Titre : Des Princes Et Des Dieux

Auteur Albert Russo

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Biographie Albert Russo :

[video sandro’s notebook - eur-african exiles first chapter movie by albert russo]

Biographie Albert Russo :

Auteur bilingue de nationalité belge (le français et l’anglais sont ses deux langues ‘maternelles’), publié sur les cinq continents, Albert Russo a obtenu de nombreux prix littéraires, tant pour sa prose que pour sa poésie, dont le Prix Colette, The American Society of Writers Fiction Award, The British Diversity Short Story Award, The National Library of Poetry Editor’s C hoice Award, des mentions honorables aux W.B. Yeats et Robert Penn Warren awards, divers New York Poetry Forum Awards, etc. Ses ouvrages ont été traduits dans une douzaine de langues, dont le grec, le turc et le polonais, et ont été diffusés par le Service Mondial de la BBC. Il est juré du Prix Européen (avec Ionesco, jusqu’à la mort de ce dernier) et a siégé au jury du prestigieux Neustadt International Prize for Literature, antichambre du Prix Nobel. Ses romans africains ont été comparés très favorablement avec l’oeuvre de V.S. Naipaul, Prix Nobel de Littérature. Son oeuvre a été reconnue et louée par des écrivains tels que Joseph Kessel, James Baldwin, Pierre Emmanuel, Paul Willems, Georges Sion, Douglas Parmee, Werner Lambersy, Edmund White et Gilles Perrault. Liste des oeuvres d'Albert Russo


Titre : Des Princes et des Dieux

Hutus et Tutsis : un destin commun

Auteur : Albert Russo
© Juin 2015,
Editeur : Ginkgo - 33 boulevard Arago - 75013 Paris
ISBN : 978-2-84679-252-3
Mise en page : Élisabeth Voge (Zam)

260 pages
Prix : 15 €
format 13x 21,5
ISBN 978-2-84679-252-3

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Le Rwanda et le Burundi, en 1960, à la veille de l’indépendance.
Et déjà les Hutus se heurtent aux Tutsis…

L’écriture élégante d’Albert Russo faite d’exubérance et de rigueur, de lyrisme et d’ironie, nous porte comme une vague et subitement nous immerge dans un récit ou passion et politique se mêlent étroitement
chez des personnages issus de communautés variées : hutue et tutsie bien sûr, mais aussi grecque, italienne, belge, ismaélite, américaine… Tous cherchant à tirer profit des rivalités tribales et des enjeux d’un pouvoir colonial vacillant.
Il y a Tobias, riche commerçant, et sa femme Damiana ; Oswald, le jeune aide-soignant ; Salim, brillant diplômé d’Oxford, rentré au pays pour se marier ; Dalila sa fiancée, amoureuse du prince tutsi Ruego,
démiurge de l’indépendance burundaise, et qu’elle doit oublier parce qu’il est noir et qu’elle est pakistanaise et ismaélite…
Et, bien sûr, Dimitri, personnage clef de ce roman. Dimitri Spiros qui a vraiment existé et qui sera exécuté le 30 juin 1962 pour avoir assassiné Ruego dont la mort déclenchera les premiers massacres ethniques.

Des Princes et des Dieux est basé sur des faits réels. Les senteurs, les couleurs, les relations humaines particulières à l’Afrique donnent une réalité charnelle aux nombreux personnages qui partagent des
événements tragiques…
Voix multiples nous livrant leurs différences et leurs visions d’un monde colonial à son crépuscule.

Extrait du roman DES PRINCES ET DES DIEUX:

Le Basket d’Argent revint aux athlètes du collège, tandis qu’à l’équipe de l’Athénée échut la Coupe de Volleyball. Et pour fêter ce double événement,
l’on organisa une amicale qui se prolongerait en soirée dansante à la Terrasse du Tanganyika.
         Épousant la courbe du restaurant, les tables étaient disposées de telle sorte qu’elles composaient un grand fer à cheval. Trois bols de punch, vastes comme des seaux, attendaient les invités.
         Garçons et filles de toutes races y trempèrent bientôt leurs coupes et d’une tournée à l’autre, aux sons de bruits de chaises et de tintements de verre, l’ambiance s’échauffa dans la bonne humeur. Entre les toasts réitérés et le rappel des moments les plus marquants des deux matchs, les coupes passèrent allègrement d’une main à l’autre, voire d’une bouche à l’autre, ce qui donnait lieu à des scènes cocasses et parfois embarrassantes.
         Comme cette blonde qui hésitait à tremper ses lèvres dans la flûte qu’on venait de lui tendre, parce qu’elle n’était pas sûre si l’un de ses voisins noirs n’y avait pas mis les siennes. Ou cette autre Indienne, longiligne, aux cheveux couleur de nuit lui ourlant la taille, qui ne cessait d’essuyer son assiette encore vide des postillons que lui envoyait le gaillard assis à sa gauche, un Flamand bien charpenté et plutôt remuant dont la poignée de mains avait failli lui écraser les cartilages. Et pour compléter le tableau, se tenait à sa droite un basketteur tutsi qui frisait les deux mètres et ne pipait mot, mais dont le passe-temps favori semblait être de la reluquer du coin de l’oeil. Elle ne savait, entre le sourire pincé et la feinte nonchalance, quelle attitude adopter. Puis il y avait ce garçon taciturne, à l’air méridional, secoué par un tic nerveux toutes les vingt secondes et qui engageait sa langue au point où la jeune Hutu lui faisant face crut, au début, qu’il la lui tirait en guise d’insulte.


extrait du livre source : www.ginkgo-editeur.fr ou http://www.ginkgo-editeur.fr/lettres/3promo.html

Dans la plaine, une sirène hululait. Il était cinq heures du matin. Pris d'un léger frisson, Oswald chaussa ses pantoufles et se glissa le long du couloir avec la langueur d'un jeune félin encore tout grisé de sommeil, puis, poussant la lourde porte vitrée de la véranda, il s'accouda au balcon. Il inspira l'air goulûment et, d'un regard extasié, embrassa l'étendue mauve et or qui, telle une immense cape de velours, descendait en cascade sur la ville pour aller ensuite se mouiller sur les berges du lac Tanganyika. Durant un instant qu'il aurait voulu éternel, le soleil arborait cette teinte chaude et succulente de mangue mûre qui le faisait saliver, puis, le paysage entier s'embrasait, noyant soudain les traînées bleues et orangées des jacarandas et des flamboyants qui, en bas de la colline, s'insinuaient dans la mosaïque des toitures. C'est ainsi que, tous les jours que Dieu créa, pendant la saison sèche ou celle des pluies brèves et torrentielles, Buja s'arrachait à sa torpeur.

Oswald ne put s'empêcher de sourire en pensant à la description que fit, de sa ville, ce journaliste métropolitain, lorsqu'à la veille de l'Indépendance, celui-ci écrivit : « Indolente, au pied du plus majestueux des lacs africains, la capitale de ce pays, à peine une fois et demi plus grand que la Belgique, se trouve encaissée entre les collines verdoyantes des quartiers résidentiels, fief exclusif des Blancs, du Mwami et de sa famille princière, ainsi que de quelques Asiatiques fortunés, et la chaîne anthracite des montagnes qui délimite la frontière avec l'immense pays voisin que nos compatriotes ont dû abandonner en catastrophe…

À quelques encablures donc de la tourmente de l'ancien Congo belge, Buja offre au visiteur le spectacle quasi surréel d'une ville paisible, au décor de cartonpâte… mais il suffit de gratter la surface pour se rendre compte que l'on marche sur la braise, car il ne faut pas se méprendre, derrière les visages énigmatiques des populations locales, sourd une haine tribale vieille de près d'un demi millénaire, et il suffira d'une étincelle pour attiser le volcan… »

Oswald détourna le regard du côté de la colline et aperçut les silhouettes familières qui s'égrenaient lentement au-dessus des hautes herbes, se faufilant parmi des sentiers que la broussaille rendait invisibles. À mesure qu'elles se rapprochaient, il put en distinguer les contours. L'aisance avec laquelle les Hutus se déhanchaient, l'aristocratique démarche des Tutsis, l'orgueil et l'intelligence imprimés sur leurs visages d'ascètes, bustes à moitié nus sculptés dans l'ébène, corps graciles qui leur conféraient un air d'éternels adolescents, drapés dans des toges aux couleurs vives et qui laissaient à peine transparaître les chevilles. Mouvements si lestes, qu'ils semblaient à peine esquissés, comme dans une séquence au ralenti. La pauvreté, certes, mais sans aucune trace d'apitoiement ou de commisération. Rituel quotidien où les profils aquilins des seigneurs de naguère se mêlaient à ceux, plus épatés, de leurs vassaux, où les coiffures montées en tiare rivalisaient avec les coupes évoquant les monts de la Lune, où jeunes et vieillards, ceux-ci fumant parfois la pipe, côtoyaient des femmes de tous âges, portant des cabas de victuailles sur la tête, avec le plus souvent un nourrisson attaché au dos ou carrément en bandoulière. Quelques bicyclettes se faufilaient régulièrement dans cette procession, et l'on entendait alors à son approche, puis longtemps encore après l'avoir dépassée, leurs concerts de sonnettes qui, dans la brise matinale, s'évaporaient en notes séraphiques.
Devant ce spectacle, le coeur du jeune Américain se gonflait d'allégresse, mais aussi de nostalgie. Son Ohio natal lui paraissait alors si lointain, inaccessible comme un rêve. Pourtant, la réalité qui l'entourait avait, elle aussi, une dimension éthérée. Que de contrastes dans ce pays lilliputien et à la fois magnifique, où la vie, pour la majorité, se déroulait au rythme de la nature, tandis qu'entre les diverses factions, parmi lesquelles étaient pressentis les futurs dirigeants, et l'administration coloniale, une course contre la montre avait été engagée, une course semée d'embûches où les rumeurs et les manigances, tenant de la sorcellerie, devenaient presque palpables. De la mission protestante où Oswald travaillait comme aide-soignant, une route, percée à flanc de coteau, menait au nouveau collège catholique. Pour ériger cet impressionnant complexe de verre et de béton qui dominait la capitale et le lac Tanganyika, il avait fallu raser une colline entière.

De sa véranda, Oswald pouvait admirer l'ouvrage dont la construction n'était pas encore tout à fait achevée. Fierté de l'Église, il s'agissait là d'un cadeau de départ des autorités belges. L'aire sportive comprenait un terrain de football, ainsi qu'une piscine olympique. L'on verrait bientôt les élèves s'y activer, peu après le lever du jour, sous l'oeil attentif des Pères, impeccables dans leurs soutanes blanches. C'était aussi vers cette heure, aux premiers rayons de soleil, qu'Oswald rejoignait l'infirmerie où, dès l'aube, se pressait une foule de patients. Ils affluaient des villages avoisinants, enfants et vieillards décharnés, femmes d'un certain âge ou à peine pubères, accompagnées de leur marmaille ou de quelqu'autre membre de leur famille, en quête d'une aspirine, d'un calmant, d'un remède contre le paludisme ou d'une injection de pénicilline. Certains d'entre eux refusaient de s'en aller si on ne leur administrait pas leur ration quotidienne de vitamines, ou si une égratignure, même ancienne, n'avait bénéficié d'une fraîche auréole de mercurochrome. Il y avait également, ô combien nombreux, les borgnes et les estropiés, ceux-ci traînant un moignon de jambe comme un appendice encombrant, ceux-là, un corps ravagé par la lèpre dans lequel le visage n'était plus qu'un horrible masque aux béances purulentes. Et puis, ces enfants aux ventres distendus, que le kwashiorkor ridiculisait, leur donnant l'air d'être enceints. Tous, ils attendaient en file indienne, cortège de fantômes, le plus souvent, le regard éteint, se disant, avec l'espoir des hallucinés, que comme la loterie, le miracle pourrait peut-être bien un jour s'accomplir. Malgré les efforts louables du département colonial de l'hygiène – hôpitaux et dispensaires étaient éparpillés à travers le pays, dans les villages, voire les hameaux les plus reculés – il restait un long chemin à parcourir afin d'enrayer les maladies telles que la tuberculose, la lèpre ou la malaria. La plupart de ces malades venaient des collines. Comme si la nature avait décidé de s'acharner sur leur sort, certains accumulaient les souffrances, portant dans leurs entrailles l'indéfectible ténia qui leur rongeait toutes les calories, les faisant passer pour rachitiques, s'ils ne l'étaient déjà.

Oswald leur accordait à chacun un moment d'attention, une parole de réconfort, les gratifiant, quand bien même il ne croyait plus à la guérison, d'un placebo, seule nourriture de l'espoir, dans bien des cas. Il frémissait chaque fois que ce cul-de-jatte, longeant la queue, se présentait à lui. Personne ne l'arrêtait ou n'osait protester. Le jeune Américain évitait de regarder cette plaie ou autrefois il y avait un visage. Elle était rosée et luisante, sans cils ni sourcils, les lèvres atrophiées découvraient en permanence une denture brunie et rabotée - un tic hideux actionnait l'orifice qui servait de bouche, faisant de ce pauvre hère, un être plus poisson qu'humain. Son oreille unique, rescapée d'une brûlure au troisième degré, semblait n'exister que pour recevoir les insultes et les malédictions. Si la loi ne l'avait protégé, il aurait depuis longtemps subi la lapidation. Car, aux yeux des « sains » de corps, ce genre de créature ne valait pas plus que la mauvaise herbe. Ils voyaient en lui un parasite qui s'appropriait le fruit de leurs cultures et de leur élevage, n'étant même pas capable de servir les Blancs, et porteur, de surcroît, de ces esprits maléfiques aussi délétères que les poisons provoquant la cécité.

Tout le monde n'était, cependant, pas à plaindre : certainement pas les plantons de la mission ou les ouvriers du collège voisin, ni les mamas bien en chair, flanquées de leurs mioches, et qui n'acceptaient de prendre congé de leur bienfaiteur, qu'après avoir réclamé le cachet d'aspirine rituel – les Européennes peu scrupuleuses ne l'utilisaientelles pas comme panacée afin de retenir les plus récalcitrants d'entre leurs serviteurs ? Qu'auraient-elles fait, les malheureuses, si l'un d'eux se désistait la veille d'une invitation importante, parce qu'il se serait tordu le pied et que, soudain, il aurait entendu « des tambours rouler » dans sa tête ? Il suffisait d'un péremptoire : « Boy, cesse de lambiner, prends cet Aspro et retourne au travail, si tu ne veux pas que Monsieur se fâche ce soir », pour que les choses rentrassent dans l'ordre. L'infirmerie de la mission était régulièrement approvisionnée de médicaments et de produits pharmaceutiques de première nécessité. Pour les cas particuliers, Oswald descendait au centre-ville une ou deux fois par semaine, muni de l'ordonnance du médecin-chef. Il en profitait aussi pour recueillir un sac de farine canadienne par-ci, un ballot de surplus de couvertures ou de vêtements usagés de l'armée américaine par-là, ou toute autre denrée de longue conservation, tels que du lait en poudre, des pots de confiture ou même des tablettes de chocolat Côte-d'Or, que les commerçants de Buja voulaient bien offrir à la mission – ces dons provenaient de boutiques et de magasins appartenant en majorité à des Belges, des Asiatiques, des Juifs italiens et des Grecs.

C'était lors d'une de ces tournées qu'Oswald fit la connaissance de Damiana. la femme du grossiste Tobias Antoniadès. Elle l'avait approché presque à son insu. D'ailleurs, au début, il croyait qu'il s'agissait d'une cliente, car elle feignait de s'intéresser à une marque de conserves. Il remarqua la grâce et la sveltesse de son corps tandis qu'elle se haussa sur la pointe des pieds, essayant d'attraper un bocal de fruits en sirop. Elle portait une robe en coton satiné blanche à pois jonquille et turquoise, si moulante, qu'elle paraissait nue. Oswald pensa à un superbe tatouage allant du décolleté jusqu'aux genoux. Au moment où elle se tourna vers lui, il fut frappé par l'insolence de ses sombres yeux magnétiques. À l'exception du rouge ambré qui ornait ses lèvres, elle n'était pas maquillée.
— Que puis-je pour vous ? fit-elle d'une voix un peu rauque. Durant quelques secondes, Oswald la fixa, éberlué, puis, se reprenant, il lui dit le motif de sa visite. Elle le scruta, d'un air espiègle qui le mit mal à l'aise. Il se prit alors à rougir et à vouloir qu'elle s'en allât.
— Surtout ne vous dérangez pas pour moi, murmurat- il, je m'adresserai à Monsieur Antoniadès, il me connaît. Elle cligna des yeux avec lenteur et un plaisir non dissimulé.
— Mais vous ne me dérangez pas du tout, jeune homme. Je suis Madame Antoniadès. Et comme mon mari semble très occupé en ce moment, je demanderai à un de ses boys de nous accompagner à l'entrepôt. Oswald était sur le point de décliner son offre, lorsque,d'un ton résolu, elle lui dit :
— Laissez-moi donc faire ! Elle avisa alors un des employés du magasin qui se tenait près de la porte d'entrée et le somma :
— Va demander au bwana de te remettre les clefs de l'entrepôt ! Quand le Noir revint avec le trousseau, elle fit un signe de la main à son mari, lequel discutait avec le comptable devant la grande baie vitrée des bureaux. Il hocha la tête, sans sourire. Oswald suivit Madame Antoniadès et l'employé hors du magasin et s'engagea derrière eux dans un chemin en terre battue. La chaleur, dans ce début d'après-midi, l'enveloppa comme une chape de plomb. Pour atteindre l'entrepôt, ils durent traverser une parcelle, au fond de laquelle trois gros camions Ford aux museaux
menaçants se trouvaient garés. Des caisses à claire-voie jonchaient le sol, pêle-mêle. Madame Antoniadès fit un bref tour d'horizon, puis, s'étant assurée qu'il n'y avait personne alentour, ordonna à l'employé d'ouvrir les épais cadenas.
— Retourne à ton travail, lui dit-elle ensuite, je te ferai appeler lorsque nous aurons besoin de toi. Aussitôt dans l'entrepôt, Madame Antoniadès ferma le loquet de l'intérieur. La lumière du jour filtrait au travers d'étroites fenêtres grillagées que venaient habiller des écrans moustiquaires tachés de rouille. Malgré l'entêtante odeur d'essence de térébenthine qui imprégnait l'atmosphère et celle, quelque peu épicée, émanant des rouleaux de tissus imprimés façon Java, il y régnait une fraîcheur agréable. Oswald réprima un éternuement, tandis que des picotements lui assaillirent la gorge et les yeux.
— Ça passera dans quelques minutes, vous verrez, lui dit Madame Antoniadès qui se mit à toussoter. Elle le conduisit alors dans l'allée centrale et montra du doigt une rangée de ballots fixés par des sangles en aluminium :
— Je vous en donnerai deux, ces surplus de l'armée américaine sont toujours fort appréciés des Noirs, surtout ceux de l'intérieur, ils en habilleront une centaine. Puis, lançant un coup d'oeil vers le fond de l'entrepôt, plongé dans une semi-obscurité, elle ajouta :
— Pour le riz et la farine, je crains que vous ne deviez revenir une prochaine fois, nous attendons la nouvelle livraison, d'ici à deux semaines.
— C'est très généreux de votre part. Madame Antoniadès, répondit Oswald avec émotion, je ne sais comment vous remercier.
— Oh, fit-elle d'un geste nerveux, comme si le compliment du jeune Américain avait interrompu le fil de sa pensée, vous emporterez aussi un carton de couvertures. Ils en auront bien besoin, là-bas, dans les collines. À propos, poursuivit Madame Antoniadès, changeant de ton, connaissez-vous Muramvya ? C'est un endroit superbe qui ressemble à la Suisse, avec sa forêt de pins, ses ruisseaux et ses fleurs magnifiques. Il y fait doux toute l'année, et on y trouve même des fraises sauvages. Lorsqu'elle prononça ces deux derniers mots, il parut au jeune homme que l'iris avait envahi les beaux yeux noirs de son interlocutrice, les rendant soudain fluides comme de la lave incandescente. Et au même moment, il s'aperçut que, tout du long, elle n'avait cessé de l'observer tandis qu'il lui marquait, un peu trop vivement, sa reconnaissance. Et ce clin d'oeil qu'elle lui décocha ensuite, n'était-il pas une sorte d'invitation ? « Cesse d'être aussi naïf ! » se réprimanda-t-il. Mais il semblait déjà trop tard, car elle s'approcha de lui. Il tenta un pas en arrière, et ce faisant, tomba sur l'étalage, les rouleaux de velours atténuant sa chute. Les bras en croix, affalé sur le dos, il devint blême et se sentit ridicule.
— Non, Madame Antoniadès, je vous en prie, se lamenta-t-il, ahuri, tandis que la femme se pencha sur lui, commençant à défaire les boutons de sa chemise, en même temps qu'elle lui caressait les poils du torse.
— Vous, les Américains, fit-elle, taquine, vous ne grandissez jamais, mais cela ne manque pas d'attrait. Puis elle l'embrassa passionnément sur la bouche. Totalement subjugué, il ne put que se laisser faire et ressentit une douleur entre les jambes, douleur qui aussitôt se transforma en un désir violent et incontrôlable. Il se prit ainsi à vouloir qu'elle le séduise, là, sur le champ, comme elle en montra l'urgence. Alors, elle leva sa robe, et il n'opposa aucune résistance lorsqu'elle lui baissa le short. Elle se plaqua enfin tout contre lui. Jamais il n'avait encore fait l'amour avec une femme, ni cédé aux avances homosexuelles de ces quelques « initiateurs » qu'il avait côtoyés, adolescent, à l'école. Jamais, non plus, il n'avait connu cette sensation, à la fois de puissance physique et de total abandon de l'esprit, où la notion du mal est balayée comme par un ouragan, et qui exacerbe chacune des fibres de cette chair que l'on dit si faible. Douleur muée en un plaisir intense, le coeur battant la chamade, où tous les sentiments les plus violents, mais aussi les plus insoupçonnés, se mêlaient, puis s'entrechoquaient, pour finalement s'engouffrer dans un tourbillon de délectation. Ce corps féminin, moite et au parfum légèrement acidulé, enveloppant son sexe si amoureusement, qu'il lui semblait faire partie de lui-même, l'entraînait dans une danse de plus en plus folle. Il sentit, en même temps, la bague de chair se resserrer autour de sa hampe, qui, dans son imagination, ressemblait à un glaive enfoui dans des sables mouvants. Il sentit aussi, à mesure que le rythme de leurs ébats devenait plus lancinant, une main chaude et experte lui flatter les bourses. Et alors, elle lui mordit la lèvre jusqu'au sang, et alors, il déchargea en elle un torrent de lave. Elle explosa quelques instants après, prolongeant sa mâle jouissance, au point qu'il lui traversa l'esprit de vouloir mourir dans cet état d'excitation suprême, et d'emporter, comme dernière image, celle de son sexe giclant à l'infini dans le ventre de la terre, afin que celle-ci ne s'en repaisse jamais. Leurs souffles se mêlèrent, odeur de musc, senteur d'épices, leurs peaux refusant de se séparer, de peur que l'une rende l'autre orpheline.
Il se mit alors à lui baiser les lèvres, tendrement, avec une infinie précaution, ces lèvres qu'il but comme une rosée d'élixir. L'idée que cette femme mûre, mais d'apparence encore juvénile, venait de le dépuceler, l'emplit d'une joie indicible. Cependant, la notion du péché eut tôt fait de ressurgir dans son esprit, comme du fond d'un abîme.
Celle-ci commença à le perturber, mais il n'était plus sûr du tout que la religion disait vrai, et il se demanda si le fait de condamner un acte aussi naturel, aussi épanouissant, n'était pas un péché en soi ? La confusion embruma ses pensées. Ne venaient-ils pas de commettre l'acte d'adultère ? La question demeura en suspens, car, tout à coup, il sentit un picotement entre les reins, et un doigt qui s'insinuait dans la raie des fesses. Ses muscles se tétanisèrent etson sexe reprit toute son ampleur. C'est lui qui, à présent, prit l'initiative. Il lui ôta la robe, lui dégrafa le corsage et, à la vue de ce corps de nymphe au pubis soyeux commele duvet d'un jeune faisan – toison fuligineuse contrastant avec le teint olivâtre de sa peau – il poussa un soupir
d'admiration. Tandis que, sans remords, il passa sa langue sur ses beaux seins fermes, le jeune homme la pénétra. Ils s'aimèrent encore une fois, fougueusement. Elle dut le rappeler à l'ordre :
— Mon chéri, il est temps de remonter. ............ lire plus .. acheter ce livre via la FNAC

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correspond au livre : SANG MÊLÉ

Ce film en anglais de 90 minutes correspond au livre :
EXILS AFRICAINS
 

 

 

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Delcol Martine