAC fut particulièrement utile pour livrer des munitions à l’ANC aux quatre coins du Kivu et pour effectuer des vols de reconnaissance. Bien que la FATAC ne pouvait pas participer à des missions de bombardement ou d’appui-feu en faveur de l’ANC, mais en juillet 1964, après la chute de Kindu aux mains du général Nicolas Olenga qui avait créé officiellement l’Armée Populaire de Libération (APL), les aviateurs en mission au Kivu effectuèrent des lâchers de grenades comme au Katanga suite à la débandades des troupes congolaises sur l’axe Shabunda-Bukavu. Dans certaines occasions, le DC-3 de la FATAC fut employé pour freiner les rebelles, grâce à une mitrailleuse .30 tirant par l’ouverture de la porte.

 

Des opérations de ce genre se déroulèrent également à Bumba en octobre 1964 pour faciliter la réoccupation de la ville par l’ANC. Le bimoteur de la FATAC basé à Kamembe fut rappelé à Kamina Base le 30 juillet, suite aux bandes rebelles qui s’avançaient vers Baka sans rencontrer de résistance.

 

 

Formation du flight hélicoptère de la FATAC

 

En juin 1964, deux hélicoptères Vertol-Piaseky H-21B furent livrés à Ndjili par avion-cargo C-124 Douglas Globemaster II du MATS et des techniciens américains en effectuèrent le montage. Leur fuselage avait été démonté en deux parties pour faciliter leur transport par les avions. Ce type d’appareil, dont le premier vol datait d’avril 1952, avait été employé avec un certain succès en Algérie par les Français et au Sud Vietnam, où il n’était pas apprécié par les aviateurs américains qui critiquaient sa faible protection et l’avaient surnommés « Flying Banana » (Banane Volante), ils prétendaient que même une flèche tirée par un maquisard pouvait le descendre. Ils avaient néanmoins rendu de grands services à l’USAF avant d’être remplacés progressivement par des appareils plus modernes. Les deux premières Banane volante furent  réceptionnées par des officiers du COMISH et des techniciens américains d'une firme civile s'affairèrent à les remonter. Une équipe de mécaniciens de l'USAF, dirigée par les cpn Etzel et Heirly, vérifia ensuite les appareils et les pilotes américains les certifièrent en état de vol après un "Air test". Baka fut averti qu’ils étaient prêts et deux équipages d’aviateurs  belges se rendirent à Léopoldville le 10 juin pour s’entraîner à leur pilotage. Il s’agissait du cdt Malmédy, chef du flight, des adjudants pilotes Boutet, Jacobs et Lechat et des adjudants mécaniciens Coinne, De Neve, Palmers, Wilgaut, Van Der Heyden et Verheyen (ces deux derniers étaient des anciens de l’Aviation de la Force Publique). Ils provenaient du flight de recherche et de sauvetage (SAR) de Koksijde et dès leur arrivée à Ndjili, ils furent pris en main par des moniteurs de l'USAF qui les recyclèrent sur les hélicoptères "Banane volante" codées "FG322" et "FG378". Ces appareils étaient entièrement différentes des Sikorsky S-58 de la FAéB. L’hélicoptère "FG322" fut remis au cdt Malmédy qui effectua le premier vol d'initiation. Ensuite, les vols d'entraînement commencèrent et se succédèrent à une cadence accélérée, car le besoin d'hélicoptères se faisait cruellement sentir sur le front. Les "Banane", qui  avaient reçues leurs couleurs congolaises, furent provisoirement mises à l'abri dans le hangar du COMISH à Ndjili et les équipages belges s'y rendaient chaque jour vers 10 heures du matin lorsqu’il ne faisait pas encore trop chaud. Ils décollaient de Ndjili vers Ndolo, base de la FAC où se déroulaient chaque jour des manoeuvres d'approche, d'atterrissage et de décollage jusqu'à 17h00, avec une pause à midi pour se restaurer. Ensuite, les appareils retournaient à Ndjili pour la nuit et les Belges regagnaient l'hôtel Continental, situé dans le quartier Limete.

 

Lorsque l’entraînement des  équipages de la FATAC se termina, ils reçurent l’ordre de regagner Baka, mais un un violent orage retarda leur départ de Ndjili. Le lendemain, ils s'embarquèrent dans leurs appareils et volèrent de concert vers Kikwit, précédés du DC-3 "9T PKH" du cpn Hadermann chargé de pièces de rechange et de carburant afin d’assurer la logistique des vols. Les Banane Volante étaient munies d’un réservoir auxiliaire qui leur permettait une autonomie de 500 km à une vitesse de 150 km/h. Ils reprirent leur vol de Kikwit le lendemain matin à l'aube et atterrirent quelques heures plus tard à Luluabourg pour refaire le plein et pour manger. Les hélicoptères furent parqués tête-bêche pour faciliter la surveillance des appareils pendant le remplissage des réservoirs qui s'effectua sous la surveillance du chef de plaine Descamp. L'adjudant Coinne, de garde aux hélicoptères avec son PM Thomson, fut pris à partie par un intellectuel congolais qui l'accusa de venir massacrer ses compatriotes. Il avait pris les réservoirs auxiliaires pour des bombes au napalm. Le sous-officier l'envoya se faire voir ailleurs et, dès que ses collègues furent de retour, ils reprirent  leur vol jusqu'à Kamina Base. Ils se posèrent sur les indications de la tour de contrôle et les hélicoptères furent mis à l’abri dans un des hangars. Durant le mois de juillet, le flight "héli" accueillit deux autres Vertol-Piaseki H 21 et les aviateurs belges perfectionnèrent l'entraînement reçu à Léo pour se préparer à entrer en opération. Ils effectuaient régulièrement des vols aux alentours de la base et une de leurs activités était de chasser l'antilope en hélicoptère pour améliorer l'ordinaire. Ils effectuaient également des vols jusqu'à la Kilubi, la centrale électrique située au nord qui alimentait Baka en eau et électricité. La Kilubi est située à une centaine de kilomètres de la base et l'on pouvait également s’y baigner dans le lac de retenue des eaux ou aller admirer  les chutes d'eau. L'appareil était chargé de régimes de bananes avant de retourner à Baka. Un des points faibles des d'hélicoptères Vertol-Piaseky H-21B apparaissait lorsqu'il faisait trop chaud et ils étaient souvent obligés de l'alléger pour pouvoir décoller. La FATAC fut entièrement opérationnelle en 1964 et des opérations de ravitaillement en faveur de l’ANC furent effectuées de manière régulière.

 

Débandade de l'ANC

 

 

Le mois de juillet 1964 fut particulièrement critique pour le général-major Louis de Gonzague Bobozo, chef du 4e Groupement chargé du Katanga. Les Baluba ralliés au CNL menaient la vie dure à ses troupes et plusieurs localités du Nord Katanga étaient menacées. Le vendredi 10 juillet, un DC-3 dans lequel avait pris place le lt col De Cock se rendit à Kabalo pour y évacuer les Européens, mais le bimoteur DC-3 ne put se poser sur la piste car les rebelles y avaient disposé des obstacles. Sur la demande expresse du Consul de Belgique à Lubumbashi, le commandant de la FATAC repartit le lendemain pour Kongolo, autre localité menacée, pour évacuer de nombreux réfugiés qui furent déposés à Lubumbashi le dimanche. Entretemps les Européens de Kabalo avaient rejoint Kaminaville par la route, aussitôt suivis par la garnison de soldats congolais qui réquisitionnait des véhicules et du carburant pour poursuivre la retraite. Les succès des rebelles démoralisaient l'ANC et l'on songea sérieusement à les remplacer par des ex-gendarmes katangais, car Moïse Tshombé avait fait son retour au Congo et avait été nommé premier ministre. Un bimoteur DC-3 de la FATAC effectua une reconnaissance au-dessus d'Albertville où des Européens étaient retenus en otage et le pilote aperçut la piste obstruée, mais la ville semblait déserte. La débandade de l'armée congolaise se poursuivit et la ligne de défense "Bobozo" mise en place pour arrêter l'ennemi fut enfoncée sans difficulté par les Simba, qui menacèrent Baudouinville. Trois Douglas DC-3 envoyés de Baka atterrirent à Kamipini sur la piste privée du fermier De Maeght et procédèrent à l'évacuation des Européens habitant les localités bordant le lac Tanganiyka, objectifs des partisans de Gaston Soumialot.

 

Baudouinville fut occupée le 18 juillet, mais plus à l'ouest, les Simba menacèrent également Kabongo, gare de jonction du BCK/CFL, dont la garnison retraita le 25 juillet. Il avait suffit d’un coup de téléphone des rebelles les avertissant de leur arrivée en train. L'arrivée de ces soldats démoralisés à Kaminaville provoqua la panique parmi les habitants. Pendant ce temps, les Belges qui réoccupaient la base l'avaient entièrement transformée grâce à leur débrouillardise. Après avoir remis en état les principales installations aériennes, ils avaient réaménagé les casernements, les différents mess et le bloc de logements de passage qui était occupé par le personnel technicien et administratif. Régulièrement, des avions de transport C-130 de l'USAF et du 15e Wing débarquaient du matériel militaire et des vivres et du carburant parvenait par convoi BCK. Une liaison radio fut établie entre Kamina base et l'EM de la Force Aérienne Belge à la place Dailly à Bruxelles et elle fonctionna parfaitement.

 

C'est par ce canal que le général Ceuppens fut averti par le ltcol De Cock de la situation alarmante. Les rebelles s’approchaient de Kabongo et menaçaient la Kilubi. A priori, la situation ne semblait pas particulièrement grave, mais un retournement de la situation était possible. Manono était sur le point de tomber et au Katanga, le général Bobozo prétendait qu’il n'avait plus de troupes à mettre en ligne, mais en réalité, elles ne voulaient pas quitter la quiétude des garnisons éloignées du front. Tous les bimoteurs de la FATAC et d’Air Congo étaient mobilisés pour l’évacuation des Européens des localités du Nord Katanga. Un DC-3 évacua 81 réfugiés congolais de Manono menacées par les rebelles avec leurs chèvres et leurs bagages. Le ltcol De Cock  prévint Bruxelles que le détachement FATAC  pouvait appuyer les opérations militaires de l'ANC vers Kabongo, maisqu’ une retraite précipitée dans ce secteur obligerait les 120 aviateurs du détachement de la Force Aérienne à évacuer Baka. Il fallait  également tenir compte du risque d'accrochage avec la garnison ANC qui serait tentée de s'enfuir en avion sous la menace des armes. A Bruxelles, on envisagea le repli des  hommes du détachement FATAC vers Kolwezi, mais le lt col Bouzin préférait les accueillir à Léopoldville, où il avait formé un EM/Air attaché au QG/ANC. Il comprenait le Bureau Opérations/Air du major Paul Coucke et le Bureau Logitique/Air du lt Jacquemart. Pendant ce temps, l'ennemi qui progressait depuis Kabongo en convoi ferroviaire et en camions approcha de la Kilubi et menaça Baka, dont le ltcol De Cock préparait activement l'abandon de la base, car aucun de ses hommes ne pouvait tirer un coup de feu pour se défendre en cas d'attaque.

La Presse congolaise annonça que Kamina serait le "Stalingrad" des rebelles et des monomoteurs NA T-28 Trojan mis en ligne par la CIA et pilotés par des Cubains anticastristes entrèrent en action et détruisirent à coups de roquettes et de mitrailleuses .50 les moyens de transport ennemis. Trois camions furent détruits et un train transportant des rebelles fut stoppé (en réalité, c’étaient des soldats congolais qui s’enfuyaient) . Des commandos de l'ANC furent aérotransportés du Kwilu et des renforts d’anciens gendarmes katangais réintégrés dans l’ANC arrivèrent par train BCK d'Elisabethville pour préparer la contre-attaque de l'ANC. Ces anciens gendarmes katangais défilèrent en chantant le long de l'avenue principale de Kaminaville qui conduit à Baka. La concentration de ces renforts de provenance aussi diverse à Kamina n’allait pas sans créer des heurts et la nuit, les équipages des DC-3 et des hélicoptères, logeant encore dans les bâtiments de l'aérogare, furent réveillés par des tirs d'armes automatiques. Des balles s'écrasaient sur les murs et on parla d'une attaque rebelle. Les aviateurs s'armèrent de leur PM Thomson et descendirent aux nouvelles, mais le major Blume apparut et calma les esprits. La fusillade provenait de l'EPA, cantonnement provisoire des soldats congolais venus en renfort qui s’étaient enivrés avant leur départ en campagne. Ces forces furent regroupées sous le commandement du ltcol Eustache Kakudji et ils repoussèrent l'ennemi au-delà de la Kilubi, puis progressèrent vers Kabongo avec une auto blindée Ferret en avant-garde. L'appui aérien de la colonne ANC était assuré par deux T-28.  Le ltcol Eustache Kakudji connaissait les rebelles pour avoir guerroyé dans leurs rangs durant la sécession katangaise ! Le 5 août 1964, la colonne atteignit Lenge, à 260 km de Kamina. La situation semblait stabilisée

 

 

Mission à Kabalo

 

La troupe du ltcol Eustache Kakudji fut mise au repos et reçut du ravitaillement grâce aux appareils de la FATAC et le lieutenant colonel De Cock put rassurer le général Ceuppens à l’EM/FAé de la place Dailly à Bruxelles. Le colonel Avi Collard confia au commandant Avi Protin la mission de se rendre au Katanga pour évaluer la situation. Il débarqua à Ndjili le 10 août et y rencontra le col BEM Frédéric Vandewalle, conseiller militaire du premier ministre Tshombé. Il fut prié d’intervenir auprès du chef d’Etat Major de la Force Aérienne pour obtenir l’envoi d’une douzaine de militaires UDA, car il fallait songer à la défense de l’aérodrome de Baka. De son côté, le général JD Mobutu se préoccupait de la défense des aérodromes civils congolais et il demanda au CAMAC de fournir le personnel pour créer à Baka un Centre d'entraînement pour UDEF calqué sur le modèle belge. En vue de la mise sur pieds d’unités de défense d’aérodrome, un télex de l’attaché militaire de l’ambassade de Belgique adressé à la place Dailly signala le 11 août que le commandant en chef de l’ANC demandait un officier et 19 sous-officiers instructeurs pour la création du centre d’instruction.

Cinq jours après l'occupation de Lenge, les colonels Marlière du QG/ANC, Logiest, chef de la mission d'assistance militaire CAMAC et Frédéric Vandewalle, débarquèrent de Léo avec le DC-3 9TJDM pour inspecter le front. Ces trois officiers supérieurs mandés par le commandant en chef de l'ANC furent reçus à l’aérodrome par le major Blume, remplaçant le lt col De Cock absent. Il leur proposa de prendre place dans un des deux hélicoptères qui se rendaient à Lenge avec du ravitaillement. Les trois officiers belges furent déposés près de la gare du BCK et se rendirent immédiatement chez le lt col Eustache Kakudji, qui  avait installé son PC dans les bâtiments de la station ferroviaire. Ils examinèrent la situation sur le front. Tout était calme dans la bourgade et des soldats congolais se douchaient sous la pompe alimentant en eau les locomotives à vapeur. le col Frédéric Vandewalle proposa à ses collègues la mise en oeuvre de groupes mobiles légèrement blindés, composés de soldats congolais encadrés de volontaires européens, à l'image de ceux qui avaient combattu avec succès la rébellion baluba durant la sécession katangaise. Après  cette inspection, le major Blume les raccompagna à Baka en "Banane volante".

La proposition de Frédéric Vandewalle fut transmise au général JD Mobutu par le col Marlière qui convoqua le major sud africain Mike Hoare. Il fut chargé de recruter en Afrique du Sud des mercenaires ayant une certaine expérience du combat. Gonflé à bloc par la visite des officiers belges, le ltcol Eustache Kakudji reprit sa route vers Kabalo avec sa troupe hétéroclite. La FATAC lui assurait un ravitaillement régulier en hélicoptère et sa colonne atteignit cette localité le dimanche 15 août, après avoir défait les rebelles et tués 36 d'entre eux. Eustache Kakudji s’y reposa avec ses hommes pendant quatre jours puis, il y laissa une petite garnison et poursuivit sa route sans se hâter en direction d’Albertville. Le commandant de la FATAC détacha à l’aérodrome de Kabalo deux hélicoptères Vertol-Piaseki H 21B avec une équipe de mécanos, afin de diminuer la distance à parcourir pour assurer un ravitaillement régulier à l’ANC.

Les "Banane volante" devaient également effectuer des reconnaissances aériennes, évacuer les blessés et assurer des missions SAR pour les deux NA T 28 "Trojan" qui les avaient précédé sur place. Le lendemain, les hélicoptères partirent de Baka après le décollage d'un DC-3 chargé de carburant et de munitions pour l'ANC. Il leur fallut deux heures trente de vol pour rejoindre Kabalo et ils atterrirent sur l’aérodrome placé sous la garde d'une section de soldats congolais. L'aérogare près duquel stationnaient deux T 28 était situé à cinq km du centre. Il était occupé par trois pilotes cubains, un mécano et un armurier. Ces Cubains anticastristes assuraient eux-mêmes la sécurité de leurs appareils avec un mercenaire allemand de la CIA. Deux autres sections de l'ANC gardaient le port fluvial, la gare du CFL et la mission catholique des R.P. Blancs, proche de la cité indigène et du camp des travailleurs du CFL. Avant de rejoindre Kabalo en camion militaire, chaque appareil fut ravitaillé en le carburant. Leur véhicule emprunta une route qui  traversait la bourgade fluviale qui avait fort souffert de l'anarchie qui s'y était installée après le départ des Belges en juillet 1960. Les « Jeunesses » baluba et les soldats éthiopiens de l'ONU avaient mis la ville à sac et peu d'endroits avaient échappé à leur fureur destructrice. Quatre années après, certains de ces « Jeunesses » avaient tout naturellement choisis le camp du CNL et constituaient le gros des forces de Gaston Soumialot dans le nord du Katanga.

Le cdt Malmédy et ses équipages logèrent à la maternité de l'hôpital des sœurs catholiques, seul endroit à peu près intact, et leur première nuit se passa dans le calme. A l'aube, ils déjeunèrent, puis se rendirent à la gare CFL pour prendre une douche sous le réservoir des locomotives. Ils visitèrent ensuite les installations portuaires et longèrent le quai bordant le fleuve Lualaba. Deux barges, chargées de marchandises diverses, y semblaient à l'abandon. L'une d'elle contenait des boîtes de conserves gonflées par la chaleur. Le chef du peloton ANC avait l'ordre de faciliter leur installation et de leur fournir un véhicule pour rejoindre les hélicoptères à l'aéroport.

Les aviateurs effectuèrent une reconnaissance aérienne de la région et à quelques kilomètres de la bourgade, ils observèrent une bande de rebelles en mouvement vers Kabalo. Ils retournèrent à l'aérodrome et gagnèrent  la mission pour y prendre leur repas. Dans l'après-midi, ils reçurent la visite du médecin para Clayes, envoyé de Baka en T-28 afin de constater leurs conditions d'hygiène et de logement. Dès son retour à la base, le médecin militaire avisa le ltcol De Cock des mauvaises conditions d’hygiène qui régnaient à Kabalo et le chef de la FATAC décida le rappel du détachement Malmédy à Kamina. Celui-ci fut prévenu par radio et demanda un véhicule à l'ANC pour le lendemain à l'aube. Aux premiers rayons de soleil, les aviateurs s'apprêtaient à prendre place dans le camion, lorsque des rebelles armés d'armes coutumières investirent la mission. Ils s'entassèrent rapidement dans la benne avec leur équipement et leur arme et le chauffeur congolais démarra en trombe, poursuivi par une meute de Baluba. Arrivé au passage à niveau, leur véhicule fut bloqué par un barrage et ils subirent une nouvelle attaque des Simba, dont certains étaient juchés sur des arbres et les arrosaient de flèches et de coups de pétoires Pou Pou. Les aviateurs se jetèrent dans les fossés bordant la route et répliquèrent aux tirs ennemis, heureusement imprécis. Apparemment drogués, les rebelles baluba déclenchèrent une charge, mais elle fut stoppée par un tir nourri d'armes automatiques et ils s'enfuirent en abandonnant plusieurs morts. C'était une chance, car le camion était endommagé et ils durent poursuivre leur chemin à pied vers l'aéroport.

 

Retour en catastrophe

 

Les Cubains étaient déjà partis avec leur appareil et la garde congolaise de  l'aérodrome était prise de panique et refusait de les laisser décoller. Le cdt Malmédy parvint à persuader le chef de la section d'éloigner ses hommes des appareils et lui fit cadeau de munitions et d'armes. Dès la mise en route des moteurs, les "Banane volante" roulèrent sur la piste pour et prirent de la vitesse pour s'élever, ce qui économisait le carburant. Durant le vol, le commandant Malmédy fit un rapport par radio à ses supérieurs et leur signala l'embuscade et les morts rebelles sur l'aérodrome. Le message fut capté à Baka, mais un DC 4 d'Air Congo qui croisait leur route à haute altitude le perçut également et le retransmit à Ndjili. Peu après, les deux hélicoptères survolèrent la Kilubi avec 20 minutes de carburant dans leur réservoir, à peine assez pour rentrer au bercail. Après avoir atterri et s'être sustentés, ils furent convoqués pour un debriefing de leur mission et le ltcol De Cock les mit au courrant de la tempête provoquée à Bruxelles. Le ministre Spaak, hanté par crainte de représailles contre les Occidentaux, était entré dans une violente colère, car il avait donné l'ordre aux militaires belges de décrocher chaque fois que les rebelles approchaient. Ils risquent de ne plus pouvoir prolonger leur premier terme de trois mois. Peu après leur aventure à Kabalo, le flight s'enrichit de deux H 21 supplémentaires, dont les équipages avaient également suivi un entraînement à Ndolo. Les missions aériennes se poursuivirent, car l'ANC se rapprochait d'Albertville.

 

Lorsqu'ils n’étaient pas en service, les sous-officiers pilotes remplaçaient occasionnellement leurs collègues contrôleurs, afin de leur permettre de prendre un peu de repos. Le vendredi 21 août 1964, lors d'un de ces tours de garde à la tour de contrôle, ils assistèrent  à l'arrivée d'un avion civil totalement inconnu qu'ils reçurent pour instruction de  laisser atterrir. Les militaires belges qui observaient le débarquement des passagers devinèrent immédiatement l'origine de ces touristes un peu spéciaux : c’étaient des volontaires sud africains et rhodésiens recrutés dans le sud de l'Afrique. Les trente-huit recrues s'alignèrent sur le tarmac et les Belges s'étonnèrent quelque peu d'y découvrir des hommes proches de la retraite ou sortis d'un hospice, mais comme les recruteurs de Mike Hoare étaient payés à la pièce. L'officier sud africain était présent à l'aérodrome  et inspecta avec ses adjoints ce qui allait devenir le premier peloton de son unité : le 5th Commando. Le mardi suivant, un quadrimoteur de la Rhodesian Air Service débarqua d'autres recrues à l'allure plus guerrière. Ces deux première livraisons de  volontaires furent équipées de pied en cap et partirent avec Mike Hoare en DC-3 FATAC à Kamipini, en vue d'effectuer une opération amphibie pour capturer l'aéroport d'Albertville. Des renforts devaient y être transportés par la voie aérienne, mais l'opération par voie lacustre échoua lamentablement, tandis que l’attaque d’autres mercenaires par voie terrestre fut repoussée par les Simba. La ville fut finalement occupée par la colonne Kakudji, progressant à son rythme depuis Kabalo, et d’une autre colonne commandée par le major Bangala qui provenait de Baudouinville.

 

Au début du mois de septembre, la FATAC fut prête à participer à la reconquête des territoires occupés par la rébellion, qu'organisait le col Vandewalle et un groupe d' officiers belges à Baka. Suite à la gravité de la situation, le premier ministre Tshombe créa le 28 août 1964 une zone d’opérations militaires qu’il confia à son conseiller personnel le col Vandewalle. La décision N° 300/CAB/P.M./64.CV signée par le commandant en chef de l’ANC et par Moïse Tshombe chargeait ce conseiller militaire de la coordination des opérations terrestres et aériennes dans les territoires atteints par la rébellion. Par l’intermédiaire du ltcol Bouzin, le col Vandewalle disposa du DC-3 « 9TJDM » du commandant en chef de l’ANC pour rejoindre Elisabethville et tenter d’obtenir la collaboration du général Louis de Gonzague Bobozo, jaloux de ses pouvoirs. Pendant ce temps, le bataillon d’infanterie ANC du ltcol Eustache Kakudji progressait vers Albertville avec l’appui des bimoteurs B-26K. Parti de Niemba le 29 août à l’aube, Eustache Kakudji parvint vers 9h30 à l’ouest de la ville et s’empara de l’aérodrome afin de sauver les otages européens. Après de durs combats, la ville fut conquise et les insurgés s’enfuirent vers Uvira. Deux jours après, le 21e bataillon du ltcol Bangala entra dans la ville par la route de Kapona. Le ltcol De Cock se posa en premier le 31 août dès l’ouverture de la piste au trafic avec le DC-3 « 9TPKE » piloté par l’équipage Karlowski et Feuillen.

 

A son arrivée à Elisabethville, Frédéric Vandewalle apprit la capture d’Albertville par l’ANC et il décida de s’y rendre dans le bimoteur prêté par le Gl JD Mobutu. Il s’embarqua avec les consuls étrangers en poste à Elisabethville et à l’escale de Kamina, il fut accueilli par le major Blume. Durant le vol, le radio du « 9TJDM » se mit en contact avec les bimoteurs DC-3 de la FATAC pour avoir des nouvelles de l’équipée de Mike Hoare. Louis de Gonzague Bobozo y avait débarqué d’un Cessna 310 d’Air Brousse à l’aérodrome d’Albertville et il fut accueilli avec les honneurs militaires. En présence du col Vandewalle et du ltcol De Cock, le commandant du 4e Gpt/ANC félicita les ltcol Kakudji et Bangala dont les bataillons avaient occupé la ville, puis il passa les troupes ANC en revue, tandis que deux B-26K, qui utilisaient l’aérodrome pour se ravitailler, patrouillaient  autour de la ville. Le général Bobozo fut fortement impressionné par leur puissance de feu et lorsqu’ils se posèrent pour faire le plein avant de retourner à Baka, il refusa de les laisser repartir. La FATAC établit un pont aérien pour assurer le ravitaillement de l’ANC et l’appareil « 9TPKE » de l’adjudant Karlowski fut provisoirement stationné à Albertville pour assurer le ravitaillement de la garnison.

 

Le 3 septembre, il se rendit le à la plaine d’aviation de Pepa pour y embarquer des quartiers de bœuf destinés aux vainqueurs. L’adjt Karlowski se rendit ensuite à Elisabethville avec dix-sept agents européens de la Filtisaf sauvés des mains des Simba. Pendant ce temps, des centaines de volontaires sud africains débarquaient à Baka. Certains de ces mercenaires semblaient de véritables bandits et les Belges du flight d'hélicoptère eurent l'occasion de juger de leur état d'esprit au retour d'une virée à Kaminaville. Le chauffeur de leur camion rencontra certains d'entre eux revenant à pieds vers  Baka et ils les prirent en stop. En cours de route, ils subirent les tracasseries de leurs passagers et une bagare générale éclata à l'arrière du véhicule, faisant tanguer la benne. Le chauffeur arrêta le camion et les aviateurs les délogèrent à coups de poings pour les obliger à descendre. Revenus à Baka, les Belges se rendirent au "Texas Bar" pour y prendre un dernier verre. Soudain, des rafales d'armes automatiques firent éclater les vitres de l'établissement et une grenade offensive roula sur la piste de danse. C’étaient les irascibles Sudafs qui cherchaient à se venger. Un des aviateurs eut la présence d'esprit de retourner une table sur l'engin qui explosa sans faire trop de dégâts. Mike Hoare qui fut appelé pour venir calmer ses hommes. Les coupables furent renvoyés en RSA. L’appui aérien aux opérations de reconquête

 

Le plan de reconquête conçu par l’Etat Major du col Frédéric Vandewalle prévoyait la création de la 5e brigade mécanisée avec des mercenaires sud africains et des gendarmes katangais. Cette nouvelle unité de l’ANC qui n’existait que sur le papier devait fournir l’effort principal de la progression vers Stanleyville et se composait de deux colonnes : Lima 1 qui devait partir de Kongolo sous le commandement du  lt col Albert Liégeois dans le but de s’emparer de Kindu, où elle serait rejointe par Lima 2, commandée par le lt col Robert Lamouline. De Kindu, ces deux collones progresseraient  ensembles à 48 heures d’intervalle vers Stanleyville sous la protection de l’aviation. Des actions secondaires étaient prévues vers l’objectif par les différents secteurs d’opération  Ops Kivu, Ops Nord et Ops Tshuapa. La création de cette brigade débuta en septembre 1964 à Baka.

Des Baluba du grand chef Kasongo Niembo furent recrutés pour former le 8e bataillon de commando, tandis que des Bahemba étaient entraînés à Kongolo pour former le 7e bataillon de commandos. Ces Katangais devaient être encadrés par des mercenaires francophones. La brigade comptait dans ses rangs plusieurs pelotons de sud africains du 5e Bn commando formant les troupes de choc, auxquels s’ajoutaient des unités annexes, tels les pelotons blindés des cpn Béro et Kowalski, le peloton d’armes lourdes (mortiers), le peloton de génie, la police militaire et le service de santé. La tâche des militaires belges était énorme, car il fallait équiper la brigade en véhicules et en armement et assurer le ravitaillement et la solde à près de deux milliers d’hommes. Le 9e Bn commando du major aviateur Protin et le 10e Bn commando Kansimba du major Schramme, deux autres unités katangaises cantonnées à Manono, devaient opérer dans le secteur d’Ops Sud, sur les flancs de la 5e brigade lors de sa progression vers Kindu. Après le départ de la 5e brigade vers Stanleyville, le chef-lieu du Maniéma  deviendrait le cantonnement du 21e bataillon d’infanterie de l’ANC. Dès le mois d’octobre, la 5e brigade bénéficia de l’appui de la FATAC, dont les DC-3 assurèrent sa logistique pour la mise en place de la base offensive de Lima 1 à Kongolo. Les dépôts de ravitaillement étaient régulièrement fournis par C-130 et le stock constitué à Baka servait à la 5e brigade pour ravitailler deux fois par semaine les garnisons de Kabalo, Kongolo, Manono et Albertville par DC-3 de la FATAC. Plus de deux mille gendarmes katangais étaient à l’entraînement à la base de Kamina, rassemblés dans les 11e, 12e, 13e et 14e bataillons commandos formant le régiment  Baka. Ils étaient chargés de tenir garnison à Stanleyville après la capture de la ville et de fournir les troupes pour la poursuite des opérations visant à pacifier la province Orientale.

 

Le WIGMO, dont les B-26K basé à Kamina Base devaient assurer l’essentiel des reconnaissances sur l’axe conduisant de Kongolo jusqu’à Stanleyville, prépara le terrain pour l’offensive et le 1er octobre1964 ses bombardiers bimoteurs survolèrent Kindu, où ils mitraillèrent le camp militaire de l’APL. Le lendemain, ils attaquèrent celui de Lokandu. L’augmentation des raids aériens nécessitait la livraison de 2000 roquettes par mois et les Etats Unis comptaient sur la Belgique pour satisfaire les besoins de l’offensive générale. L’USAF avait délégué un de ses officiers à Baka et participait aux opérations de  ravitaillement de la 5e brigade avec trois Lockheed C-130E du 464th troop Carrier Wing, qui effectuaient deux missions de transport par jour. A Léopoldville, la Joint Task Force US s’occupait des contacts entre l’ambassade américaine et le gouvernement congolais, ainsi que de recueillir des renseignements et d’assurer la sécurité des aérodromes. Il disposait d’un quatrième C-130 dit « talking Bird », chargé de relayer les communications radio à Washington, et des Boeing RC 97s de reconnaissance qui effectuaient des missions secrètes sous le nom de code de « Running Bear ». Le 9 octobre, le col Frédéric Vandewalle se rendit avec le cpn Closset en Cessna 310 d’Air Brousse à Kongolo, car il espérait donner le départ à l’attaque pour le 15, malheureusement, rien n’était prêt et elle fut  reportée de deux semaines.

Pendant ce temps, un major de l’USAF était chargé de régler les mouvements aériens des Lockheed C-130E à Baka et le lt col américain Rattan, placé en tant qu’observateur auprès de la 5e brigade, se rendit avec un de ces avions cargos à Manono et à Kongolo, afin d’y contrôler la praticabilité des terrains d’aviation de ces localités. Celui de Kongolo était détrempé par les pluies et devait être rallongé pour permettre l’atterrissage des Lockheed C-130 alourdis par leur chargement. Les pilotes d’Air Congo refusèrent de s’y poser, heureusement, la BIAS acceptait tous les transports refusés par la concurrence. A Matadi le cargo « Mokaria » déchargea le 17 octobre une cargaison de 6000 roquettes, 200.000 cartouches de 7,62 mm et 50.000 cartouches de 12,7 mm. Le 20 octobre suivant, des C-130E de l’USAF enlevaient à Bierset des caisses d’armes et de munitions de la FN pour l’ANC et 2168 roquettes de 70 mm pour avions. A Langley, dans l’antre de la CIA, l’agent Richard Holm revenu de deux années d’opérations au Laos et muté à la division Afrique, fut convoqué par Dirk Helms (Deputy Director of Plans) qui lui annonça que des C-130 devaient transporter des para-commandos belges à Stanleyville le mois prochain et que la CIA aurait besoin d’un homme sur place à partir du mois de décembre pour y collecter des informations. Pour préparer sa mission, il prit des cours de français et se procura de la documentation et des rapports sur les conflits tribaux en Afrique Centrale.

 

L’appui aérien à la 5e brigade

 

 

Le jour « J » de l’offensive sur Stanleyville fut fixé par le col Frédéric Vandewalle E au 1er novembre et trois jours auparavant, des Lockheed de l’USAF déposèrent à Kongolo les véhicules de Lima 1, mais les Américains avaient une certaine réticence à transporter des mercenaires et ceux-ci rejoignirent la base de l’offensive en DC-3 de la FATAC. Une longue colonne de véhicules se forma sur la route de Kindu, composée de vieux blindés de l’ONU, de jeeps et d’autres véhicules de l’ANC peint en kaki et de camions civils de toutes couleurs, chargés de troupes, de bagages et de ravitaillement. Elle ressemblait au cortège folklorique bruxellois et quelqu’un la baptisa « Ommegang ». A Lumwe, dans la partie de Baka occupée par la Force Aérienne Belge, le ltcol Vandepoel, remplaçant le lt col De Cock à la tête de la FATAC, conçut l’ordre d’opération n°1 le 27 octobre avec le concours du major Blume (Wing Ops/FATAC) et du cpn  Jacquemart (Log/Air). Cet ordre réglait le support aérien des bimoteurs de transport DC-3, qui se chargeraient du largage du ravitaillement et celui des hélicoptères H-21qui s’occuperaient des reconnaissances rapprochées et des évacuations sanitaires.

 

Le cpn Scheppers (officier Ops) établit une liaison radio permanente entre la FATAC à Baka et la camionnette-radio Dodge M37 de la 5e Brigade occupée par le cdt Wickx, l’adjoint du maj Hoare. Durant la seconde guerre mondiale, il avait acquis une certaine expérience des contacts radio avec l’aviation et lorsque la 5e Bde/Lima 1 prit son départ vers l’objectif, il se mit en communication avec le pilote du B-26K parti de Baka pour survoler l’axe de progression. Le bimoteur se repéra sur le blindé Ferret qui roulait en tête et dont l’avant et l’arrière était recouvert d’un drapeau rouge.

Tout ce qui était en mouvement  au-delà de ce signe d’identification convenu était traité par l’aviation. A Baka, un deuxième bimoteur d’attaque se tenait prêt à intervenir sur demande adressée au responsable du WIGMO, un colonel américain en civil. Les B-26K survolaient à tour de rôle la colonne et communiquaient par radio des informations sur l’itinéraire, attaquant les véhicules et les barrages ennemis. En cas de besoin, les reconnaissances aériennes rapprochées étaient effectuées en Banane volante par le cpn Carpels et les adjudants Christiaen et Coyette. L’une d’elles fut exécutée  par le cpn Bouzin avec le cpn Closset pour vérifier un des points de passage obligé de Lima 1 sur la Lufubu. Le 4 novembre, le lt col Vandepoel prit les commandes d’un DC-3 pour ravitailler la colonne à cours de munitions. Lors du trajet vers Kindu, le chef de la FATAC, ancien pilote de chasse, fit du rase-mottes au-dessus du fleuve Lualaba. Survolant ensuite la colonne Lima I, il largua des caisses à basse altitude dans une clairière, puis continua vers l’objectif au-dessus duquel il effectua un rapide survol. Lors du passage au-dessus de la plaine d’aviation, le lt col Vandepoel constata que la piste de Kindu était encombrée de fûts. Le chef d’EM de l’APL Oscar Tshenda réclama d’urgence cinquante caisses de munitions au col Opepe du QG/APL à Stanleyville, « car l’attaque ennemie était très forte ». Peu après, il reçut par télégramme l’ordre du général Olenga de massacrer tous les Européens de Kindu en cas de bombardement de la ville.

 

Suite à l’avance rapide de la colonne Lima I, il n’en eut pas le temps et dut s’enfuir dans la forêt avec ses Simba. Les troupes du lt col Liégeois (Lima 1) occupèrent leur objectif Kindu le 6 novembre avec l’appui des deux B-26K qui balayèrent toute opposition en avant de la colonne. Les otages furent libérés et sauvés d’une mort certaine. Dès la capture de l’aérodrome de cette localité, l’aviation de transport y débarqua d’importants renforts, dont les troupes de Lima 2, des unités de défense d’aérodrome du cpn Servais et le 21e bataillon ANC chargé de tenir garnison. Lors d’une attaque rebelle au pont de l’Elima, sur la route menant à Stanleyville, 45 Simba furent tués par les Sud Africains qui récupérèrent des mortiers de 60 mm portant des inscriptions en chinois. C’était une preuve supplémentaire de l’ingérence étrangère au Congo. L’objectif principal était encore éloigné de 627 km et un soutien aérien accrufut fourni à l’Ommegang par le col Bouzin. A l’aérodrome de Kindu, la flotte d’appareils comptait plusieurs DC-3 et trois des hélicoptères H-21 de la FATAC, un DH Dove de la FAC, le Beechraft d’Air Congo réquisitionné par le col BEM Vandewalle, un Curtiss C-46, quatre bombardiers Douglas B-26K, le flight de NA T-28D Trojan retiré de la zone de Bukavu et le flight de T-6G Texan du cpn Bracco rameuté d’Ikela, qui devait opérer à partir de Punia (maniéma), tandis que le flight de T-28D basé à Lisala restait en alerte. Pendant ce temps à Stanleyville, le cdt de l’APL Okito chargea le lt Mukungu de se rendre à Kindu avec le renfort d’une centaine de Simba. Il n’y arriva jamais car ses véhicules furent surpris par les B-26K en cours de route et détruits à coups de mitrailleuses.

 

L’offensive finale démarra le 19 novembre 1964 et pendant que les colonnes de l’Ommegang progressaient vers Stanleyville, la CIA prépara deux missions spéciales, l’une terrestre et intégrée dans l’Ommegang avec un groupe de 18 hommes de main cubains recruté et dirigé par l’agent William « Rip » Robertson (Low Beam Force) qui était chargé de libérer le consul américain de Stanleyville et surtout les trois agents de la CIA capturés en même temps que lui, l’autre aérienne et confiée au WIGMO. Deux des meilleurs pilotes du WIGMO, WC Budd Moessmer et Big Bill Wyroemsky, expérimentés dans le mitraillage de précision rejoignirent Baka le 22 novembre, où la CIA les mit au courant de leur mission. Ils se rendirent ensuite en C-46 à l’aérodrome de Punia (Maniéma), placé sous la garde des commandos sud africains laissés par la 5e brigade qui l’avait occupé le 20, afin d’y prendre les commandes de deux monomoteurs Trojan T-28D équipés de pods de lances-roquettes Aero 6A1, amenés sur place par les soins du chef pilote des Cubains Raul Perez. Dès que l’opération aéroportée approcherait de l’objectif  situé à 400 km de là, ces pilotes devaient soutenir le parachutage que la Belgique et les Etats Unis préparaient depuis le 8 novembre à l’insu des autorités congolaises et du QG/ANC

 

L’occupation de la capitale rebelle

 

Pendant ce temps au Maniéma, le 9e commando katangais, privé de l’appui aérien des T-28 envoyés à Kindu, subit des pertes sensibles le 20 novembre dans une embuscade à Pene Lunanga. Les survivants se réfugièrent à Kabambare et le 10e Bn commando katangais mit du temps à se mettre en route pour aller à leur secours, car son chef se considérait exclusivement au service de Moïse Tshombe. Il fut menacé d’une attaque par bombardier s’il persistait à désobéir aux ordres du col Vandewalle. A Kongolo, un bimoteur DC-3 venu y chercher des blessés du 9e commando katangais, ramenés de Kabambare, rata son décollage sur la piste inondée et dut être remplacé. La plaine de limonite de Punia était également détrempée par les pluies, mais elle restait praticable aux Douglas DC-3 de la FATAC et au Curtiss C-46 du WIGMO, chargés de l’équipe de maintenance et de ravitaillement pour les Trojan.

 

Le mauvais temps était général et lorsque le plafond était trop bas, les T-28D restaient bloqués au sol en attendant une amélioration. Dans le secteur d’Ops Nord, la plaine d’aviation de Bumba était également détrempée par les pluies et devenait glissante, particulièrement sur le tronçon débroussaillé pour la rallonger. Lorsque le major Coucke s’y posa avec un DC-3 de la FATAC le 22 novembre, l’avion dérapa lorsqu’il freina pour diminuer sa vitesse et fit un cheval de bois en bout de piste. Le bimoteur fut remis sur ses roues et le major Coucke retourna à Ndjili, mais les moteurs avaient souffert et certaines parties du circuit électrique ne fonctionnaient plus. Il parvint néanmoins à rejoindre Léopoldville grâce aux prouesses de son navigateur, mais l’équipage avait subi une forte tension nerveuse. Les C-130 de l’US Air Force commandés par le col ISAACSON du Joint Task Force Léo et transportant les para-commandos belges du col Laurent chargés de l’opération « Dragon Rouge », prévue pour le 23 novembre 1964, atterrirent à Baka deux jours avant le raid et les Américains prirent possession de la tour de contrôle. Sur l’aérodrome, où un Beechraft  d’Air Congo l’avait déposé, le col Vandewalle apprit que les trois Lockheed C-130E de l’US Air Force qui ravitaillaient l’Ommegang lui seraient retirés pendant quelques jours pour l’opération aéroportée en cours. Le chef de l’Ommegang rejoignit l’état-major de « Dragon rouge » et expliqua au colonel Isaacson et au chef de « Dragon Rouge » que si l’opération se déroulait le 24, sa colonne serait au rendez-vous à Stanleyville. Avant l’attaque finale, le WIGMO fit connaître au col Bouzin les restrictions imposées aux appareils de combat par la CIA : les pilotes cubains des B-26K  pouvaient effectuer des reconnaissances lointaines jusqu’aux faubourgs de Stanleyville et au-delà, mais tout survol de la capitale rebelle était interdit jusqu’au parachutage des troupes aéroportées belges pour éviter des représailles contre les otages. Ils consentirent cependant à effectuer des missions de combat jusqu’à 260 kilomètres en avant de la colonne. Le conseiller Air du QG/ANC communiqua les restrictions au colonel Vandewalle et au lt col Vandepoel. Le WIGMO engageaient en renfort deux B-26K, dont l’un était piloté par le col Bouzin, et les  T-28D de Moessmer et Big Bill. Un passage de bimoteurs était prévu au sud et au nord de la piste juste avant le saut pour détruire les éventuelles positions de contre-avions. Ils devaient effectuer un deuxième passage en cas de forte opposition. L’appui-feu prévu pour le parachutage était sous la responsabilité du lt col Avi Cailleau à Baka .

Un des B-26K fut bloqué au sol à Kindu le 22 novembre suite à des problèmes techniques et le « crew chief of maintenance » Willy Callesen s’en occupa. La FATAC fit le maximum pour assurer le ravitaillement de la 5e Brigade avec l’aide des deux DC-4 de la BIAS et occasionnellement d’un avion d’Air Congo, tandis que les hélicoptères se chargeaient d’évacuer les blessés. Pour retourner à Kindu le 23 novembre, le col Vandewalle dut emprunter plusieurs moyens aériens. Parti en DC-3 de la FATAC, il embarqua ensuite dans un C-46 du WIGMO qui se rendait à Punia. Enfin une Banane volante le conduisit à Lubutu pour lui permettre de rejoindre la colonne Lima I. Après une nuit de repos, l’Ommegang se mirent en route à l’aube du 24 novembre 1964 et roula à bonne allure sous la protection de l’aviation qui ouvrait la route à coups de roquettes et de mitrailleuses. Les deux colonnes se rapprochèrent rapidement de l’objectif où les parachutistes belges, partis de Baka en C-130 de l’USAF, avaient sauté aux premières lueurs de l’aube. Au point de rendez-vous prévu, les C-130 furent escortés par les bombardiers partis de Kindu, dont la mission était d’éliminer les points de résistance avec l’appui des deux Trojan et de surveiller les axes routiers afin d’empêcher l’arrivée de renforts ennemis. Les avions-cargos Lockheed effectuèrent un passage à basse altitude et lâchèrent 320 para-commandos sur l’aérodrome de Stanleyville. Plusieurs appareils furent touchés par les tir des Simba qui disposaient d’une mitrailleuse lourde, mais aucun ne subit de dommages important et des para-commandos foncèrent immédiatement vers la ville pour libérer les otages. La coordination était presque parfaite, car l’Ommegang approchait de Wanie Rukula et n’était plus qu’à cinquante kilomètres de l’objectif. Depuis une dizaine de jours, l’aviation était mobilisée pour l’attaque principale vers Stanleyville et la colonne Ops Nord du major GENIS partie de Bumba, avançait vers l’est, sans bénéficier de l’appui régulier des T-28D. Dès la capture de Stanleyville, le flight  du major Big Bill put fournir un meilleur support tactique aux troupes d’Ops Nord lors de leur progression vers Paulis. Avec plus de moyens, l’offensive aurait pu être complète, car Ops Nord atteignit Aketi le 23 novembre, à 350 km au nord de Stanleyville et pendant ce temps, les troupes d’Ops Kivu se regroupaient à Beni, à 680 km à l’est de la capitale rebelle, en vue d’attaquer vers Bunia. L’appui de deux T-28D était demandé pour cette opération. Dès que les C-130 se posèrent sur l’aérodrome de Stanleyville, deux « combat controller » du 5th USAF Aerial Port squadron occupèrent la tour de contrôle et le cpn Don Strobaugh se chargea de coordonner les opérations aériennes, y compris l’appui-feu. L’aérodrome connu une énorme affluence d’avions. Après les avions-cargos de l’USAF, premiers à atterrir, ce fut au tour des T-28D  de Moessmer et de Big Bill à court de munitions, suivis des autres avions de combat du WIGMO. Ils avaient détruit une dizaine de véhicules aperçus sur la route de Bafwasende et attendaient le C-46 avec les munitions pour repartir à l’attaque des nids de rebelles et des positions de mortiers à l’est de l’aéroport.

 

La FATAC à Stanleyville

 

Les T-6G  de la 21e escadrille se posèrent également pour se ravitailler et les DC-3 de la FATAC amenèrent des vivres et des munitions, suivis de deux DC-6A de la Force Aérienne Belge. L’un d’eux fut contraint de rester sur place pour réparation, car il avait été touché lors de son atterrissage. Un des C-130 en configuration d’hôpital de campagne accueillait les otages blessés et d’autres, renforcés par des DC-6 de la Force Aérienne et des Beverley de la RAF, embarquaient les réfugiés et décollaient en direction de Léopoldville. Lorsque l’avant-garde de Lima 1 parvint aux abords de la ville dans la matinée du 24, une fusée rouge fut tirée afin d’avertir les parachutistes de l’arrivée de la 5e brigade. Le col Vandewalle se dirigea vers l’aérogare qui servait de PC aux para-commandos, et y retrouva le major Hardenne, officier d’opération des parachutistes. Le cdt Verdickt, S-2 de l’EM/5e brig débarqua du Piper Apache « 9Q-CEY » de la Sectraco et fut chargé d’organiser la recherche des otages isolés. Près de 1600 otages et réfugiés avaient été sauvés et transportés par les nombreuses navettes aériennes vers Léopoldville où le major Coucke et le cpn Jacquemart de l’EM/Air s’occupaient de leur évacuation vers l’Europe ou les Etats Unis. Les Cubains de Rip ROBERTSON escortèrent à l’aéroport le personnel du consulat américain, dont les trois agents de la CIA sortis indemnes de l’enfer de Stanleyville, malheureusement, beaucoup d’Occidentaux avaient été massacrés dont le docteur Carlson. Venant de Kindu dans son nouvel avion VIP, un Beechraft vert et or acheté à l’Aga Khan et immatriculé 9T-BHA, le général JD Mobutu débarqua sur l’aérodrome du chef-lieu de la province orientale avec les col Bouzin et Marlière, satisfaits de la victoire.

 

L’aérodrome de l’ex-capitale rebelle servit de base de départ pour une deuxième opération aéroportée des troupes belges lancée sur Paulis trois jours plus tard, après quoi les para-commandos regagnèrent la Belgique, laissant à la 5e brigade le soin d’établir l’occupation de la ville et de poursuivre le sauvetage des otages dans les localités isolées. Une des trois Banane volante basées à Stanleyville se rendit à Wanie Rukula escortée par trois T-28D pour y chercher les corps du journaliste Georges Clay et du mercenaire Freddy Basson, dont les corps  étaient restés dans un véhicule abandonné en panne lors du rush de l’Ommegang sur la capitale rebelle. Stanleyville s’étendait sur les deux rives du fleuve et les hommes du groupe blindé Kowalsky le traversèrent en bateau après l’attaque à la roquette des T-6G sur les positions rebelles de la rive gauche. La majorité des otages y avaient été horriblement tués par les Simba et les rares survivants furent sauvés par miracle. Jerry Puren avait débarqué d’un bimoteur de la FATAC et paradait à Stanleyville en uniforme de lieutenant colonel de la FAC. Le ballet aérien se poursuivit durant plusieurs jours et l’aviation d’appui intervint à plusieurs reprise pour aider la garnison, qui fut ensuite renforcée par le régiment katangais Baka aérotransporté en DC-4 de la BIAS. L’EM de la 5e brigade disposait de l’appui aérien du flight de la 21e escadrille, de deux B-26K et de quatre T-28D du WIGMO pour effectuer des missions d’attaque contre les positions rebelles ou pour appuyer les raids lancés autour de la ville et les reconnaissances. Ils suffisaient néanmoins aux besoins tactiques de la garnison. Une opération de sauvetage fut demandée à Mike Hoare par l’ambassadeur de Grande Bretagne pour retrouver neuf missionnaires anglais à Yakusu et le cpn Bouzin mit ses hélicoptères à sa disposition. Le major Hoare rassembla un de ses pelotons de commandos à l’aérodrome et son adjoint Alastair Wickx se rendit à la tour de contrôle pour demander un support aérien aux Cubains. Ils se rendirent ensuite à Yakusu et y sauvèrent les otages, mais lors du retour vers Stanleyville, le pilote du T-28D qui les survolait perdit une de ses roquettes qui détruisit une jeep et blessa sérieusement un Sud Africain. Une Banane volante se posa sur la route pour l’évacuer.

 

Les Simba tentaient de reprendre le terrain perdu à Stanleyville et le 28 novembre 1964, les avions observèrent des rassemblements suspects dans la commune indigène de Mangobo jouxtant l’aéroport. Des groupes s’infiltrant par le golf furent mitraillés par les T-28D et les T-6G, mais le lendemain, les Simba poursuivirent leurs tentatives d’infiltration et des bombes de mortiers tombèrent près de l’aérodrome, dont la piste était sous le feu d’armes d’infanterie. Les Américains déclarèrent que leur Lockheed C-130E n’y atterriraient plus. A chaque décollage ou atterrissage d’un avion de transport, les commandos katangais de garde à l’aéroport se mettaient en position de tir et les Trojan prenaient l’air, puis viraient sur l’aile et envoyaient leurs roquettes sur les positions rebelles. Leur attaque stoppait pour quelques temps la fusillade et permettait les mouvements aériens. Un de ces straffing permit l’atterrissage de deux DC-4 en provenance de Baka, dont celui de la BIAS, piloté par le cdt De Bièvre. A peine déchargé de ses munitions, le quadrimoteur reprit la direction du sud, vers Baka avec escale à Kindu. Le DC-4 OO-DEP devait revenir dans la soirée à Stanleyville avec un nouveau chargement pour la garnison et regagner la base de Kamina vers 21h00 avec des passagers. Lors de ce dernier départ, le DC-4 quitta la piste et prit feu. Il fut difficile d’établir la cause de l’accident : fatigue du pilote ou tirs rebelles, mais le lt col Liégeois qui rentrait en Europe fut blessé et plusieurs des occupants de l’avion furent tués, dont le commandant de bord Léon De Bièvre. L’épave devait être inspectée pour connaître la cause exacte de l’accident, mais les Sud Africains s’amusèrent à la truffer de plomb, compliquant le travail de la commission d’enquête composée de membres d’Air Congo et de l’ICAO envoyée sur place.

 

Bases opérationnelles

 

L’aérodrome de Stanleyville servit de base opérationnelle à la FATAC et au WIGMO, dont les équipes de maintenance se partageaient les installations d’Air Congo. L’aérogare fut remis en état et son réseau radio amélioré afin de l’adapter à ses nouvelles fonctions. Depuis la chute de la ville, la voie du fleuve était bloquée par les rebelles et le carburant dut être transporté par Lockheed C-130. Une mise en défense de la ville s’imposait, car le manque de moyens empêchait de lancer de nouvelles opérations. Le 2 décembre 1964, une dépêche de presse annonça que 12 avions chargés d’armement destinés aux rebelles avaient fait escale à Khartoum (Soudan) et peu après, de nombreuses armes d’origine communiste furent introduite par la frontière du nord-est pour armer les  Simba. Isolée en territoire rebelle, Stanleyville souffrait d’une pénurie de ravitaillement en vivres et en carburant et un convoi fluvial de l’Otraco partit de Bumba le 11 décembre et remonta le fleuve Congo sous la protection des B-26K avec du ravitaillement, mais les Simba tenaient solidement les rives du fleuve Congo et il dut faire demi-tour. Deux semaines après le raid éclair des para-commandos belges qui y avait évacué plus de 300 Occidentaux,  Paulis fut occupée le 9 décembre 1964 par la colonne d’Ops Nord dont les troupes parties de Bumba avaient libéré 787 Européens au cours de leur périple. L’hélicoptère du cdt Brokken accompagnait la colonne, dont un des camions était chargé du carburant nécessaire à son ravitaillement. L’aérodrome du chef-lieu des Uélés devait devenir la seconde base opérationnelle du WIGMO pour aider l’ANC dans sa lutte contre la rébellion dans le nord-est du pays et sa plaine d’aviation fut débarrassée de ses obstacles et mise en état de défense. Comme Stanleyville, cette ville était isolée en région rebelle et bénéficiait d’un ravitaillement par C-130E de l’USAF et DC-3 de la FATAC. Chaque avion-cargo américain était accompagné d’un détachement du 504th infantry airborne qui se disposait aux quatre coins de l’appareil dès l’atterrissage pour assurer sa protection durant le déchargement.

 

Le même jour, au retour d’un raid de sauvetage sur Niangara et Dungu, le major Génis et le lt Glorieux tombèrent dans une embuscade. Le cdt Brokken se posa près de la colonne pour évacuer les blessés, mais ils succombèrent à leurs blessures et le major GENIS fut remplacé par le cpn Defreyne. Les troupes d’Ops Nord parvenues à Paulis passèrent aux ordres de la 5e brigade le 11 décembre et le col Vandewalle s’y rendit en DC-3 de la FATAC pour se rendre compte de la situation sur place. Des avions T-28D du détachement de Stanleyville intervinrent à Opala le 5 décembre, car un peloton de Sud Africains se disait encerclé par les Simba et une colonne formée par Mike Hoare partit le 14 décembre de la rive gauche de la ville pour aller à leur aide. Le 5e Bn commando effectua plusieurs opérations de sauvetages dont un périple autour de Stanleyville, de Banalia à Bafwasende, pour sauver des otages en danger de mort. Mike Hoare proposa à l’EM 5e brigade d’effectuer un raid héliporté à Wamba, mais les risques d’échec étaient trop grands et ce fut refusé. Peu après sa formation, le deuxième flight de T-6G de la 21e escadrille fut confié au cpn Davrinches et en décembre 1964, il fut basé temporairement à Léopoldville car on y craignait une attaque des rebelles basés au Congo-Brazza. Il y fut rejoint par un détachement de T-28D du WIGMO et ces avions rassurèrent la population de la capitale en effectuant des patrouilles aériennes. Le détachement du WIGMO qui avait rejoint Paulis avec la colonne d’Ops Nord fut affecté à Bunia le 25 décembre à la demande d’Ops Kivu, privé depuis le 19 novembre d’appui aérien au profit de la 5e brigade. L’aérodrome de cette localité de l’Ituri (nord-est du Congo), troisième base opérationnelle du WIGMO dans le nord-est, avait une piste en « dur » accessible au DC-4. Cette localité était un nœud routier important et était occupée depuis le 1er décembre1964 par les commandos du Kivu (Codoki) et par le 53e peloton Sud Africains de l’ANC. Dans cette nouvelle affectation, le major Big Bill, dont les appareils étaient ornés du buffle « Makasi », collabora plus étroitement avec les troupes d’Ops Kivu qu’il ne l’avait fait auparavant avec celles d’Ops Nord.

 

Suite à livraison de nouveaux appareils par les Etats Unis, chaque détachement du WIGMO reçut un T-28D supplémentaire. Deux fois par jour, ils effectuaient des mission d’observation par paire, surveillant les routes menant aux frontières de l’Ouganda et du Soudan par lesquels des convois d’armes entraient au Congo. Les pilotes observaient l’activité des rebelles et détruisaient tous les véhicules repérés. Le 17 décembre 1964 près de Mahagi, le pilote cubain Fausto Gomez, dit « El Toro » accrocha un arbre lors d’une de ces mission alors qu’il attaquait un véhicule ennemi à basse altitude. Son ailier connaissait le point de chute du Trojan et communiqua les coordonnées à Bill Wyrozemsky dès son retour à Bunia. Celui-ci demanda aux commandos du Kivu d’effectuer un raid en zone dangereuse pour retrouver le corps du pilote, car la CIA exigeait la preuve de sa mort pour verser l’assurance-vie à sa veuve. Ils retrouvèrent les débris de l’appareil, mais les Simba étaient passés avant eux. L’équipe d’ATMB d’Ops Kivu se composait du lt col Touron, des lieutenants Henckaerts et Troosters et de l’adjudant Warnant. Ils organisèrent une base avancée à Bunia pour rayonner dans la région avec l’appui des Trojan et organisèrent le sauvetage d’Européens avec le 53e peloton SA et les CODOKI. 

Profitant du passage d’un aviateur-missionnaire à Bunia, le lt Henckaerts demanda à prendre place dans son Piper Cub de couleur rouge pour observer du haut des airs la progression d’une patrouille envoyée vers Mahagi, mais il lui fut impossible de les contacter par radio. Les hommes de la patrouille n’ayant pu être avertis, ils dressèrent leurs armes automatiques vers le ciel au passage de cet avion inconnu. L’officier se rendit compte du danger lorsqu’il survola leur colonne de véhicules et demanda au missionnaire de remonter le plus vite possible à une altitude de sécurité. Il réussit enfin à établir un contact radio et les armes s’abaissèrent, mais il avait eu chaud. Plus au nord, des bombardiers B-26K en action contre les rebelles détruisirent plusieurs camions chargés d’armes près de la frontière soudanaise. A la mi-janvier 65, des T-28D envoyés de Stanleyville et de Bunia et des B-26K opérèrent dans le secteur d’Albertville pour Ops Sud. Ils détruisirent des embarcations chargées d’armes et de munitions sur le lac Tanganyika et attaquèrent des camps rebelles dans la région de Fizi-Baraka. La garnison de Paulis comptait une section du peloton blindé Béro qui avait rejoint par C-130, le peloton para Bob Noddyn qui logeait à l’hôtel Negbe, une compagnie réduite de gendarmes katangais, une compagnie de parachutistes congolais, le peloton commando Yakoma et le 52e peloton commando SA qui occupaient la brasserie Makasi transformée en fortin.

 

Ils l’avaient remise en marche pour leur compte et les soldats de la garnison comptaient parmi leurs meilleurs clients. Leur production était à peine buvable, mais le buffle Makasi (fort) qui ornait les étiquettes des bouteilles de bière fut adopté par les pilotes cubains basés à Paulis qui le peignirent sur leur T-28 et il servit ensuite d’emblème à tous les appareils du WIGMO. Les B-26K basés à Stanleyville attaquèrent le 18 décembre une localité proche de Paulis, où était signalée une concentration de rebelles. Du QG d’ops Nord à Paulis, le major Yossa, réclama des troupes supplémentaires car les rebelles s’étaient lancés à l’attaque le 25 décembre. Une colonne commandée par le major Saint partit de Stanleyville le 27 décembre par la route pour renforcer la garnison que les B-26K et les T-28D du détachement de Stanleyville appuyaient en cas de besoin. Ils incendièrent à coups de mitrailleuse un dépôt de carburant situé en zone rebelle. On craignait une attaque de rebelles tutsi sur Kamembe et les Simba restaient très actifs dans la région de Nya Ngezi, à 45 km au sud de Bukavu. L’odyssée d’un agent de la CIA   L’activité de la CIA en Afrique augmenta notablement en 1965 et Frank Carlucci, consul US à Zanzibar,en fut expulsé le 19 janvier, soit six jours avant l’arrivée de Gaston Soumialot et de quatre de ses officiers invités par les autorités tanzaniennes.

A Langley, Richard Holm se concerta avec l’officier rescapé de Stanleyville qui l’aida à préparer sa mission de reconstitution du réseau du nord-est et qui insista pour l’accompagner sur place afin de lui donner un coup de main. Le but de l’Agence était de collecter des informations sur la présence, les activités et les lignes de ravitaillement des Simba dans la province Orientale. Le 26 décembre 1964, ils quittèrent les Etats Unis pour Bruxelles, où ils se concertèrent avec des officiers de la CIA en poste dans la capitale de l’Europe, puis ils gagnèrent Léopoldville. Un contre-ordre fut envoyé de Langley au senior officer lui interdisant temporairement de retourner à Stanleyville et Richard Holm partit seul et effectua plusieurs navettes entre cette ville et la capitale sans réussir à renouer le contact avec les anciens informateurs. Tout le réseau du nord-est du Congo s’était dissout suite aux événements. Suite à cet échec, Langley autorisa en février 1965 l’officier de renseignement, sauvé des griffes des Simba, d’accompagner l’agent Holm à Stanleyville pour reprendre contact avec les anciens informateurs du réseau qui y était établi. Deux des membres de ce réseau étaient originaires de Bunia et Richard Holm se proposa de visiter cette localité de l’Ituri, proche de l’Ouganda d’où provenait une grande partie du ravitaillement des rebelles. Langley approuva son choix et le 12 février, un Curtiss C-46 du WIGMO chargé de ravitaillement le déposa à l’aérodrome de Bunia, situé à quelques kilomètres de la localité. Il fut accueilli par « Big Bill » qui logeait au Bunia Palace,  un des quatre hôtels de cette agglomération désertée par ses habitants. Une des priorités de la mission de Richard Holm était de repérer l’endroit où s’étaient réfugiés les Simba après  avoir été chassés des lieux par les Codoki et les Sud Africains, et de tenter de connaître leurs intentions futures.

 

Les  T-28D basés à l’aérodrome suffisaient déjà à motiver une action hostile et la garnison était assez pauvre en moyens. Peu de temps après son arrivée, il réussit à prendre contact avec un des agents qui avait fui le chef-lieu du Haut Congo dès l’arrivée des Simba. Il lui assura que les rebelles  avaient quitté la région et se porta volontaire pour retourner en mission d’espionnage à Stanleyville. Tout ce qu’il avait récolté comme renseignements depuis sa fuite fit l’objet de trois rapports qui furent transmis à Léopoldville le lendemain. La CIA suspectait que les rebelles recevaient de l’armement à travers la frontière et Big Bill accepta que son collègue de la CIA effectue un vol d’observation avec les T-28 vers Faradje et plus au nord, vers la frontière du Soudan. Les appareils du détachement WIGMO effectuaient régulièrement des missions au-dessus de la zone rebelle à la recherche d’objectifs et tiraient sur tout ce qui bougeait. Le 17 février au matin, il se rendit à l’aéroport, où l’attendaient deux des pilotes cubains et leur montra sur la carte la région à survoler.

Ensuite, il prit place à l’arrière comme observateur dans le T-28 du pilote Juan Peron. Son appareil et celui de Juan Turon étaient dépourvus de roquettes pour cette mission et décolèrent en direction du nord. Richard Holm avait déjà exécuté ce genre de mission au Laos, mais la différence était que contrairement au Pathet Lao, les Simba des Uélés n’avaient pas de DCA. Les Cubains étaient de bons pilotes jeunes et expérimentés. Juan Peron avait appris l’art du pilotage à Cuba, puis s’était exilé aux Etats Unis après la chute de Batista. En 1963, il avait signé un contrat avec la société CARAMAR qui lui avait donné un entraînement sur T-6 Texan avant de l’envoyer au Congo en novembre 1963. L’année suivante, il avait été converti sur T-28 Trojan et sur Curtiss C-46. Sa mission d’observation venait en deuxième priorité et après une demi-heure de vol, Peron aperçut trois camions à cent mètres d’un croisement et les attaqua à coups de mitrailleuses avec son collègue, effectuant deux passages au-dessus de l’objectif. Les pilotes devaient accomplir leurs missions sans météo et l’aide à la navigation était quasiment inexistante.

 

Lorsque les Cubains reprirent de l’altitude, ils s’aperçurent que le temps avait changé. De lourds nuages chargés de pluies s’approchaient et Peron comprit qu’il valait mieux retourner à Bunia. La tornade fut sur eux et ils se retrouvèrent en plein dans pluie torrentielle. Juan Peron descendit  au-dessus de la forêt, cherchant une éclaircie parmi les arbres, tandis que Juan Turon préféra rester en altitude. A la vue d’une clairière, Peron fit demi-tour et tenta un atterrissage de fortune. Cela se passa plutôt mal que bien, mais le pilote et son passager réussirent à s’extraire de l’appareil avant l’explosion. Richard Holm était gravement brûlé et pouvait difficilement se déplacer. Heureusement, ils furent recueillis par les habitants d’un petit village d’Azande qui les nourrirent et leur racontèrent qu’un autre avion s’était crashé le même jour à quelques distances de leur village, peu éloigné de Faradje et de la frontière soudanaise. Peron fut guidé par les indigènes vers l’épave du T-28D de son collègue et en fouillant dans le cockpit, il récupéra des cartes et quelques objets. Ils ne découvrirent aucune trace de Juan Turon et retournèrent au village. On ne retrouva jamais ce pilote et plus tard, des missionnaires délivrés de Faradje déclarèrent le 12 avril qu’un Cubain avait été capturé dans la région par les Simba qui l’avaient tué et mangé. L’enceinte de la CIA à Langley abrite un mémorial que peu d’Américains peuvent contempler, c’est celui des agents morts en service. Il représente une constellation de 77 étoiles noires, une pour chacun d’entre eux.

On n’y verra aucun nom des Cubains morts pour la liberté lors du débarquement de la baie des Cochons organisé par l’Agence en 1961, ni celui des disparus lors des missions aériennes du Wigmo contre les rebelles communistes au Congo, mais l’on y trouve le nom du pilote américain John Merriman. Grâce au chef du village Azande qui haïssait les rebelles, Juan Peron fut conduit à Paulis par des indigènes afin d’y chercher du secours pour l’agent américain. Avant le départ, le Cubain donna son parachute aux villageois et leur demanda de l’étaler au sol dès qu’ils entendraient un avion. Ils partirent le 19 février par des chemins de brousse, se déplaçant à bicyclette, avançant avec précaution, car les rebelles rôdaient encore dans la région. Pendant ce temps à Bunia, Big Bill avait donné l’alerte et des recherches aériennes furent entreprises à partir de cet aérodrome et de celui de Paulis. L’Air Officer connaissait la région que ses pilotes devaient survoler, mais il ignorait le passage d’une tornade. Le 25 février, Juan Peron et les congolais atteignirent un avant-poste de mercenaires, situé à trente kilomètres de Paulis. Ils y furent conduits en camion et se rendirent directement au détachement du WIGMO où Juan Peron insista pour Richard Holm fut évacué par hélicoptère. L’officier d’opération entra en communication avec Léopoldville et mit ses supérieurs au courant de l’état de l’agent CIA qui envoyèrent à Paulis un Lockheed C-130E avec un médecin. La FATAC accepta d’envoyer la Banane volante basée à Paulis pour récupérer l’agent américain et elle décolla deux heures plus tard en direction du nord vers le village azande. Les pilotes cubains n’avaient qu’une confiance limitée dans les qualités de vol de ces appareils birotors et Juan avait préféré prendre place dans le T-28 d’escorte. Bien lui en prit, car lorsque le pilote manoeuvra pour se poser au centre du village, il accrocha des branches avec ses pales et se crasha. Aucun des occupants n’était blessé et les bicyclettes que les indigènes avaient emportées avec eux n’avaient pas souffert de la chute, mais l’hélicoptère était gravement endommagé. Le lendemain, un nouvel hélicoptère parvint au village et ramena le blessé qui fut immédiatement transporté aux Etats Unis.

 

Ce nouveau contretemps retarda quelque peu les opérations de renseignements menées par l’Agence américaine dans le nord-est. Pour remercier les villageois, la CIA parachuta des vivres et des médicaments au-dessus du village azande, dont le chef devint un précieux auxiliaire dans la lutte menée contre les rebelles par les Espagnols du 2e choc. A Bunia, Big Bill stoppa les recherches devenues inutile et la ronde des missions reprit. Un autre appareil se planta au décollage et il ne resta plus qu’un T-28D pour accomplir les missions journalières et d’autres furent envoyés en remplacement. L’épave de l’appareil endommagé servit de stock de pièces de rechange pour réparer les autres monomoteurs.

 

Ses lances-roquettes furent récupérées et placées sur le camion Réo des Codoki transformé en mini-orgue de Staline. Ravitaillements des opérations Suite à l’augmentation des besoins en ravitaillement, la FATAC dut augmenter le nombre de missions afin d’assurer la logistique à tous les secteurs d’opérations et particulièrement vers Albertville et Stanleyville à partir de Baka. Dans l’Equateur, Lisala était devenue la plaque tournante du ravitaillement d’Ops Nord. Des DC-4 en provenance de la capitale y déposaient régulièrement leur chargement et le lt Cauffman disposait de deux DC-3 pour assurer leur transfert à Paulis, d’où les bimoteurs assuraient au retour l’évacuation des otages libérés durant les raids de sauvetage.

 

Les hélicoptères mis à la disposition de la 5e Brigade et celui d’Ops Nord assuraient les évacuations sanitaires ou la recherche de réfugiés. Depuis le 15 septembre, ils avaient effectué près de 600 heures de vol et en dehors des missions de transport de fret et avaient évacué 84 blessés et 210 personnes, dont la moitié lors d’opérations de sauvetage, tandis que les DC-3 en avaient évacué près de 300. Dans des conditions souvent éprouvantes, ils effectuaient le transport de troupes et de matériel pour l’ANC et cela n’avait rien à voir avec les missions effectuées en Belgique, car le troupier congolais se déplaçait généralement avec sa famille, son mobilier, ses ustensiles de ménage, ses chèvres et ses poules. Faute de parachutes, les pilotes de ces appareils avaient mis au point le largage de ravitaillement à basse altitude et à vitesse réduite, moteur gauche au ralenti pour éviter l’effet de souffle. Au cours d’un entretien avec le général JD Mobutu, le col Vandewalle insista pour que l’EM de la 5e brigade, qui se substituait au 3e Gpt/ANC à Stanleyville, fut africanisée et il demanda que le col Mulamba reprenne sa place, ce qui fut fait début janvier 1965. Le 5 janvier 1965, le ministre Tshombe effectua une visite à Stanleyville et fut accueilli à l’aérodrome par le colonel  Mulamba et par le lieutenant-colonel Itambo, promu commandant de la place. Une semaine plus tard, un convoi de huit barges de l’Otraco atteignit la ville, protégé par des T-28D sur la fin de son parcours. Dans le nord du Congo, des rebelles venus du Congo-Brazza traversèrent le fleuve et attaquèrent la localité de Nkolo le 24 janvier, mais ils furent mitraillés par des appareils militaires. Dès que la plaine d’aviation fut occupée par l’ANC, un avion léger de la FAC s’y posa pour évacuer les Européens. Durant les premiers jours du mois de février, la ville de Bumba qui avait été occupée par les troupes d’Ops Nord le 15 octobre 1964, fut attaquée à plusieurs reprises par des maquisards simba et des renforts de l’ANC y furent envoyés, ainsi que le flight de T-6G du cpn Davrinches.

 

Ce pilote avait participé à la guerre d’Algérie où il avait volé sur Texan T-6G, mais il avait eu des ennuis en France pour avoir suivi le général Challes lors du putsh d’Alger. Ce flight fut rejoint le 6 février 1965 par le flight du cpn Bracco muté de Stanleyville. Quelques temps plus tard, Roger Bracco et Léon Libert furent approchés par le WIGMO qui était à la recherche de pilotes expérimentés, car certains Cubains nouvellement engagés n’avaient pas plus de cent heures de vol à leur actif. Ils signèrent leur contrat à Léopoldville et suivirent une formation sur T-28D à Ndjili. La 21e escadrille dit également adieu au lt col Puren qui  avait été licencié par le Gl JD Mobutu le 14 janvier 1965 pour incompétence et remplacé par le cpn WOJICK, puis par le major Pierre NOËL, ancien pilote de Spitfire à Coxyde. Après avoir subi quatre attaques rebelles, un premier convoi fluvial parvint à Stanleyville le 26 janvier 1965. Il apportait assez de carburant pour assurer le ravitaillement des 80 véhicules chargés de 700 hommes destinés à renforcer Paulis. Cette colonne comprenait le 8e Bn commando katangais, le groupe para Noddyn, qui rejoignait Paulis après un congé, le groupe blindé Kowalsky des parachutistes  congolais et quelques Sud Africains, soit 100 Européens et 600 Africains. Les difficultés de communications avec les pilotes cubains parlant surtout espagnol provoquaient des problèmes et le lt Abession-Conde,  mercenaire d’origine espagnole, fut chargé des liaisons radio sol-air de la colonne. Ce renfort de troupes devait ensuite libérer les localités encore aux mains des Simba, telles Watsa et Faradje. La colonne fut placée sous le commandement du major Siegfried Mueller, qui avait eu de l’avancement depuis la Tshuapa sans avoir pourtant augmenté ses qualités guerrières. La veille de son départ, la colonne de véhicules et les troupes furent passées en revue par le général JD Mobutu et le colonel Mulamba. Le départ eut lieu le 6 février, mais plusieurs embuscades retardèrent l’avance, notamment celle de Bafwasende qui fut très coûteuse en hommes et en matériel. L’appui aérien à la progression de ces renforts était fourni par trois B-26K à partir de Stanleyville et par quatre T-28D à partir de Paulis, tandis que des H-21 « Banane volante » étaient disponibles dans ces deux localités. Un des avions chargés de dégager la colonne remonta la route sur sa droite en crachant le feu dans la végétation, mais arrivé à hauteur de l’avant-garde, il fut dévié par une turbulence et toucha plusieurs véhicules du groupe para Noddyn, causant quelques pertes, dont le lieutenant congolais Gérard. Pris de fureur, des hommes de la colonne vidèrent leurs armes vers le ciel. Certains accusèrent le lt Abession-Conde d’avoir donné de mauvaises indications aux pilotes cubains.

 

Herr major Mueller réclama du ravitaillement et l’évacuation des blessés par hélicoptères H-21. La colonne de secours organisée par le cpn Marchal et le groupe blindé Béro à partir de Paulis se dirigea à leur rencontre et atteignit Wamba, mais la Banane volante qui s’y posa le 12 février pour évacuer un blessé fut endommagée à l’atterrissage et dut être abandonné sur place. A Stanleyville, le lt Raes de l’ATMB organisa la confection de ballots de vivres et de munitions qu’un DC-3 de la FATAC se chargea de larguer au-dessus de la colonne à basse altitude et sans parachute. Le pilote dut effectuer trois passages et les largueurs balançaient les colis au plus près de la route sans toucher la troupe en défensive. Lors du retour à Stanleyville, le lt Raes remarqua deux ou trois impacts dans l’appareil, mais impossible de savoir s’ils étaient dûs à des tirs amis ou ennemis. Néanmoins, il apprit par la suite que le largage n’avait pas été apprécié par tous, car certains chargements s’étaient dispersés au contact du sol et avaient atterri tous près des combattants rendus nerveux par l’embuscade. Appui aérien à la colonne Mueller Les hélicoptères FG-673, FG-677, FG-378 et FG-322 évacuèrent les blessés et l’un d’eux déposa le 10 février, le major François, officier de l’ATMB faisant fonction de S-3 au sein de la 5e brigade. Il réorganisa la colonne qui était dans un piteux état et prit la place de « Kongo Mueller » dépassé par la situation. Il rejoignit le groupe Béro à Wamba et ils continuèrent leur route ensembles vers Paulis qu’ils atteignirent le 11 février 1965.  Le QG/ANC, abandonnant l’idée d’opérer à partir de Paulis, choisit Bunia comme point de départ de l’opération visant à contrôler le nord-est du pays d’où parvenaient de l’armement et des munitions destinés aux rebelles. Ce ravitaillement était débarqué d’avions à l’aérodrome d’Arua (Ouganda) où de nombreux atterrissages étaient signalés, dont celui d’un DC-3 transportant Gaston Soumialot.

 

Un nouveau contingent de mercenaires anglophones, entraîné à Baka dès le 20 janvier, fut envoyé à Bunia le 26 février et défila dans la localité avec Mike Hoare à leur tête. Ils étaient chargés du bouclage des frontières du nord-est. Peu après le départ des pilotes Bracco et Libert engagés par le WIGMO, une opération de sauvetage fut organisée à partir de Bumba sur l’insistance du lieutenant Caufmann. Il s’agissait d’évacuer une religieuse isolée en pleine région rebelle à 60 km de là. Le cdt Brokken et l’adjudant Allayes, qui  avaient poursuivi des missions de soutien et de recherches de réfugiés depuis Bumba, acceptèrent avec enthousiasme d’y participer aux commandes de leur Banane volante et le cpn Davrinches fut d’accord pour assurer la sécurité de l’opération avec son flight. L’opération fut un succès total, mais il fallut également évacuer les orphelins dont s’occupait sœur Thérèse, membre de la congrégation des Filles de la Sagesse. Suite à une relève de l’équipe ATMB de Paulis, le lt Raes se rendit à Paulis le 20 mars 1965 pour y assurer l’intérim. Le secteur d’Ops Nord commandé par le major Yossa était assez calme et la garnison se composait d’un peloton de durs à cuire, survivants du groupe para Noddyn  commandés par Marc Gossens et d’un groupe de mercenaires du troisième âge qui tenait garnison dans une usine de savon.

 

Cette troupe sans formation militaire ouvrait le feu aussi vite que les Katangais au moindre bruit suspect. La plaine d’aviation était gardée par des UDA katangais et deux T-28D y stationnaient, tandis qu’un troisième gisait à l’état d’épave. Dès que les Katangais et les pépés mercenaires déclenchaient une fusillade, le chef de ce détachement du WIGMO prenait l’air dans un de ses appareils. Le 22 mars, une pétarade intense se déclencha, agrémentée de coups de mortiers. Le lt Raes se rendit sur les lieux, mais il n’y avait pas lieu de s’inquiéter, car l’affaire se résumait à une fusillade sur trois supposés rebelles. Le chef du détachement WIGMO se plaignit en anglais au lt Raes qu’ « il n’avait pas été prévenu des événements et que sa sécurité au sol avait été négligée » et il ajouta « I remember you we are civilians and not trained for ground fighting », pourtant les membres de ce détachement avaient assez d’armes pour soutenir un siège dans l’aérogare transformé en fortin. Il logeait dans une habitation proche de l’aérogare et recevait un ravitaillement régulier, dont du whisky à faire pâlir d’envie les Sud Africains. Au QG/Ops Nord, installé dans une mission, le lt Raes recevait régulièrement les rapports de mission des Cubains, dont pas une sortie s’effectuait sans un score de véhicules, locomotives et wagons détruit à la mitrailleuse ou à la roquette. Peu après l’incident, il demanda d’effectuer une observation aérienne comme passager d’un T-28D et cela lui donna l'occasion de vérifier leur tableau de chasse. L’avion suivit la ligne de chemin de fer du CVC et le pilote survola certains objectifs détruits, mais jamais à moins de 600 pieds, il put néanmoins constater que ces pilotes attaquaient régulièrement les mêmes objectifs, car les épaves observées étaient vieilles de plusieurs semaines. Début mars 1965, le lieutenant colonel BEM Noël, chef d’EM de la 5e Brigade, conçut de nouvelles opérations pour libérer les localités du nord-est aux mains des Simba grâce à une augmentation de ses effectifs en hommes et en matériel. Le 5 mars, il se rendit en DC-3 FATAC à Bunia avec  col Mulamba, le maj François (S3) et le lt Raes pour y inspecter le 5e Bn commando sud africain de Mike Hoare, promu lieutenant colonel par le général JD Mobutu. De nouvelles recrues avaient remplacé les hommes en fin de contrat et cette unité de 300 hommes devait opérer en fer de lance l’opération « White Giant » avec le 14e Bn commando katangais vers Faradje qui fut atteint le 28 mars. L’appui aérien était assuré par le WIGMO avec le flight de T-28 de Big Bill, aidé par Budd Moessmer, et par deux Douglas B-26K. Cette opération de la 5e Bde démarra le 15 mars 1965 et fut un succès total.

La FATAC disposait de quatre DC-3 à Stanleyville et de la section de ravitaillement/Air, tandis que la Banane volante  de Boutet et Lechat assuraient les évacuations. Généralement, des panneaux blancs étaient disposés en « T » assurait le repérage de la dropping zone et un feu d’herbes sèche ou un fumigène donnait la direction du vent lors du largage de ravitaillement par bimoteur. Quant aux hélicoptère, ils se posaient sur la route si ses abords étaient dégagés, autrement, il fallait débroussailler une piste de 100 m sur 20 m, suffisante en cas de faible charge,  mais en cas de charge élevée, il lui fallait 300 mètres de piste roulable dans le vent. La FATAC déplora l’accident du 9T-PKH lors d’un atterrissage dans la localité de Faradje, un autre DC-3 endommagea sa roulette de queue en se posant à Watsa, dont la plaine d’aviation située au-dessus d’un colline était très courte et difficile d’accès. Un troisième bimoteur de la FATAC, qui devait chargé de l’or récupéré à Watsa, fut détourné de Stanleyville vers l’Angola le 15 avril 1965 par deux déserteurs du 5e Bn commando sud africains, Larkin et Van Staden, mais ils furent forcés d’atterrir à Kolwezi à cause du mauvais temps et arrêtés. Quant à la Banane volante FG-697, elle eut des ennuis de moteur à Bunia le 25 avril en revenant d’une mission à Watsa et fut bloquée au sol. Du haut des airs, il était difficile de distinguer les amis des ennemis et une erreur de tir des B-26K blessa deux Sud Africains à Aba. Tandis que le 5e Bn commando de Mike Hoare regroupait les mercenaires anglophones, le 6e Bn commando du ltcol Lamouline se chargeait de l’administration des mercenaires francophones encadrant les bataillons katangais.

 

Opérations de ravitaillement vers Buta

 

Revenu sur la scène congolaise en fin février 1965, Bob Denard créa une nouvelle unité par qui fut intégrée au 6e commando sous le nom de 1er choc. Le 14 mars 1965, elle participa à une opération sur Yangambi au bord du fleuve Congo avec l’appui du WIGMO, puis fut envoyée à Paulis par la voie aérienne le 29 mars. Sa mission était de pacifier le sud de cette localité vers Wamba avec l’appui du 8e Bn commando katangais. Cette opération baptisée « Tulipe » démarra le 7 avril à l’aube, mais peu après son départ, la colonne baptisée Aramis subit de nombreuses embuscades et lança un appel radio pour évacuer un blessé. La Banane volante décolla de Paulis et ramena deux morts, car entre temps, les Simba avaient monté une autre embuscade. La malchance s’acharna sur Bob Denard, car il se cassa une jambe et dut être évacué à son tour par l’hélicoptère. Le lt col Lamouline résolut de se rendre à Paulis en DC-3 avec son adjoint BOTTU, mais l’hélicoptère de la FATAC était en panne. Les demandes d’appui aérien ou d’évacuation étaient adressées à l’EM de la 5e brigade et à l’aérodrome, le détachement du WIGMO se tenait en alerte. Il comprenait deux pilotes cubains et les belges LIBERT et BRACCO, anciens de la 21e escadrille, qui partaient justement avec leur T-28D pour une mission de soutien à « Aramis ». Les deux officiers du 6e codo en  profitèrent pour les accompagner et ils participèrent également à la mission aérienne du lendemain matin comme observateurs, car le Vertol-Piaseky H-21 n’était toujours pas réparé. L’après-midi, ce fut au tour des deux pilotes cubains d’appuyer la colonne Denard avec leur T-28D. Le plafond était plus dégagé et ils purent intervenir à la mitrailleuse et à la roquette contre des véhicules ennemis à l’arrêt dans un village, puis furent relevés par les Belges. Lors de cette chaque mission, les pilotes établissaient un contact radio VHF avec la colonne sur la fréquence 118.5. BRACCO et LIBERT intervinrent avec leurs appareils pour dégager d’une grosse embuscade et balayèrent les abords de la route de leurs armes. Le 10 avril 1965, la colonne Aramis atteignit Wamba et réclama du ravitaillement.

 

L’hélicoptère fut réparé le lendemain et transporta le lt col Lamouline à Wamba. Il y fut rejoint par le major BOTTU qui resta sur place pour préparer une dropping zone en vue d’un ravitaillement par bimoteurs de la FATAC. Le 8e Bn commando fut laissé en garnison et le 1er choc regagna Paulis le 16 avril suivant, non sans avoir subi de nombreuses embuscades, mais l’unité était bien rodée. Le 3 mai1965, le général JD Mobutu, commandant en chef de l’ANC se rendit à Stanleyville avec son avion personnel, mais son appareil eut du retard et les troupes rassemblées à l’aérodrome pour la parade avaient regagné leur cantonnement. Il conféra avec le col Mulamba et les officiers de l’ATMB en fonction à l’Etat Major de la 5e Brigade et le 5 mai, le lt col NOËL, chef d’EM, présenta les plans de l’offensive « Violettes impériales ».

Une copie de ce plan fut adressée au QG/ANC, aux chefs des unités qui y participaient, à l’officier de liaison de l’US Army, au commandement Ops/Air et au WIGMO. Le lendemain, le commandant en chef se rendit avec Mike Hoare à Faradje pour assister à la parade achevant l’opération  White Giant. Il passa en revue les commandos sud-africains et katangais et le félicita pour les succès de ses troupes durant « White Giant ». L’opération « Violettes impériales » lui succéda et mit en œuvre, outre le 5e Bn commando SA de Mike Hoare (Zorro) à partir de Niangara, le 1er Choc de Bob Denard (Aramis) et le 8e Bn commando katangais à partir de Paulis, le 12e Bn codo Diabos à partir de Stanleyville et des troupes congolaises opérant à partir de Bumba dans le but de capturer Buta par une offensive en tenaille.

Il s’agissait d’envelopper un maquis rebelle bien ravitaillé en armes et commandé par le col Makondo qui s’était établi dans cette ville, d’où il menaçait toute la région située au-dessus de Paulis. Selon les renseignements obtenus, des Européens étaient encore en vie dans les prisons des Simba. Vu l’augmentation des missions de transport de leurs C-130E dans le triangle Stanleyville-paulis-Bunia, les Américains songèrent à livrer deux DC-3 supplémentaires à la FATAC pour soulager leurs équipages.  L’opération « Violettes impériales » fut déclenchée le 26 mai avec l’assistance de l’aviation qui comprenait la 21e escadrille à partir de Bumba, trois B-26K basés à Stanleyville et deux détachements de quatre T-28D qui effectuèrent chacun deux sorties par jour. Celui de Big Bill appuyait le 5e commando et l’autre intervenait à partir de Paulis en soutien au 1er choc. Le WIGMO y disposa un des hélicoptères Bell 47 récemment livrés. Il était chargé des liaisons et de la récupération des pilotes. La FATAC pourvoyait au ravitaillement et aux évacuations sanitaires avec quatre DC-3 et les quatre hélicoptères Banane volante H-21 en ordre de marche, dont le FG-673 qui opérait à partir de Paulis et le FG-378 à partir de Stanleyville.

 

Les forces alignées à Paulis pour l’offensive furent passées tour à tour en revue par le col Mulamba et le lt col Noël, venus de Stanleyville en DC-3  FATAC. Le lendemain de son départ, l’hélicoptère H-21 rejoignit la colonne avec le lt col Noël pour évacuer les premiers blessés. Bracco et Libert survolaient la progression des troupes et effectuaient des reconnaissances sur l’itinéraire,  signalant les obstacles aperçus. Buta fut atteint le 1er juin 1965 par le 1er Choc, battant de peu les Sud Africains (voir le magasine RAIDS n° 51), mais il ne purent empêcher le massacre des otages. La plaine d’aviation de la ville fut remise en état le 4 juin et un DC-3 y déposa les colonels Mulamba et Lamouline. Ce bimoteur fut suivi d’autres appareils de la FATAC qui s’y posèrent avec des vivres et des munitions. Le 2 juin 1965, le général major Ceuppens, chef d’EM de la Force Aérienne en visite au Congo avait inspecté le détachement FATAC à Baka, puis se rendit en inspection avec le col Vandepoel à Stanleyville le 5 juin et à Paulis le 6, avant de regagner la Belgique le 8 juin. Le 3 juin, le détachement WIGMO de Paulis déplora la perte de deux T-28D à cause du mauvais temps. Roger Bracco et le jeune pilote cubain La Guardia, recruté peu auparavant, se trouvèrent perdus dans une tornade et à court de carburant, ils durent sauter en parachute près de la rivière Bomakandi, aux abords de Titule. Ils furent récupérés quelques heures plus tard par hélicoptère, mais le Cubain, très marqué par son aventure, résilia son contrat et retourna aux Etats Unis. A la même époque, des guérilleros rebelles venus du Congo-Brazza, s’emparèrent de Nioki, à 320 km au nord-est de la capitale et un T-28 y fut envoyé en reconnaissance.

 

Les résultats de ce vol d’observation permirent de monter une opération à partir de Mushie où des mercenaires européens  furent transportés dans un DC-3 et un DH Dove de la FAC. Ils se joignirent à une colonne de l’ANC et le bimoteur Dove se rendit à Nioki pour observer la situation, tandis que les Européens de la région étaient évacués par avions d’Air Brousse. Après une année de service, les Banane volante donnaient des signes de fatigue et le 27 juin, l’hélicoptère codé FG-378 se crasha avec son équipage dans la forêt à quelques dizaines de kilomètres de Stanleyville. Elle avait tenté de rejoindre Buta pour y chercher des réfugiés libérés par le 1er choc, mais le mauvais temps l’avait obligé à faire demi-tour. Lors du trajet de retour, le pilote contacta la tour de contrôle de Stanleyville pour annoncer l’estimation de son heure d’arrivée vers 7h30 (ETA), soit trente minutes plus tard, lui signalant qu’il volait à 6000 pieds d’altitude. Ce fut son dernier appel et dès que l’ETA fut dépassée, le col Vandepoel lança un programme de recherches avec les moyens aériens immédiatement disponibles : trois DC-3, deux B-26K et un C-46 et il y participa aux commandes d’un des appareils.

 

Les recherches se poursuivirent durant trois semaines malgré le mauvais temps, mais ne donnèrent aucun résultat. Cet accident, qui coûtait la vie au cpn Bordon et aux adjudants Allayes et Jacobs s’ajoutait à une série d’incidents techniques et signa la mise à la retraite de ces engins qui avaient rendu de grands services à l’ANC. Le 4 juillet 1965, le 1er choc reprit sa route vers Aketi avec le support du WIGMO, puis effectua sa jonction avec l’ANC partie de Bumba. Le 21 juillet 1965, l’aviation dut intervenir à Buta pour repousser une offensive des rebelles commandés par le col Makondo qui s’était replié dans la forêt au sud de Bondo.

Le chef des Simba attendait du ravitaillement en munitions pour recommencer une attaque sur Buta. Elle se déclencha dans la nuit du 5 au 6 septembre et fut repoussée par les hommes du 1er choc, appuyé par le détachement du WIGMO de Paulis. Les pilotes des T-28D soumirent les rebelles à un déluge de feu et poursuivent leurs attaques les jours suivants sur les villages d’où étaient partis les maquisards. L’activité des patrouilles du 1er choc et des appareils du WIGMO eut raison de l’entêtement de Makondo et le réseau ferroviaire de VICICONGO put être remis en activité. Parti de Buta le 8 octobre,  ce premier convoi parvint à Paulis deux jours plus tard, où il fut accueilli par les autorités civiles et militaires de la province. Le quatrième anniversaire de la  FAC Le lundi 19 juillet 1965, la Force Aérienne Congolaise fêta le quatrième anniversaire de sa fondation à Ndolo en présence de plusieurs autorités civiles et militaires, dont le général JD Mobutu.

Le col Tukuzu, chef du 1er Groupement aérien remplaçant le lt col Losso emprisonné pour atteintes à la sûreté de l’état, fit un discours où il annonça avec fierté que son groupement aérien disposait de 11 pilotes, dont deux brevetés en Belgique (Nzinga et Mbaki) et neuf en Italie, où le brevet de pilote était plus facile à obtenir, ainsi que de 38 mécaniciens spécialisés et de deux interprétateurs de photos aériennes. L’entraînement des élèves-pilotes se poursuivait sur place à l’école de vol grâce à l’Aeronautica Militare qui y avait affecté une cinquantaine d’officiers et de sous-officiers italiens avec dix Harvard, cinq Piaggio 148 et un DC-3 de l’AMI, mais l’on déplorait la perte de l’adjudant Ebonga qui s’était tué le 4 mars 1965. L’AMI développait également une école technique de navigation à Ndolo et une nouvelle promotion d’élèves congolais poursuivait son instruction à l’école de vol d’Alghero en Sardaigne. Après son allocution, les moniteurs italiens effectuèrent quelques acrobaties et des parachutistes congolais furent largués d’un avion de transport devant un parterre d’officiers supérieurs.

Dans son discours, le chef du 1er Groupement aérien  avait passé sous silence que, malgré leur splendide diplôme obtenus en Italie, aucun de ses pilotes brevetés n’avait participé aux opérations aériennes contre les rebelles. Un seul d’entre eux avait obtenu son brevet de pilote de transport sur DC-3 en Italie. C’était un ancien élève de l’école professionnelle de Baka qui avait été mis à la porte avant l’indépendance et qui avait essuyé un échec à l’EPE de Gossoncourt.

 

De retour à Ndolo avec son beau diplôme italien, il avait voulu prouver son savoir-faire et avait réussi à mettre en marche un des DC-4 amenés d’Angleterre en 1961, mais il accrocha l’autre quadrimoteur avec l’aile et endommagea également un DC-3, bloquant du même coup la totalité des avions de transport. La FAC l’affecta au dropping de parachutistes sur DC-3 à Léopoldville, mais il représentait un danger pour la navigation, car il ne respectait pas les consignes de sécurité aérienne. Hormis l’école de vol italienne et la base de Ndolo, le col TUKUZU ne commandait pas grand chose. Une grande partie de l’aviation opérationnelle lui échappait. Outre quatre Curtiss C-46, deux Beechraft C-45 et trois hélicoptères Bell 47, la flotte du WIGMO comptait six B-26K et en réclamait trois autres, ainsi qu’une une dizaine de T-28D Trojan auxquels devaient s’ajouter huit appareils du même type. La FATAC qui formait le 2e Groupement aérien tactique rassemblait six DC-3 avec cinq équipages (les autres DC-3 étaient en révision ou cannibalisés pour leurs pièces de rechange, mais le COMISH comptait en remplacer deux d’entre eux) et d’un Douglas C-54 avec son équipage. Le cpn Jacquemart (Log/Air), qui s’était chargé de la récupération de deux C-54, d’un DH Dove et de pièces de rechange en Angola au début de l’année 1965. Il devait se rendre en Afrique du Sud avec le pilote Berteaux afin d’y rechercher deux autres appareils de transport de l’Avikat, dont le DH Dove KAT-15 de l’ex-Avikat saisis par la justice sud-africaine en 1963. Ramené à Ndjili et immatriculé 9Q-CDB, ce Dove fut réclamé ensuite par la FAC qui lui donna le code 9T-DGA.

Il se crasha plusieurs mois plus tard à Ndjili avec le pilote Jungler aux commandes. Tous les hélicoptères Vertol-Piaseki H-21 avaient étés retirés du service et la 21e escadrille opérait avec six  T-6G et en attendait douze autres, mais un essai de bombardement au napalm s’était terminé par la perte d’un appareil T-6G et de son pilote. Son flight de transport se composait d’un C-54 et d’un DH Dove. Le bimoteur Douglas DC-3 9T-JDM était la propriété personnelle du général JD Mobutu, ainsi que le nouvel appareil VIP Beechraft C-45 9T-BHA acheté à l’Aga Khan. C’est dans cet appareil que le commandant en chef de l’ANC effectua le 8 août 1965 une rapide inspection des garnisons de Bolobo, Nkolo et Yumbi où avaient eut lieu des infiltrations de rebelles depuis le Congo-Brazza. L’Anstalt WIGMO était au faîte de sa puissance et mettait en œuvre le 22e wing. Les pilotes cubains et les mercenaires espagnols du 2e choc ne manquaient pas de cœur et ils participèrent à la tombola organisée par le médecin espagnol Sanz-Gadea qui soignait les blessés et les malades de Stanleyville.

 

A l’initiative de Llopart et Homedes, techniciens du WIGMO, une fête fut organisée pour les enfants orphelins recueillis par ce médecin dont le clou fut une promenade aérienne en hélicoptère. Une centaine d’otages restait aux mains des rebelles à Bondo et le QG/ANC du mont Stanley à Léopoldville décida de lancer une opération terrestre à partir de Paulis. Le ltcol Lamouline proposa une opération parachutée avec une centaine de volontaires européens et congolais et le 13 août 1965, son adjoint André Bottu fut convoqué au QG/ANC pour la mettre en œuvre.  Cette opération, baptisée « Arc en ciel » nécessitait d’importants moyens aériens, dont six DC-3, deux B-26K, deux T-28 et un hélicoptère Bell 47. Certains des parachutistes européens n’avaient plus sauté depuis leur départ de l’armée et le major israelien Sasson supervisa l’entraînement au saut qui se déroula du 26 août au 5 septembre à Baka avec deux bimoteurs de la FATAC. Dès le départ de l’opération le 12 septembre, un appareil observerait la météo sur l’objectif et donnerait le « GO » aux six avions de transport transportant le groupe Cobra qui partirait de Buta. Le saut opérationnel était prévu à 650 pieds et il disposerait d’un appui aérien sur la DZ, tandis qu’une colonne du 1er choc devait le rejoindre par la route.

 

L’appui à Ops Sud

 

A la fin de l’entraînement à Baka, le chef du groupe Cobra apprit que l’opération était annulée et qu’il devait se rendre à Bukavu pour opérer contre les rebelles de la Ruzizi. Dès le 6 septembre, il participa à une opération qui se déroula dans la vallée pour repousser les rebelles vers le secteur d’Ops Sud. Le groupe Cobra pouvait compter sur l’appui du détachement de T-28D du cpn Bracco qui avait été déplacé de Paulis à Goma. En mars 1965, un expert de l’US Navy attaché à l ‘ambassade américaine de Léopoldville se rendit à Albertville dans le but d’y établir une base navale qui contrôlerait le lac Tanganyika et permettrait d’exercer une pression, non seulement sur les maquisards, mais également sur les pays qui les aidaient. Peu après, des vedettes en fibre de verre furent livrées par C-130, suivies quelques temps plus tard par des patrouilleurs « Swift » pesant près de dix tonnes. Ces patrouilleurs étaient trop longs (près de vingt mètres) pour pouvoir prendre place dans les C-130 et l’agent de la CIA Ed Wilson eut l’idée de les découper en trois parties pour être amenée en avion à Albertville.

En juin 1965, le bataillon Katchoka, composé de tutsi ruandais et commandé par Idelphonse Mudandi, fut engagé contre la garnison ANC de Bendera défendant la centrale électrique qui ravitaillait Albertville. L’attaque fut un échec et coûta une vingtaine de tués aux révolutionnaires tutsi, ainsi que  quatre des Barbudos envoyés par Fidel Castro au Congo.

Sur le cadavre de l’un d’eux,  des documents furent trouvé, dont un agenda écrit en espagnol et la CIA fut alertée, car ils prouvaient la présences de dizaines de techniciens cubains aux bords du lac Tanganyka. S’ajoutant aux renseignements reçus de diverses sources et aux tactiques de guérilla pratiquées par les Simba de ce secteur, la présence de ces Barbudos que l’on supposaient commandés par Chè Guevara, envoyés par Fidel Castro pour instruire et aider les Simba, mit la CIA sur les dents. Une grande partie des moyens aériens fut rassemblée à Albertville et l’opération « Banzi » fut planifiée et mise en œuvre par le ltcol parachutiste Hardenne, chef d’EM du QG/Ops Sud commandé par le lt col Eustache Kakudji.

 

Le but de cette opération était de liquider la menace représentée par les maquis rebelle du lac Tanganiyka, auxquels Laurent-Désiré Kabila, replié en Tanzanie en tant que commandant de la section de l’est de l’APL promettait de l’aide et de chasser du Congo les Barbudos de Chè Guevara.  Un major américain des Special Forces fut chargé de diriger à Albertville un groupe aéronaval du WIGMO équipé du navire MS « Urundi », cargo du CFL réquisitionné, et du MS «Président Ermens » ex-IRSAC armé de mitrailleuses .50 et d’un canon SR de 75 mm et équipé d’un radar Decca et d’une installation d’émissions à ondes courtes le reliant aux vedettes rapides en fibre de verre, chargées de mettre un terme au trafic d’armes qui sévissait sur le lac.

 

Cette flottille était sous les ordres du lieutenant de marine Kappas, détaché à Albertville par la mission US COMISH. Il ne participait pas aux missions mais rédigeait les ordres d’opération et veillait à ce que les vedettes ne dépassaient pas la frontière fictive tracée sur le lac. Le 5e Bn sud africain de Mike Hoare collabora avec ce groupe aéronaval du WIGMO et fournit des équipages pour les vedettes rapides. Outre trois flights de T-28D, dont celui de Big Bill, deux hélicoptères Bell 47, dont un pourvu de flotteurs  et quatre B-26K, d’importants moyens terrestres et amphibies étaient mis à la disposition d’Ops Sud. L’un des monomoteurs T-28D plongea dans le lac peu après son décollage et le chef pilote des Cubains se noya. Le 21 septembre, l’aviation lança des tracts sur les zones rebelles, puis les appareils du WIGMO attaquèrent plusieurs objectifs à coups de roquettes et de mitrailleuses. L’offensive mettait en œuvre 3000 hommes, dont 350 mercenaires anglophones et débuta le 27 septembre 1965. Avant le départ de l’opération « Banzi », le lt col Hoare, qui était dépendant du WIGMO pour ses observations aériennes et son appui-feu, prit place dans un bombardier bimoteur pour effectuer une reconnaissance de la côte dans la région de Baraka.

Ses commandos devaient y débarquer sous la protection de six T-28D et de deux B-26K basés à Baka, mais l’appui aérien fut retardé par le mauvais temps et les Sud Africains furent bloqués lors de leur assaut jusqu’au retour d’un temps favorable. La FATAC, commandée depuis septembre par le lt col Cailleau, engagea plusieurs bimoteurs DC-3 pour assurer la logistique de l’opération et l’un d’eux fut affecté au QG/Ops Sud. Ils portaient le nouvel emblème de la Force Aérienne Tactique, une brouette portant un tonneau de poudre, un sac de manioc et une boîte de premiers soins. Beaucoup de largages étaient exécutés en « free drop » par manque de parachutes. Le bimoteur se présentait au-dessus de la DZ à une altitude de vingt à trente mètres et à vitesse minimum. Sur un signal du pilote, les colis, emballés de manière à absorber les chocs, étaient balancés par la porte latérale. Les T-28D et les B-26K basés à Albertville effectuèrent de nombreux raids contre les troupes ennemies et patrouillèrent sur le lac Tanganyika, où ils coulèrent plusieurs embarcations chargées d’armes et un bateau à moteur. Pendant ce temps, le groupe parachutiste Cobra du cdt Bottu opérait dans la vallée de la Ruzizi avec deux des quatre T-28 basés à Goma. Ce flight comptait deux pilotes cubains et les Belges Léon Libert et Roger Bracco. Grâce à l’action de l’aviation et aux vedettes fournies par les Américains, le trafic d’armes diminua de manière spectaculaire, mais persista de manière endémiques durant de nombreuses années.

Chè Guevara avait perdu toute confiance dans les dirigeants révolutionnaires, Laurent-désiré Kabila y compris, et se retira avec ses Barbudos en Tanzanie à partir du 20 novembre. Big Bill était toujours à la recherche de renseignements pour ses patrons de l’Agence de Langley et peu après son arrivée, les rebelles menacèrent Albertville. Il se rendit en reconnaissance sur la route de Bendera, mais à son retour, il se tua stupidement en percutant un camion de l’ANC qui roulait à gauche et son véhicule prit feu. Juan PERON ramena son corps en bimoteur à Léopoldville, d’où un Boeing 707 l’évacua vers l’Amérique. Moïse Tshombe avait été démis de ses fonctions le 18 octobre par le président Kasa Vubu et la situation politique était très tendue. Un coup d’état militaire fut préparé par le général JD Mobutu et le 20 novembre 1965 à 11h30, le centre de transmission du QG/ANC diffusa le message « Flash » n° 13020 annonçant aux commandants de groupement qu’une réunion du haut-commandement aurait lieu à Léopoldville le jeudi 25 et que le DC-3 « 9T-JDM » serait mis à leur disposition pour le transport. A la date prévue pour cette réunion, le général JD Mobutu, appuyé par les autorités supérieures des Forces Armées, s’empara du pouvoir et l’ex- premier ministre Tshombe prit le chemin de l’Europe pour un deuxième exil. Outre l’appui du général major Bobozo, le nouveau président du Congo avait celui des chefs de Groupements et du lt col Tukuzu, chef du 1er groupement aérien de la FAC et avait obtenu le soutien de la CIA. Le Gl Bobozo prit la tête de l’armée et le col Mulamba fut nommé premier ministre. L’apothéose de ce coup d’état militaire fut la tournée triomphale du président JD Mobutu à travers la capitale, tandis que les T-6 de l’école italienne survolaient son cortège. Le Congo était en grande partie libéré et le commandant en chef de l’ANC pouvait se passer de Moïse Tshombe et de ses gendarmes katangais, qui furent impitoyablement éliminés au cours des deux années suivantes.                                                FIN Sources Témoignages du lt col er MALMEDY et des ADC FEUILLEN et COINNE Articles parus dans le bulletin Tam Tam Ommegang et particulièrement les récits du col  Avi BOUZIN, du col Vandewalle, des majors CLOSSET, DEMOL et LEMERCIER, du lt RAES et du lt HENKAERTS (grades de l’époque). « Odyssée et reconquête de Stanleyville », par le col BEM FRÉDÉRIC VANDEWALLE. Dossier « Congo » de la revue Aéro par Roger BRACCO (1985). Dossier « Congo » de la Lorgnette, par H. DEMARET (1985). Témoignage et photos de Robert FEUILLEN, secrétaire général des Vieilles Tiges et ancien de la FATAC. Photos de la collection VAN de MERKT, via Daniel BRACKX. Photos de Léon LIBERT, Henri BERTRAND, Gilbert VERJANS et Charles HEYMANS. Témoignage de l’adjudant GERUZET (FATAC) sur le 9T-PKB à Bumba. Article de Pierre UYTTENHOVE sur la FATAC paru dans le bulletin de l’amicale Coloniale de Namur. Article « As guerras do Congo » de Joâo VIDAL dans « Mais Alto ». « Foreign Invaders » par Leif HELSTRÖM et Dan HAGEDORN                                                           

N.B. Cet article a déjà paru dans la revue de modélisme "La Lorgnette" en 1986.