SiteLock
Livre du mois Le Petit futé Kinshasa 14,95 € Communiqué de presseGuide Kinshasa 2017 (petit futé)Neocity
Boek van de maand Zoon in Congo 15% korting + gratis verzending Zoon in Congo Lanoo Uitgeverij
   Webmasters Delcol Martine Eddy Van Zaelen De webmaster Delcol MartineEddy Van Zaelen
  Helpt U mee en stuur je ons uw boeken in ruil voor een publicatie op de site  Sponsor Site
Kasai Rencontre avec le roi des Lele Kasaï , rencontre avec le roi Prix exclusif Grâce a Congo-1960 Sans limite de temps 29.80 € frais de port inclus  -Editeur Husson
L'état indépendant du congo a la recherche de la vérité historiquecongo 1957-1966 TémoignageLes chemins du congoTussen vonk en omroep , draadloze communicatie in België en CongoLeodine of the belgian CongoLes éxilés d'IsangiGuide Congo (Le petit futé)Congo Ya Kalakala, avec mes remerciements a Mr Paul DaelmanCongo L'autre histoire, avec mes remerciements a Charles LéonardL'Héritage des Banoko , avec mes remerciements a Mr. Pierre Van BostL'année du Dragon avec mes remerciements a Mr Eddy Hoedt et Mr Peeters Baudoin

COQUILHAT ( Camille-Aimé), Vice-Gouverneur Général

(Liège, 15.10.1853 - Boma, 24.3.1891).

Source : http://www.kaowarsom.be/

Volontaire dans l'armée du général Faidherbe, Coquilhat prend part à 17 ans au vivi matadi combat de Vermand et à la bataille de Saint-Quentin. Rentré au pays, il est admis à l'Ecole Militaire et nommé sous-lieutenant le 2 avril 1874. Lieutenant le 25 mars 1880 et adjoint d'Etat-Major le 30 décembre de la même année, Coquilhat, devant qui une belle carrière militaire se dessine en Belgique, offre ses services à l'Association Internationale Africaine, qui, le 15 juillet 1882, les agrée et le désigne pour rejoindre l'expédition Stanley dans le Haut-Congo. A cette date, Stanley quittait Vivi pour prendre en Europe le repos que méritaient et nécessitaient les trois années d'efforts titanesques que représentait l'ouverture de la route des caravanes, qui de l'Océan aboutit à Léopoldville:
Embarqué à Liverpool le 19 août 1882, Coquilhat atteint Banana le 22 septembre et Léopoldville le 6 novembre. Le capitaine Hanssens, qui dans le Haut-Congo a repris la direction des opérations, vient de fonder le poste de Bolobo chez les Banyanzi; c'est un poste d'importance dans l'échelle des étapes que nécessite l'occupation du Haut-Congo. Sans instructions de son chef, Coquilhat prend le parti d'aller à lui; le 22 décembre il le rejoint à Bolobo et l'informe des vues du Comité d'Etudes qui comportent la création de stations à l'Equateur et chez les Bangalas. Ce programme enchante Hanssens, qui décide de redescendre à Léopoldville organiser l'expédition qui doit réaliser les projets du Comité d'Etudes. Le 27 décembre, il quitte Bolobo avec Coquilhat, pour arriver à Léopoldville le 4 janvier 1881. Sans désemparer on se met à organiser l'expédition. Mais le 9 janvier 1882, on apprend à Léopoldville le retour inattendu au Congo de Stanley, qui accourt prévenir les raids que l'on prête à de Brazza l'intention d'entreprendre vers le Haut-Congo. Quelques jours après, les instructions de Stanley parviennent au Pool. Elles sont pressantes, impératives. Elles appellent Hanssens et Coquilhat à Manianga pour des reconnaissances dans le Bas-Congo destinées à assurer à l'Association une vaste zone côtière au Nord de l'embouchure du fleuve; elles réservent à Stanley tous les moyens d'action dans le Haut; elles annoncent son arrivée. Coquilhat, incomplètement remis de ses premières fièvres, est remplacé par le lieutenant Grang et lui-même le remplace à Léopoldville comme adjoint du lieutenant Braconnier, chef de poste.

Braconnier s'occupe de la politique indigène, Coquilhat du service intérieur de la station : ravitaillement, constructions, etc., bref l'A B C du métier de chef de poste.

Le 21 mars, Stanley arrive à Léopoldville, inspecte flottille et approvisionnement et ne cache pas sa déception du délai qu'il devra consentir avant de pouvoir s'embarquer pour le Haut.

L'activité redouble à Léopoldville, qui va servir de base de départ aux expéditions qui vont aller établir l'autorité de l'Association sur les immenses territoires du Haut-Congo. Chacun se dépense sans compter pour accomplir la tâche qui lui est dévolue. Comme l'écrit le colonel Liebrechts dans Léopold II Fondateur d'Empire, tout converge vers l'idée primordiale de se porter en avant et de conquérir « le Haut-Congo, ». A la réalisation de ce grand projet, chacun est prêt à se sacrifier. Le lieutenant belge Grang, chargé d'amener de Manianga à Léopoldville le steamer Royal, qui doit faire partie de l'expédition, paiera de sa vie l'exact accomplissement de sa mission... Stanley lui-même s'émeut devant les sacrifices aussi absolus à l'idéal qui anime ses collaborateurs.

Le 28 mars, des incidents graves s'étant produits à Kimpoko entre les indigènes et le chef de poste, Stanley, qui a dû intervenir personnellement, désigne Coquilhat pour reprendre le poste et ramener le calme parmi les Banfumu. Il réussit dans sa mission et plus tard il écrira que les six semaines qu'il passa dans ce poste restent dans sa mémoire comme les plus belles de sa carrière. A Léopoldville, les préparatifs de l'expédition progressent. Stanley, qui a pesé Coquilhat, a décidé de l'emmener, ainsi que Van Gèle, dans l'expédition vers le Haut. C'est le 9 mai 1883 que la flottille peut appareiller et prendre la direction du Haut-Congo ; un mois après, le 9 juin, Equateurville est fondée. Van Gèle, que le sort désigne à cet effet, en prend le commandement, Coquilhat acceptant de lui être adjoint.

Tout de suite :ils se mirent à l'oeuvre, élargissant de jour en jour leur champ d'action par des reconnaissances et des prises de contact avec les populations voisines, amenant sous les drapeaux de l'Association Internationale Africaine toutes les tribus de la région. Ces deux hommes extraordinairement doués et qui se complétaient si heureusement, surent faire merveille. Stanley, qui avait poussé jusqu'aux Stanley-Falls, revenant à l'Equateur, moins de quatre mois après y avoir débarqué Van Gèle et Coquilhat, eut la satisfaction de trouver une station superbement installée : habitation magnifique dotée d'un mobilier complet, entourée d'un vaste jardin ombragé de palmiers et d'un potager plein de légumes, et en dehors du poste un vaste territoire couvert par le pavillon étoilé. S'il est d'ailleurs en Afrique une oeuvre susceptible de passionner et d'enthousiasmer un homme d'action, c'est bien la création d'une station. Le choix de l'emplacement, déterminé autant par des considérations de politique indigène et de sécurité que par les conditions du terrain, ses accès, les possibilités de ravitaillement, etc., constitue un problème majeur souvent épineux. L'édification du poste requiert une ingéniosité, une somme de connaissances pratiques peu ordinaires et un déploiement d'activité physique intense.

Ce sont ces mérites que Stanley reconnaît aux fondateurs de la station de l'Equateur quand il écrit dans son livre sur ses explorations au Congo : cc Si jamais l'Association Internationale Africaine frappe des médailles pour récompenser le travail et l'application, qu'elle donne les premières aux lieutenants Van Gèle et Coquilhat, fondateurs de la station de l'Equateur :. Quelque vingt-cinq ans après, j'explorai le terrain où surgit Equateurville. Ce n'est pas sans mélancolie que ma pensée rejoignit les pionniers illustres qui l'avaient édifiée. Parmi les vestiges du poste envahis par la brousse ou couverts de plantations de manioc, deux ou trois vieillards wangata que j'y avais amenés se souvenaient encore de Stanley et de ses deux cc frères » qu'il avait débarqués. Un d'eux me mima, comme les noirs savent le faire, Van Gèle, tout feu, tout flamme et parlant haut, et Coquilhat son frère, qui était bon et doux.

A l'Equateur, Coquilhat faisait antichambre, Stanley lui ayant promis un commandement chez les Bangalas. Déjà, en janvier 1884, Stanley avait tenté d'établir Coquilhat chez le chef Bangala Mata Buike, mais l'accueil reçu ne présageant rien de bon, Stanley .dut renvoyer Coquilhat à l'Equateur. C'est en mai 1884 que le capitaine Hanssens, qui au départ de Stanley pour l'Europe avait reçu mission de compléter l'occupation du Haut-Congo, après une rapide reconnaissance de l'Ubangi en compagnie de Van Gèle, emmena Coquilhat vers le Haut, chez le chef Mata Buike d'Iboko.

L'extraordinaire ascendant d'Hanssens sur les indigènes facilita l'installation; cependant, ce n'est pas sans appréhension de l'avenir qu'il abandonna son jeune camarade à Iboko, pour monter aux Stanley-Falls. A la descente, le 19 juillet, il retrouvait Coquilhat à Iboko. C'est avec une légitime fierté que celui-ci fit à son chef les honneurs de la nouvelle station. « Je croyais rêver », écrit le capitaine Hanssens, qui s'étend à décrire la station et qui conclut : cc c'est décidément un comble d'activité et de rapidité qu'a réalisé mon vaillant ami Coquilhat ». Cependant, les risques courus avaient été graves. Coquilhat y avait paré avec un sang-froid peu ordinaire. Pour asseoir son ascendant moral sur ces sauvages, il apprenait leur langue, s'initiait à leurs moeurs, étudiait leurs lois et leurs coutumes. Il en vint ainsi à aimer ces êtres féroces qui le guettaient comme un fauve guette sa proie. Hanssens, qui passe deux jours à Iboko, séduit par les admirables qualités d'esprit et de coeur du jeune chef de poste, écrit : « Il faut voir Coquilhat lorsque nous abordons le sujet qui nous préoccupe, les affaires du Congo et la civilisation des Bangalas. La physionomie ouverte et sympathique du lieutenant s'anime, son enthousiasme prend le galop, il se met à parler de son royaume d'Iboko avec l'abondance et l'entrain d'un homme de vingt ans. Il faut l'entendre lorsqu'il prend la défense des Bangalas cannibales, lorsqu'il indique le degré de perfectibilité auquel le nègre actuellement inculte peut atteindre au contact du blanc par le travail honnête et rémunéré. Son langage chaudement coloré, ses phrases, africaines par le pittoresque et le piquant des images, sont ponctués par un geste vif, nerveux, empreint d'une verve juvénile. Coquilhat a appris à aimer le nègre bangala ; il insiste sur la nécessité de le traiter toujours avec justice et bienveillance et à l'occasion avec fermeté. Pour mon vaillant ami, le succès de l'oeuvre de notre Roi ne fait pas l'ombre d'un doute... ):

Avant de partir, Hanssens lui dit :

«Votre tâche est hérissée de difficultés, votre poste est dangereux, mais l'un et l'autre sont dignes de vous ».

«Je suis venu en Afrique », répond Coquilhat, « avec l'intention de sacrifier ma vie si ce sacrifice est nécessaire, au service de la cause grandiose que plaide en Europe Sa Majesté Léopold II. Je vous affirme, mon capitaine, que je suis ravi de rester chez les Bangalas et que j'arriverai à réduire, tôt ou tard, par des moyens conformes aux instructions humanitaires de l'Association, le caractère farouche des sujets de Mata-Buike. »

Quatre mois après le passage de Hanssens, la station d'Iboko reçoit la visite de Van Gèle, qui vient prendre contact avec les territoires dont Hanssens, à la veille de son retour en Europe, lui a abandonné la direction. Coquilhat avait accompli à Iboko, en ces derniers mois, des travaux qui le plaçaient d'emblée au premier rang des pionniers : il n'avait pas seulement fait surgir de terre une station modèle avec habitations, magasins, jardins, etc., il avait réellement créé un foyer de civilisation et groupé autour de lui un noyau de jeunes gens appelés à devenir de magnifiques auxiliaires du Blanc.

Surmontant toutes défaillances, il avait triomphé de toutes les difficultés que soulevait chaque jour la direction du territoire ; sa bienveillance et son énergie avaient réussi à lui concilier le respect et l'affection de ses sanguinaires sujets. Le chef Mata-Buike était devenu l'hôte assidu de la station, l'allié le plus serviable, et les notables bangalas calquaient sur l'attitude de leur chef leur conduite envers le Blanc. La haute valeur morale de Coquilhat peut seule expliquer son remarquable succès : fondateur d'Equateurville avec Van Gèle, Coquilhat, livré à ses propres moyens, s'était surpassé à Iboko.

Le 9 août 1885, Coquilhat, après avoir remis son commandement au lieutenant Vankerkhoven, descend à Léopoldville. L'état de sa santé exige d'ailleurs qu'il prenne un congé en Europe. Son séjour de quinze mois à Iboko s'était écoulé dans des conditions d'insécurité et d'inconfort qui auraient eu raison des caractères les plus trempés, des constitutions les plus robustes, et cependant, c'est avec regret qu'il quitte ses sauvages Bangalas, à qui il s'est imposé et dont il emporte l'affection. A cette époque, les escortes militaires, les garnisons des stations, les équipages de bateaux et, dans certaines régions, les équipes de porteurs et même le personnel des postes étaient uniquement constitués par des noirs étrangers : Zanzibarites, Haoussas, Ashantis, etc. Coquilhat, le premier au Congo, eut l'idée, qu'il réalisa, d'engager de jeunes indigènes comme soldats et travailleurs et d'étendre l'emploi de leurs services en dehors de leur région d'origine. On lui doit la création du noyau de la Force publique indigène qui, en se développant, permit d'éliminer les éléments étrangers au pays. Les postes de Stanley-Falls, d'Equateurville, de Léopoldville utilisèrent ainsi des Bangalas à qui Coquilhat avait inculqué et la confiance envers le Blanc et le désir de gagner des biens autrement que par rapines et pillages. Si le lingala est devenu la langue véhiculaire d'une grande partie du Congo occidental, c'est le fait de Coquilhat et de ses successeurs aux Bangalas. Durant tout son séjour chez eux son action s'est toujours inspirée des considérations morales les plus élevées. Pour lui, la stricte pratique par l'Européen du respect de la vie et de la dignité humaines, de la propriété et de la parole donnée doit être l'enseignement direct qui transformera les conceptions morales des indigènes. Cette foi commande toutes ses actions et le magnifie. Dès le début, il a compris, l'ayant décelée dans les faits quotidiens, cette vérité primordiale que la régénération des noirs ne s'obtiendrait que par leur initiation au travail régulier, librement accepté, équitablement rémunéré. Il a compris que l'action de l'Européen devait s'attacher à l'éducation des jeunes et que la réforme des moeurs s'obtiendrait moins par la répression des actes contraires à notre morale, que par une transformation graduelle des conditions de vie matérielle. L'absence dans sa région de toute action évangélisatrice ne lui permet pas d'apprécier, ni même d'entrevoir, l'influence considérable que celle-ci aura sur la réforme des moeurs; c'est ce qui explique qu'il n'envisage pour celle-ci que l'intervention de conditions économiques et politiques nouvelles. Dans ses conférences, dans ses publications c'est d'elles uniquement qu'il discute. Son oeuvre littéraire maîtresse : Sur le Haut-Congo, publiée en 1888, mérite un témoignage d'estime tout particulier. Les descriptions qu'elle contient de l'état de barbarie dans lequel vivaient les populations à cette époque sont impressionnantes ; elles semblent n'avoir pas été connues suffisamment ou retenues de ceux qui, portant jugement sur l'oeuvre cle Léopold II, s'offusquent des fautes, des imperfections même qu'elle comporte.

Le 21 octobre 1885, Coquilhat débarque à Anvers. Il passe cinq mois en Europe ; mais, comme il l'écrit lui-même, ce ne fut pas le temps de repos nécessaire : conférences, études, entrevues, visites, etc., le fatiguèrent au point que lorsqu'il reprit la mer pour aller faire un second terme, il eut, alors seulement, le sentiment qu'il avait devant lui quelques jours de repos. Il repart, investi du commandement du territoire des Bangalas. Embarqué le 6 avril 1886, il arrive à. Banana le 28. Il organise à Matadi le camp des Cafres que l'Etat Indépendant avait recrutés pour les besoins de la Force publique. Le 30 avril, à Matadi, un courrier de l'Administrateur Général C. Janssen lui fait part de ce qu'en l'absence de Van Gèle, retenu à Madère en raison de son état de santé, il aura à assumer, conjointement avec le commandement des Bangalas, celui de la province des Stanley-Falls; mais le 13 juillet, des instructions de Bruxelles le déchargent de cette mission supplémentaire. Le 3 août il fait à Iboko une rentrée triomphale; il trouvait dans ce poste les lieutenants Baert et Dhanis ainsi que l'intendant Vandenplas, ses adjoints. La situation était bonne, l'entente régnait.

Un mois après, dans la nuit du 7 au 8 septembre. Coquilhat est réveillé par des fugitifs des Stanley-Falls qui lui annoncent que la station a été attaquée et incendiée par les Arabes que Deane, le chef de poste et son jeune adjoint, le lieutenant de cavalerie Dubois, sont tués ou en fuite. Avec une trentaine d'hommes, Coquilhat, qui souffre cruellement d'une dysenterie, s'embarque sur le vapeur A. J. A., remorquant l'Eclaireur. Un seul Européen, le mécanicien anglais Werner l'accompagne; on vole au secours des camarades en péril s'il en est temps encore. Le 26, Coquilhat est devant la station des Falls incendiée et occupée par les Arabes.

L'adversaire a une supériorité écrasante de position et de nombre; ce serait folie de tenter une attaque. On tiraille avec rage de part et d'autre, mais devant la menace d'un enveloppement, Coquilhat donne l'ordre de la retraite. L'A. I. A. descend au fil de l'eau, puis vire de bord. Il s'agit maintenant de retrouver les deux Européens Deane et Dubois. Après quelques recherches, Coquilhat recueille la preuve que Dubois s'est noyé en longeant de nuit une rive escarpée du fleuve et il finit par retrouver Deane à moitié nu et dans un état d'épuisement inquiétant ; depuis plusieurs semaines, le malheureux vivait en forêt, pourchassé, traqué par les Arabes, mais secrètement secouru par les populations wangenia. Au début de septembre, Coquilhat, que cette expédition a épuisé et dont le mal s'aggrave, rentre à Iboko, où il trouve Van Gèle, qui lui remet des instructions qui le chargent de la direction de la province des Stanley-Falls.

Mais vaincu par la maladie, il doit décliner la mission, remettre au lieutenant Baert le commandement des Bangalas et descendre à Léopoldville, où il arrive le 15 octobre, après quarante-cinq jours de grave maladie et une navigation totale de 2.500 kilomètres semée d'incidents dramatiques et de soucis de tous genres. Il insiste cependant pour qu'on l'autorise à remonter, mais le médecin se montre inflexible. On le met en hamac, le 20 octobre, et à travers monts et vaux, pendant quinze jours encore, il fut cahoté. Enfin, le 16 novembre, on l'embarquait à Banana et le 18 décembre il rentrait au pays. Longue fut sa convalescence. Si l'oeuvre de Coquilhat en Afrique, au cours de ses deux premiers termes de service, est importante autant que glorieuse, on peut cependant se demander si son action ultérieure en Belgique, abstraction faite même de son rôle de conférencier et de publiciste, n'a pas été plus éminente.

Collaborateur immédiat de Léopold II, qui l'appela le 30 août 1888 aux fonctions d'Administrateur Général du Département de l'Intérieur, où il resta jusqu'à son départ pour l'Afrique en mars 1890, il est évident que le Roi mit à contribution la profonde expérience des choses d'Afrique que possédait Coquilhat. Celui-ci, indéniablement, s'était révélé en Afrique homme d'action, mais à l'analyse, ses actes donnent l'impression qu'ils sont inspirés par des vues singulièrement perspicaces, par une compréhension remarquablement claire des réalités. Dans ses publications on discerne une sagesse particulière. Fréquemment on y voit l'Administrateur se hausser au rôle d'homme d'Etat. Il ne fait pas de doute' que Coquilhat fut intimement associé aux travaux préparatoires de la Conférence antiesclavagiste de 1889. Sa participation, comme expert, aux travaux de cette Conférence me paraît expliquer les résultats économiques que le Roi en obtint.

Cette année 1889 marque une époque extrêmement critique pour les finances de l'Etat. Le décret du 17 août, qui doit assurer à l'Etat le monopole de la récolte de l'ivoire et du caoutchouc et lui procurer d'opulents revenus permettant la réalisation des grands projets en vue, serait, semble-t-il, le résultat de suggestions formulées par Coquilhat, à qui certains associent le capitaine Van Kerkhoven. Et q'eût été pour préparer l'application du décret du 17 août 1889 que le Roi aurait envoyé Coquilhat au Congo remplacer le Gouverneur Général Camille Janssen. C'est le 20 avril 1890 que Coquilhat, remplacé par le lieutenant Liebrechts au Cabinet du Roi, débarque à Boum. Il avait été nommé Inspecteur d'Etat quelques jours avant son embarquement à Anvers. Coquilhat reprend pied sur le sol africain dans de bien mauvaises conditions. En effet, sa santé laisse encore fort à désirer. En quelques pages pleines d'émotion qu'il intitula Le Calvaire de Coquilhat, Gérard Harry décrit le douloureux état dans lequel Coquilhat entreprit son troisième et dernier voyage vers l'Afrique, alors que la plus élémentaire prudence lui commandait de décliner les offres de son Souverain. Il n'en fit rien. Pourquoi?

Gérard Harry, dans l'intimité de qui il vivait, prétend que c'est pour donner un démenti de fait à de perfides calomnies le
représentant comme plus désireux d'occuper en Belgique une situation dans l'entourage du Souverain que de reprendre en Afrique la vie périlleuse qui était l'apanage des pionniers; cependant, semble-t-il, les médecins avaient formellement interdit un retour en Afrique. Il est toutefois .permis de croire que Coquilhat a simplement surestimé sa capacité de résistance au climat et que la considération déterminante , de sa décision fut moins une question d'amour-propre que la conviction que sa présence au Congo, à la tête de l'Administration, en des circonstancequ'il savait être très délicates, serait plus utile à l'oeuvre royale que sa présence à Bruxelles. En repartant en Afrique pour s'atteler à la mise en application d'un régime dont il attendait les plus heureux résultats, qu'il avait étudié et mis au point, s'il n'en était le père, il a cru pouvoir servir plus efficacement. Quoi qu'il en soit, Coquilhat, en répondant à l'appel du Roi, alors que l'état de sa santé lui commandait de décliner la mission, a donné une preuve nouvelle de son total dévouement à la cause coloniale. • Le ler décembre 1890, Coquilhat est nommé Vice-Gouverneur Général; mais après onze mois d'un séjour particulièrement pénible, longue et épuissante lutte contre le mal qui le mine, Coquilhat succombe. Sa dépouille mortelle repose à Anvers, où un monument a été érigé à sa mémoire. Le Gouvernement de l'Etat Indépendant, voulant perpétuer le nom de cet éminent serviteur de la civilisation, a donné le nom de Coquilhatville à la nouvelle station de l'Equateur, chef-lieu de la province de ce nom. Il apparaît bien que la disparition de Coquilhat a eu pour la politique interne de l'Etat de graves conséquences. Si l'on retient que Coquilhat, à l'école de Stanley et de Hanssens, avait immédiatement compris que la conquête du Congo devait être essentiellement une oeuvre de patiente persuasion, de politique rejetant dans toute la mesure du possible le recours à la force; que cette conception répondait à ses sentiments intimes, on peut croire qu'il eût apporté dans l'introduction du régime fiscal indigène une compréhension plus lucide des réalités; que sa parfaite connaissance des populations indigènes lui eût inspiré des méthodes plus conformes aux traditions indigènes et une modération qui eussent évité ou minimisé les réactions qu'on pouvait prévoir et qui se sont produites.

Le grand Colonial qui, le premier, dès 1888, disait « travaillons par et pour l'indigène », qui, plaçant ses espoirs dans la jeunesse, insistait pour que l'action civilisatrice prît le travail comme instrument de progrès matériel et moral; qui, mesurant avec sagesse la différence de rythme du progrès matériel et du progrès moral, rejetait à l'arrière-plan les utopiques espoirs d'une lutte contre l'analphabétisme, ce colonial était de taille à conduire l'Etat, car de lui on pouvait attendre qu'il éclairât sur les besoins à satisfaire, sur les moyens à s'assurer, sur les méthodes à appliquer.

Le grand soldat qui lui succéda ne possédait pas le sens politique de Coquilhat et surtout n'avait pas eu ce contact direct avec les populations indigènes qui donne de l'autorité à la voix qui les représente. C'est Bruxelles désormais qui inspirera les grandes directives d'administration, quand il ne les tracera pas dans des textes impératifs et minutieux. Borna les appliquera. La voix de l'Afrique s'est tue; elle ne trouve plus l'audience qu'elle avait lorsque Coquilhat ou un Camille Janssen parlaient.
Coquilhat avait exercé les fonctions de Chef de la Maison Militaire du Roi ; il avait été créé chevalier de l'Ordre de Léopold et décoré de l'Etoile de ' Service. 30 janvier 1947. A. Engels.

Publications : Chez les Bangalas sur le Haut Congo, revue Belgique, 1886. — Le Capitaine Hanssens en Afrique, Bull. de la Soc. Royale Belge de Géogr., 1886, n° 1, Bruxelles. — Le Congo et la tribu des Bangalas, Bull. de la Soc. Royale Belge de Géogr., 1886, no 6. -- Le Haut-Congo, Bull. de la Soc. Royale de Géogr., Anvers, 1885, p. 231; Anvers, 1885-1886. Conférence faite le 16 septembre 1885 à la Soc. Royale de Géogr. d'Anvers. — Les Belges dans l'Afrique centrale, Adolphe Burdo, mars, Ed. Bruxelles, 1886. — Sur le Haut Congo, I. vol. in-8°, 535/1, Office de public., Lebègue, 1888. — Des crues du Congo à Bangala. Nouv. Géogr., 1886, p. 14. — Des pluies à Bangala. Température et chutes de pluies, Mouv. géogr., 1886, p. 14. -- Population du District des
Bangalas, Annexe no 3 à l'ouvrage sur le Haut- Congo. Les rites funéraires et le cannibalisme au Congo, Bolletino della serione florentina della Societa Africana d'Italia, 1889, no 4. — The Bangala, Journal Manchester Geograph., 1888, t. III. — Mesures politiques militaires prises et à prendre pour amener la répression de la traite des esclaves dans les territoires de l'Etat. Rapport au Roi-Souverain, B. 0., 1889-1890, no O, p. 39. — Rapport sur l'évacuation de la station des Stanley-Falls, Mouv. géogr., 1887, p. 107. — Le Haut-Congo. Bull. de la Soc. Royale Belge de Géographie, 1885-1886, t. I, 4° fisc., pp. 231, 248. — Carte. Le Congo dans le pays des Bangalas, 400.000, Mouv. géograph., 1885. Réf. De Martrin-Donos, Les Belges dans l'Afrique centrale, t. II. — Chapaux, Le Congo historique, Brus;., Rozez, 1894. — Harry, Gérard, Le Calvaire de Coquilhat. — Lejeune, Léo, Le Vieux Congo, éd. Expansion Belge. — Lt-Cl Liebrechts, Léopold II, Fondateur d'Empire, Off. de Public., Bruxelles, 1932. — Le Mouvement géographique, 1885. — Belgique Militaire, 1891. — H. Defester, Les Pionniers belges au Congo. — Masoin, Histoire
de l'E. I. C., 1913, Namur.

Livre : Camille Cocquihat

AVANT-PHOPOS L'illustre explorateur Stanley , sous lequel j'ai eu honneur de servir, a, dans son livre : Cinq années au Congio, retracé à «grands traits l'histoire de la fondation de l'État indépendant du Congo.

Vouloir écrire après lui sur cette matière, peut paraître téméraire ou superflu. Mais les différences de situation des collaborateurs d'une môme oeuvre peuvent déterminer la variété dans leurs sensations. M. Stanley était le conmandant en chef, et son livre a dû fatalement s'en tenir habituellement aux faits d'ensemble. De plus, ses fonctions, toutes de mouvement dans le haut-Congo, lui laissaient peu de loisir pour y séjourner longtemps dans un môme milieu, y étudier l'état intime des indigènes et suivre le détail de nos travaux. Simple pionnier, mon modeste objectif est surtout de montrer par le menu comment se fondaient et s'élevaient nos établissements parmi les nègres du haut-Congo. Je désire rendre les impressions personnelles que je recueillis lors de la création des stations élevées à l'équateur et chez les Ba-Ngala. Cette partie essentielle de ma relation est précédée de quelques chapitres qui permettront au lecteur de suivre mes pas depuis mon départ d'Europe. un développement important est consacré aux événements des Stanley-Falls. Et, en manière de conclusion , j'expose brièvement mon opinion sur l'avenir de l'oeuvre du Congo.

Sans prétendre au talent déployé par mon ancien ami, le lieutenant Jérôme Becker, dans La Vie en Afrique, j'ose espérer que le public voudra bien accorder un peu de la grande sympathie avec laquelle il accueillit ce livre relatif à l'Afrique orientale, au récit plus succinct de mes voyages dans la partie occidentale du continent noir.