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L' opération au Kwilu ©

 

Partisans de MULELE

Au début des années soixante, la Chine Populaire organisa une vaste campagne de subversion pour soutenir les mouvements de libération en Afrique et le responsable du service d’espionnage TE WU conçut un plan pour renverser le gouvernement de Cyrille ADOULA. Le but était d’amener au pouvoir à Léopoldville les partisans de l’ancien premier ministre LUMUMBA. Le moment semblait propice pour une grande révolution prolétarienne car les masses congolaises étaient déçues par l’indépendance. Le révolutionnaire prochinois Pierre MULELE avait été parfaitement endoctriné pour cette mission de déstabilisation à Pékin et il rentra clandestinement au Congo en juillet 1963. Ancien secrétaire général du PSA et ex-ministre de l’Education et des Arts du premier gouvernement congolais, il devait être le maître d’oeuvre de la révolution dans sa région natale du Kwilu, dont les tribus bambunda et bapende étaient restées fidèles au PSA d’Antoine GIZENGA et au MNC de Patrice LUMUMBA. Dès le mois d’août suivant, des instructeurs congolais formés à l’académie chinoise de guérilla et de propagande de Nankin, transmirent leur savoir aux premières recrues, dont une partie provenait de la tribu Bapende. Cette tribu avait prouvé sa témérité en 1931, lors de la révolte contre l’administration belge. A l’époque, les guerriers bapende se croyaient invulnérables aux balles de la Force Publique grâce aux sorciers et en bon élève des leçons du passé, Pierre MULELE s’était assuré leur collaboration, car en usant de magie noire, un seul sorcier faisait plus d’adeptes que vingt propagandistes. Ils fournirent à ses partisans des gri-gri qui transformaient les balles en eau et leur firent boire une mixture à base de drogue qui les rendait insensibles à la douleur.

L’action souterraine de Pierre MULELE se révéla au grand jour au début de l’année 1964 car une grande partie du Kwilu entra en rébellion. Les partisans mulélistes, recrutés parmi les jeunes bambunda et bapende de la région d’Idiofa et de Gungu, s’étaient lancés dans une vaste campagne de sabotages et toutes les voies d’accès aux principales localités furent rendues impraticables selon une méthode éprouvée au Viet Nam : ponts coupés, tranchées, barrages d’arbres abattus et embuscades. L’objectif des mulélistes était d’arrêter l’activité économique et d’éliminer les éléments hostiles à la révolution, c’est à dire l’administration jugée corrompue, l’armée et surtout les missions chrétiennes très nombreuses au Kwilu.

Photo : Les arbres abbatus au Kwilu

Lawrence DEVLIN, chef de Station de la CIA à Léopoldville, et Victor NENDAKA, administrateur en chef de la Sûreté Nationale, tenaient à l’œil les agissements de la subversion communiste et la prime pour la capture de Pierre MULELE passa de 250.000 francs congolais à 500.000 FC, sans que jamais un seul de ses partisans ne le trahit. Le 15 août 1963, un coup d’état procommuniste renversa Fulbert YOULOU, président du Congo Brazza et le général DE GAULLE refusa de faire intervenir les troupes françaises. La chute de ce président modéré permit à l’URSS et la Chine Populaire d’ouvrir une ambassade à Brazzaville sur l’autre rive du fleuve Congo et les espions du KGB et du TE WU, spécialisés dans la subversion en Afrique, s’y établirent également. Le conflit idéologique sino-soviétique battait son plein et tandis que le col KAN MAÏ, premier conseiller de l’ambassade chinoise et chef d’antenne du service TE WU apportait son soutien aux partisans de MAO TSE TUNG, les Russes distribuaient des fonds à leurs agents opérant au Congo-Léo. Le 3 octobre 1963, les opposants congolais exilés à Brazzaville fondèrent le Comité National de Libération (CNL) qui fut présidé par l’ancien ministre de l’Intérieur Christophe GBENYE. Le 12 janvier 1964, ils se concertèrent dans le but de réorganiser la lutte révolutionnaire dans la RD du Congo et un camp d’entraînement fut créé à Gambona, au Congo-Brazzaville, pour y entraîner leurs partisans avec l’aide du TE WU. Il était placé sous le commandement du col PAKASSA et des instructeurs Chinois y enseignaient l’art de la guérilla et du sabotage. A partir de ce camp et de celui créé peu après à Impfondo sur le fleuve Oubangui, des saboteurs furent envoyés à Léopoldville et des partisans s’infiltrèrent ailleurs au Congo-Léo.

 

Les bérets bleus à la rescousse

Photo ; Glantz et Stig von Bayer

L’action souterraine de Pierre MULELE se révéla au grand jour au début de l’année 1964 car une grande partie du Kwilu entra en rébellion. Les partisans mulélistes, recrutés parmi les jeunes bambunda et bapende de la région d’Idiofa et de Gungu, s’étaient lancés dans une vaste campagne de sabotages et toutes les voies d’accès aux principales localités furent rendues impraticables selon une méthode éprouvée au Viet Nam : ponts coupés, tranchées, barrages d’arbres abattus et embuscades. L’objectif des mulélistes était d’arrêter l’activité économique et d’éliminer les éléments hostiles à la révolution, c’est à dire l’administration jugée corrompue, l’armée et surtout les missions chrétiennes très nombreuses au Kwilu. Ils comptaient ensuite conquérir d’autres territoires et faire leur jonction avec les maquis de Gaston SOUMIALOT en cours de formation dans l’est du Congo. Le président KASA VUBU, qui exerçait le commandement suprême des forces armées en l’absence du général MOBUTU, décréta l’état d’exception au Kwilu le 20 janvier 1964 sur la recommandation du ministre de la Défense Nationale ANANY et l’ANC fut chargée de rétablir l’ordre dans la province. Le 22 janvier 1964 la mission catholique de Kilembe fut attaquée et incendiée par des jeunes rebelles qui massacrèrent trois religieux belges à coups de machettes. La nouvelle de ce massacre parvint à Léopoldville et y provoqua une émotion considérable. Suite au climat d’insécurité, plusieurs missions religieuses lancèrent des appels au secours. Un avion privé de la MAF survola la mission baptiste canadienne de Kandale, située à 65 km de Gungu et le pilote EISEMAN signala par radio que les bâtiments étaient en feu et que des missionnaires avaient agité les bras à son passage. A la demande des ambassades américaines et belges et des autorités ecclésiastiques, le QG/ONUC installé dans la capitale congolaise engagea une partie de ses moyens aériens pour évacuer les missions en danger.

Lorsque l’opération « Jadex One » se termina le 4 février 1964, les hélicoptères des casques bleus avaient évacué 24 missions et sauvé 106 personnes des griffes des mulélistes avec l’appui des Harvard T-6. Trois des hélicoptères de l’ONU retournèrent à Luluabourg, mais l’un d’eux et le DHC-3 Otter du lt GLANTZ se rendirent à Kikwit où ils demeurèrent jusqu’au 6 février à la disposition du cpn von BAYER pour faire face à d’éventuelles demandes d’évacuation. Durant le trajet, ils subirent à plusieurs reprises les tirs des partisans mulélistes et le lt GLANTZ compta 25 impacts dans le fuselage du monomoteur DHC Otter qui fut réparé sur place. Photo : Glantz et Stig von Bayer

Le 24 janvier, un bimoteur Curtiss C-46 des NU transporta une section de soldats nigérians, le carburant et le matériel nécessaire à la création d’une base de ravitaillement à Tshikapa, dans le nord-est du Kasaï. Les casques bleus nigérians étaient accompagnés du ltcol MAYER, officier de liaison du QG/ONUC avec l’ANC. Pendant ce temps, le capitaine Stig von BAYER de l’armée royale suédoise recevait la mission de rejoindre la province du Kwilu avec deux hélicoptères Sikorsky H-19 et un monomoteur à aile haute DHC-3 Otter basés à Luluabourg. Seuls ces appareils étaient capables d’intervenir dans cette région du Kwilu faite de savanes et de forêts où toutes les routes étaient coupées, Ils décollèrent à l’aube et firent escale à la base ravitaillement du ltcol MAYER à Tshikapa pour faire le plein des réservoirs. La mission baptiste canadienne de Kandale, d’où étaient parvenus les appels à l’aide, était située à 200 km et le rayon d’action des Sikorsky était limité. Le briefing pour cette mission d’évacuation eut lieu avant le décollage. Lorsque les aviateurs des NU survolèrent les bâtiments de la mission détruits par les mulélistes, ils aperçurent les missionnaires de Kandale qui leur faisaient des signes désespérés. Le pilote KARLSEN descendit avec son hélicoptère en vol stationnaire et embarqua cinq fugitifs, tandis que son collègue LEHMAN prenait les quatre autres à bord du sien. Les appareils remontèrent immédiatement car les partisans les menaçaient de lances et de machettes et leur décochaient des flèches. Les rebelles se tenaient néanmoins à distance, sans doute effrayés par les passages en rase-mottes du lt Thorwald GLANTZ, un as du pilotage sur Otter. Les missionnaires rescapés furent déposés à Tshikapa où les attendait un DC-3 qui décolla en direction de Léopoldville.

Nouveau sauvetage

Photo : ONU KWILU Certains hélicoptères Sikorsky H-19 des NU furent acquis par le Ghana, mais les DHC Otter « 302 » et « 303 », qui avaient peu d’heures de vol, demeurèrent avec un personnel réduit au service de l’ONU au Congo, renforcés par deux autres appareils du même type livrés à Ndjili par la voie des airs. Ils étaient chargés d'assurer les missions civiles d’assistance des Nations Unies en coopération avec la Transair dont le contrat se terminait en décembre 1964.

Le lendemain à l’aube, le cpn Stig von BAYER retourna à Kandale avec ses appareils pour évacuer les membres de la mission catholique, mais alors que le premier Sikorsky se posait au sol, une horde d’hommes armés les menaça aux cris de « Maï Mulele, Maï Mulele ». Comme leurs congénères de la révolte de 1931 et les rebelles baluba du Nord Katanga, ils s’étaient drogués et étaient persuadés d’être invulnérables. Selon les instructions reçues des bureaucrates de Léopoldville, les bérets bleus ne pouvaient faire usage de leurs armes qu’en dernière limite, mais le sergent JEPPESEN, qui était descendu de l’appareil, aperçut trois sœurs qui se précipitaient hors d’haleine vers le salut. Elles étaient menacées par leurs poursuivants et devant un tel spectacle, il était difficile de rester sans réaction. Il oublia les consignes reçues et il arrosa les mulélistes de son PM Gustavson. Pendant ce temps, le lt GLANTZ qui tournoyait dans le ciel, basculait sur l’aile et plongeait vers le sol pour raser les têtes des assaillants et tenter de les disperser. Son passage en rase-mottes déclencha une grêle de flèches et de lances, mais les sœurs catholiques eurent le temps de grimper dans l’hélicoptère qui prit immédiatement de l’altitude. Les religieuses avaient vu la mort de près, mais elle supplièrent les bérets bleus de retourner à la mission pour y prendre deux missionnaires catholiques qui n’avaient pu s’enfuir à temps. Il leur fallait cependant retourner immédiatement à la base de ravitaillement, car les réservoirs se vidaient. Un Douglas C-47 des NU avait déposé à Tshikapa des fûts de carburant de 200 litres et après avoir ingurgité un léger repas et refait le plein des appareils, ils repartirent à Kandale dans l’après-midi.

Lorsqu’ils aperçurent la mission, ils découvrirent un spectacle digne d’un film d’horreur, les deux religieux, attachés à un poteau au milieu du terrain de football, étaient entourés de dizaines de partisans armés et menaçants. L’approche du Sikorsky en descente stationnaire les tenait à distance respectueuse, mais l’atterrissage fut laborieux, car les maquisards avaient creusé de nombreux trous dans le sol. Quand le lt LEHMAN se posa, il sentit le Sikorsky basculer dans une excavation et il redressa l’appareil pour se poser un plus loin, prêt à redécoller. Lorsque le cpn von BAYER descendit de l’hélicoptère, il s’aperçut que les deux Belges avaient réussi à défaire leurs liens et courraient vers lui, poursuivit par une bande de mulélistes fou-furieux qui leur décochait des flèches et hurlaient « Maï Mulele ». Il vida le chargeur de son PM Gustavson, tandis que des flèches touchaient la carlingue avec un bruit mat. Le casque bleu nigérien qui l’accompagnait poussa un cri car il avait été blessé au bras par un projectile. Le cpn von BAYER vidait son sixième chargeur lorsque les deux fugitifs s’engouffrèrent dans l’appareil. Il remonta à son tour dans la carlingue, lâcha son PM et dégaina son pistolet GP 9 mm, prêt à se tirer l’ultime cartouche dans la tête si l’affaire tournait mal. L’autre Sikorsky et le DHC-3 Otter continuaient leur ronde dans le ciel et leurs occupants jetaient des grenades offensives, tandis qu’une arme automatique tirait par la porte de l’hélicoptère. Les balles ne semblaient pas avoir d’effets sur les partisans drogués qui poursuivaient leur course, même blessés. Le lt LEHMAN manoeuvra l’appareil pour reprendre de l’altitude, mais le moteur peinait dans l’air chaud et il piqua du nez dans une fosse, pliant l’essieu avant droit. Le pilote donna toute la puissance et réussit à prendre son envol avant que les rebelles ne les atteignent. Après avoir déposé les missionnaires à la base de Tshikapa, le lt LEHMAN se rendit par la voie des airs à l’aérodrome de Ndjili pour faire réparer son hélicoptère endommagé.

L’intervention aérienne de la FAC

Dans la nuit du 25 au 26 janvier 1964, Pierre MULELE ordonna l’insurrection générale et les principales localités du Kwilu furent assiégées. Les gendarmes congolais en garnison à Kikwit, le chef-lieu de la province au bord du fleuve Kwilu, repoussèrent les attaques des rebelles. L’aérodrome situé à dix kilomètres de la ville demeura sous le contrôle de l’ANC, ce qui permit l’arrivée de renforts et de ravitaillement. A Gungu, ville située également au bord du fleuve Kwilu, les partisans s’emparèrent d’abord de la piste d’aviation qui fut rendue impraticable. La ville d’Idiofa fut également isolée par les mulélistes qui parvinrent à l’investir en partie le 26 janvier. Ils attaquèrent le terrain d’aviation sur lequel un avion civil décollait, mais au grand dépit de MULELE, aucune de ces localités ne tomba entre les mains de ses partisans. L’agence de presse « Chine Nouvelle » salua la flambée de lutte patriotique au Congo, tandis que les Américain s’inquiétaient de la situation insurrectionnelle qui régnait au Kwilu. Le plus inquiet était le Chief Of Station Benjamin HILTON CUSHING, qui remplaçait Lawrence DEVLIN. En tant que responsable de la station CIA de Léopoldville, il opérait sous couvert du poste de 1er secrétaire de l’ambassade des Etats Unis et avec l’accord de l’ambassadeur US McMURTRIE GODLEY, il proposa au général major Joseph-Désiré MOBUTU d’envoyer au Kwilu les huit Cubains au service de l’Agence qui pilotaient depuis 1962 les Harvard T-6 de la FAC basés à Ndolo. Ces pilotes anti-castristes, commandés par Joaquim « Pupy » VARELLA, s’étaient baptisés « groupe de volontaires cubains » et l’un d’eux avait décoré son appareil T-6 d’une tête de lion.

Joaquim VARELLA organisa la mission en prévoyant le remplacement des pilotes en permission ou malades et ceux en fin de contrat, ainsi que le remplacement de chaque appareil immobilisé à Ndolo pour un grand entretien au bout de cent heures de vol. A cette époque, la Force Aérienne Congolaise disposait de cinq monomoteurs North American Harvard T-6 Mk II, d’un bimoteur de transport Douglas DC-3, d’un bimoteur léger De Havilland Dove et d’un monomoteur Dornier Do-27 de liaison, mais ses deux hélicoptères Sikorsky S-55 (WT-1) ex-SABENA et l’Alouette II (WT-04) hérités de l’Aviation militaire de la Force Publique étaient hors d’usage. Les pilotes cubains s’envolèrent avec leur T-6 vers la ville de Kikwit, située à 400 km de la capitale du Congo. Ils étaient accompagnés d’un DH Dove transportant l’équipe de maintenance. Les aviateurs et les mécanos chargés d’effectuer les entretiens journaliers s’installèrent dans des tentes sans confort plantées au bord de la piste d’atterrissage, sous la protection des gendarmes de la garnison, prêts à intervenir aux demandes d’appui-feu de l’ANC. Leurs appareils armés de roquettes constituaient un excellent outil de combat pour briser les attaques en masse des rebelles. Ce renfort aérien arrangeait bien le commandant en chef de l’ANC, car le 31 janvier, un appareil de la FAC dans lequel avait pris place le lt col EBEYA, chef d’EM de l’ANC et d’autres officiers congolais, avait été touché par des tirs en survolant la ville d’Idiofa « qu’il bombardait à coups de grenades ». De son côté, l’attaché militaire américain mit son appareil léger à la disposition des casques bleus de l’ONUC pour effectuer des reconnaissances au-dessus des missions menacées. Il était piloté alternativement par le major ASHBURY et par le cpn HUDSON.

Opération Jadex One

Photo DHC OTTER N° 303 de L'ONU

Le DHC OTTER au Kwilu Seuls ces appareils étaient capables d’intervenir dans cette région du Kwilu faite de savanes et de forêts où toutes les routes étaient coupées, Ils décollèrent à l’aube et firent escale à la base ravitaillement du ltcol MAYER à Tshikapa pour faire le plein des réservoirs. La mission baptiste canadienne de Kandale, d’où étaient parvenus les appels à l’aide, était située à 200 km et le rayon d’action des Sikorsky était limité. cours.

Suite à une nouvelle aggravation de la situation au Kwilu, le QG/ONUC organisa une seconde opération pour sauver les Occidentaux en danger. Elle fut placée sous le commandement du ltcol MAYER et baptisée « Jadex One », d’après le nom du commandant en chef de la FNU au Congo, le brigadier général J.A. DEXTRASE. Deux C-47 des NU transportèrent le ltcol MAYER à Tshikapa avec une équipe de radios canadiens et une section de soldats nigérians. Cinq hélicoptères et deux avions Otter provenant d’Elisabethville ou de Luluabourg y furent basés afin d’effectuer les missions de sauvetage. Pendant ces missions, un des hélicoptères restait en réserve pendant que les quatre autres se chargeaient des évacuations. Le 30 janvier 1964, un raid de sauvetage fut lancé sur Iwungu et quand les hélicoptères arrivèrent au-dessus de la mission de l’Unevangelized Tribes, deux des Sikorsky restèrent en vol stationnaire, tandis que les autres se posaient sur un terrain dégagé pour embarquer les personnes menacées. Chaque hélicoptère de protection disposait d’une équipe bien armée. Le lendemain, un autre vol d’évacuation eut lieu sur Ngoso, dans la région d’Idiofa, où la mission catholique était menacée. Les Sikorsky H-19 et le DHC Otter qui participaient à ce sauvetage bénéficièrent pour la première fois d’une escorte de la FAC, composée de deux T-6 armés de roquettes. Les Cubains se chargeaient de tenir les rebelles à distance par des survols en rase-mottes. Un hélicoptère Sikorsky fut abandonné à Kisandji le 3 février, suite à des tirs de flèches qui avaient percé le réservoir. Le lieutenant brésilien BRAGA venait d’embarquer quatre sœurs lorsqu’il dut se poser sur une colline. Il tenta de réparer l’appareil avec le sgt CAPELA, mais les rebelles s’approchaient et ils se hâtèrent d’embarquer avec les sœurs dans les autres hélicoptères. Le Sikorsky abandonné fut saccagé par les partisans et complètement démantibulé.

Lorsque l’opération « Jadex One » se termina le 4 février 1964, les hélicoptères des casques bleus avaient évacué 24 missions et sauvé 106 personnes des griffes des mulélistes avec l’appui des Harvard T-6. Trois des hélicoptères de l’ONU retournèrent à Luluabourg, mais l’un d’eux et le DHC-3 Otter du lt GLANTZ se rendirent à Kikwit où ils demeurèrent jusqu’au 6 février à la disposition du cpn von BAYER pour faire face à d’éventuelles demandes d’évacuation. Durant le trajet, ils subirent à plusieurs reprises les tirs des partisans mulélistes et le lt GLANTZ compta 25 impacts dans le fuselage du monomoteur DHC Otter qui fut réparé sur place. Des renforts en hommes et en matériel parvinrent au Kwilu, mais comble de malheur pour l’ANC, le lt col EBEYA, chef d’Etat Major de l’ANC, fut tué le 5 février dans une embuscade sur la route de Gungu. Le commandant en chef de l’armée congolaise Joseph-Désiré MOBUTU l’avait chargé de prendre en main le programme de pacification. Cette mission fut confiée au major NZOIGBA qui reçut la promesse de renforts. Le Poste de Commandement d’Ops Kwilu était installé à Kikwit, base de l’armée congolaise pour les opérations contre la guérilla. Le major NZOIGBA y débarqua avec le cdt DEMOL, officier de l’assistance technique belge qui avait la fonction d’officier S-3 au sein du QG du 2e Groupement ANC. Il était chargé de conseiller le chef des opérations ANC au niveau de son Etat Major. L’officier congolais espérait mater l’insurrection en quelques semaines, mais malgré des efforts notables, il dut rapidement déchanter.

L’ANC en opération

La population du Kwilu était complètement sous l’emprise de Pierre MULELE qui avait quadrillé la province en régions et en zones et avait créé un service de sécurité chargé de tuer les tièdes et les opposants de manière atroce pour frapper les esprits. Il avait également formé un service d’espionnage pour étudier les points faibles de chaque garnison congolaise de la région car il comptait se fournir en armement lourd chez l’ennemi. Ces partisans disposaient d’armes coutumières, de quelques fusils Pou Pou, ainsi que d’armes modernes volées à l’ANC ou données par la Chine qui lui avait promis d’autres livraisons dès que ses partisans auraient prouvé leur valeur. Quelques jours après le début de l’insurrection, le commandant en chef de l’ANC envoya en renfort au Kwilu des autoblindées Greyhound M-8 du 2e escadron de reconnaissance et des soldats du 2e Bn d’Infanterie de la 4e brigade de Thysville. Ils furent suivis par les commandos du 3e bataillon venus du Katanga par la voie aérienne. Ces soldats d’élite étaient commandés par un dur à cuire : le major Damien TSHATSHI, dit « Le Terrible ». Il avait participé aux combats contre la Gendarmerie Katangaise avec son bataillon, puis avait tenu garnison à Jadotville et à Shinkolobwe lorsque la FNU avait mis fin à la sécession le 21 janvier 1963. Quelques jours après son arrivée à Kikwit, le major TSHATSHI se vit confier le commandement des opérations militaires. Il adressa une demande d’aide au QG/ONUC par l’intermédiaire du ltcol MAYER qui assurait les liaisons entre l’ANC au Kwilu et le QG/ONUC à Léopoldville. Le but de l’officier congolais était d’assurer l’évacuation des blessés et la logistique des garnisons encerclées car seul l’ONU disposait d’hélicoptères et d’avions pouvant atterrir sur les terrains difficiles. Le QG des Nations Unies accepta de fournir de l’aide à l’ANC, mais le transports de troupes ou de munitions étaient exclus.

Peu au courant des contingences de l’aviation, les officiers congolais voulaient voir leur « force aérienne » perpétuellement en l’air et suite aux doléances des pilotes cubains, l’Air Officer Ed DEARBORN et son adjoint, anciens de l’USAF, furent envoyé par la CIA au Kwilu afin de s’assurer que les Congolais n’emploient pas l’aviation en dépit du bon sens. Le 13 février 1964, les Cubains repoussèrent une attaque muléliste sur Kikwit à coups de roquettes. Partout ailleurs, la rébellion gagnait du terrain et à Idiofa, la garnison s’était repliée sur le terrain d’aviation. Le QG de l’ONUC mit sur pied l’opération « Strawberry » car d’autres missions religieuses étaient en danger. Le 18 février, le cpn von BAYER revint de Luluabourg dans l’appareil DHC-3 Otter du lt GLATZ pour installer son PC à Kikwit avec des bérets bleus et mettre en route les missions d’approvisionnement des localités isolées et les évacuation des missions menacées. Son équipe était composée de quatre opérateurs radio SSB canadiens, chargés de maintenir le contact avec le QG/ONUC à Léopoldvville et des mécaniciens WAHLUND et KERSMARK. Il disposait d’un Sikorsky H-19 piloté par le lt KARLSEN (assisté du sous-officier mécanicien JEPPESEN) et d’un deuxième DHC-3 Otter piloté par le lt LANDERVIK. Le ravitaillement arrivait à Kikwit au moyen d’un bimoteur Curtiss C-46 de la Transair qui effectuait des missions de transport pour le compte de l’ONU. A la demande de la Croix Rouge internationale, les Curtiss C-46 de cette compagnie aérienne furent également chargés du ravitaillement de la population civile et de l’évacuation des réfugiés du Kwilu. La première mission de ce bimoteur se déroula le lendemain de son arrivée, il transporta six membres de la Croix Rouge à Idiofa avec des vivres et ramena à Kikwit un soldat congolais malade et quinze réfugiés qui voulaient être évacués vers Léopoldville. Le bimoteur DC-3 et le Dove de la FAC se chargeaient du ravitaillement des garnisons isolées.

Le grazy Swedish

Une des soeurs sauvées par L'ONUPhoto : Une des soeurs sauvées par L'ONU

Le lt Thorwald GLANTZ prit en charge les missions de transport de vivres vers Gungu avec son Otter, un appareil robuste capable de se poser sans casser du bois sur la piste que les rebelles avaient laissé dans un état lamentable. Lors de son premier vol vers Gungu, il y fut accueilli à coups de fusils par les partisans qui assiégeaient la localité et des balles touchèrent le réservoir principal qui se vida de son carburant. Le lt GLANTZ dut passer sur le réservoir auxiliaire pour revenir à Kikwit avec son appareil percé de trous. Lors des missions suivantes, il embarqua une caisse de grenades qu’il balança avec habilité sur les mulélistes. La guérilla du Kwilu intéressait beaucoup les Américains qui y envoyèrent un spécialiste en guerre subversive, le col DODDS, membre du COMISH, la mission d’assistance militaire US à l’ANC. Cet officier de l’US Army avait débuté sa carrière de conseiller en Grèce durant la guerre civile qui avait éclaté après la tentative de prise de pouvoir par les communistes. Il avait également connu la guérilla en Asie du sud-est. Lors de sa première visite au Kwilu, le col DODDS demanda d’accompagner le lt GLANTZ pour un survol de la région à basse altitude afin d’observer les villages ennemis. Le DHC-3 Otter fut la cible des flèches et des balles tirées par les mulélistes. Une nouvelle mission, programmée pour le lendemain sous la protection des Harvard T-6 rendit le pilote suédois de mauvaise humeur. Il le fit bien voir au colonel américain en faisant du slalom entre les arbres et en rasant la rivière, qu’il toucha de ses roues. Ed DEARBORN et les Cubains n’avaient jamais vu un avion évoluer à une altitude aussi basse, le colonel DODDS non plus et lorsqu’il descendit de l’appareil, il jura de ne plus jamais voler avec ce « grazy Swedish ».

A Kikwit, le directeur d’Air Congo signala à Léopoldville que la réserve d’essence de l’aérodrome baissait dangereusement. Ce n’était pas étonnant car il servait d’escale régulière aux Douglas DC-3 d’Air Congo, aux Curtiss de la Transair, aux avions de l’ONUC et à ceux de la FAC. L’aérodrome était devenu une véritable tour de Babel avec les Suédois, les Danois, les Norvégiens, les Canadiens et les Brésiliens qui composaient le team d’aviateurs de l’opération « Strawberry ». Le 20 février 1964, les Harvard armés tentèrent de desserrer l’étau rebelle autour de Gungu, mais l’un d’eux eut des ennuis de moteur et cassa son train d’atterrissage en tentant de se poser sur la mauvaise piste de cette localité. Suite à cet incident, les pilotes cubains refusèrent d’exécuter de nouvelles missions s’ils n’avaient pas l’assurance d’être recueillis par un hélicoptère des NU en cas de pépin. Ils devaient appuyer l’ANC à partir d’Idiofa, mais ils exigeaient la présence d’un Sikorsky de l’ONU sur cet aérodrome. En échange, les Cubains promettaient d’assurer la couverture aérienne des hélicoptères lors de leurs missions. Leur demande fut envoyée à Léopoldville, appuyée par le major TSHATSHI, dont les troupes refusaient de bouger sans l’appui des Harvard. Peu après, le cpn Stig von BAYER reçut d’autres Sikorsky H-19 en renfort, dont l’un demeura en stand by pour assurer un service SAR (Search and Rescue) en cas d’urgence. Le 22 février, le lt GLANTZ exécuta une nouvelle mission de ravitaillement sur Gungu, mais elle faillit tourner court car il trouva la piste d’aviation abandonnée par ses gardiens. Suite à ses appels radio, un peloton de gendarmes arriva finalement en camion pour protéger l’atterrissage de son monomoteur Otter et lui permettre d’embarquer neuf civils congolais blessés par les mulélistes, mais dans la journée du 24 février, le major TSHATSHI fut avisé que la plaine de Gungu avait à nouveau été abandonnée par l’ANC. Il manda sur place un officier congolais dans un Harvard avec l’ordre de faire garder la piste d’atterrissage jour et nuit par les gendarmes. A l’aérodrome de Kikwit, un des deux DHC 3 Otter de l’ONUC fut bloqué au sol par manque de pièces de rechange et l’hélicoptère Sikorsky n° 262 attendait un nouveau moteur.

L’aide de l’ONU à l’ANC

L’officier congolais commandant les opérations au Kwilu s’étant porté malade, le major TSHATSHI reçut l’ordre du QG/ANC de relancer l’offensive qui était au point mort. Le 25 février 1964, il fit aérotransporter deux pelotons du 3e Bn commandos en DC-3 à Idiofa, tandis que la 2e compagnie de ce bataillon devait rejoindre cette localité par la route avec l’appui des avions Harvard T-6. Le major TSHATSHI, ancien sous-officier de la Force Publique, n’avait qu’une vague idée des servitudes de l’aviation d’appui-feu et il était fort susceptible. Il demanda au cpn von BAYER d’effectuer une mission de reconnaissance au-dessus de la mission de Kigandu attaquée par les rebelles et le chargea également de transmettre ses ordres de missions à Ed DEARBORN et à ses Cubains, qui refusaient dorénavant de les exécuter sans cet intermédiaire. Il est vrai que l’entente avec les hauts gradés de l’ANC, sans véritable formation d’officier, demandait des ruses de diplomates. L’interdiction pour l’ONU de ravitailler l’armée congolaise en munitions ne fut pas respectée sur le terrain car la compagnie de commandos en route pour Idiofa se trouvait à court de vivres et réclamait des cartouches de tous calibres. Le Sikorsky dans lequel avait pris place le capitaine von BAYER n’avait pas encore décollé de Kikwit qu’un appel du commandant des opération le rappelait à son PC. Il s’agissait de rechercher un de ses pelotons qui s’était égaré sur une voie secondaire au cours de la progression. Lorsque l’officier des NU lui demanda l’endroit exact, le major TSHATSHI lui répliqua « Secret militaire ».

Après moultes discussions, il pointa son doigt d’une manière approximative sur sa carte d’état major et le cpn von BAYER regagna le terrain d’aviation où l’attendaient l’hélicoptère de l’ONU préparé pour cette mission de recherche. Le pilote du Sikorsky prit de l’altitude et survola la route menant à Idiofa pour atteindre la tête de l’offensive. Ce ne fut pas difficile de repérer les troupes congolaises car au cours de leur avance, les commandos du major TSHATSHI mettaient le feu à tous les villages ennemis rencontrés. En fait de secret militaire, il suffisait de suivre la fumée des incendies pour atteindre la colonne en cours de progression. Ils déposèrent leur chargement sur la route, puis repartirent pour patrouiller sur l’axe secondaire afin de retrouver l’unité perdue. Soudain, une fumée lointaine attira leurs regards à l’horizon et peu après, ils survolèrent un village auquel les Congolais égarés avaient mis le feu pour signaler leur position. D’après leurs informations, il s’agissait …d’un village rallié. Chacune de ses missions provoquait les tirs des rebelles, mais il fallait également se méfier des soldats congolais qui vidaient leurs armes vers le ciel. Lorsque l’officier suédois rejoignit Kikwit pour envoyer son rapport radio journalier à Léopoldville, il prit bien garde de ne pas parler à ses supérieurs de Léopoldville du but réel de la mission qu’il avait effectuée pour l’ANC. La progression des commandos du major TSHATSHI ne tarda pas à ralentir à cause des obstacles rencontrés, des embuscades et des difficultés de la progression. A cela s’ajoutait un manque de commandement et de coordination à l'échelon compagnie, ainsi que l’absence d’un véritable appui logistique aux unités en opération. Sans l’aide procurée par les appareils de l’ONUC, l’offensive menée par le major TSHATSHI se serait rapidement arrêtée.

Inspection du général MOBUTU

Le général MOBUTU recevait du ltcol MAYER une copie des rapports journaliers adressés par le cpn von BAYER au QG/ONUC. A la lecture de ces rapports, il constata que l’offensive du major TSHATSHI progressait avec difficulté. Le 4 mars, le commandant en chef se rendit en inspection à Kikwit dans le DC-3 « 9T-JDM » reçut en cadeau du président KENNEDY. Il fut accueilli par les autorités civiles et militaires et il félicita Ed DEARBORN et les pilotes cubains pour leur action. Il remercia également le cpn von BAYER et les pilotes de l’ONU pour leur aide précieuse, puis il embarqua avec le major TSHATSHI dans le DH Dove de la FAC pour inspecter Idiofa. Le commandant des opérations lui promit de redémarrer les opérations de nettoyage du triangle Kikwit-Idiofa-Gungu dès qu’il aurait reçu en renfort le 20e bataillon d’infanterie, une unité d’élite entraînée à Baka en 1962 par la force des NU. A son retour, le général MOBUTU prit place dans le DHC 3 Otter du lt GLANTZ pour un survol de la région de Gungu qui fut agrémenté d’un passage à basse altitude au-dessus du fleuve Kwilu. Le 6 mars, un Sikorsky évacua de Pomongo cinq soldats congolais blessés au cours de la progression vers Idiofa. Un des hélicoptères avait besoin d’un entretien. Il était bloqué au sol pour et ne pouvait être employé qu’en cas d’urgence. Un second Sikorsky fut hors service le lendemain, mais il put être réparé sur place. Le 9 mars, le lt LEHMAN se rendit à Luluabourg pour y chercher un troisième hélicoptère, mais l’avion Otter avait dû rentrer à Léopoldville pour un changement de moteur et pour la réparation de neuf impacts de balles reçus durant les missions.

L’opération « Strawberry », qui se termina le 7 mars, avait permis l’évacuation de 229 réfugiés et le transport d’équipement de la Croix Rouge, ainsi que le ravitaillement des localités de Gungu et d’Idiofa, sans compter les missions exécutées pour l’évacuation de blessés de l’ANC. « Strawberry » laissa la place à l’opération « Stayput » chargée d’apporter un soutien logistique de l’armée congolaise et d’assurer des missions d’évacuations. Les moyens aériens mis à la disposition de l’opération « Stayput » comprenaient des bimoteurs de transport et cinq hélicoptères Sikorsky. Des renforts, du ravitaillement et du matériel furent acheminés au Kwilu et le major TSHATSHI put tenir la promesse faite au commandant en chef de l’ANC. Le 9 mars, ses commandos appuyés par les Harvard T-6 parvinrent à Idiofa malgré l’infrastructure routière détruite. Le major TSHATSHI se réunit avec ses officiers et son conseiller belge au PC d’Ops Kwilu pour étudier les plans d’une opération sensée pacifier la zone rebelle enclavée dans le triangle Kikwit, Gungu et Idiofa. Les mulélistes restaient très actifs, mais Pierre MULELE n’avait atteint aucun de ses objectifs et aucune autre tribu voisine ne s’était rangée de son côté. Il lança une nouvelle attaque suicide sur Gungu et ses partisans drogués au chanvre s’élancèrent en vagues successives, mais ils laissèrent plusieurs dizaines de morts sur le terrain. L’intervention des Harvard T-6 équipés de nacelles de mitrailleuses SAMM 410 avait été décisive. Equipés de ce système d’armes, les Cubains attaquèrent à coups de mitrailleuses un camp de maquisards découvert dans la forêt au cours d’une escorte de l’avion Otter vers Idiofa.

Campagne de pacification

La rébellion était isolée dans le triangle Kikwit-Idiofa-Gungu et des reconnaissances aériennes furent effectuées régulièrement au-dessus des zones rebelles par les appareils de l’ONUC et par ceux de la FAC. Des dizaines de milliers de tracts y furent lâchés par DC-3, rédigés dans tous les dialectes de la région. Ils invitaient les tribus révoltées à se rallier « faute de quoi, ceux qui refuseraient de rejoindre la légalité seraient impitoyablement pourchassés par l’aviation ». Cette campagne de pacification n’eut pas beaucoup de succès et du napalm fut préparé pour un essai de bombardement. Trois mois de missions aériennes intensives avaient usé les pilotes cubains qui approchaient de la fin de leur contrat et dont il fallait prévoir le remplacement. L’insécurité et le manque de confort avaient agi sur leur moral et la malaria ne les avait pas épargné. L’ANC avait jugulé la menace au Kwilu, mais cette province demeurait un foyer d’agitation. Le 11 mai 1964, le major TSHATSHI se déclara fatigué et partit sans permission rejoindre sa famille. Il fallut dépêcher au pied levé un remplaçant pour Ops Kwilu et les opérations de rétablissement de l’ordre se poursuivirent durant des mois. Un autre foyer de subversion était entré en action dans l’est du Congo, où le nationaliste Gaston SOUMIALOT avait prêché la révolte, conseillé par le responsable de la section « Afrique » du service secret chinois, l’honorable LIEUOU YU FENG en poste depuis avril 1964 au Burundi. Ce pays était devenu un centre actif des entreprises de subversion de la Chine Populaire qui avaient de grandes chances d’aboutir car plusieurs gouvernements africains avaient accepté de soutenir les révoltés congolais et permettaient le transit des armes. L’ONUC se préparait à quitter le Congo, considérant d’avoir atteint le but de sa mission et la majorité de ses troupes rejoignit Léopoldville, où certains des appareils de sa flotte furent mis en vente publique. Deux des bimoteurs DC-3 furent achetés par le Sénégal et huit d’entre eux furent acquis par le gouvernement congolais pour la FAC. Ils nécessitaient un check-up complet et coûteux avant d’être remis en service, ce dont l’ANC ne pouvait se permettre et ils furent cédés à Air Congo. Finalement, seuls deux d'entre eux furent remis en état de vol et rejoignirent la flotte civile congolaise en tant que « 9Q-CUD » et « 9Q-CIG », tandis que les autres servaient de pièces de rechange. Certains hélicoptères Sikorsky H-19 des NU furent acquis par le Ghana, mais les DHC Otter « 302 » et « 303 », qui avaient peu d’heures de vol, demeurèrent avec un personnel réduit au service de l’ONU au Congo, renforcés par deux autres appareils du même type livrés à Ndjili par la voie des airs. Ils étaient chargés d'assurer les missions civiles d’assistance des Nations Unies en coopération avec la Transair dont le contrat se terminait en décembre 1964. Le DHC Otter codé « 303 » fut basé à Kamembe pour ravitailler au Kivu les nombreux camps de réfugiés tutsi chassés du Ruanda et le cpn von BAYER fut envoyé à Bukavu pour une nouvelle mission : officier de liaison de l’ONU auprès du QG/ANC du major YOSSA. Cela lui permit d’assurer l’évacuation des missionnaires suédois de la Ruzizi menacés par les rebelles de Gaston SOUMIALOT. En juin 1964, la situation du Congo devint catastrophique et l’ex-président TSHOMBE fut rappelé au pays pour prendre la place du premier-ministre ADOULA. Le 6 juillet, il fut désigné par le président KAS VUBU comme formateur d’un nouveau gouvernement, dit « de salut public » et cinq jours plus tard, le nouveau ministre de l’Intérieur MUNONGO annonça à Elisabethville le retour des gendarmes katangais pour s’enrôler dans l’ANC.

FIN

 

photo : Mission Makungika

Mission Makungika