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Bukavu, amère Défaite des Simba ©

Par Jean Pierre Sonck

Bukavu, amère Défaite des simba ©

Gaston Soumialot lance l'offensive au Kivu

Les Simba occupaient Albertville depuis trois semaines lorsque le leader du Comité National de Libération Gaston Soumialot ordonna à Nicolas Olenga d'occuper le district du Sankuru, de prendre Kindu et de s'emparer de Stanleyville, chef-lieu de la province du Haut Congo. Le 11 juillet 1964, le général major Olenga rassembla une importante force à Uvira et il partit en campagne par la route qui relie Fizi à Kasongo en passant par Kabambare et Lulimba. Il avait pris soin de s'assurer les services de sorciers, dont ceux de la sorcière Mama Marie Onema qui monnayait ses pouvoirs magiques en échange d'un paiement en cash. Les sorciers jouèrent un rôle important dans la campagne militaire de la rébellion. Sans eux, aucun rebelle n'aurait osé aller à la guerre armé d'arc et de flèches contre des soldats armés de fusils et aucune union clanique n'aurait pu réussir. Les Simba baptisés par les sorciers croyaient fermement aux « Dawa » qui leur assurait l'invincibilité à condition de respecter certains interdits : ils ne pouvaient pas voler, ni violer, ni toucher la main d'un non-initié (pour remettre un objet à un Simba, il fallait le jeter par terre et il le ramassait). Les Simba devaient fuir l'eau de pluie, ne pas se laver durant les campagnes militaires et ne pas regarder en arrière au combat. Face à ce mépris de la mort, les soldats congolais croyaient à l'invincibilité des Simba et prenaient la fuite. Dans chaque village du Maniéma, les révolutionnaires placés sous le commandement de Nicolas Olenga étaient précédés par des émissaires du CNL qui ralliaient la population à la révolte et mobilisaient les « Jeunesses MNC/L » au nom de Patrice Lumumba.

Les rebelles occupèrent Kasongo le 15 juillet 1964 et dix jours plus tard, ils s'emparaient de Kindu. Le camp militaire du chef-lieu du district du Maniéma tomba intact entre leurs mains et ils y récupérèrent des armes modernes, des munitions et des véhicules. Gaston Soumialot, devenu entre temps président et ministre de la Défense Nationale de la section de l'Est du CNL à Albertville, promut Nicolas Olenga au grade de lieutenant général en récompense de ses victoires et lui confia le commandement de l'ensemble des forces révolutionnaires, rebaptisées « Armée Populaire de Libération Nationale » (APLN). Le noyau de base de l'armée populaire fut constitué de Simba recrutés en grande partie parmi les « Jeunesses MNC/L » des tribus Sud Kivu, du Maniéma et du Nord Katanga auxquelles s'ajoutèrent des militaires de l'Armée Nationale Congolaise qui désertaient par bataillons entiers (de nombreux soldats rejoignaient les rangs de l'armée rebelle pour éviter d'être massacrés). Le 31 juillet, le général Olenga annonça par radio que les militaires à l'instruction au camp de Lokandu avaient remis librement leurs armes et leurs munitions à l'armée populaire et qu'ils avaient intégrés les rangs des révolutionnaires. La ville de Kindu servit de base de départ à l'offensive vers Stanleyville ordonnée par le ministre de la défense Nationale Gaston Soumialot, mais le général Olenga envoya également des colonnes de Simba vers Luluabourg et Bukavu. Pour cette dernière offensive, il nomma le major Théodore Nguba chef d'EM de la 1ère brigade. Les rebelles de l'armée populaire progressèrent à bonne allure vers Bukavu dans des camions réquisitionnés à l'ONU, aux firmes de transport privées et aux sociétés minières, notamment à la société Symétain. L'armée congolaise recula sans combattre, mais les guerriers Warega tentèrent de faire obstacle à la progression des Simba quand leurs terres furent envahies. Dans le chef-lieu du Kivu, le major Henri Diericx, chargé de tous les problèmes d'intendance par le colonel Mulamba, demanda aux aviateurs belges de la FATAC basés à Kamembe de transporter des renforts et des munitions à Shabunda. Ils décollèrent de Kamembe avec leur Douglas C-47 pour ravitailler les troupes de l'ANC et ils transportèrent également un chargement d'explosifs pour faire sauter les ponts. Lorsque le bimoteur se posa sur la piste d'aviation de Shabunda, la localité venait d'être abandonnée par l'ANC. De retour à Kamembe, un des membres de l'équipage proposa d'enlever la porte du bimoteur afin de permettre le tir d'une mitrailleuse .30 et il prépara également des grenades, dont la cuillère était bloquée dans un verre à bière comme au Katanga. Lors des vols de reconnaissance, le bimoteur C-47 muni de son armement peu orthodoxe arrosa de balles et de grenades un groupe de véhicules rebelles aperçu près d'un pont.

L'Armée Populaire de Libération du général Olenga occupa de nombreuses localités conquise dont la garde fut confiée à une petite garnison de Simba. Shabunda fut occupée le 1er août et sa garnison fut confiée au lieutenant simba Joseph Wasso, surnommé « Kifakio » (balai de nettoyage), originaire de la commune Kabondo à Stanleyville. Cet officier rebelle ordonna de fusiller les militaires de l'ANC fait prisonniers et il fit exécuter l'élite de la population : fonctionnaires nommés par le gouvernement et profiteurs de l'indépendance surnommés les « Penepene » (membres du PNP ou Parti National du Progrès, considérés comme anti-révolutionnaires). Le 3 août, le Bureau provincial de la Sûreté Nationale de Bukavu intercepta un message radio du Quartier Général « Ops Kindu » adressé par Nicolas Olenga à Gaston Soumialot : « Je vous avise que après la prise de Shabunda, notre APL a atteint actuellement la ville de Bukavu. Les villes de Stanleyville, Luluabourg et Bukavu sont déjà investies et seront bientôt entre nos mains. Je viens de désigner le colonel Salumu à Fizi, commandant du 2e Groupement ; le major Théodore Nguba, chef d'EM de la 1ère brigade à Bukavu; le major Makuburi Ernest pour Stan. Le front d'attaque pour Léopoldville continue normalement et également pour l'Equateur ».

Le ministre provincial de l'Intérieur Boji fit diffuser par Radio Bukavu un communiqué demandant à tous les Européens de s'armer pour défendre le Kivu contre les rebelles. Quelques colons se portèrent volontaires pour aider les forces de l'ordre et ils reçurent un permis de port d'arme. Les partisans du CNL s'emparèrent de Stanleyville le 5 août et Nicolas Olenga déclara au micro de Radio Stanleyville : « L'armée populaire et révolutionnaire a mis en fuite l'ANC, instrument des néo-colonialistes. Rien ne peut plus arrêter la révolte du peuple ». Les troupes de choc de l'Armée Populaire de Libération poursuivirent tranquillement leur promenade militaire vers Bukavu, précédés par des émissaires qui avaient pour mission de rallier la population à la cause du CNL. Un Européen qui avait réussi à s'échapper d'un poste minier pour rejoindre Bukavu raconta qu'il avait suffi de deux camions chargés d'une trentaine de Simba pour mettre l'ANC en fuite. Il ajouta : « Les rebelles ont immédiatement recruté sur place 300 jeunes de 12 à 15 ans et les ont équipé avec des armes saisies dans les stocks de l'administration. Ces jeunesses se sont mises à tirailler dans tous les sens et ils ont arrêté des Congolais désignés à la vindicte par le président de la section locale du MNC/L. Quelques uns furent exécutés. Les Européens du poste furent bloqués chez eux avec interdiction de sortir ». Après avoir pillé les villages et les centres miniers rencontrés sur leur route, les rebelles armés fusils de l'ANC, d'arquebuses « Pou Pou », d'arcs et de flèches, occupèrent Kingulube le 9 août. Ils mobilisaient des volontaires qui étaient baptisés par un sorcier avant de rejoindre l'armée populaire. Ils n'étaient plus qu'à 174 km de leur objectif, mais ils furent freinés par les difficultés de la progression dans les escarpements de la Kimbili. La région est fort accidentée et la route traverse une gorge profonde avec de nombreux virages. Lorsque les rebelles prirent le contrôle des escarpements, les soldats de l'ANC décrochèrent de 100 km jusqu'à Matale. Ils s'y arrêtèrent pour bivouaquer pendant qu'un spécialiste européen en explosif faisait sauter le pont de la Lubimbe. Le pont de Nzibira fut également détruit à coups d'explosifs par un expert en dynamite d'une société minière pour freiner la progression de l'armée populaire et l'endroit fut placé à la garde de soldats congolais. Grâce à quelques hommes courageux, la grande offensive baptisée « Opération Bukavu » prit du retard et le général Olenga organisa l'envoi de troupes fraîches. Une colonne de renforts fut constituée au camp militaire de Kindu avec d'anciens militaires qui observaient une certaine discipline et des jeunes guérilleros recrutés sur place dont la valeur militaire était quasi nulle. Pendant ce temps à Stanleyville, le col Opepe, promu adjoint du général Olenga, organisait d'autres colonnes avec des camions réquisitionnés, des soldats ralliés et des recrues des « Jeunesses MNC/L » entraînées au camp Ketele. A l'issue d'une instruction militaire assez sommaire, les recrues s'affublaient de feuilles de palmier pour participer à une cérémonie d'initiation sensée les rendre invincibles par la magie des sorciers et le baptême de l'eau de Mulele (Maï Mulele). Elles prêtaient un serment solennel pour devenir Simba et des incisions leur étaient faites entre les deux yeux et sur la poitrine. Elles étaient dirigées ensuite vers les différents fronts de l'APLN, dont ceux de Boende, de Paulis et de Bumba. Le jeudi 12 août, le général Olenga harangua les invulnérables soldats de l'armée populaire du camp Ketele rassemblés pour l'opération Bukavu dans une atmosphère de liesse euphorique. Grisés par la certitude de butins faciles, les jeunes Simba embarquaient dans des camions stationnés devant le camp militaire. Ils partirent vers Kindu avec le général Olenga, son officier d'ordonnance, son état-major, l'orchestre militaire du 3e Groupement de l'APL et un véhicule semi-remorque appartenant à la brasserie Stanor qui était chargé de casiers de bière pour le « bien être » de la troupe. La logistique des rebelles était très sommaire, ils emportaient du carburant en quantité limitée et ils n'avaient pas de service de dépannage. Quand un véhicule tombait en panne, ils l'abandonnaient au bord de la route. Leur service de santé ne valait guère mieux et les blessés étaient confiés aux sorciers ou aux médecins européens des hôpitaux. Quant au service de ravitaillement, il était incapable de satisfaire les demandes de munitions, car les Simba en dépensaient énormément pour « faire du bruit ». Une des branches de l'offensive devait partir de Stanleyville par Walikale, mais la nouvelle route conduisant directement à Bukavu leur était interdite.

Plusieurs villages de la collectivité Wanyanga avaient pris les armes pour résister aux rebelles et les terribles guerriers de cette tribu tenaient solidement le pont et les rives de la Lowa avec des soldats congolais. Les rebelles avaient subi de lourdes pertes et ils craignaient les guerriers wanyanga de Walikale comme la peste, car ils coupaient les testicules des prisonniers. La position défensive était régulièrement ravitaillée à partir de Bukavu et les défenseurs étaient conseillés par les colons belges Victor Van Bocholt et Louis Dessy. Ce dernier avait de bonnes raisons d'en vouloir aux Simba, car il était sans nouvelle de ses deux frères isolés en territoire occupé. Pendant ce temps, la population de Kindu attendait impatiemment le « grand héros de la libération nationale » Gaston Soumialot qui venait d'Albertville en jeep par la route de Kasongo. Il laissa ce véhicule à Kibombo pour emprunter le train du CFL dans lequel il embarqua le 13 août à 11h30. Chaque station de la ligne du Chemin de Fer des Grands Lacs signalait son passage à Kindu par la ligne téléphonique de service. Le convoi ferroviaire du « président de la section de l'Est du CNL » fit une entrée triomphale dans la gare de Kindu où la population s'était rassemblée dans une atmosphère de liesse générale. Les Simba de l'armée populaire défilaient en chantant et en hurlant frénétiquement « Maï Mulele ». Les Kongola battaient leur Tam Tam, des groupes de danseurs bakwa-luntu, des Koba de Wasimba et des femmes nationalistes, se remuaient en cadence et des Songe jouaient de leur xylophone, sans oublier les piroguiers qui brandissaient leurs rames sur le Lualaba. Le train entra en gare à 15h55 et l'homme providentiel se montra à la fenêtre d'un wagon sous les acclamations de la foule, tandis que les Simba, rangés de chaque côté des rails du CFL, vidaient leurs armes vers le ciel. Gaston Soumialot fut reçu par une délégation conduite par le major Makuburi et il fut invité à s'assoir dans le tipoye d'honneur fourni par le chef Kalisibe. La chaise à porteurs présidentielle, un tipoïe porté par quatre Simba, se dirigea vers le monument du héros national Patrice Lumumba, suivie par un long cortège de voitures officielles et de camions chargés de rebelles. Le cortège s'arrêta devant le monument et son excellence « Kifakio » (nettoyage) s'agenouilla par respect pour le héros de l'indépendance nationale. Les chefs rebelles avaient une grande admiration pour la Chine Populaire et ils déclaraient fréquemment : « Les communistes chinois ont tué des millions de personnes. C'est bien la raison pour laquelle ils ont réussi. Nous devons suivre leur exemple ». Après la prise de Kindu, près de 800 fonctionnaires et personnalités congolaises avaient été exécutés devant le monument Lumumba comme ennemi du peuple, dont la famille du colonel Kabwenga-Benezeth de l'ANC. Après cette halte, le cortège mené par Gaston Soumialot transporté en chaise à porteurs traversa la ville et se dirigea vers la cité Lumumba où il fut reçu par le chef Kalisibe. Le général Olenga rejoignit Kindu le lendemain et vers 10h30, il se rendit devant le monument Lumumba où il fut acclamé par la population. Pendant que l'orchestre militaire amené de Stanleyville jouait des airs martiaux, le « responsable des opérations de guerre » présenta à Gaston Soumialot les forces de l'armée populaire chargées de l'offensive s'occuper des opérations de guerre « Ops Bukavu ». Les troupes commandées par le major Théodore Nguba furent passées en revue devant le monument Lumumba auquel les autorités rebelles et la population rendirent un nouvel hommage. Cette armée se composait des troupes de choc Simba (lion), des troupes d'occupation Nyoka (serpent), des Kifakio, balayeurs chargés des exécutions lors de l'occupation d'une localité et des sorciers chargés de dispenser le « bain magique » pour la bataille. Après avoir assisté au défilé militaire avec les autorités civiles, Gaston Soumialot fit un long discours qui fut applaudi par la foule. Il passa ensuite la parole au général Olenga qui déclara dans un style bien à lui : « Suivant le sens réel de vos discours et de vos chants, j'ai remarqué que vous manquez de sommeil. Pour cela, je demande que tous les Simba qui étaient engagés ici me suivent à l'état-major, nous aurons quelque chose à dire entre nous. Je demande à la population de ne pas commander l'armée et de n'avoir pas de contact avec elle ( ?). Comme je vous ai dit avant mon départ à Stanleyville, que je vais à Stanleyville et j'y parlerai sitôt (il voulait parler de sa victoire du 5 août contre l'ANC), je vous dis que je vais à Bukavu et d'ici peu vous m'y entendrez ». Le commandant en chef de l'APLN était certain de réussir là où son collègue Bidalira avait échoué, car avant son départ en campagne, il s'était rendu chez la sorcière Mama Onema pour écouter ses prophéties qui lui permettaient de fanatiser ses troupes avant de prendre la route de Shabunda. Le QG « Ops Kindu » du général Olenga transmit au ministère de l'Information une déclaration à faire diffuser par Radio Stanleyville. Le « responsable des opérations de guerre » sur le terrain se vantait qu'il entrerait le 15 août dans Bukavu « libérée » par les combattants de l'armée populaire de libération et qu'il prendrait son repas au Bodega sur l'avenue Royale, un restaurant fort connu qui était situé dans les sous-sols de l'hôtel Royal Résidence avec vue sur le lac Kivu. Il comptait occuper facilement la ville, car elle était peu défendue. Il savait par ses espions que la majorité des soldats étaient en position dans la vallée de la Ruzizi. La 1ère brigade l'armée populaire était accompagnée de l'orchestre militaire, car le futur vainqueur avait prévu un grand défilé de la victoire pour accueillir Gaston Soumialot dans le chef-lieu du Kivu où il avait vécu avant l'indépendance. Pendant que l'armée placée sous son commandement se progressait vers Bukavu par la route de Shabunda, des émissaires du CNL et des guérilleros du général Bidalira s'infiltraient dans les communes indigènes de Bukavu à partir de Nya Kaziba. Ils devaient s'emparer des endroits stratégiques de Bukavu pour faciliter l'offensive conjointe des deux généraux de l'armée populaire. Le président provincial Malago alerta Léopoldville sur la menace qui pesait sur Bukavu, car il était question de 6000 Simba encerclant la ville. Les rebelles disposaient de complicités sur place, dont celles de sympathisants lumumbistes. Un commissaire politique était chargé de rallier la population Bashi à la cause du CNL. Les rebelles savaient que le ralliement de cette tribu serait la clé de la victoire. Sur le plan politique, les Bashi étaient regroupés en neuf royautés souveraines, chacune dirigées par un Mwami. Le plus important était le Mwami de Kabare, dont le commissaire politique espérait obtenir l'appui, mais ce grand chef se rangea aux côtés des forces de l'ordre et ses guerriers chassèrent les intrus. Le Bushi, territoire des Bashi qui se trouve à l'ouest de Bukavu, échappa aux Simba et ce fut une des raisons de l'échec du général Olenga.

Première défait

Le colonel Mulamba, réuni au QG/ANC de Bukavu avec ses officiers et son conseiller le major Henri Diericx, adressa un rapport alarmant au général Mobutu et lui demanda des renforts, car une grande partie de la garnison était en position entre Kamanyola et Luvungi dans la Ruzizi. Hors mis la destruction des ponts routiers et notamment celui de Nzibira au km 83 de la route menant de Kindu à Bukavu, l'ANC n'avait qu'une seule position défensive au carrefour de Burhale à 62 km du chef-lieu de la province du Kivu et des soldats étaient stationnés sur la route de Stanleyville à Walikale. D'autres défendaient la route de Kasongo et des parachutistes congolais du lt Songabele étaient postés au carrefour de Nya Ngezi, près de Bukavu, aidés par les Bashi qui les informaient des infiltrations ennemies. Le colonel Mulamba pouvait compter sur l'aide du major Henri Diericx qu'il avait chargé de tous les problèmes d'intendance et de l'adjudant René Urbain qui assurait les liaisons en phonie avec l'Etat Major de Léopoldville. C'était les seuls militaires belges de l'assistance technique présents au Kivu, car l'équipage de la FATAC avait reçu l'ordre de rentrer à Baka avec le Douglas C-47. Le colonel Mulamba et le major Diericx passèrent en revue les informations reçues sur l'ennemi avec les colonels Dodds et Rattan, des conseillers militaires américains. Deux avions North American T-28D Trojan, pilotés par des Cubains de la CIA, étaient basés à Kamembe depuis le 13 août pour effectuer des reconnaissances et appuyer les défenseurs. Les pilotes cubains, en vol d'observation sur la route de Kingulube, découvrirent une colonne de camions ennemis. Ils avaient été recouverts de feuilles de palmier sur les conseils des sorciers de l'APL, mais ils ne passaient pas inaperçus.

Les Cubains les l'attaquèrent à la roquette et à la mitrailleuse et malgré leur « protection magique » les camions furent détruits. Les T-28D attaquèrent également des Simba qui tentaient de traverser la rivière à Nzibira pour rejoindre leurs complices déjà sur place à Bukavu. Une grande partie des membres de cette cinquième colonne fut traquée dans les collines par les guerriers de la chefferie de Ngweshe qui en tuèrent près de 300 à coups de lances ou de machettes. Les Bashi les considéraient comme des envahisseurs et ne faisaient pas de prisonniers. Les parachutistes congolais en position à Nya Ngezi capturèrent une bande de rebelles dans la journée du 14 août. Ils dévoilèrent l'existence d'un plan d'investissement de la ville par 800 partisans envoyés par le général Bidalira. L'alerte fut donnée et sur les conseils du major Diericx, le colonel Mulamba appela en renfort une compagnie du 13e bataillon de l'ANC stationnée à Luvungi pour l'envoyer en patrouille dans les collines avec deux autos blindées Ferret. Des rondes furent effectuées dans les communes indigènes de Bukavu par les policiers qui arrêtèrent des rebelles et en fusillèrent une partie. Grâce au colonel Mulamba, l'attaque surprise de la 5e colonne prévue pour le 15 août fut mise en échec et les Simba de la Ruzizi, rendus prudents par les attaques des T-28D, se cachaient au moindre bruit d'avion. De son PC installé à Uvira, le général Bidalira adressa une demande de matériel de guerre à l'ambassadeur de Chine Populaire à Bujumbura, dont cinq émetteur radio, des armes lourdes, un « miroir contre cartouche » et une aide financière. Le 18 août, le colonel Dodds emprunta la jeep Land Rover de couleur bleu clair que lui avait laissé le cpn von Bayer de l'Organisation des Nations Unies. Ils comptait se rendre au camp de réfugiés de Mwanga, situé à 15 km du chef-lieu du Kivu en compagnie du ltcol Rattan (qui devait le remplacer comme conseiller) et d'un sergent des transmissions chargé d'assurer les transmissions radio avec le QG/ANC de Bukavu et avec l'aviation via la tour de contrôle de Kamembe. Le véhicule fut survolé par les monomoteurs Trojan T-28D qui avaient effectué un vol d'intimidation au-dessus des baraquements du camp, car les Tutsi ruandais s'étaient ralliés aux rebelles. Le sergent américain entra en contact radio avec les pilotes qui l'informèrent que le camp de réfugiés semblait désert. Le col Dodds retourna à Bukavu, tandis que les avions regagnaient Kamembe pour faire le plein de carburant et de munitions. Avant d'abandonner le camp, les réfugiés tutsis assassinèrent deux experts français de l'ONU et en représailles, un raid de T-28D fut effectué sur le camp de réfugiés de Kalongo, à 60 km de Bukavu, dont les occupants s'étaient également soulevés. Au QG/ANC, le colonel Mulamba était sans nouvelle de la position ANC du carrefour de Burhale. Suite aux raids aériens, la progression ennemie avait connu un certain retard et trois camions rebelles, découverts à 15 km du carrefour de Burhale par les pilotes cubains, avaient été détruits. Le mercredi 19 août, le col Dodds, le ltcol Rattan, le cpn Tshimanga de l'Etat Major de Bukavu et le vice-consul US MacFarlane prirent la route de Shabunda avec la jeep Land Rover pour constater de visu que les soldats de Burhale étaient à leur poste. Le col Dodds croyait que les Simba étaient loin de la ville, mais il s'était malheureusement trompé et ils se trouvèrent face à des véhicules de l'avant-garde rebelle qui avaient traversé la Lujimbi en aval du pont détruit. Les Simba ouvrirent un feu nourri et le chauffeur de la Land Rover tenta de faire demi-tour, mais le moteur bloqua. Les occupants de la jeep s'enfuirent dans la forêt et abandonnèrent le véhicule en panne qui fut récupéré par les Simba. Le colonel Mulamba s'inquiétait de ne pas recevoir d'appel radio du col Dodds et les pilotes cubains furent alertés. Ils décollèrent immédiatement avec leur T-28D pour effectuer des recherches et pendant qu'ils survolaient la route de Shabunda, ils aperçurent une colonne de véhicules ennemis à quelques kilomètres de Bukavu et l'attaquèrent à la mitrailleuse, mais ils furent gênés par les arbres et ne purent poursuivre leur attaque. Les Cubains retournèrent à Kamembe pour se ravitailler et ils avertirent le QG/ANC du colonel Mulamba de l'arrivée des rebelles d'Olenga. Les soldats congolais stationnés au carrefour de Burhale avaient abandonné leurs positions depuis longtemps. Pour défendre Bukavu, il disposait du 7e bataillon de gendarmerie du major Yossa cantonné au camp Saïo et d'une compagnie du 13e bataillon d'Infanterie de l'ANC rappelée de Luvungi, dont les soldats étaient en position sur la presqu'île du lac Kivu appelée Nya Moma, que l'on surnommait la « Botte ». Leur mission était de défendre le QG du colonel Mulamba. Le consul belge Léon Olivier sillonna la ville pour avertir ses compatriotes du danger et il leur conseilla de rejoindre Kamembe au Ruanda, où un DC-3 d'Air Congo devait les évacuer vers Bujumbura. Il n'y avait que deux coopérants militaires belges à Bukavu, le Major Diericx et l'adjudant René Urbain qui était en liaison radio avec l'Etat Major de Léo. Ils étaient considérés comme non opérationnel et ne possédaient pas d'armes. Selon les instructions de Bruxelles, il leur était interdit de se trouver en première ligne et le colonel Mulamba les pria de rejoindre Shangugu, au Ruanda. Une partie des militaires de la garnison avait déserté la ville pour se réfugier à Goma à la grande fureur de Léonard Mulamba. Pendant ce temps, le major Yossa rejoignait le camp Saïo pour mettre le 7e bataillon de gendarmerie en alerte. Une compagnie de gendarmes installa un barrage à la place Costermans, près du collège Notre Dame de la Victoire.

Contre-attaque de l'ANC

La colonne de l'APL, retardée par les raids aériens et par les haltes de ravitaillement, s'arrêta le 19 août au carrefour de Burhale pour se regrouper avant l'attaque. Son commandant en chef Nicolas Olenga fit réquisitionner les véhicules de la mission catholique des Révérends Pères Blancs et il envoya une colonne par un itinéraire secondaire appelé « route des planteurs » par Kabare afin de prendre la ville en tenaille. Pendant ce temps, un officier simba faisait prisonnier six planteurs européens qui tentaient de rejoindre Bukavu et il prit possession de leur véhicule. Ces Européens furent immédiatement jugés et le Simba leur annonça qu'ils seraient fusillés à Bukavu dans la soirée. La colonne parvint aux abords de la ville par la route de Shabunda et Nicolas Olenga établit une base de départ pour attaquer la ville. Les troupes d'assaut de l'APL se mirent en fille indienne pour être baptisés par les sorciers et recevoir une potion magique à base de chanvre. Le commandant en chef de l'APL donna l'ordre d'avancer et vers 15h00, les premiers véhicules de sa colonne pénétrèrent dans la ville à pleine vitesse. Ils étaient chargés de combattants drogués au chanvre qui faisaient feu de toutes leurs armes. Alertés par la fusillade, plusieurs milliers d'habitants congolais des communes indigènes s'enfuirent où ils purent. Certains se réfugièrent au collège Saint Paul où les missionnaires organisèrent leur accueil. Les artilleurs congolais en position au rond-point du km 4 ripostèrent à l'attaque à coups de canon de 75 mm sans recul et un obus toucha un camion rempli de « jeunesses » et fit plusieurs morts. La section « Armes lourdes » du 13e bataillon d'Infanterie fut rapidement à cours d'obus et retraita vers le QG de Bukavu en camionnette, emportant la pièce de 75 mm. Les artilleurs signalèrent à leur chef qu'une « centaine de camions chargés de Simba étaient stationnés près de la pompe à essence BP ». Pendant ce temps, des rebelles pénétraient dans les communes indigènes de Kadutu et Bagira et des coups de feu furent tirés pendant plusieurs heures. Dans le but de renforcer ses troupes, le général Olenga envoya un groupe de guérilleros pour libérer les détenus de la prison qui reçurent un baptême collectif. Un autre groupe, précédé d'une jeep armée d'une mitrailleuse, fut dirigé vers le bâtiment des Postes et Télécommunications. Pendant la progression, le mitrailleur de la jeep tira sur une voiture civile dont les trois occupants furent tués. Près de la grand-poste, il tira sur un autre véhicule civil, puis mitrailla la façade du consulat de Belgique, blessant l'opérateur radio. Lorsque le bâtiment des P&T fut occupé, les assaillants obligèrent les techniciens du Telex à se faire baptiser par un sorcier pour devenir Simba. Pendant ce temps, Nicolas Olenga progressait à vive allure en direction de la « Botte » par la vallée de la Kawa avec une colonne de neuf camions chargés de ses troupes de choc. Les Simba drogués débarquèrent des véhicules et ils dansèrent en chantant sur place et en agitant leurs armes aux cris de «Maï Mulele», ensuite ils chargèrent la position de l'ANC qui défendait l'avenue de la République (ex-Royale) à la hauteur de l'hôtel Léopold II. Nicolas Olenga resta prudemment à l'arrière pour observer le déroulement de l'assaut. Les soldats étaient en pleine panique et ils abandonnèrent le barrage qui défendait l'accès du Quartier Général de l'ANC pour fuir vers le QG. Les Simba parvinrent près des bureaux du colonel Mulamba qui prit la tête de quelques soldats courageux pour repousser l'ennemi. Il ordonna d'aller chercher la Ferret en position de l'autre côté de la place et elle appuya la contre-attaque. La charge ennemie fut stoppée par ses tirs, mais des combats très durs se déroulèrent avec les Simba qui avaient reculé vers l'ancienne Poste. La remorque du camion « Stanor » qu'ils avaient amené de Stanleyville était placée en travers de l'avenue et ils se mirent à l'abri pendant que leurs camarades retranchés derrière les murets de la banque du Congo répondaient aux tirs. Une pétarade infernale éclata, faite de rafales ponctuées d'explosions. Les Simba, déserteurs de l'ANC, étaient reconnaissables aux effets militaires qu'ils portaient. Ils combattaient de manière assez disciplinée et ordonnée, mais le désordre et la confusion régnaient en maître chez les Simba provenant des « Jeunesses MNC/L ». Ils consomment énormément de balles, mais le ravitaillement en munitions laissait à désirer. L'arrière-garde des rebelles avait établi un bivouac au km 4 et plusieurs véhicules y étaient stationnés, mais aucun n'apportait de munitions aux premières lignes. Ce bivouac servait de centre d'accueil pour les Simba blessés, mais l'APL n'avaient pas de service de santé pour les soigner, hors mis un sorcier qui rebaptisait les hommes fatigués des combats ou ceux qui avaient été touchés. Malgré l'eau magique et les Dawa des sorciers, l'offensive piétinait et vers 20h00, Nicolas Olenga réapparut au km 4. Il envoya chercher les six otages européens et leur déclara que son attaque n'avait pas réussi, mais qu'il recommencerait le lendemain à l'aube : « Je ne fais pas la guerre aux planteurs ni aux civils. Vous devez rentrer dans vos plantations et travailler beaucoup. Je vais vous faire un laissez-passer et vous viendrez demain matin à mon bureau à Bukavu ». Il embarqua ensuite dans sa voiture et se retira en direction de Shabunda avec le major Théodore Nguba et d'autres officiers.

L'arrière-garde du km 4 embarqua dans les véhicules pour les suivre, mais plusieurs groupes de rebelles, qui s'étaient infiltrés dans la ville européenne pour piller, ne furent pas prévenus de la retraite et ils furent abandonnés à leur sort. La plupart était sans munitions, car ils vidaient leurs armes en rafales. Pendant ce temps, le colonel Mulamba qui avait conservé son sang-froid stimulait les soldats par son courage et repoussait les attaques rebelles. La section « Armes lourdes » du 13e bataillon d'Infanterie avait remis en batterie le canon de 75 mm sans recul et deux camions transportant chacun une trentaine de Simba furent touchés de plein fouet par des obus. Dans la soirée, les communications radio avec le QG/ANC à Léopoldville furent rétablies et le colonel Mulamba fit son rapport sur la situation. Pendant ce temps, l'auto blindée Ferret qui appuyait les soldats de la « Botte », mitraillait un Pick-up circulant dans l'avenue Royale. Le véhicule chargé d'une dizaine de Simba fut troué de balles et son chauffeur fut tué. Il s'arrêta près du cinéma Paguidas avec sa benne remplie de morts et de blessés. La Ferret mitrailla ensuite une voiture d'officiers Simba qui débouchait de l'avenue Dupret. Les rebelles furent repoussés de la Botte et les défenseurs établirent un solide point d'appui à hauteur du monument Léopold II. Ils tiraient sur tout ce qui bougeait et l'hôtel Royal Résidence, pris par erreur pour un PC rebelle, subit un mitraillage en règle. Grâce au colonel Mulamba, il ne fut pas bombardé au mortier. Les colons européens s'étaient regroupés à l'hôtel Touriste, avenue du prince Régent. Cet établissement était proche de la position installée par la compagnie du 7e bataillon de gendarmerie du major Yossa à la place Costermans et grâce au téléphone qui continuait de fonctionner, le colonel Mulamba put rester en contact avec l'hôtelier Delhez pour avoir des nouvelles. L'hôtel Touriste ne désemplissait pas, car Hubert Delhez ravitaillait les Européens qui s'étaient installés chez lui et les gendarmes congolais de la position défensive. Quelques colons européens avaient pris leur fusil de chasse pour aider l'ANC à défendre Bukavu et ils se joignirent aux gendarmes et aux policiers congolais pour patrouiller à l'intérieur de la ville européenne où des rebelles étaient signalés. Au lieu de gagner la sécurité au Ruanda, le Major Diericx et l'adjudant René Urbain se rendirent dans la plaine de la Ruzizi pour avertir le Major Potopoto que les Simba attaquaient la ville et qu'il fallait des troupes pour prêter main forte au colonel Mulamba. Le commandant du 13ème bataillon accepta de dépêcher des renforts et mobilisa son unité sur le champ. La nuit du 19 août fut troublée par le fracas infernal d'éclatements de mortiers, d'explosions d'obus de 75 mm, de rafales de mitrailleuses et de coups de fusils tirés par l'ANC pour se donner du courage. Le bruit de la bataille fut perçu jusqu'au Ruanda où les habitants de Shangugu assistèrent au spectacle des balles traçantes, dont certaines se perdaient à Kamembe. Le bimoteur C-47 de l'USAF s'apprêtait à évacuer le personnel diplomatique du consulat américain et les aviateurs de la CIA et les mécaniciens cubains avaient mis hors d'usage les T-28D sous la lumière d'un éclairage de fortune, car les pilotes ne pouvaient pas voler la nuit. Pendant ce temps au Ruanda, le consul US Matheron réfugié à Cyangugu avec le personnel du consulat alertait l'ambassadeur Mc Murtrie Godley à Léopoldville. Un pont aérien fut immédiatement organisé à Ndjili avec les trois Lockheed C-130E de la Joint Task Force Léo. Il fallut improviser l'éclairage de la piste de Kamembe pour permettre au premier appareil de se poser. Les C-130 apportèrent des munitions et repartirent avec une trentaine de soldats congolais blessés et dix cadavres. Le colonel BEM Logiest et le major Diericks rejoignirent la ville avec un renfort d'officiers et de sous-officiers de l'Assistance Technique Militaire Belge pour aider le colonel Mulamba, dont les lieutenants Bébronne Henckaerts et Troosters et les adjudants Warnant et Joachim affectés à Ops Kivu. Pendant ce temps, le 8e bataillon d'Infanterie du major Ndele et le 13e bataillon d'Infanterie du capitaine Potopoto se rassemblaient pour rejoindre Bukavu sur des véhicules de transport prêtés par un Européen à Shangugu. Les renforts rejoignirent Bukavu dans la nuit par le grand pont sur la Ruzizi et des colons réfugiés à l'hôtel Touriste se portèrent volontaires pour les guider vers le lieu de rassemblement avec le lieutenant Gaston Bébronne. Suite à une tragique erreur, la Ferret mitrailla un des camions près de l'hôtel Métropole et quatre soldats furent tués et 17 blessés. Le col Mulamba ordonna d'arrêter le transfert des soldats à travers la ville et de les regrouper près du collège Notre Dame de la Victoire. Dès son arrivée à Bukavu, le major Ndele se rendit à l'hôtel Touriste où il fut accueilli par Hubert Delhez. Il forma le numéro 3164 de l'Etat Major ANC pour annoncer au colonel Mulamba que la contre-attaque débuterait à six heures du matin comme prévu. Une compagnie de 147 gendarmes katangais intégrée dans l'ANC débarqua des C-130 le lendemain à l'aube et elle fut immédiatement dirigée vers Bukavu pour participer aux combats. Après une brève halte à la place Costermans pour attendre les soldats de l'ANC, les Katangais qui ne croyaient pas aux Dawa remontèrent l'avenue Royale sur deux files guidés par deux colons européens et le nettoyage de la ville européenne commença. Il fallut fouiller méthodiquement les bâtiments occupés par les Simba. La plupart des maisons avait subi des dommages par des tirs d'infanterie et n'avait plus de vitres. La ville fut réoccupée quartier par quartier, mais des groupes de Simba résistaient à l'Athénée, sur la presqu'île de Dendere et dans le bâtiment des Postes et Télécommunications. Ils étaient encerclés par les soldats du major Ndele qui procédèrent au nettoyage du bâtiment, cinq Simba furent découverts dans un placard et abattus sur place. D'autres se cachaient dans les jardins et certains avaient gagné les faubourgs. On dénombra près de 300 morts parmi les rebelles, notamment près de l'hôtel Léopold II. Les corps de trois Européens et de quelques rebelles furent également trouvés près du bâtiment des Postes et Télécommunications P&T. Le consul Olivier rejoignit l'immeuble du consulat belge escorté par le lt Gaston Bébronne qui fouilla les locaux à la recherche de rebelles. Le vendredi 21 à l'aube, l'aérodrome ruandais accueillit le C-47 de la FATAC revenu de Baka pour assurer la logistique et effectuer des reconnaissances aériennes sur la région. Les communes de Kadutu et de Bagira furent bombardées au mortier pendant une heure et les pilotes cubains prirent les commandes des T-28D qui avaient été remis en état de vol. Ils attaquèrent les derniers nids de rebelles sans rencontrer de résistance. Peu de rebelles réussirent à rejoindre Kindu, car les guerriers bashi avaient organisé une véritable battue dans les collines et les fuyards étaient liquidés sans pitié. Les Bashi récupérèrent l'argent des Simba qui avaient touché leur solde et ils récupérèrent également des livrets de solde avec le cachet de l'APL d'Uvira, des armes, des brochures de propagande, des plans d'attaque de la ville et des documents qui furent remis aux autorités. Quant à l'ANC, elle avait capturé un matériel important, dont des camions civils provenant de Stanleyville, des jeeps, des armes automatiques, cinq canons et un mortier de 60 mm. Deux colonels et cinq commandants de l'APLN avaient été tués, ainsi que de nombreux Simba. Les pilotes cubains survolèrent la région à la recherche des véhicules ennemis et ils poursuivirent la colonne d'Olenga qui retraitait vers Kindu. Leurs vols d'observation continuèrent les jours suivants. Un hélicoptère biplace Hiller HOE-1 fut amené par un Lockheed C-130E de la Joint Task Force Léo à Kamembe pour participer aux recherches des Américains disparus. Le C-47 de la FATAC y participa également, mais le col Dodds et ses compagnons semblaient avoir disparu sans laisser de traces. Trois jours plus tard, on apprit qu'ils avaient été recueillis par des guerriers bashi. Pendant ce temps, le général Bidalira faisait occuper par ses hommes les positions abandonnées dans la Ruzizi par les 8e et 13e bataillon de l'ANC et il tenta de lancer un assaut contre le carrefour de Nya Ngezi. Drogués et baptisés par les sorciers, les Simba attaquèrent en masse aux cris de « Maï Mulele », mais ils furent fauchés par les mitrailleuses des parachutistes congolais et ils laissèrent près de 400 morts sur le terrain. Leur enthousiasme révolutionnaire fut refroidi suite aux pertes subies. Sur un des cadavres, une pièce d'identité établie à Baudouinville fut trouvée.

Nouvelle offensive

Le 20 août, le général Olenga rejoignit Kindu avec les débris de son armée. Il imputait sa défaite à l'intervention américaine et sa colère décupla lorsqu'il apprit que les troupes lancées à l'attaque de Luluabourg avaient également échoué. Pour couronner le tout, les forces gouvernementales s'approchaient d'Albertville avec le soutien de l'aviation américaine. Le 23 août, il annonça dans un communiqué du QG/APL : « Avant propos, je tiens à signaler à l'opinion des Nationalistes tant nationaux qu'internationaux (sic) que tous ce que les radios des colonialistes, impérialistes et leurs laquais néo-colonialistes congolais sont en train de raconter c'est du pur mensonge ». Il fit ensuite un résumé de la prise de Bukavu par ses troupes : « Nos militaires et moi avons été attaqué en premier lieu à 76 km de Bukavu et cette attaque n'a été qu'aérienne et auto-blindées ( ?). Nous avons réussi à capturer une jeep de l'ONU conduite par des Américains (celle du col Dodds) et par un coup de chance, aucun de nous n'a été blessé et nous avons réussi à expédier des avions mitrailleurs sans demander leur reste. Le combat dans la ville même, je peux l'affirmer, n'a duré qu'une minute et trente secondes et les soldats de l'ANC secondés par les Américains ont détalé comme des lapins et en un rien de temps, nous avions toute la situation en main ». Il poursuivit son discours en accusant les Etats-Unis d'être intervenus avec des avions Fouga Magister ( ?), des auto-blindées et des chars de combat ( ?) contre la population civile et il menaça les Américains des pires représailles. Deux messages radio signé par Olenga parvinrent au GQG/APL de Stanleyville condamnant les attaques injustifiées de l'Amérique et ordonnant « Obligation d'arrêter tous les Américains se trouvant au Congo et les traduire devant la cour martiale pour mise en jugement sans pitié ». Il envoya un son second message dans lequel il se vantait d'avoir massacré plus de 100 Américains à Bukavu. Dès la réception de ces messages à Stanleyville, le colonel Kifakio se rendit avec ses Simba au consulat US pour procéder à l'arrestation des diplomates américains en vue de leur exécution, mais ils furent épargnés grâce à l'intervention du consul belge Nothomb et du col Opepe. Le col Opepe obligea Michael Hoyt et son adjoint David Grinwis d'adresser un télégramme au Département d'Etat pour prier les Etats Unis de reconsidérer leur aide militaire au gouvernement central. A Bukavu, Gaston Bébronne conduisit une forte patrouille de « Volontaires européens du Kivu » (les futurs Codoki) vers Nzibira accompagné d'un blindé Ferret et de soldats ANC. Ils détruisirent à coups d'explosifs le pont de fortune construit par les Simba sur le lit de la rivière. Des carcasses de camions et de voitures détruits par les T-28D encombraient le passage au fond de la vallée encaissée. La jeep Land Rover du col Dodds abandonnée par les rebelles semblait intacte et des caisses de munitions gisaient sur le sol. Le 25 août, le Père Surun de la mission catholique de Burhale se rendit au gué de Nzibira avec d'autres missionnaires pour essayer de retrouver leurs véhicules réquisitionnées par les Simba lors de leur passage à Burhale. Ils fouillèrent les épaves qui encombraient le lit de la rivière, mais ils durent arrêter les recherches, car les T-28D Trojan basés à Kamembe effectuaient régulièrement des patrouilles sur la route de Kindu et les pilotes cubains mitraillaient tout ce qui bougeait. Les rebelles revenaient périodiquement à Nzibira pour aménager un passage et le lt Bébronne effectua des patrouilles régulières avec les volontaires européens. Les travaux des Simba furent systématiquement démolis. Le bimoteur Douglas C-47 de l'USAF opéra momentanément au Kivu et il effectua un lancer de tracts sur Uvira, appelant les rebelles à rejoindre la légalité, mais il fut la cible d'armes automatiques qui endommagèrent le circuit hydraulique et le réservoir d'essence. Le pilote remit le cap sur Kamembe où il se posa en catastrophe. Le général Bidalira se vanta de ce haut fait d'arme et il menaça d'occuper l'aérodrome ruandais et de faire manger chaque jour un sujet américain par ses troupes. Le 26 août, le lieutenant général Olenga retourna à Stanleyville par la route. Il destitua le gouvernement sanguinaire d'Alphonse Kingisi et fit fusiller le colonel Kifakio, âme damnée de Kingisi. Ce haut dignitaire du Kitawala avait fait égorger une douzaine d'opposants devant le monument Lumumba le dimanche 16 août, dont des officiers de l'ANC et le directeur du Bureau provincial de la Sûreté. Les massacres devant le monument s'étaient poursuivis pendant cinq jours et avaient coûté la vie à 300 Congolais. Plus de deux mille personnes avaient été exécutés à coups de machettes au stade où jetés vivants du pont de la Tshopo par les Simba. Nullement découragé par son échec, le lieutenant général Olenga prépara une nouvelle attaque sur Bukavu. Il comptait sur les centaines de soldats congolais ralliés à l'APL et sur les livraisons d'armes promises par les pays amis. Le 27 août 1964, il envoya un télégramme au président égyptien Nasser pour lui décrire la lutte héroïque de l'APL pour écraser l'ANC : « …au moyen de lances, couteaux, flèches, comme mes aïeux, je suis parvenu à briser la force des néo-colonialistes -stop- mais pour se battre avec la Américains et blocs de l'OTAN armés des armes modernes et très perfectionnées, il me faut aussi des armes modernes -stop- je vous demande cette offre ». C'est également le 27 août que Gaston Soumialot fut nommé ministre de la Défense Nationale dans le gouvernement de la république populaire du Congo. Il rejoignit Stanleyville le 30 août 1964 escorté par le major Bubu, un Ankusu originaire de Samba qui lui servait de garde du corps personnel. Lors de leur passage à Lubutu, cette brute sadique feignit de s'apitoyer sur l'otage André Dessy qui avait été arrêté dans sa plantation par les Simba après avoir été battu. Le malheureux colon fut tabassé une nouvelle fois à coups de matraques, ainsi que d'autres Européens, dont Angelo Ayme. A son arrivée dans la capitale rebelle le 1er septembre 1964, Gaston Soumialot fut accueilli par une foule enthousiaste et les soldats de l'armée rebelle défilèrent en uniforme décoré de feuilles de palmier. Ces Simba, coiffés de casquettes ou de bérets de l'ANC, étaient armés de FAL 7,62 mm, de vieux Mauser, de Vigneron et de Sten gun pris aux soldats et aux policiers congolais. Ils étaient suivis par les « Jeunesses » en vêtements civils, des guerriers bardés d'armes coutumières et des « Femmes nationalistes ». Gaston Soumialot déclara au micro de Radio Stanleyville : « Je suis le nouveau Lumumba, un homme encore plus fort que lui, chargé de continuer et de terminer son œuvre ». Le major Bubu, coiffé comme la plupart des officiers simba d'une toque en peau tachetée, avait revêtu une tenue de commando toute neuve pour l'occasion. Ces vaillants soldats de l'APL se firent photographier pour la postérité dans un studio photo de Stanleyville. En tant que ministre de la Défense Nationale du gouvernement rebelle, Gaston Soumialot avait autorité sur le chef de l'Armée Populaire de Libération, mais l'entente était loin d'être parfaite entre les deux hommes chargés d'assurer la victoire du CNL. Gaston Soumialot avait traité Nicolas Olenga d'imbécile et le commandant en chef de l'APL, touché dans son amour-propre, méprisait son ministre à chaque occasion. Il n'hésitait pas à le bousculer pour passer avant lui lors des cérémonies officielles. Gaston Soumialot renvoya le commandant en chef à son quartier général avancé d'« Ops Kindu » pour préparer la nouvelle offensive sur Bukavu.

 

Avec nos remerciement à Mr JP Sonck pour sa contribution au site congo-1960

Fin