Les enfants de vos enfants ne savent plus où c’était !

Autant dire,Ça, c'est fini (Mémoires du Congo n°21 - Mars 2012)

Congo 1960: bulletin periodique

Ca c'est fini ( extraot de Mémoire du Congo)

Les enfants de vos enfants
Ne savent plus où c’était
Autant dire
Que c’est pire
Que s’ils étaient oubliés.
Ils n’ont jamais existé
Ceux qui sont morts des fièvres
Et qui dorment à Bafwasende
Dans l’enclos des pionniers.

Ceux qui, descendant le Fleuve
Sont restés à Djelo-Binza
Ceux qui n’ont pas atteint Wamba
Sur la route du Haut Uele

Ceux que tua la malaria, l’éloignement
Quand on mourait d’appendicite.
Et ceux qui disparurent,
Ceux qui ne guérirent pas :
Les amibes, la misère, au fond du Maniema.

Ceux du Kivu
Quand Bukavu
N'était pas encore Costermansville.
Ceux du Katanga
Avant que l' Union Minière
N'existât

Ceux de la caravane et de la plaque à poules,
Ceux de la malle-bain, qui, sous le luminaire
Tenaient l'ineffable grand livre,
Au zézaiement des anophèles.
Ceux d'avant la Nivaquine
Ceux du bourdon de la quinine
Ceux de l'hématurie.
Ceux qui étaient contents
Que le scorbut leur laissât quelques dents.

Tippo-Tip et Tobback. Cornet (le géologue)
Et le frère Gillet (celui de Kisantu)
Ils étaient nos anciens. Ça disait quelque chose
Le Mont Hoyo
Et sa mine de Guano ...

"Tripoli – Kano – Léo". Ça ne vous rappelle rien ?
"Khartoum – Juba – Le Caire" ... en DC3
C'est pourtant du récent :
Un peu plus de quarante ans ..

Mais ceux du rail et de la prospection.
Ceux qui firent Ango
Ceux qui prirent Saïo
(Qui sait encore où c'est Saïo ? ...)

Qui se souvient de Bumba ? ...
De Boende
Bien avant que Lisala
Et Libenge
Soient des escales de Sabena ? ...

Qui, Diable, sait encore
Où c'était "Le Sankuru" ? ...
Le Kahuzi, la nuit, quand grondent les gorilles.
Les rives de la Mobaye ou de la Luama
Une pierre, une date, un nom :
"Tué par un Lion."

La mission de Buta, écrasée de soleil
Les sœurs et les Monpères
(Vingt-cinq ans sans rentrer !).
Le mât du pavillon, face au gîte d'étape
La piste sous la pluie quand la Limonite
Glisse comme du savon.

Ceux qui moururent,
Ceux qui crurent
Qui laissèrent leur âme quelque part
Avec leurs forces ... Souvent
En plaisantant,
Du côté du Lac Léopold II.

Ceux qui faisaient cent kilomètres pour voir un blanc
Cent cinquante pour jouer au bridge
Et six cents pour s'en faire poser un ! ...
Ceux de l'Hévéa qui se levaient la nuit.
Les épaulettes vertes de la Territoriale :
Vingt jours de brousse par mois.
Et qui avaient des dettes
Et ne se plaignaient pas.

La nostalgie, je sais, n'est plus ce qu'elle était.
On apprend aux enfants
Que le Congo fut Belge, mais que "ça, c'est fini"
Et que c'est mieux ainsi.
Et puis des mots, des mots ...
L'odeur du brouillard à Lubero
Ou la crête du Ruwenzori
Que l'on aperçoit de Komanda
Très loin
Parfois
Le Matin.

Il faudrait un Kipling pour chanter tout cela.
Mais de nos jours,
S'il vivait, s'il écrivait toujours
Il n'aurait plus le prix Nobel.
On parlerait racisme
Et fascisme.

Orgueil ou romantisme ? ... Il y a de cela
A penser aux vieux morts
Du ravin de la Kassapa.
Ou encore
A ceux de Bafwabalinga ...

Le propos qui est le mien
Et que je voudrais qu'on partage
Est que nous n'avons rien à nous reprocher.
Des routes et des ponts
Ecoles et hôpitaux. Et tout le reste aussi.
C'est nous qui l'avions fait, ce pays.
Un Congo dont on ne parle plus
Retourné à la brousse :
Termites et matitis.

Un héritage de courage, de sang , de sueur
D'héroïsme parfois, mais toujours de labeur
De volonté sacrée affirmée par des gens
Que n'obnubilait pas d'être de Liège ou de Gand
Et qui gardent au cœur le nom d'un Lomaté
Ou bien d'un Evariste. Le sourire des gars
Et les "Jambo Bwana ! ..."

"The darkest Africa" ? ...
Toute une population qui souriait
Qui avait confiance
Et dont le sort s'améliorait
Et qu'on aidait, et qu'on aimait
Sans, par pudeur, oser le dire ...
Dans combien de plaies nos femmes mirent-elles
leurs mains ? ...

A combien de noirs ai-je appris à travailler ? ...
Mais qui parle encore le Zande ? ...
Qui leur a appris à mieux vivre ? ...
(Et on n'a pas fait qu'essayer :
On avait réussi ! ...)
Par la Saint Nom de Dieu il faudrait qu'on le sache !

En attendant : c'est le prêt à penser.
Mais si on leur apprenait
Aux Jeunets, ce qui fut fait "avant" ? ...
Si, au lieu de mauvaise conscience
Et de société d'assistés, on leur apprenait la fierté ? ...
Si, comme à des bleus,
On leur disait d'abord de compter sur eux ? ...

Mais si on leur apprenait Aux Jeunets, ce qui fut fait “avant” ? ...  
Si, au lieu de mauvaise conscience 
Et de société d’assistés, on leur apprenait la fierté ?...
Si, comme à des bleus,
On leur disait d’abord de compter sur eux ? ...

Georges HENSENNE (])

(écrit à Casablanca en 1983, revu à Esneux en novembre 2000)

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Delcol Martine