Congo 1960

Passé et Evolution du Congo

Logo Congo-1960

Réveillon de Noël à M'budi

Les badauds du « mboka » courent derrière les véhicules.

Depuis quelques jours le calme paisible du petit village de M'Budi est dérangé par le va-et-vient des camions OTRACO Voies Fluviales en direction du Fleuve.

Les badauds du « mboka » courent derrière les véhicules.

De quoi s'agit-il ? . . '.. ,

Otraco

L'événement exceptionnel est l'arrivée d'une énorme barge sur les rives du Fleuve, à cet endroit. Les gens restent rêveurs devant ce spectacle et essayent de comprendre comment une barge pareille a réussi cette folle randonnée pour venir se perdre dans ce site enchanteur, réputé inaccessible à toute embarcation, grâce à la protection de ses nombreux rapides.

Une équipe courageuse de notre Armement réussit à amarrer la barge, non sans risques et périls car le bateau s'était blotti contre un ilôt rocheux au milieu des rapides.

Tout espoir de ramener le bateau à Léo par la voie fluviale était illusoire ; le verdict était : "démontage complet sur place.

Les grandes profondeurs du Fleuve à cet endroit ne permettaient pas de compter sur l'échouage de la barge pendant la saison sèche. Notre Direction décida le halage de la barge sur une des plages de M'Budi. En quelques jours le dispositif, spécialement conçu pour la circonstance, était en place grâce à l'étroite collaboration des divers services. Un slip artificiel de 60 mètres était posé sur la plage où d'eux énormes treuils permettraient d'obtenir la traction nécessaire pour haler ce mastodonte de 300 tonnes.

Otraco

L'opération débuta le 24 décembre à 6 h. du matin. C'est ici que 'se situe la prestation extraordinaire de l'équipe des haleurs du Chantier Naval et de leur chef européen : le halage de la barge V. 11 pendant la nuit de Noël.

Ce programme était imposé par la «décrue prématurée des eaux et l'état du terrain qui ne permettaient pas l'arrêt de l'opération. La barge risquait de s'enfoncer dans le sable et de s'immobiliser définitivement, d'où perte quasi certaine de cette unité.

Durant toute la journée les hommes tournent aux manivelles des treuils, les câbles de halage se tendent et se détendent alternativement — la barge avance chaque fois de quelques centimètres et son étrave sort bientôt de l'eau.

Les heures passent et les tams-tams battent fiévreusement ; sans arrêt et par relais successifs des hommes tournent toujours aux manivelles en scandant leur effort au rythme de leurs chants, que répercute la nuit. La barge avance tout doucement sur la plage.

« Minuit, Chrétiens » — « Joyeux Noël ».

OtracoLes tams-tams se taisent, les bras aux muscles meurtris tombent et des hommes contemplent le résultat de leurs efforts. Illuminée par une dizaine de faisceaux lumineux la barge semble surgir de la nuit. Les yeux de ces hommes, ces hommes de bonne volonté, brillent , car ils se rendent compte que leur effort commun n'est pas vain.

Ils jouissent pleinement de ces quelques minutes de paix et leurs pensées vont en ce moment vers ces êtres chers qui guettent leur retour.

Mais déjà des ordres sont criés dans la nuit, et le travail reprend ses droits aux sons rythmés, des tams-tams, les hommes tournent aux manivelles et leur effort se prolongera jusqu'aux premières clartés du matin, jusqu'au moment où il est certain que la barge est sauvée.

Le réveillon de Noël de cette poignée d'hommes, en pleine brousse et aux pieds de cette barge monumentale restera longtemps dans leur souvenir. C'est avec une fierté toute méritée qu'ils raconteront leur récit chez eux et que cette nouvelle se répétera de case en case.

Signé : H. M.

Otraco