Témoignage de Louis Vanderbruggen .

L’imprimeur de "L’Echo du Katanga

Congo 1960

Dans notre série : L’obscurité, le coeur noir de l’Afrique

Les ex coloniaux relatent leur fuite 25 ans après leur fuite en 1960. 16 témoignage rassembler par Gust Verwerft journalist dans la revue "De Post" et traduit du neerlandais a votre disposition pour qu'on oublie jamais le vécu des anciens et l'exode de tous les Belges!

Les témoignages de : Jean, Ann, Madeleine, Ernest, Jos, Jack, Gusta, Piet, Gil en Bernard, Theo, Frans, Albert, Louis, André , René, Jan


  • D'abord ils criaient "Bwana Kitoko' pour Baudouin, mais quelques heures plus tard le cri "Dipenda" se rependit sur la ville.
  • Le drame se déroulait pendant que j'étais en train de m'amuser à la cité Noire.
  • Je me sentais plus Congolais que Belge.
  • 1Tous les chemins ne mènent pas au Congo. Celui qui voulait quitter la patrie froide direction la colonie belge devait se soumettre à toutes sortes de conditions avant d'obtenir les estampes nécessaires sur tous les documents. La Belgique voulait à tout prix éviter que le Congo devienne le havre des ratés, criminels, frustrés en politique ou pauvres bougres. Le blanc qui arrivait au Congo colonial était supposé être un représentant incorruptible de sa race. Le Congo ne pouvait en aucun cas devenir un Far West Africain. Le Congo Blanc a usé des legions de Belges : des militaires, la police, les représentants du Gouvernement Général, et en plus les techniciens des compagnies privé; ces compagnies qui florissaient d'année en année et qui inspiraient aux agrandissements et investissements. Les travailleurs non qualifiés devaient rester en Belgique. En brousse il y avaient assez de noirs pour faire ce genre de boulot.

    Congo 1960L'imprimeur Louis Vanderbruggen d'Eeklo, avait 23 ans quand il se fascinait pour les publicités des années 50 qui voulaient attirer l'élite blanche vers le Congo noir. Normalement il avait aucune chance réelle : trop jeune, célibataire, ne parlant pas le français, sans un sou, sans relations et trop peu d'expérience. Pourtant il est resté au Congo de 1959 à 1973, pendant les années bonnes et moins bonnes. Les mois de terreur ne pouvait éteindre sa passion pour ce pays idyllique.

    Gagner trois fois autant et tous les jours le soleil.

    L'histoire débute en 1959. Pour attirer des ouvriers belges les normes ont baissés. La chaleur sous-jacente de la Dipenda incitent plus de blancs de ne plus allonger leur terme ou même de le raccourcir. Le Congo de 59 connait trop de cris noirs et trop peu de mains blanches. D'apprenti –imprimeur notre Louis devient chef d'atelier. Il se marie, devint chef de famille et connait aussi bien l'euphorie d'E'ville en 1960 que l'horreur des rébellions des Simbas de Stanleyville en 64. Tshombe connaissait son prénom, un majeur de l'ONU le tabassa, un chef des Simba Opepe le martirisa et les paras belges ont réussi à le libérer pendant que dans les rues de le sang coulait à flots. Pourtant la haine n'avait aucune chance dans le cœur de Vanderbruggen . Il se sentait un des leurs et les noirs l'acceptèrent comme un des leurs. Ils savaient que Louis n'était pas riche et que comme eux, il devait travailler durement pour gagner sa croute. « Beaucoup travailler, oui mais je gagnais trois fois autant qu'en Belgique, je n'avais que peu de frais et le soleil brillait toujours. La journée c'était pour le boulot ; la nuit je les passais au bar. «  C'est ce que Louis nous explique dans son petit flat au 9 ième sur la digue de Blankenberge . Il a 49 ans et divorcé depuis trois ans. Il travaille à Bruges dans la construction. Régulièrement l'envie lui vint de réagir aux annonces dans le journal à l'appel de l'Afrique. Il a tout mis sur papier. « Pendant 3 nuits j'ai écrit. Dès que je pense au Congo je revois le film de toute ma vie. J'ai tout transcris tout afin de ne rien oublier, car oublier serait un crime envers les noirs et les blancs. « Pendant l'entretien il boit de la bière de la bouteille. A la Congolaise. Il est gros fumeur. Mark, son fils de 14 ans, écoute en silence. Il connait certains passages de la vie de son père mais jamais il l'avait entendu parler pendant 4 heures de suite, sur le même sujet. Le début. « Dans une salle de cinéma à Eeklo je vis un film de propagande à propos du Congo belge. Des soirées pareilles s'organisaient un peu partout en Belgique et était l'occasion pour les francs parleurs d'abasourdir le public et de le faire crier 'Vive la Belgique » et « Vive le Congo ». Je me rappelle que je suis rentré en pensant que le monde était à mes pieds. Je remplis un paquet de documents et je les envoyais comme indiqué au Ministère des Colonies. Bien sûr, j'étais beaucoup trop jeune et incompétent pour avoir une chance d'être accepté, mais un sénateur local voulu bien m'aider. Et, il tint sa promesse, je reçus quelques semaines plus tard une lettre de l'Imprimerie Nouvelle » de Léopoldville qui cherchait un linotypiste. Eux devaient me refuser à leur regret parce que je ne parlais pas le français. Une seconde lettre du Kasai (Luluaburg) me refusait aussi. Quelques semaines plus tard je reçus une troisième lettre d'Elizabethville, j'appréhendais le résultat. Un certain Albert De Coster, un bruxellois qui éditait « l'Echo du Katanga » profitait de ses vacances à Bruxelles pour me donner rendez-vous. « Dans 6 mois, vous parlerez aussi bien que moi, déclara-t-il ; et il me fit signer un contrat pour 4 ans. Encore maintenant je revois l'image de ma mère qui pleurait car elle savait que je disparaissais de son monde. Le 2 juin en 1959 je montais dans un DC 6 et 24 h plus tard j'atterrissais à E'ville après avoir fait escale à Rome, au Caire et à Stanleyville. J'y appris ma première leçon Congolaise : il n'y qu'une seule heure de différence entre la Belgique et le Congo.

    Gagner de l'argent ? Mais comment est-ce possible, tu vis comme un roi en France. Je parlais le Swahili, c'était ma richesse.

    Louis Vanderbruggen : « Ma richesse est dans mon cœur. Après de telles expériences tu ne te sens jamais plus pauvre. Le Congo m'a donné une connaissance parfaite de la langue de Molière. Je parlais aussi le Swahili qui me donnait des amis noirs. Durant mes premières semaines congolaises j'ai vu le roi Baudouin. En Belgique je ne l'avais jamais vu. Baudouin arriva dar dar en toutes vitesse à Stanleyville et E'ville quand le peuple commençait à gronder. Je vois encore arriver le cortège chez nous à l'imprimerie. Le roi tout en blanc avec à ses cotés le gouverneur Cornelis qui portait son casque à plumes. A la rue il y avait une foule de noirs Jamais j'en avais vu autant. Pendant des heures ils scandaient « Bwana Kitoko, Bwana Kitoko », qui voulait dire « bel homme, beau jeunehomme ». Quand soudain, et cela je ne l'ai jamais compris, l'ambiance changea. Quand le roi se rendit à la résidence du gouverneur, le cri « Dipenda, dipenda » était scandé dans les rues. Au début je ne comprenais pas ce qu'ils criaient. Après quelques minutes toute la ville semblait vibrer. Non, au fait l'ambiance n'était pas mauvaise. Peu de noirs savaient ce que voulait dire « Dipenda'. Louis Vanderbruggen ne veut pas se faire passer pour un dur. « Oui, le cafard. Les premiers mois j'ai eu beaucoup de peine. Le logement n'était pas fameux. Une chambrette, à 5 km de l'imprimerie. J'étais en pension au 'Ranch' tenu par Maja, un portugais d'Angola. 'Le Ranch' , un nom que tout le monde d'E'ville connaissait. C'était la place m'as-tu vu. Toutes les sorties avait un chic, un cachet à E'ville. Costume et cravate étaient obligatoires. E'ville n'était pas pour rien la capitale du cuivre. Ici le style était chic. Des années plus tard, quand je suis parti vers d'autres villes, j'ai pu constater que cette mentalité d'Elizabethville était unique. Chaque soir il y avait un diner dansant au Ranch. Uniquement pour les blancs. A la porte il y avait un portier qui refusait les noirs. Je payais pour cette vie de prince la grosse somme de 3.500 Fr par mois. Deux fois rien. Je ne devais pas aller en ville, Le Ranch était connu pour son ambiance. Et en plus ici je retrouvais tout le monde. Le samedi soir j'aidai au bar. Je devenais une tête connu pour les blancs d'E'ville. Peu avant la Dipenda je me rappelle un incident ; un noir, excité part les slogans, voulut prendre un verre au Ranch. Maja le patron le mis à la porte cito presto. Maja avait dès lors décidé de revendre son restaurant. Il présentait qu'après la Dipenda les noirs se vengeraient. Le nouveau propriétaire était un Bruxellois ; on l'appelait 'le Tisch'. Celui-ci liquidait le restaurant en le transformant en boîte de nuit avec un orchestre noir. L'orchestre de Baba Gaston, spécialiste du cha-cha jouait toutes les demi-heures « 'indépendance cha-cha'.

    Congo 1960

    Elisabethstad. c'etait le grand chic , cravatte et chemise blanche , costum obligatoire

    Louis Vanderbruggen ne garde pas de souvenirs surprenants de cette date historique qu'est le 30 juin 1960. Lui tout comme quelques centaines d'optimistes iincorrigibles croyaient que la Dipenda ne changerait rien de fondamental. Les noirs restaient noirs, les blancs toujours blancs. Cette idée se cultivait grâce à la Radio Congo Belge et le Vriendschapsbode de Bruxelles. L'écouteur resta avec l'idée préconçue que la Dipenda serait une grande fête et qu'après chacun reprendrait son travail comme si de rien n'était. Pour Louis qui fréquentait les noirs apparemment rien ne changerait. Louis Vanderbruggen : « La Dipenda ?, On a été voir le défilé. Les soldats noirs et les militaires blancs. J'ai filmé la parade mais pour nous ce qui était important c'était que la fête avait déjà débuté le matin dans la cité. On se retrouvait à la Cité Albert. Ne confondez pas avec la Cité Kénia, le quartier qui contenait plus de bars. La Cité Rouge était le nom plus approprié pour la Cité Kénia. Je connaissais la plus part. Pas étonnant car les patrons de ces établissements venaient à l'imprimerie commander leur imprimés et moi je leur livrais ce qu'ils voulaient. Pour chaque bars j'imprimais des « bon pour… ». Sans ces bons tu ne recevais aucune boisson. Je connaissais les bons et je connaissais aussi les femmes noires des bars. J'étais célibataire et peu de femmes blanches étaient disponibles. Certains blancs parlaient de scandale parce que je m'entourais de femmes noires. Moi pas, je trouvais cela normal. Le 30 juin était un jour pour avoir une bonne cuite. Aucun bar, ne nous laissait payer. Tout était au compte des noirs. N'oublions que nous les trois copains, on était les seuls blancs dans la cité noire d'Albert. Les autres ne venaient pas ou restèrent à la maison effrayés. Je ne craignais aucun danger, tout simplement parce que à cette période j'étais l' ami des noirs. Je parlais déjà le Swahili, appris grâce à des manuels écrits par les missionnaires. Dans toute la Cité on entendait les danses indigènes au rythme des tamtams. Par contre ce que j'ai bien vu ; les noirs étaient drogués. Ils fumaient le chanvre et cela menaient aux excès.

    Pendant la soirée du 30 juin 1960 les premiers télexes parlaient d'émeutes et de massacre partout au Congo. La radio avait relaté ces messages de peur mais Louis Vanderbruggen ne s'en aperçût que le lendemain vers 5 h quand il arriva à l'atelier de « L Echo du katanga. » Les télexes et les télégrammes racontaient que le jeune Etat était en feu et flamme. ; que les leaders noirs s'entretuaient et que les militaires blancs se retrouvaient sans directives. Les télexes ne laissèrent place à aucun doute : des morts à Thysville, les cadavres à Léopoldville, l'exode des blancs des villes, etc.. Mais à E'ville , le joyau blanc ou Tshombe en loyal défenseur des intérêts blancs, restait calme. Trop calme. Pendant la première semaine de la Dipenda aucun incident se produit.

    Un soutien et de la lingerie à terre dans l'imprimerie . Là je commençais à m'inquiéter.

    Louis Vanderbruggen : « Les chefs noirs s'interessèrent pour notre journal, ils voulaient controler tout ce qui fut publier. les membres de la CONAKAT de Tshombe venèrent tous les jours, suivi peu après par les propagandistes de la Balubakat de Jason Sendwe. Tshombe était membre des Lunda et appartenait à la famille du grand chef Mwata Jamvo, leader de tous les Lunda au Sud Katanga. Son opposant était Kasongo Niembo, le grand chef des Baluba une tribu de guerrier , de lutteurs. Se sont c'es chefs qui ont soutenu Tshombe quand il déclara l'Etat du Katanga. J'ai vu Kasongo Niembo au Ranch , site exclusif aux Blancs mais depuis la Dipenda une indtitution à portes ouvertes. Il portait son kitengi, un colbert européen, sa médaille du temps de Lépold II. Tous les noirs du bar rampèrent à genoux vers lui en tapant dans les mains. Deux mois plutôt une scène pareille aurait été inimaginable : chef avec tous ses atouts qui remet une peau de léopard au tendendcier. J'avais invité une semaine après l'Indépendace les noirs de l'imprimerie au Quartier Albert pour boire un pot. Seul mon copain Gaspard repondit à l'invitation . Gaspard était Lunda t avait pas mal de connaissances dans l'entourage de Tshombe. Je scellais notre amitié en lui offrant un costume , fait part mon pèr qui était costumier à Eeklo. Ce jour on a fait tous les bars et Gaspard me dit : « Monsieur Louis , on s'en va ! Il faut partir. On rentre en ville. Non, j ne dis pas pourquoi ». Avait-il entendu quelque chose ? Sans aucun doute, mais je ne l'ai pas suivi, et je suis resté en buvant de la Simba. Le lendemain à l'aube on frappait à la fenêtre. Je reconnus la voix d'un collègue. : »Louis, Louis, vite sors du lit ! C'est la guerre ! Nous fuyions vers la mission de Pères Salésiens. »Moi, qui croyais connaître le Congo, lui riais au nez et je continuais à dormir. Quelques heures plus tard je faisais ce tout Belge faisait le dimanche matin : aller à la Poste chercer sa correspondance. Soudainement la peur m'envahit. Le était vide et silencieuse. Une image que je n'oublierais jamais. Sur les marches de la Poste trois blancs et une histoire étrange : « Tu ne sais donc pas se qu'il s'est passé cette nuit, Sept blancs ont été tués e. a. le consul d'Italie. Plus de la moitié des douze mil blancs ont fui vers Kasumbalesa, le poste frontier avec la Rhodesie » Le drame eut lieu pendant que m'amusait dans la cité noire. »

    Entretemps les télexes à Bruxelles crachaient des histoires de sang et violence, Tshombe lui appelait l'aide aux parachutistes de la base de Kamina. Ce corps d'élite s'empara du camp des rebelles de Masard. Le même soir l'émeute était étouffé. Mais cela ne signifiait pas que le calme était revenu. La graine de la révolte était semée. Des volontaires blancs défendirent femmes et enfants qu'on regroupait dans les villas de la BCK le long de l'avenue Albert. Une situation des plus incommode. Les femmes faisaient des crêpes pour la milice blanche qui elle ne savait pas du tout ou se cachait l'ennemi. Louis Vanderbruggen : « Pour être honnète, on a pas tiré un seul coup. On est resté là en écoutant la radio qui nous dit que la ville était calme. Pendant plusieurs jours je me promenais avec un revolver ou un fusil à la main pour aller travailler, comme la plupart des blancs d'ailleurs. Un matin, j'arrive comme à mon habitude en premier à l'imprimerie. A terre je trouvais un soutien. Un peu plus loin un corset. C'est à ce moment que j'ai commencer à m'inquiéter. Par après j'ai appris que mon employeur monsieur De Coster et sa femme étaient parti tellement vite et avaient pris leurs coffres que les vêtements étaient éparpillés un peu partout. Lui aussi avait fui pour la Rhodésie. Moi, avec mes 23 ans, ne comprenait toujours pas ce qu'il se passait autour de moi. Je supposais encore que nous allions prendre un nouveau départ.

    Donnez nous les Blancs, nous les mangerons.

    Tout qui a habité au Congo, y a travaillé ou vécu, est toujours prêt à y retourner. Certains n'ont même pas attendu que leurs plus horribles souvenirs soient enfouis sous la poussière du temps qui passe. L'appel du peuple congolais et du pays doit agir comme une drogue. “Si on devait m'annoncer maintenant que dans une heure je devrais me rendre à l'aéroport  pour un départ définitif vers l'Afrique, je partirais immédiatement !” , nous déclarent nombre de coloniaux. Pour Louis Vanderbruggen de Blankenberge ce n'étaient pas de vains mots. Il est retourné à trois reprises. Même après l'apocalypse des révoltes Simba. Voici l'histoire d'un amour fou pour tout ce que symbolise le Congo. Au lendemain de  l'indépendance, même le Katanga, si accueillant pour les blancs, se voyait rongé par les révoltes. Pendant les premiers mois ce furent les noirs qui se massacrèrent mutuellement. Il s'agissait souvent de vieilles rancunes entre tribus. De telles querelles sanglantes ont toujours existé. Le noir ne craint pas la mort, mais bien la souffrance. Ceci explique-t-il ces horribles et cruels assassinats ?               

    Le blanc avec ses cartouches ne nous effraie pas” affirment souvent les noirs. Il nous donnent une mort immédiate et douce.

    Par contre, l'amputation de mains, de pieds, l'arrachage des yeux , des entrailles, de la langue ou des organes génitaux signifie une mort lente et terrible accompagnée généralement du rire histérique des bourreaux.

    Les Belges du Katanga, en particulier à Élisabethville, ne voulaient toujours pas croire qu'une période était définitivement clôturée. Même après que l'ONU ait écrasé la première rebellion. La terreur blanche remplaça la terreur noire. Les troupes de l'ONU furent détestées des blancs comme des noirs. Louis Vanderbruggen : “Mon patron, le propriétaire de l'imprimerie avait fui. Les soldats de l'ONU l'ont recherché, brutalement, les armes à la main. Un interrogatoire comme si nous étions des criminels. Il était évident que ces militaires ne comprenaient rien à la situation du Congo, qu'ils ne pouvaient ou ne voulaient  pas distinguer les bons des méchants. Je vois encore les noirs de l'imprimerie tremblants. “Bwana Louis, que se passe-t-il ?” demandaient-il bien une centaine de fois. En tant que blanc, je ne pus pour la première fois donner d'explication sur le comportement de soldats blancs .”

    L'optimiste croit à chaque fois que le pire est passé.

    .Congo 1960

    Robert Cogoi visite l'imprimerie «L'Echo du Katanga». Il recoit des instruction de Louis Vanderbruggen (la gauche) en Roger Heselmans de Liège. 

    Louis Vanderbruggen : “Des milliers de blancs sont restés à E'ville après l'indépendance. C'était sans conteste les optimistes qui croyaient que le pire était passé. J'ignore comment les journaux en Belgique présentaient le siège d'E'ville, mais la réalité était sûrement toute différente. Par dessus nos têtes des décisions étaient prises dont nous n'avions aucune notion et qui ont conduit à des situations inimaginables. Il y eut ainsi la 1ère guerre en septembre 1961. J'ignore qui combattait qui, mais j'ai vécu l'enfer un matin dans ma rue. J'habitait avenue Stanley, entre l'immeuble de Radio Katanga et, cent mètre plus loin, le chateau Le Clair Manoir qui servait de quartier général au général irlandais O'Brian de l'ONU. À quatre heure du matin des coups de feu d'arme légère et de chars éclatent. Les troupes de l'ONU étaient dans mon jardin. Il faisait encore nuit mais tout était détruit. Les combats ont duré vingt-quatre heures. Comme un animal traqué, j'ai essayé de me cacher un peu partout, jusqu'à en dessous de ma baignoire. Après que Radio Katanga fut prise, j'appris à connaître les Ghurkas. Un vrai fléau pour l'Afrique. Les Ghurkas était des népalais armés d'un poignard courbe qu'ils portaient dans leur botte. Ils ont aussi combattu aux Falklands. Dans les rues ils vidaient leur chargeur sur tout ce qui bougeait. Je me suis réfugié dans la cave chez un ami pendant quinze jours, puis subitement le calme est revenu dans la ville. C'était typique de la grande confusion congolaise. Un jour c'est la guerre, le lendemain la paix.

    Sans doute encore une décision prise autour d'une table de conférence. Trois mois plus tard, en décembre 1961, une nouvelle fois c'est la guerre. Les troupes de l'ONU avaient quitté la ville, mais subitement elles furent de retour. On nous trirait dessus aux carrefours. Des blancs tiraient sur des blancs qui rentraient de leur travail. Inimaginable. À nouveau je cherche refuge dans un quartier calme, cette fois chez mon ami Pierrot de Liège. La ville était sous le feu de canons. Nous avons survécu trois semaines sur base de macaroni. Nous nous lavions à l'eau de pluie qui était abondante en cette saison. Nous ne savions pas qui tirait ni pourquoi. Des dizaines de blancs sont morts durant ces semaines. Mon logement a bien entendu été pillé. Les Ghurkas étaient horribles. Au moment où j'ai quitté ma maison pillée, ils m'ont intercepté : “Hands up, you katanga, you Katanga” étaient les seuls mots qu'ils me hurlaient. J'ai compris qu'ils voulaient s'assurer si j'étais un mercenaire, auquel cas ils m'auraient certainement abattu sur place. Je répondis en larme “No civilian”, cela eut l'air de les convaincre. Par la suite il m'est paru évident que ces Ghurkas avaient beaucoup de morts sur leur conscience car la plupart des blancs ne comprenait pas leurs questions. Deux de mes amis ont été abattus par les Ghurkas. Une balle dans la bouche ou dans le coeur. Bizarement on ne trouvait quasi jamais un cadavre. Les Ghurkas les ont enterrés eux-même en pleine ville dans un fosse pour cacher les cadavres. Dans ce cas-ci les corps ont été retrouvés, des mois plus tard, après la saison des pluies. Fin 1963 eut lieu la troisième et dernière guerre dans et autour de la ville. Tous ce temps nous essayions de travailler normalement à l'imprimerie. Fin 1963, la page fut tournée. Les mercenaires se rendirent, Tshombe quitta Kolwezi et fut fait prisonnier en route vers Jadotville. Le Katanga devint le Congo. Mon terme de quatre ans terminé, j'avais mon billet d'avion vers la Belgique en poche.”

    Les éthiopiens nous ont battus à sang.

    Louis Vanderbruggen : “La Belgique ? Après quatre ans mon souvenir s'était estompé. J'ai bien essayé toutes sortes de stratagèmes pour rester au Katanga.  J'aimais ce pays et les gens. J'aurais pu continuer simplement mon travail. L'imprimerie avait été rachetée par “La Presse Congolaise” d'Adula, Bomboko, etc … En octobre 1963 j'en était à ma dernière tournée des cafés d'Eville, le lendemain je devais prendre l'avion vers Bruxelles en compagnie de Pierrot. Dans un des bars nous avons eu des mots avec des soldats éthiopiens en civil. La raison ? Ils se moquaient du Katanga et du Congo, nous ne pouvions laisser passer çà sans réagir. L'affaire s'envenima et nous furent emportés par la police militaire. Nous reçurent la raclée de notre vie par des hommes en uniforme de l'ONU et sous la supervision d'un major ethiopien.

    Le lendemain, des soldats blancs de l'ONU nous ont libérés, mais naturellement trop tard pour prendre mon avion. Quand je disais que l'ONU était détestée des blancs comme des noirs ! N'avions-nous pas de bonnes raisons ?” “J'avais droit à six mois de vacances, mais après trois mois je suis retourné. Je trouvais la Belgique trop petite, trop froide, trop timorée. Le 9 janvier 1964 je quittai Bruxelles pour Stanleyville, pour compte de la même imprimerie.

    Pour la quatrième fois, j'ai cru que le pire était passé et que les portes du paradis s'ouvraient à moi. Je consatai que des dizaines de belges étaient revenus à Stanleyville. Comme si les rebelles tel Pierre Mulele ou les Simbas n'éxistaient pas.” “Je me sentais 'l'ancien' à Stanleyville, l'acuelle Kisangani. Avec Georges Rosa, mon ami intime de Liège, nous devions installer et développer un imprimerie. Nous étions accompagnés d'un journaliste de Bruxelles : François de Beaufort. Ensemle nous publiions un petit journal 'La Gazette' qui était beaucoup lu par les blancs.” “En juin 1964, des rumeurs circulent. Des rebelles, cette fois-ci de Pierre Mulele, auraient pris Kindu et Ponthierville, à quelques cent-cinquante kilomètres de Stanleyville. Ces rumeurs provoquent une psychose. Il ne pouvait être question de renseignements fiables. Peut-être que certains dans l'administration en savaient plus, mais nous les travailleurs ne comptions pas. Les noirs de l'imprimerie étaient anticipativement morts de peur. Ceci était en lien avec leur forte croyance en la magie. La magie domine en fait tout le continent noir. Le blanc qui sous-estime ce phénomène signe son arrêt de mort. Toutes sorte de rumeurs circulaient sur les rebelles Simbas. Sur leur immortalité par exemple. Et sur leur cruauté. Ils étaient présentés comme une troupe de sauvages, menés par des sorciers. Nous les blancs en avions aussi une peur panique, d'autant plus que les relations des horribles exactions étaient confirmées par diverses photos des massacres. “Quelques semaines plus tard, fin juin 1964, de nombreux blancs avaient fuit, moi je suis resté. Pourquoi ? Mon amour morbide pour ce pays et pour le style de vie que nous blancs pouvions mener.

    L'armée congolaise attaqua en marche arrière.

    “Nous avons envoyé un telex au siège de la société à Léopoldville. Que devions-nous faire ? Sommes-nous en danger car nous publiions un journal pro-gouvernemental ? La réponse fut courte et ferme : 'Restez, mais ne vous mêlez pas de politique'  Il faut en effet savoir que la situation politique du Congo avait fondamentalement changé. Tshombe était devenu premier ministre et Kasavubu était toujours président.” Je n'était pas vraiment inquiet. Après ce que j'avais vécu à l'indépendance et ensuite avec les casques bleus de l'ONU à Elisabethville, je croyais qu'il ne pouvait plus rien m'arriver. Je me considérais comme un connaisseur du Congo. Je n'était pas le seul. Quelques milliers d'autres blancs pensaient de même. Je me moquais parfois des peurs des collègues qui en étaient à leur premier terme au Congo.” “Je n'oublierai jamais le mardi 4 août 1964. L'atmosphère dans la ville et à l'atelier : 'on sent l'insécurité'. Un sentiment que vous ne pouvez ressentir qu'au Congo. Personne ne dit mot, il ne se passe rien, mais on sent que ' le moment' va arriver'

    “À midi, les noirs s'en vont. Je suis seul à l'atelier. Je me rend à la maison. En route, j'entends des coups de feu dans le lointain. Çà se rapproche de plus en plus. Je me hâte vers la maison de mon ami Jean-Jacques que nous appelions JieJie. Il avait constuit un nid d'amour pour une Demoiselle sur la route de Ponthierville où l'usine Coca-Cola se situait. Je les sort de leur lit et les emmène en ville. Cela leur a sauvé la vie car c'est dans cette rue que peu après les Simbas ont commis leur premier bain de sang.” “Avec une dizaine de blancs, nous occupions un appartement dans l'immeuble bien connu Immo-Equateur, le long du fleuve Congo, Place de la Poste. Nous comptions sur l'Armée Nationale Congolaise, l'ANC. Mais ce fut une illusion. Cette armée était pourtant bien équipée et comptait beaucoup d'hommes. Uniquement des noirs à première vue. De notre appartement nous les voyions passer en direction des rebelles. Je puis témoigner d'un fait qui fut souvent tu ou nié. Cette armée congolaise aux nombreux couards, attaquait l'ennemi en marche arrière. Les camions roulaient en marche arrière et non en marche avant. Derrière dans les camions, les soldats armés de mitrailleuses ou de petits canons. Mais tout se passait en marche arrière, afin de pouvoir fuir à la première confrontation avec les Simbas.” “Bien entendu, nous avons vu cette armée repasser dans l'autre sens une demi-heure plus tard. En fuite, ils se précipitèrent sur l'autre rive où ils se croyaient en sécurité. Nous savions dès lors que nous étions livrés aux mains des Simbas. Aucun échappatoire possible...” “La ville était silencieuse. On n'entendait plus rien. On ne voyait plus rien. La ville de plusieurs dizaines de milliers d'habitants semblait morte. Nous savions toutefois qu'après le silence un ouragan nous attendait.”

    “Soudain, dans le lointain, les tamtams. Un chant congolais. Le bruit se rapproche. Vers deux heure de l'après-midi nous voyons les premiers Simbas. Nous sommes tout en haut dans l'immeuble, mais je reconnais la situation clairement. La troupe est précédée d'un sorcier, un munganga. À la tête de chaque groupe il y avait un munganga. Dansant hystériquement, drogué au chanvre. Sans sorcier, les Simbas ne se seraient pas engagés. Leur croyance en leur immortalité était soutenue par les munganas. Jean-Jacques voulut les photographier depuis la terasse, mais un des sauvages l'a vu et dirigea son arme automatique vers nous. Les balles frappèrent le mur au-dessus de nous. Ils étaient de mauvais tireurs, mais ils avaient de bons yeux.” “Les Simbas ont conquis Stanleyville sans rencontrer de résistance significative. Ils étaient vêtus d'un semblant d'uniforme, volé sur les corps des soldats congolais. Ils portaient un dawa, l'amulette qui rendait immortel. La plupart avaient des branchages sur la tête, glissés dans les cheveux. Ensuite des peaux de léopard, de singe, des bracelets de cuivre aux bras. De vrais sauvages. C'étaient des sauvages. “ “Tout à coup on entendit 'wasungu', les blancs. Les blancs sortez on ne vous veut pas de mal. Je comprenais car je parlais swahili. Il n'y eut pas d'autre conversation, l'artillerie de l'armée congolaise ouvrait le feu depuis l'autre rive. Mal dirigés, les tirs n'atteignaient pas leur cible.”

    Alors, cette inexplicable haine aveugle des femmes blanches.

    Après la première journée de présence des Simbas dans Stanleyville, suivit la première nuit, ce fut un horrible sabbat de sorcières. Luis Vanderbruggen : “ Il était déjà tard dans la soirée lorsque les rebelles attaquèrent notre immeuble. Nous étions à douze dans une pièce du cinquième étage.  Nous entendions tirer, pleurer et crier au rez-de-chaussée. Et toujours le cri 'wapi wasungu', où sont les blancs ? Nous nous sommes réfugiés, morts de peur, sur le toit de l'immeuble. Nous sommes restés deux heures couchés et immobiles. En-dessous de nous, nous les entendions tout mettre à sac, hurlant toujours 'wapi wasungu, wapi wasungu'. Nous savions que s'ils nous trouvaient, ce serait la fin. Après deux heures le calme revint dans le quartier. Notre appartement était dévasté, les fenêtres avaient aussi été détruites.” “Nous étions épuisé par les émotions par terre dans la chambre. Douze hommes, femmes et enfants. Subitement un cri terrible 'Simbaaaa' retentit à nouveau. Je l'entend encore  parfois aujourd'hui quand je n'arrive pas à dormir. Comme des possédés ils envahirent à nouveau l'immeuble, en tirant des rafales les unes après les autres. Nous nous sommes à nouveau réfugiés sur le toit.” “Je n'oublierai jamais le premier Simba que je vis de près. Nous étions couchés sur le toit, mais un Simba apparut lentement avec la tête au-dessus du muret. Je le vois encore avec un demi-visage peint en rouge et l'autre en blanc. Il portait un pistolet-mitrailleur. Il cria 'Apa wasungu, apa wasungu, koe ieal'. 'Venez vite, il y a des blancs ici'. Par dizaines ils se précipitèrent vers nous.”

    Ils avaient des bracelets de cuivre aux bras et aux jambes, ils portaient des clochettes, puaient l'animal sauvage.

    Aline Libert de Liège était parmi nous avec son mari et ses deux fillettes de 11 et 9 ans. Ils ont commencé par rosser Aline avec la crosse de leurs armes jusqu'à ce qu'elle perde connaissance perdant beaucoup de sang. Cette haine aveugle envers les femmes blanches. François de Beaufort fut ensuite aussi battu à sang.” “Le phénomène Simba n'est pas compréhensible pour les blancs. Il  y avait des enfants de neuf ou dix ans. Ils avaient aussi des armes. Les guerriers étaient soit fortement sous l'influence de stupéfiants, soit très sérieux, voire civilisés. Les chefs voulaient développer une révolution et avaient de nobles intentions. Mais ils ne contrôlaient pas leurs troupes, ce qui menait à des situations catastrophiques. Le Simba lui-même avait aussi peur. Il avait peur du blanc à qui il attribuait des pouvoirs de super-sorcier. C'est pourquoi le Simba tirait facilement sur les blancs dès qu'il se sentait menacé.” “Ils nous ont chassés sur la rue tout en nous battant comme des animaux. Lorsqu'une des petites filles questionna un des Simbas 'Monsieur, vous n'allez pas nous tuer ?' un rire hystérique éclata. Typiquement congolais. La rage  côtoie l'explosion de joie.” “De plus en plus de blancs étaient regroupés. Des centaines de noirs, non seulement des Simbas, mais aussi la populace de la ville, se rendaient vers la Place de la Poste. 'Leda manteka, leda manteb'. 'Donnez-nous les prisonniers, nous allons les manger', criait la foule. Pendant des heures nous avons assister à un sabbat de sorcières sur la rue. Nous devions danser avec eux, c'était une profonde humiliation qu'il avaient imaginée. Je devrai subir ce traitement à de mutiples reprises dans les mois qui suivirent. Le noir aime humilier les autres, jusqu'au plus profond de leur âme. Ceci explique sans doute les cruelles mutilations qu'il fait subir à sa victime, qui met des heures à mourir. En matière d'invention de tortures c'est un génie.” “ Je me vois encore là comme un misérable; Je me demandais 'Que fais-tu ici ? Pourquoi n'es-tu pas chez ta mère à Weekloon ?'. C'était le signe avant-coureur de la dépression nerveuse. Il ont joué avec nous pendant un temps infiniment long. À chaque fois ils inventaient autre chose et nous croyions mourir. Tout comme les noirs, je n'avais pas peur de la mort. La mort serait une délivrance. Mais je transpirais de peur à cause des tortures qu'il auraient pu inventer. Attacher quelqu'un sous le soleil brûlant jusqu'à ce qu'il meure de déhydratation. Ou simplement découper quelqu'un à coup de machete et attendre sa mort. Ils ont vidé leurs armes sur nous, mais le plus souvent ils manquaient leur cible intentionnelement. S'ils touchaient quelqu'un c'était par accident.” “Nous avons été amenés auprès du général Olenga. Un chef rebelle redouté qui voulait nous protéger dans un premier temps pour nous utiliser comme otages si des forces armées blanches étaient envoyées à sa rencontre. Il prétendait qu'il avait donné ordre de ne blesser aucun blanc et de les traiter correctement. Par après, lorsque les paras approchèrent, il donna l'ordre de tuer tous les Belges et les Américains.” Louis Vanderbruggen a survécu à l'enfer de Stanleyville. La prise d'otage dure trois mois. Un succession d'extrèmes. Aux périodes de traitement correct, succédait des périodes de cruautés sans limite. Les Simbas et certainement leurs chefs, devaient se rendre compte que les blancs allaient frapper en retour.

    Leur réputation d'invulnérabilité était toute relative. Le Simba qui avait couché avec une femme, qui avait touché un blanc ou qui avait bu de l'alcool perdait son immortalité. Ils étaient donc habitués à voir des cadavres de Simbas abattus. Selon leur croyance c'était la preuve d'une faute. La situation devenait plus difficile pour le blanc qui se voyait mettre au défis de tirer sur un Simba voulant lui prouver son immortalité. Au fur et à mesure que les semaines passaient, l'attitude vis à vis des blancs devint plus brutale. Il n'y eut toutefois pas de massacres. En tous cas pas sur les blancs. Mais bien sur les noirs s'ils appartenaient à une tribu hostile. Les blancs étaient alors obligés d'assister aux tortures. Souvent des passages à tabac jusqu'à la mort, ou des noirs qui étaient entravés avec des cordes aux mains, au cou et aux pieds, dont le corps était ensuite trempé d'eau et exposé au soleil de midi. Au fur et à mesure que les cordes sèchaient, la douleur devenait plus intense, à la fin la victime tordue de douleur crevait d'épuisement. Les enfants blancs devaient aussi assister à ces spectacles. Ces traumatismes ne guérissaient plus. Louis Vanderbruggen précise : “ À dix, non, vingt reprises nous avons été sur le point d'être abattus. Nous espérions tous ce  coup de grâce. Mais je l'ai déjà dit, la mort n'intéresse pas les noirs, bien la souffrance qui la précède.” “Pour la tantième fois nous avons été ramenés à l'Hôtel Victoria. J'avais entendu sur la radio Voice of America, Tshombe proclamer : 'Demain nous serons à Stanleyville. Ceux qui sont de notre côté devront porter un tissu blanc noué sur la tête. Ceux qui n'en prteront pas seront nos ennemis et seront abattus.' Nous n'y croyions plus. Notre sauvetage imminent avait si souvent été annoncé.

    Nous nous sentions abandonnés, trahis. Où restait la Belgique ? Où restaient les États-Unis ?

    “Le lundi 23 novembre, au lever du jour, je me réveillai en sursaut au bruit, que je n'avais plus entendu depuis longtemps. Des avions, Hercules C130, avec l'inscription USA. Les américains sont là ! Nous criions dans toutes les langues. J'ai vu des gens qui pleuraient, d'autres qui juraient. D'autres encore s'agenouillaient pour prier. Des gens que je n'ai jamais vu aller à l'église priaient à haute voix !” “Une heure durant les rebelles furent pris de panique. Ensuite ils se sont organisés. Ils nous ont chassés sur la rue. Les hommes ont été expulsés de l'hôtel Victoria, les femmes de l'hôtel des Chutes. Le célèbre colonel Opepe nous haranga : 'Je vais vous amener à vos compatriotes. Dites leur que nous ne vous avons pas fait de mal. Je souhaite que vous, avec eux,  quittiez notre pays pour ne jamais y revenir. Ce pays est à nous.' Il ne nous a pas accompagné sur plus de cent mètres, ses propres troupes l'ont abattu.”

    Un groupe de Simbas. Les histoires les plus cruelles circulaient sur ces rebelles.

    Un groupe de Simbas. Les histoires les plus cruelles circulaient sur ces rebelles.

    “ Les Simbas devenaient de plus en plus nerveux. Ils s'exitaient les uns les autres avec des cris 'ouwaouwao', tuez-les ! Subitement ils ont tiré dans le groupe. La première rangée de blancs tomba mortellement blessée. Je m'encourus en compagnie de Georges, nous avons sauté par dessus un muret et nous sommes couchés à terre pendant que les balles sifflaient.” “Nous sommes restés cachés jusqu'au moment ou j'entendis parler néerlandais. J'ai crié 'Hé les gars!'. Un sergent des paras appela 'Venez par ici, c'est fini, tout est fini, vous êtes sauvés'.“

    L'opération 'Dragon Rouge' fut un succès.

    Stanleyville et ensuite Paulis furent nettoyés de tout foyer de rebellion. Les paras du colonel Laurent avaient mérité leur défilé à Bruxelles. Avec les mêmes vêtements qu'il avait  portés pendant des mois, Louis Vanderbruggen, traumatisé, aterrit le 26 novembre 1964 à l'aéroport de Bruxelles avec des centaines de compatriotes. Pour la plupart, la période congolaise se clôtura pour de bon. Pas pour Louis Vanderbruggen. Six mois plus tard il repartit pour Elisabethville devenue Lubumbashi. Il était marié avec une belge née au Congo. Vanderbruggen reprit le travail dans une imprimerie. Cette fois-ci il séjourna à Kinshasa, antérieurement Léopoldville. Il fit un deuxième terme à Stanleyville et rentra définitivement en Belgique en 1973. Sa conclusion : “Le congo était dompté. Les congolais ont appris à connaître la poigne d'acier de Mobutu qui prit le pouvoir en 1965. Tous étaient domptés. De nombreux massacres avaient étouffé toute résistance. La peur des blancs d'une part, la tout-puissance de Mobutu d'autre part ont fait que le Congo était à nouveau vivable pour nous. Si c'était possible, j'y habiterais à nouveau dès demain.”

     

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    1964 Stanleyville : Des cadavres sur le trottoir devant l'hôtel Victoria ; un para qui cherche à se couvrir.

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    Scène de rue dans Stanleyville, 3 décembre 1964.

    Les magasins et les habitations sont pillées.

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    Les Simbas étaient accompagnés en permanence de leur 'munganga' (sorcier) qui les droguait au chanvre ce qui leur faisait croire qu'ils devenaient immortels

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    Kindu, 1964. Des soldats congolais avec un rebelle couvert de sang. Ils écoutent le mercenaire qui les enjoint d'épargner la vie de cet homme.

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    © 2002 Gust Verwerft - Congo-1960

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