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Lettre de Mme Blanjean Christiane

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Avec l'autorisation de la publier sur le site congo-1960 et sur facebook

Lettre à : Madame Marie-Martine Schyns - Ministre de l'éducation - 1000 Bruxelles et en réponse au sujet suivant de la RTBF https://www.rtbf.be/

Madame la Ministre.

A ma grande stupéfaction et incrédulité, ce samedi 10 novembre en ouvrant mon Smartphone, je tombe sur un tableau qui représente 4 personnages, dont Nelson Mandela et…. Patrice Lumumba. J’apprends que ce tableau a été peint par des élèves de 3° secondaire du lycée Guy Cudell avec l’aide du peintre Samuel Idmtal.

Je fais quelques recherches et découvre que sous l’impulsion de leur professeur de français Madame Sabiha El Yousfi, ces élèves durant l’année scolaire 2017-2018 ont entamé une réflexion sur la colonisation belge qu’ils ont présentée dernièrement au Parlement.

Une des conclusions de leur recherche est qu’il y a un lien très fort entre racisme et époque coloniale. Effectivement, il suffit d’ouvrir un dictionnaire et de rechercher la définition du mot « racisme » et celle du mot « colonisation » pour voir ce lien.

Plus interpellant, une autre conclusion a été celle du professeur Kalvin Soiresse Njall, Togolais ayant quitté son pays en 2004 suite aux troubles, réfugié en Belgique où il a fait ses études et cofondateur du collectif « Mémoire Coloniale » (à ne pas confondre avec « Mémoire du Congo ») qui déclare que si les Blancs ont voulu migrer au Congo c’était « pour le projet capitaliste de Léopold II. » Cette affirmation péremptoire, sans nuances, ne tenant aucun compte de la diversité des motivations des Belges expatriés ; (agents de société, fonctionnaires de l’état, médecins, infirmières, assistantes sociales, missionnaires et autres) m’a conduite à rechercher la méthodologie utilisée pour effectuer ce travail de recherche et de réflexion et je n’en ai trouvé aucune trace.

1° Le libellé déjà me semblait confus. Sous la dénomination de Congo Belge tout y est fourré, depuis l’époque de « l’Etat Indépendant du Congo » 1885 ou le Roi Léopold II seul en était le souverain, jusqu’à la  » République démocratique du Congo » née le 30 juin 1960.
Or le Congo a été une colonie Belge, munie d’une charte qui définissait le droit des habitants à partir du mois d’aout 1908 jusqu’au 30 juin 1960 c'est-à-dire durant 52 ans. Avant et après ces dates, le Congo n’était pas encore et n’était plus une colonie Belge.

2° Le manque de méthodologie devient criant lorsqu’on ne trouve aucunes traces d’interviews différenciées de témoins blancs et noirs ayant connu cette époque, l’ayant vécue. Apparemment aucune recherche parmi les nombreux témoignages archivés à « Mémoire du Congo » (à ne pas confondre avec « Mémoire Coloniale «collectif de la diaspora africaine), ni aucunes traces d’investigations, par exemple au musée africain de Namur. Seul le collectif  « Mémoire Coloniale » semble occuper une grande place, si pas l’unique place dans l’élaboration et la conclusion de ce travail.

3° Le manque de méthodologie se retrouve lorsqu’on s’aperçoit qu’à aucun moment il n’a été tenu compte que le Belge s’expatriant au Congo ne connaissait rien de ce pays, tellement éloigné ; 5 jours de voyage en avion. Il fallait donc inventer tout le processus de communication entre les Noirs et les Blancs avec toutes les dérives que cela entraine. Contrairement à notre époque où assis dans notre salon on voyage partout, on communique partout et avons accès à des cultures différentes, à cette époque, rappelons le, il n’y avait pas de TV, pas d’internet, pas de GSM.

4° Le contexte de la colonisation n’est replacé ni dans son époque ni dans la culture inhérente à cette époque, de même à aucun moment il n’a été tenu compte de l’évolution des mœurs en Belgique comme au Congo durant toutes ces années. (C'est-à-dire depuis Zola avec  « l’assommoir » jusqu’à la déclaration des droits de l’homme.)
Bref, apparemment les élèves ont jugé uniquement à l’aune d’aujourd’hui ce qui s’est passé dans la première moitié du 20° siècle faussant ainsi l’interprétation des faits.

Ce travail sonne donc pour moi non comme un nouvel argumentaire plus élaboré, mais selon l’habitude de « Mémoire Coloniale » comme un procès d’intention uniquement à charge de la colonisation belge. Car pourquoi sinon en occulter les aspects positifs tels que ; la création d’écoles, d’hôpitaux, de routes, de voies ferrées ou fluviales, de l’apprentissage de la culture des terres, de soins donnés gratuitement, d’éradication presque totale de la maladie du sommeil, de la famine etc… Tout cela mis en place avec les Congolais et qu’ils détenaient le jour de l’indépendance ce qui les mettait à un haut niveau de compétitivité avec d’autres pays.

Il est certain que je ne remets pas du tout en cause l’illégitimité d’une colonisation. Si dans un passé lointain, il était « normal » pour un pays civilisé techniquement de s’approprier des territoires où vivaient des gens moins civilisés dans le but d’occuper des points stratégiques, de faire du commerce, d’avoir des richesses mais aussi pour apporter au peuple la civilisation, évangéliser et pour certains en étudier la culture, aujourd’hui, les pensées ont heureusement évolué.

Je ne remets certainement pas en doute qu’il y ait eu des coloniaux maltraitants, racistes, arrogants mais n’en n’avons-nous pas en Belgique aussi et pire peut-être, n’avons-nous pas un Dutroux, un Fourniret et d’autres encore qui se révèlent au fil du temps ?

Quel dommage qu’à partir de l’idée excellente d’une réflexion sur la colonisation qui aurait dû déboucher sur une analyse des problèmes actuels ; ceux d’un éventuel devoir d’aide à des pays en difficulté, et si oui comment le faire, et si non pourquoi ? Comment accueillir les réfugiés ?

Quel dommage donc que cette idée excellente se soit enlisée dans l’éternel mythe de la culpabilisation du colonisateur.

Quant à Patrice Lumumba, je suppose que vous savez qu’il s’agit d’un individu à tout le moins très controversé qui a massacré nombre de ses compatriotes qui ne partageaient pas ses idées. Si au départ Patrice Lumumba avait, je le suppose du moins, de grandes idées pour son pays, très vite sa course effrénée pour le pouvoir, son caractère changeant, imprévisible, interprétatif, soufflant le chaud puis le froid, son coté manipulateur utilisant son charisme pour dynamiser les foules à son profit l’a rendu incontrôlable et parfois excessivement dangereux. Je sais de quoi je parle, j’y étais.

Il n’a été ni le seul ni surtout le premier à avoir revendiqué la décolonisation. Comme vous le savez, sans doute, bien des années avant lui Mr kasavubu l’a fait suivi par des étudiants qui ont repris ce thème dans leur manifeste.
La mort de Lumumba et la torture (tragiquement employées encore aujourd’hui au quotidien au Congo) n’en fait pas un héros.

Il n’a rien à f aire aux cotés d’un Nelson Mandela. S’il plait aux Congolais de l’honorer, ils sont entièrement libres de le faire en privé chez eux ou dans leur pays au Congo.
Quant à nous, protégeons notre enseignement Et protégeons notre espace public
P.S. Je ne reproche absolument rien aux élèves qui ont réalisé ce travail. Ils sont à l’école pour apprendre.

Je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de ma respectueuse considération.

Christiane Blanjean.

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