Sir Charles-Francis BURTON

Explorateur, Diplomate, Orientaliste ..

Congo 1960: bulletin periodique

Sir Richard Francis Burton (1821-90)

Naissance : 19 mars 1821 Torquay, Devon, Royaume-Uni
Décès : 20 octobre 1890 Trieste, Autriche-Hongrie
Nationalité : Royaume-Uni
Profession : Explorateur, diplomate, linguiste et écrivain
Distinctions : Chevalier commandeur de l'Ordre de Saint-Michel et Saint-George (KCMG)
Sir Richard Francis Burton (1821-90) painted by Madame Gutmansthal de Benvenuti,  
 from 'The Life of Captain Sir Richard Burton, Volume II' by Isabel Burton  .

Il fit ses premières études à Richmond, puis accompagna ses parents dans des voyages en France et en Italie, où il grandit clans une liberté à peu près complète. Son ascendance celtique aidant, il se révélait passionné d'aventures et rebelle à toute discipline. Rentré en Angleterre, il poursuivit à Oxford, au Trinity College, des études au cours desquelles il montra un goût déterminé pour les langues orientales. S'il prit ensuite du service dans un emploi subalterne à l'armée dés Indes, ce fut surtout pour étudier de près les races, les moeurs, les religions .et les langues de l'Orient. Au cours des sept années qu'il y passa, non seulement il apprit à fond l'arabe, le persan et divers dialectes de l'Inde, mais il circula déguisé dans tous les milieux indigènes, si parfaitement méconnaissable, qu'il trompait ses supérieurs, ses amis et même ses propres domestiques.

Ce fut surtout dans le Sindh qu'il poursuivit ses investigations, dont l'essentiel a fait l'objet de communications à la Société Asiatique ou a paru dans quatre livres publiés en 1851, à son retour en Angleterre.

En 1853, d'accord avec la Royal Geographical Society, Burton forma le plan de traverser la péninsule arabe de part en part, à la faveur d'un déguisement, et d'acquérir ainsi des notions sur une vaste région qui, entre Djedda, La Mecque et Mascate, restait en blanc sur les cartes. Se faisant passer successivement pour un prince persan, pour un derviche arabe et pour un pèlerin afghan, il s'embarque à Suez, débarque à Yambo, dans un convoi de pèlerins, et visite successivement Médine et La Mecque. Il doit renoncer à poursuivre sa route dans l'intérieur de l'Arabie, où les guerres entre tribus font rage et où il serait certainement assassiné.

Photo : The type of warrior Burton met in Somaliland Stanley L. Wood

Sa description des lieux saints de l'Islam est extrêmement originale et tranche sur ce qui avait été publié jusque-là. Il s'est tellement incarné au rôle qu'il était forcé de jouer, que les choses lui apparaissent telles qu'à un véritable sectateur du Coran. On a dit justement du livre qu'il a publié : Pilgrimage to Al-Medinah and Meccah, qu'il était une des curiosités de la littérature anglaise et qu'il représentait plus que le voyage lui-même, qui avait déjà été fait par plusieurs Européens, dont Burkhardt, et qui exigeait surtout une parfaite connaissance de l'arabe et du rituel musulman, alliée à beaucoup de sang-froid.

Le voyage que Burton entreprit ensuite fut certainement plus hasardeux encore. En 1854, il proposa au Gouvernement de l'Inde d'explorer l'intérieur de la Somalie, dont la population, adonnée au brigandage et à la piraterie, constituait une menace permanente pour la navigation dans la mer Rouge et le golfe d'Aden. Il s'agissait d'arriver à Harrar, la capitale, ville dans laquelle aucun Européen n'avait jusque-là pénétré.

Burton disparut dans le désert et, pendant quatre mois, on n'entendit plus parler de lui. Quand il reparut enfin, non seulement il avait visité Harrar et y était resté dix jours avec sa vie toujours suspendue à un fil, mais il avait parlé au souverain du pays. Le pire avait été le retour. Il avait dû retraverser le désert presque sans. Nourriture et sans eau, échappant de justesse aux sagaies des guerriers somalis. Une seconde tentative qu'il fit pour pénétrer dans le pays, cette fois en force, aboutit à un échec.

Dans une escarmouche avec les tribus, un des jeunes officiers qui l'accompagnaient fut tué; le capitaine Speke ne reçut pas moins de onze blessures et lui-même fut atteint par une flèche qui pénétra dans la mâchoire. Quand éclata la guerre de Crimée, Burton prit du service dans un corps de bachi-bouzoucks commandé par Beatson. Toutefois, attaché à l'état-major, il ne dépassa pas les Dardanelles et mit le temps à profit pour apprendre l'osmanli et autres langues des Balkans et du Caucase. Il n'était rien moins que militaire. Aussi, sur les instances de la Royal Geographical Society, le Foreign Office obtint-il son licenciement pour lui confier une mission dont les . résultats allaient avoir un retentissement considérable. Malgré toutes les tentatives des voyageurs, dont les premières remontaient à l'époque romaine, le problème des sources du Nil restait posé devant le monde savant. Burton, à qui on adjoignit le capitaine Speke, qu'il avait connu dans l'Inde et engagé dans l'aventure du Somaliland, fut chargé de le résoudre. Il partit le 16 juin 1857 de Zanzibar et, ayant pris pied sur la côte orientale de l'Afrique, se lança dans l'intérieur.

Il remonte la vallée du Kingani et traverse le pays des Wazaramo et des Wazegura, peuplades cannibales dont il décrit les moeurs et les guerres continuelles. Il fait halte dans le Zungomero, qui correspond assez bien aux derniers massifs montagneux qui donnent accès aux hauts-plateaux de l'intérieur. Après le Zungomero, il pénètre dans ce qu'il appelle la seconde région, l'Ugogo, pays sec où dominent les vents d'Est et où les rivières sont très rares. Les indigènes, auxquels les tatouages et l'élongation des oreilles donnent un aspect repoussant, sont fort belliqueux. Ils ne se heurtent guère à leurs voisins Masai du Nord, mais, par contre, dominent nettement les Wanyamwezi, qui leur font suite à l'Ouest.

Les descriptions de Burton et les indications très nombreuses qu'il donne en cours de route sur les populations qu'il rencontre ont une haute valeur documentaire. C'est un des rares témoignages sérieux que l'on possède sur l'état de l'Afrique orientale avant l'irruption des Arabes esclavagistes. Il montre que si la traite n'existait pas encore dans le sens commercial du mot, l'esclavage n'en était pas moins très répandu dans l'intérieur des tribus et que le cannibalisme était presque aussi courant dans l'Ugogo et l'Unyamwezi que dans l'intérieur du Congo, bien que le gibier fût assez abondant.

L'Unyamwezi est pour Burton, qui fait appel à l'étymologie, la Terre de la Lune. L'ayant traversé, il observe qu'il entre dans une dépression où un nouveau réseau hydrographique se dirige vers l'Ouest. C'est celui de la Malagarasi. Les premiers jours de février 1858 avaient été particulièrement épuisants pour la caravane, qui rencontrait à chaque instant des fondrières. Le 13 février on aperçoit une montagne escarpée, qu'on escalade à grande peine. Du sommer, vers l'Ouest, on découvre une ligne étincelante. C'était le lac Tanganika, que les yeux d'un Européen contemplaient pour la première fois. « J'oubliai tout », dit Burton, « dangers, fatigues, incertitude du retour ; j'aurais accepté le double des maux que nous avions eu à subir, et chacun partageait mon ravissement ».

Au port d'Ukaranga, situé sur une petite baie un peu au Sud de Kahuele, chef-lieu de l'Ujiji, se trouvaient des barques parfois utilisées pour se rendre à Uvira, à l'extrémité Nord du lac. Burton, sur le conseil d'un Arabe fixé dans le pays, s'adressa au chef Kannena, qui, pour un prix exorbitant, consentit à lui en louer deux. Le 11 avril il put par ce moyen entreprendre une reconnaissance de la partie Nord du lac. Au cours de cette navigation il atteignit à Uvira l'extrémité du lac et il y reçut des renseignements précis sur la Ruzizi, qui, au lieu de s'échapper du Tanganika, comme il l'avait d'abord cru, lui apporte ses eaux. C'est en revenant vers Ukaranga que Burton prit pied sur l'île Ubwari, qui n'est ea réalité qu'une presqu'île, derrière laquelle se trouve le golfe allongé qui devait dans la suite porter son nom.

En fait, l'exploration de la partie nord du lac avait apporté à Burton une grande déception. Il s'était bercé du rêve que la Ruzizi s'échappait du Tanganika et qu'elle était la branche supérieure du Nil. Il n'en était rien et il fallait renoncer à atteindre le but suprême de son voyage, la découverte des sources du fleuve mystérieux. Les deux voyageurs prirent donc assez tristement le chemin du retour et l'on franchit en 26 jours la distance de 265 milles qui sépare Kahuele de Kazeh, centre important de l'Unyamwezi, situé approximativement à l'emplacement de l'actuelle Tabora. Déjà lors du voyage d'aller on était passé à cet endroit et l'on y avait été bien accueilli par les Arabes qui y résidaient pour les besoins de leur commerce. Burton y tomba sérieusement malade de la fièvre et dut consentir à une assez longue période de repos.

Comme on lui avait parlé d'un grand lac, situé vers le Nord, en réalité le lac Victoria- Nyanza, il détacha le 10 juillet le capitaine Speke avec quelques porteurs, pour aller à sa découverte. Speke revint le 25 août, triomphant. Non seulement il avait découvert le Victoria-Nyanza sur sa rive méridionale, mais il tenait pour certain que c'était de ce lac que s'échappait le Nil. Il en est bien ainsi et Speke, accompagné de Grant, devait plus tard le démontrer au cours d'un second voyage, mais Burton refusa de le croire et, toute sa vie, il devait s'obstiner, contre toute évidence, à méconnaître une découverte que les circonstances et son état de santé l'avaient empêché de faire luimême. A partir de ce moment la situation devint très tendue entre les deux amis et le reste du voyage de retour s'accomplit sous le signe d'une mutuelle aversion, bien que Burton ait consciencieusement soigné Speke, tombé malade à son tour.

Avec le recul de l'histoire, on peut oublier aujourd'hui cette misérable rivalité, dire qu'elle ne diminue en rien la gloire de Burton et mettre en commun toutes les découvertes de l'expédition qu'il commandait. La connaissance des deux grands lacs de l'Afrique centrale fut le point de départ de toutes les explorations qui suivirent, celles de Speke et de Grant, de Baker, de Livingstone et de Stanley.

Ses voyages et en particulier le dernier avaient valu à Burton en Angleterre une immense notoriété. Assez dédaigneux des multiples honneurs qui lui échurent alors, il restait déprimé, et l'amertume qu'il éprouva à voir que Speke, lui manquant de parole, l'avait précédé à la tribune de la Geographical Society, ne contribuait guère à lui relever le moral. En 1861, il fit un voyage rapide au pays des Mormons, à Salt Lake City. Le livre qu'il lui a consacré et qui a pour titre : « The City of the Saints » (1861) a été assez mal accueilli par ses compatriotes, parce qu'il n'est pas exactement le réquisitoire que l'on attendait contre une doctrine qui admet la polygamie. L'indulgence, toute relative d'ailleurs, de l'auteur, doit peut-être son origine à sa longue fréquentation avec l'Islam.

Vers la même époque il entreprit encore des voyages d'exploration dans le Benin, le Dahomey et à la Gold Coast, pays peu connus à cette époque et dont le climat était loin d'être salubre. Son point d'attache était Fernando-Pô, où il avait été nommé consul. Il se rendit aussi au Cameroun, en compagnie du botaniste Braun, et descendit le long de la côte jusqu'à l'embouchure du Congo. A la Gold Coast il devait revenir en 1882 avec Cameron pour étudier les possibilités minières de ce pays, voyage dont il est résulté un livre en collaboration intitulé : « To the Gold Coast for gold », 2 vol, (1883).

A la fin de 1864 il passa en qualité de consul à Sao Paulo et, l'année suivante, à Santos au Brésil, ce qui lui ouvrit l'Amérique du Sud, qu'il traversa de part en part, visitant successivement l'Argentine, le Paraguay, le Chili et le Pérou.

Avant son départ pour l'Amérique se place un incident dramatique qui se produisit le 20 septembre 1864, à une séance de la Section géographique de la British Association, à Bath. Burton devait prendre la parole à cette séance, ainsi que Speke, rentré en Angleterre au mois de mars précédent, après sa découverte, avec Grant, des chutes Ripou, par lesquelles le Nil s'échappe du lac Victoria. Speke ne vint pas au rendez-vous, et l'on apprit à la dernière minute qu'il venait d'être tué dans un accident de chasse. Burton, qui ne s'était jamais réconcilié avec son ancien camarade, vit dans sa mort une manifestation de la justice immanente, et même il s'imagina, tout à fait erronément, que Speke s'était suicidé. La haute considération dont il jouissait aurait dû chasser chez lui semblables idées. Stanley venait, à une réunion de la Société d'Anthropologie, de lui porter un toast retentissant. Mais le sang celte qu'il avait en lui le rendait souvent incapable de maîtriser son imagination et ses rancunes.

De l'Amérique, Burton, au cours des années qui suivirent, repassa en Orient, où il se retrouva avec bonheur, car, par ses études et par ses écrits, il était resté sans cesse en contact avec le mirage oriental. Nommé consul à Damas en 1869, puis à Trieste en 1871, on le vit pérégrinant, pour rétablir sa santé fort compromise, succes si vement à Tanger, à Cannes, en Angleterre et en Suisse. Il devait mourir à Trieste, presque entièrement paralysé, le 29 octobre 1890. Dans ses dernières années, toujours féru d'études orientales, il s'était plu à traduire en anglais ce miroir aux mille facettes du folklore oriental que sont les Mille et une Nuits, mais ces seize volumes ne sont que la partie la plus représentative d'une œuvre extrêmement abondante parue dans les publications de la Société Asiatique et autres revues spécialisées.

C'est le petit cimetière de Mortlake qui conserve, au bord de la Tamise, le corps embaumé de celui qui fut un des plus grands explorateurs du XIXe siècle et de tous les temps. Le nom de Burton reste surtout attaché à la découverte du Tanganika, mais la somme de ses observations, faites au cours de multiples voyages, est étonnante. Entre toutes ses connaissances, c'est peut-être sa science de linguiste — il parlait couramment, dit-on, 29 langues — qui lui a. le plus servi. Mais il était aussi, à des degrés divers, artiste, botaniste, zoologiste, géologue, chirurgien, avocat. Et il joignait à ses qualités intellectuelles un courage et une endurance physique peu communs. Il avait épousé, assez tard, une femme à laquelle il était profondément attaché, Isabel Arundell, qu'il avait aimée longtemps avant de l'obtenir de sa famille. C'est la gloire qui la lui a conquise, et aussi une affection invincible de la part de celle qui devait être jusqu'à la dernière heure une compagne admirable. Mrs Burton a terminé, sous le titre de « Burton's Life »., l'autobiographie commencée par l'explorateur avant sa mort.

En Angleterre, Sir Richard Burton fait figure de héros national. Il existe de lui, à la National Gallery, un admirable portrait Peint par Leighton. En 1930, pour commémorer le centenaire de sa naissance, un Comité, à la tête duquel se trouvait le duc de Connaught, s'est constitué pour lui ériger un monument au nom de la nation. Nous relevons dans l'appel lancé à cette occasion les phrases suivantes :
« Above all he was a great Pioneer. He led the way as an ;explorer of the first rank. Fie also studied his fellowmen profoundly and, by his marvellous interpretation of the inner lite and literature of the Arabs and other races, and his unsurpassed linguistic powers, helped to bridge the gulf between East and West for those who would cross it. He was the moving spirit in founding the first society for the study of anthropology in this country. »

26 février 1948.
© R. Cambier.

Sir Francis Burton a écrit plus de 80 livres

He wrote over 80 books, from travel and exploration to anthropology, archaeology, ethnology, poetry and Eastern Literature.

 

Quelques déguisement

SiteLock
share this - partager le site - deel dit document


About Us | Contact | Privacy | Copyright | Agenda

Ook op het internet gelden de auteursrechten. Werken die auteursrechtelijk beschermd zijn, zoals tekeningen, foto's, muziek, film en software, mag u niet verspreiden via het internet zonder de uitdrukkelijke toestemming van de auteur.