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© La Sûreté coloniale, les sorciers et les sectes.

Par Jean-Pierre Sonck

"Surveillance discrète"

 

 

Photo : Deux commis de la Sûreté et deux informateurs, à droite Kiperamoto, ancienne victime du Kitawala

En 1932, l’administration coloniale du Congo Belge forma un embryon de Sûreté dont la mission était de tenir informer le Cabinet du Gouverneur Général de la situation dans le pays. Chaque province disposait d’une antenne dont une des missions était d’exercer une surveillance discrète sur les sorciers et les sociétés secrètes. Les plus dangereuses étaient les sectes criminelles d’hommes-léopards qui perpétraient leurs meurtres à la faveur d’un déguisement et d’instruments imitant l’attaque d’un félin. Elles existaient depuis la nuit des temps, mais leur nombre tendait à s’accroître. Celles des Anyoto avait longtemps sévi chez les Babali dans la province Orientale à Bafwasende et elle avait fait des dizaines de victimes. En 1934, une secte d’hommes-léopards fut découverte à Wamba suite à des massacres perpétrés dans le village Mabudu.

Les auteurs de ces crimes furent arrêtés par les autorités du district et ils passèrent en jugement devant le tribunal de Wamba. Les principaux prévenus furent condamnés à mort dont les dénommés Basibane, instigateur du meurtre des villageois de Mabudu, le sorcier Banoteya, Mbako et Bayakisu. Deux femmes dont Fatuma, favorite de Mbako qui accompagnait les assassins dans leur randonnée pour stimuler leur zèle et la femme de Basibane furent condamnées par ce tribunal à un an de prison pour anthropophagie et deux autres prévenus furent condamnés à 20 ans de servitude pénale.

En 1935, des hommes-léopards de la secte « Wahokohoko » se manifestèrent à Béni dans le district du Nord Kivu où ils perpétrèrent leurs méfaits. Le secret des initiations et des pratiques de ces sectes était imposé aux adeptes sous peine de mort et la justice parvenait rarement à découvrir l’assassin, car les indigènes avaient recours au poison ou au meurtre déguisé (les victimes étaient lacérées de griffes afin d’en accuser le léopard).

Il fallait également lutter contre les sorciers qui faisaient commerce de fétiches nombreux et variés pour conjurer le malheur, la maladie ou la mort : amulettes, charmes, statuettes grossières ou talisman rendus « Dawa » par une substance magique : ongles, sang, poils, pénis séchés, etc … Certains individus exploitaient la crédulité de leurs congénères et aucune province du Congo n’était épargnée, car les Congolais croyaient aux forces occultes défavorables, au mauvais œil et aux maléfices et ils payaient les sorciers très cher pour se protéger.

Parmi les sectes, certaines poursuivaient un but religieux ou magique, mais d’autres s’occupaient de politique dans le but d’imposer la modification de l’ordre établi par la force et elles étendaient leur influence sur plusieurs provinces de la Colonie. L’administration belge craignait de voir des régions entières échapper à son contrôle et elle fut contrainte d’interdire les plus dangereuses pour la sécurité de l’Etat, telles le mouvement lancé par Simon Kibangu dans le Bas Congo et la secte « Mwana Lesa » du Katanga, originaire de Rhodésie du Nord et apparu en 1925.

Le mouvement religieux Kitawala inspiré du « Watch Tower » (Témoins de Jéhovah) fut également interdit. Ce mouvement avait fait son apparition en Afrique du Sud au début du siècle et il s’était implanté dans chaque région traversée par le chemin de fer. Il s’était adapté à chaque tribu et s’était propagé le long du rail vers le Katanga. En 1930, ce mouvement avait atteint Bukama, terminus provisoire du chemin de fer BCK et de là, il s’était développé le long des rives du fleuve Lualaba parmi les pêcheurs Baluba ya Maï, puis s’était propagé parmi les travailleurs des mines de Manono.

On pense que sa propagation eut une influence sur les grèves qui sévirent au Katanga durant la guerre. Le Kitawala apparut dans la région de Lubutu au Maniéma en 1937, lorsque quatre kitawalistes baluba furent envoyés en relégation au Kivu par l’administration coloniale. Anarchistes dans l’âme, les Bakumu qui habitaient la région de Lubutu furent séduits par les préceptes du Kitawala qu’ils adaptèrent à leurs coutumes et à leur mentalité. Ils croyaient en la réincarnation des ancêtres et à la communication avec les morts par l’intermédiaire d’une potion administrée par un « Mwalimu ». Ils intégrèrent dans cette religion leurs propres superstitions et pratiques ésotériques, mais ils conservèrent les grandes constances de cette secte du Kitawala qui sont la foi en un dieu unique, la croyance au retour du messie, libérateur de la race opprimée et la croyance au paradis, un Eden terrestre où tous les noirs feraient peau neuve et deviendraient blancs.

Ils jouiraient alors sans rien faire de tous les biens possibles et imaginables, tandis que les blancs, changés en noirs, deviendraient leurs serviteurs. Des centaines de Bakumu crédules crurent cette heure venue en 1944, lorsqu’une variante du Kitawala se propagea dans le territoire de Masisi par l’intermédiaire de Bushiri qui avait été baptisé par un prédicateur baluba relégué à Lubutu. Il prétendait avoir reçu une mission de Dieu qui l’avait fait descendre en avion du ciel dans l’Utunda pour convertir ses frères noirs à une nouvelle religion.

Au début de l’année 1944, ce mouvement connut un succès foudroyant et Bushiri, qui s’était donné le titre de « Mukombozi » (rédempteur), souleva des centaines de ses congénères avant de se diriger vers Walikale.

Les disciples de Bushiri ne craignaient pas les forces de l’ordre, car ils étaient persuadés que les balles se transformaient en eau. Tous les moniteurs et catéchistes fait prisonniers dans les missions furent battus à mort quand ils ne voulaient pas reconnaître son pouvoir.

Leur révolte était surtout dirigée contre les représentants de l’administration coloniale. Guidés par un captif européen, ils prirent la route de Bukavu avec Bushiri à leur tête. Les soldats de la Force Publique furent réquisitionnés pour rétablir l’ordre et le 6 mars 1944, ils dispersèrent les adeptes à coups de fusils au cours d’une embuscade.

Bushiri fut fait prisonnier avec plusieurs dizaines de ses fidèles et le tribunal de 1ère instance de Bukavu le condamna à mort, tandis qu’une centaine de disciples était punie à des peines d’internement dans un Centre Administratif de Relégation du District (CARD).

Le Kitawala fut interdit au Congo et les autorités provinciales du Kivu préconisèrent d’exercer une surveillance constante dans le milieu indigène touché par cette secte. Elles demandèrent la relégation des prédicateurs du Kitawala pour éviter tout contact avec leurs ouailles.

La Sûreté coloniale n’avait pas rempli son rôle et Pierre Humblet, dont l’expérience du renseignement était indéniable, le signala dans son rapport lorsqu’il fit partie de la mission "Marmite" envoyée au Congo après la guerre pour enquêter sur les mouvements subversifs et les sociétés secrètes qui menaçaient la sécurité de l’Etat.

Grâce aux résultats obtenus au cours de cette mission, il fut chaudement recommandé au ministre des Colonies Wigny qui cherchait à rendre la Sûreté coloniale plus efficace en cette période de guerre froide.

En 1949, Pierre Humblet remplaça l’administrateur de la Sûreté Baudinet et il fut autorisé à engager du personnel supplémentaire.

Dans le cadre de la lutte contre les sectes, il se rendit chez son homologue anglais à Nairobi pour étudier la manière dont le Special Branch of Scotland Yard luttait contre le mouvement des Mau Mau au Kenya.

En 1953, la Sûreté coloniale fut coiffée par un administrateur en chef choisi dans le cadre de la magistrature : Louis Zuyderhoff, puis par Charles Moreau de Melen qui occupa le poste en tant qu'administrateur en chef « ad interim ». Peu familiarisé avec les pratiques de la Sûreté, il s’opposa à toutes les innovations facilitant la recherche du renseignement et pourtant entrées dans les mœurs d’autres services secrets.

 

La Sûreté du Kivu contre le Kitawala

En contact avec radio LéopoldvillePhoto : En contact radio avec Léopoldville.

Par une note datée du 11 février 1954, signée par l'administrateur de l'époque Charles Moreau de Melen, le sous-commissaire principal Louwagie fut informé de son affectation à Bukavu en tant que délégué de la Sûreté au Kivu.

Les bureaux de la Sûreté provinciale étaient situés en contrebas de la banque BCB sur la presqu'île de Nya Meme (la Botte). Dès son arrivée, André Louwagie effectua la reprise-remise avec son ami le sous-commissaire principal Donie et un message fut envoyé par radio à Léopoldville-Kalina pour avertir Gousur qu'il était parvenu à destination.

François Donie lui présenta le responsable du poste détaché de Kindu dans le district du Maniéma et le sous-commissaire Dupont dont le ressort était les districts du Nord et du Sud Kivu. Le nouveau chef de Prosur Kivu se présenta aux autorités provinciales du Kivu, ainsi qu'aux officiers de l'Etat Major de la Force Publique et au commissaire en chef de la Police dans le quartier administratif de la Botte à Bukavu. Il consacra les jours suivants à éplucher les dossiers en cours et à parcourir les archives de son service pour se mettre au courant des activités du bureau provincial. Il prit également connaissance du courrier parvenu à la boîte postale 313 de la Poste de Bukavu et ceux réceptionnés par l'émetteur-récepteur radio.

Selon les instructions reçues, il s'intéressa au problème des sectes et organisa la surveillance de la région où elles sévissaient. Des dizaines de sectes étaient répertoriées par l'administration dans la province et il en naissait continuellement de nouvelles qui s'inspiraient souvent de celles déjà existantes. Elles ne comptaient quelquefois que quelques membres, mais elles étaient souvent dominées par des individus rusés qui exploitaient l'attrait du mystère et la crainte de l'inconnu de leurs congénères.

Chaque district de la province du Kivu connaissait des problèmes différents, ainsi chez les Bahunde de Masisi, c'était les sociétés secrètes « Biheko » ou « Nyabingi » qui se manifestaient par des prêtresses Abazana et il existait également une secte « Ntutu » dans le groupement Ufamando. Certaines sectes avaient un but louable, notamment celle du Moami chez les Warega du Maniéma où l'initiation permettait de s'élever par grade dans la hiérarchie sociale.

Lors de sa première tournée dans le Kivu, le sous-commissaire principal Louwagie se rendit au Maniéma dans la région où sévissait le Kitawala et il passa par Lubutu pour une prise de contact avec l'administrateur de territoire. Dans sa lutte contre ce mouvement religieux, l'administration territoriale de Lubutu devait être attentive aux propagandistes. Elle était secondée par quelques indigènes, dont le chef de secteur Mathias Mbomo, alias « Nyongobesa », un ancien adepte kitawaliste qui avait renié la secte sur l'inspiration du Père supérieur de la mission catholique. Cet ex-infirmier de l'administration de la Colonie en poste à Bitule avait reçu le baptême Kitawala dans la rivière Kati sous le nom de « Kwokwo » et était parvenu au grade de « Purser ».

André Louwagie rencontra également l'agent territorial Delplace qui l'informa des méfaits de la secte dans le territoire et il lui apprit qu'en 1948, la compagnie de la Force Publique en service territorial s'était livrée à une promenade militaire à travers les régions habitées par les Bakumu, tribu la plus touchée par cette secte.

Ulysse Delplace l'informa avoir remarqué au début de l'année 1954 une recrudescence soudaine du phénomène kitawaliste dans le territoire de Lubutu. Les baptêmes s'étaient multipliés et des rumeurs avaient couru sur des plans d'actions violentes calqués sur ceux des Mau Mau au Kenya.

Les contacts établis avec le service de sécurité MI 5 et le Special Branch implantés dans les colonies et territoires anglais voisins se révélèrent fort utiles pour connaître le terrorisme Mau Mau.

Le 19 juillet 1954, André Louwagie se rendit au tribunal de Punia pour assister au procès d'adeptes du Kitawala arrêtés pour avoir participé à une cérémonie clandestine chez le prévenu Abakasubi. Ils furent condamnés chacun à une peine de 60 jours de servitude pénale et immédiatement incarcérés dans un Centre Administratif de Relégation du District pour éviter leur fuite. Afin de lutter efficacement contre la contagion du Kitawala, André Louwagie suggéra aux autorités provinciales d'éliminer toutes causes de mécontentement chez les Bakumu, car c'était une des raisons de leur affiliation à cette secte.

André Louwagie devant sa Fiat 1100Photo : André Louwagie devant sa Fiat 1100

Dans les mois qui suivirent, il reçut l'autorisation de l'administration centrale à Léopoldville d'engager quelques détectives indigènes au grade de commis. Il forma personnellement trois d'entre eux aux techniques d'enquêtes policières : Joseph Isakwa et Aloïs Mbula, qui furent spécialisés dans le Kitawala et Mabruki qui opéra dans le Nord Kivu où des individus trafiquaient avec l'Ouganda. Lors de ces tournées dans l'intérieur de la province, le sous-commissaire principal Louwagie véhiculait les détectives indigènes dans sa voiture Fiat 1100 et à leur retour de mission, il les questionnait pour tester leur formation.

Ces détectives étaient munis d'un appareil photo d'usage très simple et ils se faisaient passer pour des photographes ambulants dans les villages prospectés pour les besoins du service.

Les clichés d'indigènes suspects de kitawalisme ou d'autres activités illégales étaient développés à Bukavu dans le laboratoire photo de la Sûreté provinciale et ils figuraient en bonne place dans leur dossier personnel, dont une copie était envoyée à l'administration centrale à Léopoldville-Kalina.

Par l'informateur Nkodi Amelli, André Louwagie apprit que Salumu Abotota, le grand pasteur kitawaliste des Wasa, habitait le village d'Omdofia. Il se rendit régulièrement dans la région avec sa voiture Fiat pour y déposer le détective Joseph Isakwa qui était chargé d'enquêter discrètement sur son comportement.

Une enquête menée par ses détectives congolais aux abords d'autres villages suspects permit l'arrestation du grand prêtre Tala Tala et d'un « sergent-chef » du Kitawala qui furent internés dans un centre administratif de relégation du district (CARD) pour les actes répréhensibles qu'ils avaient commis.

Au début du mois d'octobre 1955, Charles Moreau de Melen laissa le poste d'administrateur en chef de la Sûreté « ad interim » à Marcel Mayne qui administra la Sûreté coloniale de manière plus efficace.

Le travail de renseignement effectué au Kivu par André Louwagie fut apprécié à sa juste valeur et l'administrateur en chef Mayne l'autorisa à introduire certaines innovations dans son service. Un mois plus tard, il promit au sous-commissaire principal Louwagie de porter les effectifs du bureau provincial du Kivu à cinq Européens.

 

Réseau d'informateurs indigènes

Adepte du Kitawala en uniforme de prisonnier
photo gauche : Adepte du Kitawala en uniforme de prisonnier

L’emploi d’un réseau d’informateurs indigènes était primordial pour surveiller l'activité des sectes, car c’était l’unique moyen de pénétrer les sociétés secrètes qui n’acceptaient aucun Européen dans leurs rangs. Afin d’obtenir des renseignements plus objectifs sur le Kitawala, le sous-commissaire principal Louwagie créa plusieurs réseaux d’informateurs indépendants les uns des autres et dont les membres étaient recrutés dans des tribus différentes : Banyanga, Bakusu, Bambula et Bakumu, ce qui lui permettait de recouper ses sources d’informations.

Il fallait assurer une surveillance régulière de certains relégués kitawalistes, dont ceux du camp de relégation (CARD) du territoire de Masisi qui comptait encore une soixantaine d’individus internés pour la plupart après la révolte kitawaliste de 1944. Malgré son internement au CARD de Lubutu-Twabinga, le grand pasteur Likoni Yafari avait établi des contacts clandestins avec certains villageois de la région et poursuivait ses activités suspectes. Ses messages furent interceptés afin de l’empêcher de nuire.

Le pays des Wasa dans la région de Walikale-Lubutu était particulièrement surveillé par les informateurs de la Sûreté, non parce que le Kitawala y était plus actif, mais parce qu’il représentait le point extrême de la zone contaminée et qu’il fallait veiller à tout prix à ce que le Kitawala ne s’étende pas chez les peuplades voisines. Un des meilleurs informateurs était le chef de village Kiperamoto.

Cet indigène était resté fidèle aux Européens durant la révolte du Kitawala en 1944 et il avait été fouetté à coups de chicotte et emprisonné par les révoltés de Bushiri. Nommé chef de village après sa libération, il avait été condamné et jeté en prison pour des malversations commises par son clerc. Le sous-commissaire principal Louwagie prouva son innocence après une courte enquête et il fut réhabilité. Le chef Kiperamoto remercia son sauveur en l’informant régulièrement. Les renseignements récoltés par ses informateurs sur les sectes faisaient l’objet d’un chapitre spécial dans le Bulletin d’Information (BI) destiné à l’administration centrale pour exploitation, tel ceux fournis le 23 juin 1956 par un informateur qui lui communiquait une photo du tatouage servant de signe de reconnaissance à la secte Punga. La valeur de ces informations était signalée par une gradation (A1 était la plus haute) et son origine était signalée par le nom de code de l’agent secret ou de l’informateur (par exemple WA112).

Lors de sa visite au Congo, le ministre des Colonies Buisseret invita Marcel Mayne à s’inscrire au parti Libéral pour être nommé administrateur en chef à titre définitif et celui-ci refusa, préférant donner sa démission. Il quitta l’administration coloniale en octobre 1956 pour travailler dans le secteur privé et il fallut lui trouver un remplaçant à la tête de la Sûreté.

Le gouverneur général Pétillon proposa au ministre Buisseret de nommer à ce poste le major Vandewalle, chef du G2 chargé du renseignement militaire au Quartier Général de la Force Publique. Il en fut averti le 28 décembre 1956 par la voie administrative.

Dès sa nomination, le nouvel administrateur en chef de la Sûreté coloniale Frédéric Vandewalle entreprit une lente réorganisation du service et il apporta de nombreuses améliorations aux méthodes de travail dans un but d’efficacité.

Comme tous les administrateurs qui l’avaient précédé à la tête de la Sûreté coloniale, il attacha une grande importance à la surveillance des sociétés secrètes et il insista pour que les délégués des Sûretés provinciales et leurs subalternes inspectent fréquemment l’intérieur de la province où ils étaient affectés. En récompense des résultats obtenus, André Louwagie fut promu commissaire principal le 1er janvier 1957.

Les détectives congolais de la Sûreté opéraient dans un territoire particulier pour des missions secrètes de longue durée, mais cela provoquait quelquefois des heurts avec l’autorité territoriale en cas de découverte.

Généralement, elle collaborait à l’enquête en cours, mais lorsque l’administrateur de territoire se plaignait à son supérieur au district, il était enjoint au détective de quitter les lieux. Ce fut le cas avec Aloïs Mbula lorsqu’il se présenta comme « agent secret » au chef de poste de Bitule.

Celui-ci le dénonça le 12 juillet 1957 à l’administrateur de territoire Derochette à Lubutu, lequel se plaignit par la voie hiérarchique au commissaire de district-adjoint de Kindu qui transmit la plainte au gouverneur de province et Aloïs Mbula fut rappelé à Bukavu. Afin d’obtenir des renseignements, le commissaire principal Louwagie ne négligeait aucun village même si le chemin qui y menait était impraticable aux automobiles.

Le 1er mai 1958, il dut emprunter une chaise à porteur (tipoye) pour se rendre à Nyamaboko, un village isolé dans la forêt du Maniéma (territoire de Masisi). Dix porteurs furent nécessaires pour lui permettre d’y effectuer une inspection et à son retour le lendemain, il dut s’acquitter de 550 FC de portage au comptable du territoire de Masisi qui lui furent remboursés par la Colonie.

Lors de cette tournée en tipoye, André Louwagie apprit l’existence de temples et de tribunaux du Kitawala qui réprimaient les infractions commises à la doctrine de ce mouvement. C’était souvent une simple case cachée dans la forêt. L’état de sa Fiat 1100 achetée en 1952 se ressentait des fréquents déplacements sur les mauvaises routes du Kivu pour véhiculer ses détectives et ses informateurs.

En 1958, il dut prévoir l’achat d’un nouveau véhicule et on lui renseigna le garage Nash-Hudson, avenue du Prince Régent à Bukavu où il acheta une voiture Nash Rambler d’une solidité à toutes épreuves. Pendant ce temps, le mouvement de Simon Kibangu était réapparu dans la province de Léopoldville près de trente cinq années après son interdiction et la Sûreté provinciale de Léopoldville dut se préoccuper de son influence, car elle était à l’origine de troubles politiques. Il fallut rassembler tous les dossiers et rapports établis par les administrateurs des territoires où le Kibanguisme avait sévi afin de permettre à l’administration centrale de la Sûreté d’établir un fichier de tous les individus mêlés à sa naissance et à son développement. D’autres prophètes firent leur apparition en 1958 dans le pays des Bakongo et certains incitaient les indigènes à ne pas payer l’impôt.

C’est également dans le Bas Congo que des soldats de la Force Publique durent faire usage de leurs armes contre les membres d’une secte Ngounziste qui les attaquaient. A la même époque, l’activité des sectes criminelles prenait de l’ampleur dans d’autres régions de la Colonie, notamment dans la province Orientale où une secte d’hommes crocodiles fut démantelée en 1958 près de Ponthierville. Une dizaine de coupables fut mise sous les verrous dont le chef Paul Isamene, chef du clan des Panamoli. Revêtus d’une sorte de tunique en peau de saurien, ces hommes crocodiles avaient assassiné et dépecé une trentaine de victimes au bord du fleuve Lualaba. Pendant ce temps, le commissaire principal Louwagie poursuivait la lutte contre le Kitawala au Kivu et ce n’était pas sans danger, car les indigènes et en particulier les Bakumu étaient passés maîtres dans l’art du poison. L’agent territorial Delplace dont l’aide avait permis à la Sûreté provinciale d’identifier plusieurs prédicateurs kitawalistes, mourut mystérieusement le 22 juin 1960 à Lubutu, sans doute empoisonné par la secte religieuse.

 

Le serviteur Aloïs Americani distribua tous les objets personnels de l’agent territorial décédé, mais la documentation qu’il avait réunie sur les sectes fut récupérée le 7 août à son domicile par l’agent Ragoen de la Sûreté. Après l’autopsie, ses viscères furent transportées en hélicoptère de l’Aviation Militaire Force Publique à l’hôpital de Stanleyville pour un examen, mais elles disparurent au cours des événements de juillet 1960. Peu après, le détective Isakwa, un des meilleurs limiers du commissaire principal Louwagie, disparut au cours d’une enquête à Walikale. Malgré quelques déboires, le bilan de la Sûreté provinciale du Kivu était positif, car aucune révolte du Kitawala n’ensanglanta la province durant la période critique qui précéda l’indépendance. Le virus de la politique avait gagné le Kivu et lors d’une réunion commune CEREA/MNC/L à Walikale, Alexandre Mahamba déclara que Bushiri, pendu par les Européens à cause du Kitawala, n’avait pourtant rien fait de plus que les missionnaires et il annonça : « Le jour de l’indépendance, nous allons ériger un monument sur sa tombe ». Le CEREA d’Anicet Kashamura comptait d’ailleurs dans ses rangs quelques anciens relégués dont Thomas Dumas, un Kibanguiste originaire de Thysville qui était chef des militants CEREA de Kasongo et le chef Yuma Kalemire de Béni qui était un ancien relégué de Masisi. Après le départ de l’administration belge en juillet 1960, le Kitawala reprit son essor et tout le travail effectué par la Sûreté fut réduit à néant.

 

Fin

L'attirail complet d'une secte

Photo : L'attirail complet d'une secte

Attirail de sorcellerie

Photo : Attirail de sorcellerie