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L’échec de l’opération « Watch Chain » © Par Jean Pierre Sonck

la sabena au temps des handleyLa révolte du CNL à Albertville

Dans la nuit du 26 au 27 mai 1964, Laurent-Désiré Kabila et Ildephonse Masengho, membres du Comité National de Libération présidé par Christophe Gbenye, organisèrent un soulèvement à Albertville avec la complicité de « Jeunesses Balubakat » et d'habitants de la ville déçus par la mauvaise administration. Certains militaires du 14e bataillon d'Infanterie de l'ANC et de la gendarmerie du Sud Kasaï se joignirent aux conjurés, car ils n'avaient pas reçu leur solde. Le complot se déroula sans anicroches et ils occupèrent les endroits stratégiques du chef-lieu du Nord Katanga tombé entre leurs mains. Le gouvernement provincial fut neutralisé et les rebelles formèrent un nouveau gouvernement à la solde du Comité National de Libération. Les Européens furent rassemblés dans l'hôtel du Lac, mais ils ne furent pas molestés, bien que quatre femmes belges soient violées par des soldats révoltés. La situation se détériora deux jours plus tard, lors du survol de la ville par des avions d'Air Congo. Ils transportaient des renforts envoyés d'Elisabethville par le colonel Louis de Gonzague Bobozo, commandant les troupes du 4e Groupement ANC, pour mater les rebelles du CNL,. Leur arrivée provoqua la panique des militaires révoltés qui retournèrent à la légalité et emprisonnèrent une centaine de rebelles pour se faire pardonner. Les troupes régulières reprirent le contrôle de la ville avec l'appui de la garnison et le colonel Bobozo ordonna l'arrestation des chefs rebelles. Laurent-Désiré Kabila, Ildephonse Masengho et leurs complices réussirent à s'enfuir, mais une terrible répression s'abattit sur les Congolais habitants les cités et il y eut plus d'une centaine de morts. Après cette victoire facile sur des rebelles mal armés, Louis de Gonzague Bobozo fut promu général-major de l'Armée Nationale Congolaise et la vie reprit son cours normal à Albertville. Au cours du mois suivant, des camions et des jeeps, livrés à l'ANC dans le cadre du programme d'assistance militaire américaine COMISH, furent débarqués à la gare du CFL. Ils étaient destinés à la garnison qui avait été renforcée par une compagnie du 5e bataillon d'Infanterie amenée de Stanleyville. Une équipe de sous-officiers de l'Assistance Technique et Militaire Belge demeura quelques jours sur place pour instruire les chauffeurs et les mécaniciens. Malgré cela, plusieurs véhicules furent détruits dans des accidents. La garnison était inquiète, car une importante bande de rebelles était signalée dans la région de Lulimba. Ils étaient placés sous le commandement du général Olenga qui s'était donné de l'avancement et qui avait pour mission de s'emparer du Maniéma, région natale de Gaston Soumialot. L'objectif du CNL était d'occuper Kindu en passant par Kabambare et Kasongo et d'éliminer les éléments hostiles à la révolution, c'est à dire l'administration jugée corrompue, l'armée et les missions chrétiennes très nombreuses au Congo. Les Forces Armées Révolutionnaires étaient constituées en majorité de partisans Babembe et Bavira qui s'étaient affublés de coiffures extravagantes : coiffes en peau de singe, casques de cycliste, béret, chapeaux ou boîtes en carton avec l'inscription «PM» (Police Militaire), « Technicien militaire » ou «Commando Simba », décoré de plumes d'oiseau, de fleurs, de boules de Noël, de chapelets et de tout ce qui était décoratif. C'était d'ailleurs recommandé par leurs sorciers. L'armement de ces Simba comprenait des armes modernes : fusils automatiques FAL, Mauser ou mitraillettes Vigneron capturée à l'ANC et des armes rudimentaires : machettes, arcs et fers à béton faisant office de lance. Les chefs de bande se donnaient des grades fantaisistes d'adjudant ou de lieutenant et ils obéissaient à leur chef à condition qu'il soit de la même région qu'eux et qu'il ait prouvé sa valeur au combat. Nicolas Olenga était persuadé qu'Albertville était imprenable, mais des rescapés du soulèvement du 27 mai le rejoignirent à Lulimba et lui apprirent que la ville était pratiquement sans défense. Il changea d'objectif avec l'accord de Gaston Soumialot et dirigea ses Simba vers le port d'Albertville. Le 14 juin, une avant-garde de partisans s'approcha de Bendera et la garnison ANC qui gardait la centrale électrique s'embarqua précipitamment dans neuf camions et prit la direction d'Albertville. Ils furent suivis par les deux techniciens européens de la centrale qui fournit l'électricité à Albertville. Lorsque ces fuyards annoncèrent l'arrivée des Simba, une panique générale s'empara des habitants. Les agents de la Filtisaf se réunirent à la gare du Chemin de Fer des Grands Lacs et le commandant Nariman, qui assurait la direction du navire à vapeur « Baron Dhanis » du CFL, embarqua quelques Européens et se tint prêt à lever l'ancre à destination du port de Bujumbura. Le consul belge Etienne Humblet et le consul US Jonathan Dean se rendirent sur place en avion, mais le consul belge jugea la situation exagérée et fit arrêter l'évacuation. La situation empira à nouveau après leur départ, car des soldats congolais du 5e bataillon d'Infanterie en position entre la ville et la centrale électrique avaient disparu en brousse dès qu'ils avaient appris l'occupation de Bendera par les «invincibles Simba». Le major Ndaba, commandant la Place d'Albertville, prit la fuite, car il craignait leur vengeance. La panique se répandit à nouveau parmi la population et le major Mowoso, chef du 14e bataillon d'Infanterie, suivit l'exemple de son chef. Tous les soldats congolais de la garnison abandonnèrent le camp militaire de l'ANC, situé près de l'usine textile Filtisaf, car on annonçait l'arrivée de guerriers baluba, bien connus pour leurs atrocités. Le directeur général Grandjean du Chemin de Fer des Grands Lacs (CFL) fut forcé de former un convoi ferroviaire qu'il fallut stationner en dehors de la ville, car les eaux du lac avaient inondé la gare. Les wagons furent pris d'assaut par les soldats et leur famille, chacun avec armes, bagages, meubles, chèvres et poules et le train s'ébranla vers Kabalo, tandis que d'autres militaires pillaient les magasins et volaient des voitures et des camions pour quitter la ville. Le « Baron Dhanis » du CFL, embarqua un groupe d'Européens avant de mettre le cap à destination de Bujumbura, mais ils durent payer un « matabich » aux gendarmes qui gardaient le port. Ces gendarmes prirent également la fuite et la Presse congolaise déplora le manque de combativité de l'ANC surnommée par les rebelles « Armée Non Contrôlée ». Soixante deux déserteurs débarquèrent du train à Kindu le 22 juin et ils y semèrent la panique par leurs racontars. Des renforts furent envoyés à Albertville et les avions retournèrent à la Luano avec des soldats blessés qui furent admis à l'hôpital « Prince Léopold » d'Elisabethville. L'aérodrome était encore libre lorsqu'un DC-3 se posa pour débarquer une cinquantaine de commandos de l'ANC. Il repartit aussitôt avec des femmes et des enfants. Les Simba s'approchaient de l'aérogare en tiraillant et les commandos de l'ANC se débarrassèrent de leurs armes et de leur uniforme au bruit de la fusillade. Ils s'enfoncèrent dans la brousse en direction de Kabalo. L'appareil du consul US Jonathan Dean survola la ville et tenta de se poser, mais les Simba venaient de prendre l'aérodrome et il retourna à la Luano. Le général Olenga entra à Albertville le 19 juin et il y fut accueilli avec les honneurs militaires par les Simba qui avaient pris la ville. Les rebelles occupaient le camp militaire et s'étaient s'emparés de véhicules et d'armes de l'ANC. Selon un pilote d'avion qui survolait la ville, des hommes armés occupaient l'aérodrome et des camions chargés de renforts rebelles se dirigeaient vers Albertville. Le drapeau à six étoiles de Lumumba fut hissé au mât de l'aérogare et le DC-3 d'Air Congo, qui effectuait la liaison régulière entre Bukavu et cette localité portuaire, fut accueilli à coups de fusils. Le commandant de bord signala à la tour de contrôle de Kamembe que des groupes armés l'avaient pris pour cible. Il aperçut des rebelles au pont de la Lukuga et à l'usine Filtisaf. Le lendemain, les leaders du CNL Ildephonse Masengho et Laurent-Désiré Kabila regagnèrent la ville et les chefs révolutionnaires ordonnèrent l'arrestation des fonctionnaires du gouvernement. Le président du gouvernement provincial Jason Sendwe, son ministre des Affaires économiques et son officier d'ordonnance furent assassinés peu de temps après, ainsi que le sénateur Kitenta, le directeur de la prison et trois magistrats. Une vingtaine de policiers furent victimes d'actes de torture avant d'être massacrés et les exécutions d'opposants se poursuivirent les jours suivants. Un homme d'affaires belge qui avait réussi à quitter la ville déclara que quarante Congolais avaient été massacrés à l'arrivée des Simba. Il restait près de 200 Européens, dont une cinquantaine de femmes et d'enfants.

Gaston Soumialot à Albertville

Albertville les missionaires battus par les simbaAncien directeur de propagande du MNC/L, nommé commissaire de district du Maniéma par Patrice Lumumba le 15 juillet 1960, Gaston Soumialot avait un passé peu reluisant. Né en 1922 à Malela (Maniéma) d'un père Songe et d'une mère Ankusu, il avait été condamné à deux mois de prison pour faux en écriture à la MGL de Kamituga en 1940 et à un an de prison pour faux en écriture à l'Otraco de Kalundu en 1949. De 1951 à 1956, il avait vécu à Brazzaville où il avait acquis la nationalité française. De retour à Bukavu en 1956, il fut condamné à trois ans de prison pour fausse identité. Après une brève carrière comme ministre de la Justice au sein du gouvernement Kashamura de sinistre mémoire en 1962, il fut révoqué le 5 juin 1962 et arrêté à Léopoldville le 9 octobre suivant. En 1963, il rejoignit le CNL à Brazzaville il reçut la mission de semer la révolte dans l'est du Congo. Son garde du corps était un Ankusu, originaire de la même région que lui. C'était une brute sadique et sanguinaire surnommée major « Bubu », car il était muet. Il se montra d'une grande cruauté envers les otages occidentaux lorsqu'il rejoignit Stanleyville peu après. Nommé président de la section de l'Est du CNL, Gaston Soumialot fut reçu le 29 juin par la population de la ville et il harangua la foule pour qu'elle participe à la lutte contre les autorités de Léopoldville. De son côté, Laurent-Désiré Kabila exhorta les « Jeunesses Balubakat » à se joindre aux Simba. Pendant ce temps à Elisabethville, le général major Louis de Gonzague Bobozo tentait de rassembler les troupes disponibles pour les envoyer en renforts sur la ligne de défense baptisée « Ligne Bobozo ». Par peur des maléfices rebelles, ses soldats refusèrent d'embarquer dans les appareils réquisitionnés à la compagnie Air Congo qui les attendaient à l'aérodrome de la Luano. Le général les exhorta à se méfier de toutes croyances néfastes «telles que le « Mulélisme qui n'est qu'une tromperie ». Afin d'éviter l'atterrissage de renforts de l'ANC, Gaston Soumialot donna l'ordre de rendre l'aérodrome inutilisable. La piste d'atterrissage fut obstruée de centaines de fûts d'essence de 200 litres, alors que dix fûts auraient suffi. Suite à un accord avec les autorités rebelles, l'ONU reçut l'autorisation d'évacuer son personnel et le navire à vapeur « Baron Dhanis » partit de Bujumbura et accosta le samedi 4 juillet au port du CFL à Albertville. Son retour à Bujumbura fut retardé, car les Simba craignaient une attaque de l'ANC et ils imposaient le silence radio. Il repartit le 7 juillet et transporta une centaine de réfugiés au Burundi, dont 32 membres de l'ONU, mais le docteur Beynet de l'OMS resta sur place. C'était le seul médecin dans cette ville de 10.000 habitants. Les sœurs blanches et les soeurs congolaises de Notre Dame d'Afrique l'aidèrent à soigner les blessés et les malades. Grâce au butin prit à l'ANC d'Albertville, les rebelles formèrent un bataillon des Forces Armées Révolutionnaires qui fut placé sous le commandement du colonel Beluchi. Il confia la fonction de chef d'état major au major Dunia et il partit en campagne en direction de Kabalo. La localité ferroviaire de Nyunzu tomba le 6 juillet et le port fluvial de Kabalo sur le fleuve Lualaba fut capturé quatre jours plus tard. Le 11 juillet 1964, Gaston Soumialot donna pour instructions à Nicolas Olenga d'occuper le district du Sankuru, de s'emparer de Kindu, chef-lieu du district du Maniéma, et de Stanleyville, chef-lieu de la province du Haut Congo. Pendant ce temps, Godefroid Munongo, nommé ministre de l'Intérieur du nouveau gouvernement de Salut Public formé par Moïse Tshombe, confirmait le retour des gendarmes katangais d'Angola, baptisées « Force Katangaises Libres » (FKL). Près de trois mille anciens gendarmes katangais des « Forces Katangaises de l'Intérieur » (FKI) sortirent du maquis les jours suivants pour se présenter à l'incorporation dans l'ANC. Ils défilèrent à Elisabethville le 17 juillet avec le drapeau katangais en tête et Godefroid Munongo leur promit le paiement des arriérés de solde. Après une rapide sélection, 150 Katangais furent incorporés à Jadotville pour former le 2e commando qui fut confié au lieutenant Nyembo. Pendant ce temps, Laurent-Désiré Kabila organisait l'attaque de Mpala, de Moba et de Baudouinville, des charmantes localités bordant le lac. Quelques dizaines de « Jeunesses », recrutés à Albertville, furent chargés sur des véhicules récupéré à l'ANC ou réquisitionnés qui prirent la direction du sud. Le 16 juillet, trois avions-cargos de la FATAC et des bimoteurs d'Air Congo se posèrent sur la piste herbeuse de Kamipini pour procéder à l'évacuation des Européens de Baudouinville, car la garnison ANC, prévenue de l'arrivée des rebelles, offrait de se rendre « pour éviter une effusion de sang ». Prévue à l'origine pour amener des vivres frais à Elisabethville, cette piste d'aviation privée, située à une cinquantaine de kilomètres au sud de Baudouinville, avait été construite en 1958 par Daniel Demaeght, un courageux colon, propriétaire d'un grand domaine. Suite à la fermeture de l'aérodrome d'Albertville, elle était devenue une escale régulière de la Force Aérienne Tactique Congolaise (FATAC), car elle permettait le débarquement de troupes et de ravitaillement pour l'ANC. Elle permettait également l'embarquement de viande et de pommes de terre pour le mess de Baka, la base militaire où était stationné le détachement de la Force Aérienne Belge. Ces aviateurs formant la Force Aérienne Tactique (FATAC) opéraient depuis juin 1964 avec une demi-douzaine de Douglas C-47 cédés par les Etats-Unis. L'occupation de Baudouinville par les « Jeunesses » de Laurent-Désiré Kabila débuta le 18 juillet et le grand séminaire et la mission catholique des Pères Blancs furent mis à sac. Une partie de la population étrangère était demeurée sur place, dont les pères missionnaires qui furent sauvagement battus et les commerçants grecs et portugais qui furent dépouillés de leur argent. Laurent-Désiré Kabila envoya un groupe de « Jeunesses » s'emparer de la plaine d'atterrissage de Kamipini, mais les fermiers européens de la région avaient été prévenus et ils dressèrent une embuscade. Le camion transportant les « Jeunesses » fut reçu à coups de fusils et ses quarante occupants furent tués. Le commissaire en chef de la Police Katangaise Sapwe Pius envoya des renforts de policiers à la plaine d'atterrissage de Kamipini, mais il se plaignit de manquer de volontaires et d'armes : « Nous avons des mortiers, mais pas de bombes » disait-il. Les hommes du détachement de la Police Katangaise qui s'approchaient de la localité avaient un excellent moral. Il ajouta « Baudouinville sera reprise dès que les renforts débarqueront à Kamipini ». Le commissaire Modeste Mbisu, qui avait installé son Poste de Campagne (PC) à la plaine d'atterrissage de Kamipini, envoya un message au ministre Munongo à Elisabethville par le poste radio de Kamipini pour lui signaler l'arrivée de cinq camions chargés de rebelles en renforts à Baudouinville. Peu après, il annonça que la ville était en feu. Le 26 juillet, les policiers katangais se trouvaient à 3 km de la localité. Ils étaient appuyés par 600 guerriers batabwa qui les avaient aidés à éliminer un élément rebelle. Selon le commissaire Modeste Mbisu, ils progressaient sans trouver de résistance. Un Cessna 310B d'Air Congo effectua un vol de reconnaissance au-dessus de Baudouinville où tout semblait calme. Le pilote Dino Vanni et le co-pilote Vincent Gauthier aperçurent plusieurs embarcations chargées de rebelles sur le lac. Soudain, leur avion fut la cible d'une mitrailleuse lourde et une balle explosive de 12,7 mm traversa le capot du moteur gauche et la paroi du poste de pilotage avant d'éclater dans l'habitacle, endommageant les instruments de bord. Bien que blessés, l'équipage réussit à rejoindre Elisabethville où il fut hospitalisé. Les policiers katangais préférèrent attendre des renforts de gendarmes et de policiers katangais avant d'occuper l'agglomération.

Création de l'Armée Populaire de Libération

Gaston Soumialot entouré de ses gardes du corps annonça aux journalistes présents à Albertville la formation d'un gouvernement provisoire du CNL, section de l'est, dont il était le président et le chargé de la Défense Nationale. La vice-présidence était confiée à Laurent-Désiré Kabila, Joseph Ramazani fut chargé des Affaires Intérieures et de la Fonction publique et Ildephonse Masengho fut nommé chef des opérations militaires de l'APL au Katanga. Le même jour, Joseph Ramazani écrivit à «Monsieur le chargé de la Défense Nationale» Gaston Soumialot que la population d'Albertville était menacée par certains militaires de l'APL qui désavouaient la discipline, bafouaient l'autorité et proféraient des menaces de mort. Le chargé des Affaires Intérieures du CNL le priait d'envisager la création d'une gendarmerie assez forte pour maintenir l'ordre dans toute la ville d'Albertville. Il préconisa la réorganisation de la Police Militaire révolutionnaire et ordonna la fermeture du seul bar encore ouvert. Joseph Ramazani se rendit en inspection à Kabalo et à son retour à Albertville le 23 juillet suivant, il annonça qu'une contre-attaque de l'ANC avait été repoussée et que ses hommes avaient saisis une grande quantité de munitions. Il ajouta que des mercenaires blancs avaient été repérés dans les rangs de l'ANC, ce qui était un fieffé mensonge. Le 24 juillet, Kindu tomba sans combat aux mains général-major Olenga grâce aux Dawa de la sorcière Mama Marie ONEMA qui monnayait ses services à la rébellion depuis le début de la révolte et il s'auto-décora pour ce fait d'armes. De nombreux soldats de la garnison ANC avaient rejoint les rangs de l'armée rebelle par sympathie pour la cause ou pour éviter d'être massacrés et le Comité National de Libération proclama officiellement la création de l'Armée Populaire de Libération (APL). Le vaillant et intrépide Nicolas Olenga fut promu au grade de lieutenant-général « commandant en chef de l'APL » par le président de la section de l'est Gaston Soumialot. Ayant appris l'intention du ministre Munongo d'envoyer des gendarmes katangais en garnison à Kongolo, le service de l'Information du Comité National de Libération se servit de cette nouvelle pour sa propagande et déclara dans son rapport d'activités : « Le CNL invite les soldats de l'ANC à méditer sur l'insulte grave qui leur est faite par le ministre katangais proposant de les faire remplacer à Kongolo par des gendarmes katangais qui ont servi la sécession du Katanga. Il invitait les militaires à considérer seule salutaire et bénéfique à tous les Congolais, l'action menée dans l'est par le compatriote Gaston Soumialot ». Outre les bimoteurs de transport Douglas C-47 et les hélicoptères Vertol-Piaseki H-21B, les Américains avaient fourni des avions d'appui North American T-28D armés de deux nacelles de mitrailleuse Browning M3 de 12,7 mm qui pouvaient emporter 1816 kg d'armement, dont des bombes ou des lance-roquettes de 70 mm. Cette petite force aérienne était commandée par le major John Gaither Merriman, un ancien pilote de l'US Air Force engagé en 1963 par « Intermountain Aviation Inc », société-bidon de la CIA. Les T-28D étaient entrés en action à Bukavu le 11 juin 1964 et l'offensive des Bafulero du col Bidalira avait été mise en échec par leurs raids aériens. En tant que spécialiste des opérations aériennes, le major Merriman reçut pour mission de repousser les forces rebelles qui menaçaient le Nord Katanga et il assura la mise en œuvre des T-28D à partir de la base aéro-terrestre de Kamina avec les Cubains Gustavo Ponzoa, Joachin Valera et René Garcia, trois anciens de l'aviation anti-castriste de la CIA qui avaient déjà piloté ce type d'appareil aux Etats Unis. Le 27 juillet, l'important nœud ferroviaire de Kabalo fit l'objet d'une attaque aérienne par les monomoteurs T-28D du major Merriman qui détruisirent plusieurs camions et des jeeps récupérés par les rebelles à l'ANC. Le 28 juillet vers 16h00, la colonne de véhicules transportant le bataillon de l'armée populaire du colonel Beluchi fut aperçu par un aviateur de la FATAC sur l'axe routier menant vers Kabongo. Le major Merriman alerta ses pilotes pour un décollage immédiat. Son but était d'attaquer la colonne ennemie à faible altitude pour rendre les tirs plus efficaces, mais les Cubains tentèrent de raisonner leur chef, car ils avaient effectué des raids aériens durant la matinée et avaient besoin de se reposer. L'objectif était à une heure de vol et aucune évacuation par hélicoptère de la FATAC ne serait possible en cas de crash, car ils reviendraient de mission à la base de Kamina à la nuit tombante. Le major Merriman repoussa leurs objections et trois T-28D Trojan s'envolèrent vers Kabongo. Une colonne de douze camions et de quatre jeeps en cours de progression fut repérée et attaquée en rase-mottes. Ils survolèrent une deuxième fois la colonne en faisant feu de toutes leurs armes, mais une mitrailleuse prit la formation pour cible et l'avion de John Merriman perdit de l'huile et se mit à fumer. René Garcia lui conseilla de se poser à Kabongo située à une centaine de kilomètres au nord de Baka. Un rapide survol de la piste d'aviation permis de se rendre compte qu'aucun obstacle ne l'encombrait, ce qui était signe que les rebelles ne l'avait pas encore occupée. Le major Merriman réussit à se poser, mais il était gravement blessé. Heureusement, les soldats congolais en retraite vers Kamina lui portèrent secours et l'emmenèrent à l'hôpital du BCK. Le 29 juillet, Ildephonse Masengho apprit la capture de Kabongo par le colonel Beluchi, mais ce fut la dernière bonne nouvelle pour le chef des opérations militaires de l'APL au Katanga. Privée de véhicules, l'offensive de l'APL piétina sur place. La nomination de Joseph Ramazani, chargé des Affaires Intérieures du CNL, comme commissaire extraordinaire pour les zones libérées ainsi que les zones sous opérations militaires n'y changea rien. L'Echo du Katanga annonça dans son éditorial du 1er août 1964 : « Faisons de Kamina notre Stalingrad ».

Contre-offensive de l'ANC

LMt Mac Intosh explique le maniement du PM Franchi  9mmPendant ce temps, Gaston Soumialot effectuait une tournée d'inspection le long de la ligne CFL jusqu'à Kabalo et s'arrêtait dans chacune des localités capturées pour parler à la population et lui expliquer le combat mené par le CNL. Il fut de retour à Albertville le 31 juillet et le 4 août, il préleva quatre millions de francs congolais à la banque du Congo pour payer la solde des Simba. Les communications radio entre Albertville et Kindu étaient sur écoutes et un message de Kindu adressé par le général Olenga à Gaston Soumialot à Albertville fut intercepté. Il annonçait l'emprisonnement de l'administrateur Victor Tshomba, de Paul Kabasele et du ltcol Victor Yuma pour détournement de deniers publics, abus de confiance, massacres haineux et utilisation de véhicules au détriment de l'APL. Le colonel Paul Kabasele avait droit à un Dawa plus fort en tant qu'officier et il ne demeura pas longtemps en prison car, on avait besoin de bons officiers sur le front (au sujet de cet officier, voir la lettre que lui adresse le major Salamba sur le front de Kindu en novembre 1964). Par le message radio « Pour général Olenga Kindu de Ambabel Usa », le colonel Henniquiau, ambassadeur de Belgique à Bujumbura, avisa le général Olenga que Gaston Soumialot arriverait à Kindu dans quatre jours. Une autorisation d'atterrissage était demandée pour évacuer de Kindu les femmes, les malades et les enfants en DC-3. Le général Olenga répondit qu'il partait en inspection sur le front pour quatre jours. Gaston Soumialot annonça qu'il viendrait à Kindu par la route avec la jeep, car la route était mauvaise. Il ne pouvait pas prendre le DC-3 à Bujumbura, car il n'y avait pas d'atterrissage possible avant son arrivée. En définitive, ce projet d'évacuation aérienne ne put aboutir. Quelques jours après le départ de Gaston Soumialot pour Kindu, les Simba qui occupaient Albertville perdirent toute discipline et pillèrent les habitations des Européens qui furent malmenés. Les pères missionnaires furent battus et les R.P. Lenaerts et Stove moururent sous les coups. Les forces rebelles menaçaient Kamina et à la demande du général Mobutu, le colonel Marlière, conseiller du Quartier Général/ANC, se rendit à Elisabethville avec le colonel Logiest, chef de la mission d'assistance militaire belge CAMAC. Le commandant en chef de l'ANC leur avait donné pour mission d'examiner la situation militaire du 4e Groupement ANC. Après avoir rencontré le général Bobozo à son QG, ils rejoignirent Kamina Base pour faire l'inventaire des hommes et du matériel disponible. Près de 300 soldats en état de combattre furent repris en mains pour former le 12e Bn d'infanterie ANC confié au ltcol Kakudji, un pur Baluba qui avait servi comme adjudant à la Force Publique. Il connaissait bien les rebelles pour avoir guerroyé dans les rangs de la Balubakat durant la sécession katangaise ! Il avait reçu le commandement du Centre d'Instruction de Kongolo en récompense de ses bons et loyaux services. Ces troupes furent renforcées par le 4e commando ANC du major Utshidi, formé d'éléments venus du Kwilu, et par le 2e commando du lt Nyembo, composé d'anciens gendarmes katangais qui avaient défilé dans la ville en chantant. Avec ces renforts, la colonne du ltcol Kakudji comptait près de 500 hommes qui progressèrent le long du rail BCK avec un blindé Ferret en avant-garde dont les tirs terrorisaient les rebelles. Le colonel Marlière fit le maximum pour que l'aviation de la FATAC et le chemin de fer assurent un ravitaillement régulier au ltcol Kakudji. Il bénéficia également de l'appui des hélicoptères de la FATAC pour l'évacuation de ses blessés. L'avant-garde rebelle fut attaquée par les avions T-28D de la CIA et repoussée à 70 km de Kaminaville. La menace s'éloignait de la centrale électrique de la Kilubi qui alimente la base en électricité et qui lui assure le ravitaillement en eau potable. Eustache Kakudji poursuivit sa progression vers l'est dans l'intention de reprendre Albertville. Ce fut le début de la contre-offensive de l'ANC au Katanga. Le 4 août, deux bimoteurs de la FATAC transportèrent trente-sept policiers katangais qui s'étaient portés volontaires pour rejoindre Kamipini et attaquer les Simba à Baudouinville. Les Douglas C-47 débarquèrent également deux jeeps Willys et des policiers pour empêcher les Simba de s'attaquer à la plaine d'aviation. Après de violents accrochages avec les rebelles, les policiers encerclèrent Baudouinville et attendirent les troupes venant de Pweto pour reprendre la ville. Gaston Soumialot, chargé de la Défense Nationale et président de la section de l'Est du CNL, se rendit à Baudouinville où il déclara que les Européens d'Uvira et d'Albertville seraient massacrés si des mercenaires participaient à l'attaque contre ses troupes. Les nouvelles n'étaient pas bonnes pour Idelphonse Masengho, chef des opérations militaires de l'APL au Katanga, car le 10 août, les Katangais reprirent Baudouinville et Moba aux rebelles. Gaston Soumialot ne mit pas ses menaces à exécution et les otages furent libérés par d'anciens gendarmes katangais qui massacrèrent toutes les « Jeunesses » et les dépouillèrent de leur butin. Ces localités avaient beaucoup souffert de l'occupation rebelle et les pères missionnaires, découragés, étaient prêt à tout abandonner. Les Katangais qui avaient repris Baudouinville estimaient que leur mission était terminée et ils rejoignirent Kamipin avec leur butin dans l'attente d'un avion pour rentrer chez eux. Godefroid Munongo leur intima l'ordre de rester sur place, car la guerre n'était pas finie. Un des appareils T-28D basés à Baka attaqua une colonne rebelle sur la route Kabalo-Kasongo, causant de nombreuses pertes rebelles et détruisant trois véhicules. Les Européens de Manono furent évacués en DC-4 d'Air Congo et cette cité minière fut occupée par une bande de Simba, mais ils la trouvèrent déserte et ne purent y récupérer aucun véhicule. Le 7 août, le colonel Vandewalle, ancien administrateur en chef de la Sûreté coloniale, fut envoyé en mission au Congo par le ministre Spaak. Après un bref séjour à Léopoldville où il rencontra Moïse Tshombe et le général Mobutu, il rejoignit les colonels Logiest et Marlière à Baka. Le 10 août, ils se rendirent ensembles sur le front de Lenge, au-delà de Kabongo, à 150 km de Kamina Base. Leur tournée d'inspection s'effectua avec deux hélicoptères H-21B « Banane volante » mis à leur disposition par le major aviateur Blume de la FATAC. Ils transportaient du ravitaillement en vivres et munitions pour la colonne du ltcol Eustache Kakudji qui avait établi son PC dans la gare de Lenge. Les officiers belges se présentèrent à son PC et écoutèrent ses doléances, ensuite, le colonel Vandewalle se réunit en aparté avec le colonel Marlière et le colonel Logiest pour débattre de la situation. Il leur proposa un plan qui semblait la seule solution valable : constituer des colonnes mixtes de mercenaires et de soldats congolais et katangais pour converger vers la capitale des Simba sous la protection de l'aviation. A l'issue de cette visite sur le front, les officiers belges se mirent d'accord et le plan de contre-offensive fut présenté au général Mobutu par le colonel Marlière, tandis que le colonel Logiest en faisait part aux Américains du COMISH (mission d'assistance technique US). Peu après, le ltcol Kakudji reprit sa route vers Albertville via Kabalo. Le 13 août, M. Mennen-Williams, sous-secrétaire du Département d'Etat US, débarqua à Léopoldville pour consulter le gouvernement congolais sur l'exécution des programmes d'assistance militaire américains. Après avoir rencontré l'ambassadeur McMurtrie Godley et le Chief of Station de la CIA Benjamin Hilton Cushing, il eut de longs entretiens avec le Comité National de Sécurité dont faisait partie le premier-ministre Tshombe, le général Mobutu, le ministre de l'Intérieur Munongo et l'administrateur en chef de la Sûreté Victor Nendaka. Le général Mobutu demanda la fourniture de bimoteurs B-26K à long rayon d'action. Au même moment, le colonel Marlière discutait avec le col Frank Williams du COMISH et un haut fonctionnaire du Département de la Défense US de différents plans pour contrer l'action des rebelles du CNL qui avaient fondé une république populaire à Stanleyville. Le plan du colonel Vandewalle fut accepté sans réserve.

Mission de reconnaissance à Moba

Mike Hoare e le sergent Grant à AlbertvilleMis au courant du plan du colonel Vandewalle, le Comité National de Sécurité convoqua le major Hoare, officier mercenaire au service de Moïse Tshombe. Il reçut une directive écrite signée par le général Mobutu lui demandant de recruter des mercenaires en République Sud-Africaine (RSA) pour constituer des colonnes de mercenaires. Sa mission prioritaire était de reprendre Albertville, Manono, Fizi et Uvira avec une compagnie de 200 mercenaires qui seraient formés à Kamina le plus rapidement possible. Trois cents Sud-Africains s'y ajouteraient pour former six groupes mobiles et cinq cents autres devaient aider l'ANC à reprendre Stanleyville. Le recrutement se limita finalement à six cents mercenaires anglophones dont deux cents furent déclarées inaptes ou refusèrent les conditions du contrat. Le général Mobutu donna l'assurance au major Mike Hoare que tout l'armement et l'équipement nécessaires à ses hommes se trouvaient à Baka. Confiant dans sa mission, l'officier voulut s'assurer la sympathie de l'attaché militaire américain, car les Etats Unis se montraient fort réticents à l'emploi de mercenaires Sud-Africains. Le colonel Raudstein lui fit un bon accueil et il fut autorisé à emprunter un Lockheed C-130E Hercules de l'USAF à Ndjili pour rejoindre Kamina Base, mais il fut averti que tous ses déplacements ultérieurs en avion américain nécessiteraient l'accord de l'ambassadeur McMurtrie Godley. Le major Hoare fut reçu à Baka par le major aviateur Blume auquel il demanda de l'aide pour préparer l'arrivée de ses recrues. Il dut rapidement déchanter, car les dépôts de la base étaient aussi vides que ceux du 2e Groupement/ANC. Le major Blume contacta le Consulat de Belgique à Elisabethville et il conseilla au Sud-Africain de s'y rendre en avion pour demander du matériel et de l'équipement au 4e Groupement ANC. Mike Hoare emprunta un des bimoteurs de la FATAC pilotés par des aviateurs belges qui se rendait à Elisabethville. A son arrivée à la Luano, il fut accueilli par le vice-consul de Belgique Guillot et par le Cdt Cochaux, conseiller S4 du QG/4e Groupement ANC. Les rebelles devenaient menaçants et le vice-consul Guillot était fort préoccupé par la situation de ses compatriotes d'Albertville. Mike Hoare se rendit avec le Cdt Cochaux au QG d'Elisabethville pour demander une aide matérielle au général major Louis de Gonzague Bobozo, mais le chef du 4e Groupement ANC refusa de vider les dépôts du camp Massart. Il fallut un ordre du Grand Quartier Général de l'ANC à Léopoldville pour que Mike Hoare obtînt une centaine de tenues d'exercices et de l'équipement provenant des vieux stocks de la Force Publique. Le Sud Africain télégraphia à son adjoint Alastair Wicks chargé du recrutement dans le sud de l'Afrique pour qu'il n'envoie provisoirement qu'une centaine de recrues. Il s'adressa ensuite à des firmes privées pour obtenir de la literie et de quoi nourrir ses hommes. Grâce à M. Galloy, le directeur de l'Elakat, il reçut du matériel de cuisine, des couverts et des matelas que deux Douglas C-47 transportèrent à Baka. Pendant ce temps, vingt-deux Européens, dont vingt commerçants grecs et deux commerçants belges (Van Esche et Desmet), arrivaient à Bujumbura à bord d'un canot à moteur du « Yacht club du Tanganyika » et d'un bateau de pêche. Ils s'étaient enfuis d'Albertville dans la nuit du 12 au 13 août. Ces réfugiés confirmèrent que la situation était très tendues dans la ville suite à la fuite des autorités rebelles et que les magasins de l'avenue Storm avaient été pillés par les « Jeunesses » qui commettaient de nombreuses exactions. Ils avaient promené les Pères missionnaires dans la ville et les avaient battu en public. Deux d'entre eux avaient été tués. Selon des informations recueillies par la Sûreté Nationale dirigée par l'administrateur en chef Victor Nendaka, les autorités rebelles établies à l'hôtel Paguidas de Bujumbura avaient affrété un avion privé qui devait se rendre à Kindu le 17 août. Les épouses des agents CFL bloquées à Bujumbura étaient autorisées à confier quelques colis de vivres et du courrier pour leur mari bloqués en zone rebelle. Au cours d'une réunion qui se déroula le 16 août à Elisabethville avec le vice-consul de Belgique Robert Guillot et le Cdt Cochaux du QG/4e Groupement, le major Hoare leur parla de l'opération amphibie qu'il projetait : s'emparer de l'aéroport d'Albertville par surprise en débarquant avec ses mercenaires sur les rives du lac Tanganyika. Son expérience nautique comme président du « Yacht Club » de Durban et le fait qu'une opération amphibie lui évitait de devoir traverser en camion les territoires rebelles avaient influencé son choix. Le 18 août 1964, trois Douglas B-26K Counter Invader atterrirent à Ndjili. Leur arrivée avait été annoncée la veille à l'ambassade américaine par le département de la Défense américain. Ils reçurent les couleurs congolaises et ils furent présentés à Moïse Tshombe et au général Mobutu. Ces bombardiers bimoteurs B-26K modernisés étaient munis de moteurs plus puissants et de réservoirs d'une capacité importante. Ils atteignaient une vitesse de 587 km/h et étaient dotés d'un équipement radio ultramoderne. Leur voilure renforcée avait huit points d'attache pour charges extérieures, principalement des nacelles de roquettes de 70 mm. En outre, ils étaient armés de huit mitrailleuses de 12,7 mm dans le nez. Placés sous le commandement du cpn Alvarez, ces appareils bimoteurs furent basés à Baka et les pilotes cubains débutèrent immédiatement leur entraînement. Pendant ce temps, Mike Hoare retournait à Baka pour mettre le major Blume au courant de son projet de raid amphibie et obtenir sa collaboration pour la mise en oeuvre de son plan. Le commandant en second de la FATAC lui trouva une place sur un Douglas C-47 qui se rendait à Kamipini. Après deux heures de vol, le bimoteur se posa sur la piste et il fut accueilli par Daniel Demaeght qui était resté sur place durant les événements. Daniel Demaeght, qui était en contact radio régulier avec Elisabethville et Baka, avait été averti de son arrivée. Mike Hoare reçut des informations très intéressantes sur les plateaux des Mitumba et sur la région qui avait fort souffert de l'occupation rebelle. Un missionnaire lui parla des Simba qui provenaient en majorité du Maniema et qui terrorisaient la population locale. Le colon belge conduisit Mike Hoare à Moba au bord des rives du lac Tanganyika, car l'officier sud-africain cherchait l'endroit idéal pour démarrer son opération commando.

Message alarmant

Italiens du 5e coldo armes de fusils Cetme Après son séjour à Moba, le major Hoare retourna à Kamipini. Il débarqua du Douglas C-47 à Baka et un Lockheed C-130E de l'USAF le conduisit à Léopoldville où il parvint à obtenir l'accord du général Mobutu. Son plan fut également accepté par le QG/ANC et le col Logiest lui suggéra d'utiliser le matériel de Génie fourni par les Américains du COMISH pour son raid amphibie baptisé « Watch Chain ». Il s'agissait de bateaux d'assaut M2 de 4,06 mètres de long sur 1,77 mètres de large équipés d'un moteur hors-bord. Deux bateaux accouplés pouvaient transporter douze hommes avec leur équipement. Une dizaine de ces bateaux à fond plat fut transportée à la base de Kamina par Lockheed C-130E. Le vendredi 21 août 1964 à 7h30 du matin, les opérateurs de la tour de contrôle de Baka reçurent pour instructions d'autoriser l'atterrissage d'un avion de ligne du «Southern Rhodesian Air Services». Le quadrimoteur DC-4 se posa sur la piste de Lumwe et Mike Hoare assista au débarquement du premier contingent de mercenaires recruté par Alastair Wicks. Ils s'alignèrent au bord de la piste pour une rapide inspection et quatre d'entre eux, qui étaient trop vieux pour combattre, reçurent l'ordre de remonter dans l'avion qui repartait vers le Sud. Les recruteurs étaient payés à la pièce et ne s'arrêtaient guère à ce genre de détail, d'autant plus qu'Alastair Wicks n'avait pas trouvé suffisamment de candidats. Hoare voulait prouver sa valeur par une victoire éclatante et il se contenta d'une quarantaine de recrues pour le 5e Commando Group : des Sud Africains, des Rhodésiens, des Allemands, des Italiens, quelques Grecs, un Hollandais, auxquels s'ajoutaient les Belges Charles Masy, François Latinis et Maurice Jacquemin et le Français Claude Chanu. Les mercenaires furent transportés par camion au mess pour un copieux déjeuner, puis ils se reposèrent dans une des villas inoccupées. Le confort était rudimentaire et l'unique lieu de plaisir était le « Texas bar ». Le lendemain, à huit heures du matin, ils retournèrent à l'aérodrome pour décharger un Lockheed transportant du matériel. Ce nouvel arrivage déchargé par les recrues comprenait des armes neuves qu'il fallut nettoyer de leur graisse. Chaque homme perçut une arme, soit un pistolet-mitrailleur italien Luigi Franchi LF-57 en 9 mm, soit un fusil automatique espagnol Cetme modèle 58 en 7.62 mm (fusil identique au G3 de Heckler & Koch). Ils reçurent une instruction sommaire avec tir à balles réelles sur les deux armes en dotation. Mike Hoare ordonna ensuite le rassemblement de la compagnie « A » du 5e Commando Group. Ils reçurent une tenue d'exercice et un équipement complet et après un drill rapide, six d'entre eux furent sélectionnés pour être nommés au grade d'officier subalterne : Eric Bridge, Pat Kirton, J.S. Mc Intosh, les Belges Charles Masy, François Latinis, anciens du Katanga et l'Allemand Siegfried Mueller, ancien de la Wehrmacht avec la Croix de Fer. Le 23 août à huit heures, ils retournèrent au mess pour déjeuner, puis ils furent rassemblés par leurs officiers devant le major Hoare qui leur fit un résumé de la situation. Le lt John Stuart Mc Intosh, promu officier d'état major du 5e Commando Group, établit la note « Part one orders » adressée à la troupe : « La compagnie défilera en ordre de bataille avec son paquetage de combat prêt pour participer à l'opération Watch Chain. Les volontaires suivants formeront l'arrière-garde ». Il pondit également « Part two orders » qui reprenait les effectifs présents à Baka à la date du 23 août. Le lt Masy était attaché au Quartier Général du 5e Commando Group en tant que « Supply Officer ». Il était chargé de réceptionner et d'emmagasiner à Baka l'équipement et l'armement livré par les Lockheed C-130E et d'établir un cantonnement pour les volontaires qui devaient débarquer les jours suivants. Le mercenaire italien Bellotto fut détaché au Quartier Général du 5e Commando Group en tant que secrétaire, car il savait taper à la machine. Dans le courant de la journée, le consulat belge d'Elisabethville relaya à Baka un message alarmant du général Henniquiau, ambassadeur de Belgique à Bujumbura : « Pour Consubel Eville et général Bobozo de Ambabel Usa. Immédiat. N° 526 du 23 août à 13h50. Je vous demande de faire le nécessaire pour que l'on attaque immédiatement - répète - immédiatement Albertville. La vie d'environ 120 Belges est en jeu. Prière de me tenir au courant de toute urgence. Bateau Dhanis est parti le 22 à 18h00 pour là bas. Fullstop ». Le major Blume, commandant en second de la FATAC, alerta immédiatement ses pilotes, tandis que Mike Hoare envoyait la section de Siegfried Mueller à l'aérodrome de Lumwe. Les hommes prirent place dans deux bimoteurs Douglas C-47 qui transportèrent également des munitions, des vivres et quatre embarcations M2 à Kamipini. Le but de Mike Hoare était d'embarquer avec son commando et de naviguer jusqu'à Albertville sous le couvert de l'obscurité, puis de débarquer durant la nuit sur la plage la plus proche de l'aérodrome (situé à dix kilomètres de la ville sur la rive gauche de la Lukuga). Les Douglas B-26K pilotés par les Cubains devaient appuyer son attaque au lever du jour. Dès la capture de l'aérodrome, des Douglas C-47 de la FATAC devaient débarquer des renforts pour reprendre la ville. Selon les estimations, les effectifs de l'APL à Albertville s'élevaient à 1500 Simba.

Départ de l'opération amphibie

Italiens du 5e coldo armes de fusils Cetme Dans la soirée, le major Mike Hoare rejoignit la section de Siegfried Mueller à Moba avec les trois autres sections. A leur arrivée sur place, le lt Latinis prétendit que le lac était dangereux à la navigation et Mike Hoare fut confronté à un début de mutinerie. Il sortit son pistolet GP pour se faire obéir, mais il dut se résoudre à laisser sur place les fortes têtes, dont cinq Italiens, trois Grecs et le Belge Maurice Jacquemin qui soutenaient le lt Latinis et refusaient de s'aventurer dans cette entreprise. La malchance s'acharna sur le major Hoare, car il n'avait pu obtenir en temps voulu le matériel radio nécessaire pour les liaisons avec l'ANC et la FATAC et il n'avait qu'un simple récepteur radio pour écouter les nouvelles. Comble de malheur, un des bateaux avait été endommagé au cours du transport en camion (Mike Hoare soupçonnait un des récalcitrants de l'avoir sciemment saboté), un des moteurs hors bord avait des problèmes et la caisse de fusées de signalisation avait été égarée. A ce moment, il reçut un message transmis par le ltcol Bangala lui conseillant d'annuler son opération, car elle était vouée à l'échec. Alphonse Bangala avait occupé la localité de Kapona le 15 août avec le 21e bataillon d'Infanterie de l'ANC composé de soldats congolais et de gendarmes katangais et il était supposé attaquer Albertville, mais son avance avait été stoppée à une centaine de kilomètres par une embuscade des rebelles. Il attendait le moment propice pour attaquer la ville, mais il était clair qu'il n'avait pas très envie de combattre. Le major Hoare reçut l'ordre de lui envoyer quelques hommes pour l'encourager à attaquer par voie terrestre pendant qu'il débarquait avec son commando. Il désigna le lt Mc Intosh, trois Sud Africains et les fortes têtes de son commando avec le Lt Latinis, pour soutenir cette attaque terrestre. Après le départ en camion de cette section pour Kapona, les embarcations destinées à l'opération amphibie furent mises à l'eau avec une bonne réserve de carburant et les moteurs furent testés par le mercenaire allemand Bernard Kohler. Vers minuit moins quart, le major Hoare donna le signal de départ de l'opération amphibie « Watch Chain » et les trente-deux membres du commando prirent place à bord des bateaux qui naviguèrent vers le nord. A 4h00 du matin, ils accostèrent près de la mission des Pères Blancs à Mpala pour se reposer en attendant la nuit. Vers midi, un Père Blanc de la mission apporta à Mike Hoare un message radio alarmant que l'émetteur de Mpala avait reçu à l'aube du CFL d'Albertville et retransmis à Elisabethville : « Gaston Soumialot a donné l'ordre de massacrer les missionnaires emprisonnés dans les 48 heures ». Le Père Blanc avait reçu pour instruction de contacter le chef du commando amphibie en route pour Albertville pour qu'il tente leur sauvetage. Mike Hoare promit de tenter le maximum et demanda du « petrol » pour alimenter les moteurs. Alors qu'ils naviguaient vers Albertville, les moteurs des embarcations tombèrent en panne l'un après l'autre à cause d'un mauvais mélange huile/essence (selon un des participants, ils auraient reçu des indigènes du pétrole pour lampe au lieu d'essence). Ils étaient encore loin de l'objectif et Bernard Kohler devait fréquemment passer de canot en canot nettoyer les tubes d'arrivée du carburant. Sur ordre de leur chef, les membres du commando se mirent à pagayer et le 25 août vers quatre heures du matin, ils parvinrent au cap Rutuku, à une vingtaine de kilomètres au sud d'Albertville. Après avoir accosté, Mike Hoare organisa la défense de la position pour permettre à ses hommes de bivouaquer au cap Rutuku. Peu après, il chercha un bon observatoire pour observer Albertville dont les lumières brillaient dans le lointain. Vers 10h00, Mike Hoare réunit les lieutenants Mueller, Bridge et Kirton pour discuter d'un changement de programme. L'approche par le lac était annulée suite aux incidents techniques et le commando allait progresser à pied le plus rapidement possible en longeant les rives du lac jusqu'à la route de Rutuku qui conduit à Albertville. Un petit groupe demeura au cap Rutuku avec la mission de réparer les moteurs et de les rejoindre en suivant la rive. Pendant ce temps, un message d'Albertville capté à Elisabethville annonçait que les Européens serviraient d'otages en cas d'attaque. Un homme prétendant être le général Olenga, alors en campagne pour prendre Bukavu, confirma personnellement la menace. Gaston Soumialot était à Kindu depuis deux semaines et il s'apprêtait à rejoindre Stanleyville par la route pour occuper le poste de ministre de la Défense Nationale du gouvernement de la République Populaire du Congo. Par le réseau radio du CFL, il exigea que l'on envoie d'urgence un navire à Albertville pour permettre l'évacuation des autorités rebelles vers Bujumbura et il ajouta comme menace : « Le directeur du CFL en répond sur sa vie ». L'avance le long de la rive du lac fut une marche épuisante pour les hommes de Mike Hoare, car ils étrennaient de nouvelles bottines. Ils étaient chargés de munitions et d'équipement et ils n'étaient pas familiarisés avec la progression en brousse sous une chaleur tropicale. Le premier village rencontré sur leur route était désert, car les habitants craignaient les soldats, mais vers 13h00, ils parvinrent à Malembe, où les villageois les accueillirent par des «Yambo» retentissants. Un chiffon blanc pendait au bout d'une branche et le chef du village tenta de leur expliquer par de grands gestes sa crainte des Simba.. Ils y effectuèrent une halte et reçurent des bananes et du Lutuku dans des calebasses. Tout semblait tranquille, lorsque vers 15h15, une trentaine de rebelles coiffés d'un bonnet en peau de singe et armés de vieux Mauser à un coup et d'armes traditionnelles envahirent le village en hurlant frénétiquement « Maï Mulele ». Ils furent rapidement encerclés et abattus par un feu nourri de fusils automatiques malgré leur « Dawa » qui transformait les balles en eau. Seul une dizaine de survivants parvint à s'enfuir vers Albertville à travers les collines. Ces jeunes soldats de l'APL avaient touché leur solde et les hommes de Mike Hoare récupérèrent l'argent comme butin de guerre (le commandant de ces Simba avait 30.000 FC en poche) et deux fusils.

Raids aériens sur le port d'Albertville

Vers 16h00, les hommes de Mike Hoare furent rejoints par les mercenaires embarqués sur les bateaux M2. Ils avaient réussi à réparer un des moteurs hors-bord et avaient pris les deux autres embarcations en remorque pour économiser le carburant. On en revint à l'opération amphibie, car le chef du village de Malembe leur déconseilla d'emprunter la route de Rutuku fort fréquentée par les Simba. Dès la nuit tombée, les membres du commando se mirent en route pour sauver les missionnaires et le 26 août à 2h00, ils accostèrent près du centre d'Albertville et ils se dirigèrent vers une route éclairée à giorno qui longeait la rive. Les Simba étaient sur leur garde et ils ouvrirent un feu croisé de mitrailleuses, rendant tout mouvement impossible. Mike Hoare se retira au cap Rutuku et dans la matinée, il envoya le Lt Kirton et trois ses hommes à la mission de Mpala avec le seul canot en ordre de marche pour demander par radio du carburant, des munitions et du ravitaillement à larguer au point convenu d'avance avec le major Blume. Le lt Kirton devait également annoncer à Baka qu'ils attaqueraient l'aérodrome à l'aube et que les avions pourraient atterrir à partir de 8h00. Alors que le Lt Kirton naviguait vers le sud, le moteur de l'embarcation s'arrêta une nouvelle fois et il dut rejoindre la mission de Mpala à pied avec ses hommes, en marchant le long de la rive du lac. Soudain, ils furent survolés par un avion de tourisme loué par le journaliste John LATZ qui retourna à Elisabethville pour annoncer à son agence que le commando de Hoare était réduit à quatre survivants. Le lieutenant Mc Intosh ignorait l'échec du commando amphibie lorsqu'il décida d'embarquer avec ses hommes dans deux jeeps prêtées par le ltcol Bangala. Ils emportaient leur fusil Cetme, une centaine de cartouches par homme et des grenades incendiaires. Leur but était tenter un raid sur la mission des Révérends Pères Blancs d'Albertville pour mettre les religieux en sécurité. Le lieutenant Latinis resta à l'arrière à Kapona en attente d'un message de Baka. La route de Kapona descendait en lacets des monts Mujila vers Albertville et ils entrèrent à pleine vitesse dans la ville, traversant le pont de la Kalemie vers la mission, mais ils furent attaqués par les Simba qui avaient mis une mitrailleuse en action près de la gare CFL. Sans plan de la ville, ils se perdirent et empruntèrent une voie sans issue. Ils perdirent une jeep et firent demi-tour afin d'échapper au feu des rebelles. Le lieutenant Mc Intosh perdait les pédales, les mercenaires grecs étaient blessés et ils avaient épuisé leurs munitions. Des rebelles drogués tentèrent de leur barrer la route et ils balancèrent leurs dernières grenades incendiaires. Maurice Jacquemin fut brûlé par des éclats de phosphore et ils s'entassèrent avec les blessés dans leur unique véhicule pour s'enfuir à toute allure vers Kapona. Arrivés à Kansimba, les mercenaires blessés dans l'opération furent embarqués dans un avion monomoteur de l'ONU, mais le pilote dut faire un atterrissage d'urgence dans la brousse peu après le décollage et il fallut chercher de l'aide dans la ferme d'un colon. Les blessés furent finalement évacués par la route vers Kamipini et le C-47 de l'adjudant Devisscher les transporta à Elisabethville où ils furent hospitalisés. Ils désapprouvaient l'action du lieutenant Mc Intosh et critiquaient sa manière d'agir durant le combat. Ils lui reprochaient surtout de les avoir entraînés dans cette aventure risquée. Pendant ce temps, l'Etat Major du QG/ANC engagea les Douglas B-26K basés à Baka. Les pilotes cubains effectuèrent deux raids par jour et s'en donnèrent à coeur joie, car ils n'avaient pas à craindre de défenses anti-aériennes. Les bimoteurs mitraillèrent le port, la gare, des bâtiments administratifs, des locomotives et des wagons du CFL, des véhicules et quatre blindés hors d'usage abandonnés par l'ANC au bord de l'aérodrome. M. Bruart, directeur du CFL était furieux, car ils avaient incendié ses bureaux et la gare à coups de roquettes. Le «Tanganyika» et trois barges chargées de marchandises de la société textile Filtisaf avaient été coulés à coups de roquettes et le vapeur « Dhanis », arrivé de Bujumbura le 22 août avec des journalistes français, avait été mitraillé, car le QG de l'armée congolaise croyait que les chefs rebelles s'y étaient embarqués pour fuir. Peu après, il fut à nouveau mitraillé et le feu se déclara à bord. Le navire brûla de bout en bout. Les journalistes français filmèrent l'attaque des B-26K et la riposte des Simba, dont toutes les armes étaient pointées vers le ciel. Ils tiraient comme des forcenés en hurlant « Maï Mulele, Maï Mulele». Les attaques aériennes semaient la terreur et des rebelles parcouraient les rues de la ville en pleine panique pour fuir les avions. Le raid aérien fit septante morts chez les guérilleros qui massacrèrent le commissaire de Police Vundelinckx en représailles et emprisonnèrent trente-huit otages européens au camp militaire. Les gardiens aiguisèrent leur machette pour leur faire peur et menacèrent de les fusiller. Depuis le cap Rutuku où il attendait une réponse de Baka, le chef du commando assista au passage des bombardiers qui attaquaient Albertville. Il tenta de signaler sa présence en réfléchissant les rayons du soleil avec un miroir et en lançant des grenades au phosphore, mais sans résultat. Les bimoteurs C-47de la FATAC amenant les renforts promis effectuèrent trois circuits autour de l'aérodrome qui était toujours aux mains des Simba et l'appareil piloté par le cpt Hannot accomplit une reconnaissance à basse altitude, mais il fut touché par plusieurs balles. Le major Blum avait pris place dans le C-47 de l'adjudant Devisscher pour retrouver le commando, mais les recherches furent vaines et il retourna à Kamipini.

Echec de l'opération

Grâce à un récepteur radio, le major Hoare put capter la station de Radio Johannesbourg qui annonçait que l'ANC occupait la ville. Il n'aperçut aucun avion sur la piste d'atterrissage et il perdit tout espoir d'obtenir du ravitaillement. Le 28 août, vers 16h00, le commando embarqua à Rutuku dans la nuit dans deux bateaux et dans deux pirogues réquisitionnées à des pêcheurs congolais pour tenter un nouveau débarquement près de l'aérodrome. Ils s'approchèrent à 3 km au sud de la Filtisaf et le Lt Bridge, ancien commando des Royal Marines, fut envoyé en reconnaissance vers la rive avec sa section. Il aborda la plage près de la rivière Lubuyu, alors qu'il aurait dû accoster près de la rivière Lugumba, plus proche de l'aéroport. Il envoya le signal convenu et les autres sections du commando accostèrent vers 2h00 du matin. Mike Hoare chargea Siegfried Mueller d'assurer la défense du point de débarquement avec cinq hommes et s'éloigna vers le nord en reconnaissance. Après une longue marche de vingt minutes, il revint à son point de départ, car il n'avait pas trouvé l'aérodrome. Ils descendirent alors vers le sud avec la section du lt Mueller en tête, s'arrêtant tout les 500 mètres pour écouter et observer les environs. Vers 3h00, ils s'approchèrent d'un bâtiment de la société textile Filtisaf qui semblait occupé car ils entendaient des voix. C'était la clinique qui abritait le Quartier Général rebelle proche de l'aéroport. Alors que la section du lt Mueller s'approchait du bâtiment, une sentinelle ennemie donna l'alerte et des rebelles surexcités crièrent d'un balcon « Maï Mulele, Maï Mulele» et se mirent à tirer. Ces Simba s'étaient rassemblés en nombre à leur QG pour recevoir le baptême d'un sorcier réputé qui devait les rendre invincibles. Ils étaient drogués et attaquaient comme des forcenés en hurlant sans arrêt « Maï Mulele, Maï Mulele». Le major Hoare donna l'ordre de retraite, car ils risquaient d'être submergés. Le lt Bridge était blessé d'une balle à l'épaule et d'un coup de casse-tête sur le bras, tandis que la section de Siegfried Mueller avait perdu trois hommes dont un blessé abandonné au bord du chemin, le mercenaire italien Ragazzi. Les piroguiers avaient disparu avec leur embarcation et Mike Hoare embarqua sous un feu nourri dans un des bateaux M2 avec le sergent Grant et sept mercenaires, tandis que les lieutenants Bridge et Mueller embarquaient en catastrophe avec le reste du commando dans l'autre bateau. Ils firent route séparément en pagayant à toutes rames vers Rutuku. A l'aube, ils furent séparés par une tempête et le major Hoare accosta à Malembe pour attendre l'autre embarcation. Ils reçurent le même accueil chaleureux et après une vaine attente, le major Hoare se dirigea vers la mission de Mpala où il fut le premier à arriver. Il se fit reconnaître par les Katangais pour éviter toute méprise, puis il se rendit à Kamipini en attente d'un avion pour Albertville. Pendant ce temps, le lieutenant Mueller rejoignait Malembe avec ses hommes, d'où il repartit en direction de Mpala avec l'aide de pêcheurs congolais qui les prirent dans leurs pirogues. Ils furent accueillis le 1er septembre à 20h00 à la mission de Mpala et le lendemain, un canot à moteur les transporta à Baudouinville où les pères missionnaires leur firent un bon accueil. Le Lt Bridge fut soigné par un médecin et les rescapés furent transportés vers Kamipini pour être évacués en C-47 vers Baka. Les raids aériens, les tentatives de débarquement et l'intrusion de deux jeeps chargées de mercenaires semèrent l'inquiétude chez les Simba qui avaient subi de nombreuses pertes malgré leur « Dawa » et le 29 août vers 8h30, un major rebelle rassembla les Simba autour des deux mercenaires allemands tués pour leur démontrer la supériorité de l'armée populaire. Les Européens de la Filtisaf furent forcés d'admirer le « tableau de chasse » des rebelles. Ils étaient entourés de fous furieux qui hurlaient « Maï Mulele, Maï Mulele» en dansant et en brandissant leurs armes. Les Simba avaient l'intention de les fusiller, mais ils eurent la vie sauve grâce à l'intervention d'Idelphonse Masengho, le chef des opérations militaires de l'APL au Katanga. La Presse immortalisa le major rebelle posant à côté des cadavres de mercenaires dans sa tenue de commando avec le fusil et les bottes récupérés sur l'un des Allemands.

Sauvetage des Européens

Les bimoteurs B-26K revinrent à Albertville dans la matinée du 29 août pour appuyer l'attaque du ltcol Kakudji. La colonne de Congolais et de Katangais, partie de Niemba par la route, s'était arrêtée à 5 km de l'objectif pour bivouaquer. Elle arriva vers 9h30 aux abords de la ville et se sépara en deux groupes. Une partie des soldats suivit la route directe qui traversait la Lukuga sur le grand pont rail-route, mais ils se heurtèrent à des dizaines de rebelles drogués qui attaquèrent en vagues successives en hurlant sans arrêt « Maï Mulele, Maï Mulele». Malgré leur Dawa, ils furent fauchés par les tirs de l'auto blindée et laissèrent une centaine de morts sur le terrain. Vers 14h00, les hommes du ltcol Kakudji franchirent le pont et entrèrent dans la ville. Ils occupèrent l'hôpital et tous les rebelles blessés qui l'occupaient furent liquidés. La majorité des chefs de la rébellion s'étaient enfuis dès le début des combats, mais les Simba qui n'avaient pu fuir furent systématiquement éliminés. Le nombre de tués se chiffrait à 400, y compris les recrues engagés de force dans l'APL durant les derniers jours du mois d'août et baptisés par les sorciers. Les soldats nettoyèrent le quartier commercial européen situé près de la rivière Kalemie et le quartier Kindu-Kabalo où un des sorciers qui baptisaient les Simba fut abattu. Son corps fut exposé et la population fut rameutée par les soldats qui leur disaient : « Venez voir l'homme invulnérable ». L'ANC tenait sa revanche sur les Simba qu'elle croyait invincibles. Pendant ce temps, l'autre colonne de l'ANC avait occupé les bâtiments de la société textile Filtisaf et libéré vingt-huit Européens, enfermés dans trois maisons proches de l'aérodrome. Une cinquantaine de Simba avaient été tués. La plaine d'aviation était débarrassée de ses obstacles et les soldats retrouvèrent le mercenaire italien Ragazzi abandonné par Mike Hoare. Ce blessé s'était traîné à cinq km dans la savane pour échapper aux Simba. Il fut pris pour un Chinois de Soumialot par les soldats de l'ANC et interrogé à coups de gifles, mais il réussit à prouver sa qualité de militaire de l'ANC et on l'évacua vers l'hôpital. Les corps des mercenaires allemands Nestler et Kohler furent également retrouvés et enterrés sur place. Pendant ce temps, les vaillants soldats de l'APL s'enfuyaient à toutes jambes vers Bendera. Malgré les menaces de Gaston Soumialot, les Simba n'avaient pas eu le temps de massacrer les cent trente-cinq Européens qui étaient sains et saufs. Seuls deux missionnaires européens avaient été massacrés quelques jours auparavant. Le Père Van der Bruggen raconta à ses sauveteurs que les missionnaires avaient été torturés par les Simba. Plusieurs d'entre eux devaient leur vie au docteur Beynet de l'OMS qui les avait fait hospitaliser. Un avion en vol de reconnaissance signala de nombreuses pirogues remplies de Congolais qui abandonnaient Albertville. Le ltcol Bangala pénétra avec son bataillon dans la ville au cours de l'après-midi par la route de Kapona. Il était précédé par le lieutenant Latinis et ses hommes qui avaient réduit les points de résistance avec ses mercenaires. La population acclama l'ANC, car la période du gouvernement rebelle s'était caractérisée par l'anarchie la plus totale et l'extermination systématique de plusieurs fonctionnaires. Deux jours après la prise d'Albertville, Louis de Gonzague Bobozo débarqua d'un Cessna 310 réquisitionné à Air Brousse et il fut accueilli avec les honneurs militaires. Le ltcol Kakudji fit son rapport au chef du 4e Gpt/ANC qui le félicita, puis le général Bobozo passa les troupes congolaises en revue en présence du ltcol De Cock qui s'était posé dès l'ouverture de la piste au trafic avec le C-47 piloté par l'adjudant Karlowski. Deux B-26K patrouillaient autour de l'aérodrome où des bimoteurs de la FATAC déposaient des renforts et du ravitaillement. Le commandant du 4e Gpt/ANC fut fortement impressionné par la puissance destructrice de ces avions lorsqu'il visita le port et il refusa de les laisser retourner à Baka. Mike Hoare rejoignit également Albertville avec le sergent Grant pour se présenter au général Bobozo. Son raid surprise avait échoué, mais il avait appris que l'ANC avait réussi à capturer Albertville. Il paya sa note d'hôtel avec les billets tachés de sang qui avaient été récupérés sur les Simba tués et il rejoignit ensuite Baka en C-47 de la FATAC pour former le 5e bataillon commando sud-africain avec de nouvelles recrues. Après une brève enquête, il accusa le lieutenant Mc Intosh d'être un assassin pour avoir entraîné ses hommes dans un raid mal organisé. Se sentant menacé par certains mercenaires, Mc Intosh rejoignit Léopoldville et demanda refuge à l'ambassade d'Angleterre. Le 2 septembre, l'adjudant Karlowski se rendit avec son C-47 à la plaine d'aviation de Pepa pour y embarquer des quartiers de boeuf provenant des élevages des Marungu. Ils étaient destinés au ravitaillement des vainqueurs d'Albertville. L'adjudant Karlowski se rendit ensuite à Elisabethville avec dix-sept agents européens de la Filtisaf sauvés des mains des Simba. Peu après la capture de la ville, le ltcol Bangala décida de se rendre en avion à Elisabethville, car il avait besoin d'une courroie de ventilateur pour un de ses camions. En réalité, c'était un prétexte pour chercher un peu de tranquillité loin du front. Le lt Latinis et ses hommes demeurèrent quelques temps à Kamipini, hébergés par Daniel Demaeght qui craignait l'infiltration de Simba en fuite dans son domaine. A Stanleyville Nicolas Olenga apprit la nouvelle de la chute d'Albertville par radio et il fut pris de fureur de contre les Américains et leurs « valets ». Le 5 septembre, le personnel du consulat US fut enfermé avec d'autres otages occidentaux à la prison centrale.

Avec nos remerciement à Mr JP Sonck pour sa contribution au site congo-1960

Fin