ALBERT THYS, de Dalhem au Congo

Georges DEFAUWES Conservateur du Musée communal Albert Thys de Dalhem

"Les facettes méconnues d'un personnage d'exception"

Officier d'ordonnance du roi Léopold II

Grand organisateur du développement de l'Etat Indépendant du Congo

Créateur du premier chemin de fer au Congo

Homme d'affaires

Un des premiers financiers belges du début du XXème siècle

Mais aussi un humaniste au grand cœur.

sources : http://www.dalhem.be/

PREFACE


Le général Albert Thys est, sans conteste, la personnalité la plus illustre du terroir dalhemois. Sa réputation, associée à l'oeuvre coloniale de Léopold II, a dépassé très largement nos frontières; de nombreux ouvrages lui ont été consacrés ainsi qu'à son travail de pionnier du rail du Congo. Pourtant, la lecture attentive de sa correspondance privée et familiale fait apparaître des facettes peu connues de ce personnage d'exception. C'est à cette lecture et à cet éclairage nouveau que s'est attaché Georges DEFAUWES, Conservateur du Musée Albert Thys, abrité dans le Complexe scolaire communal de Dalhem ; il l'a fait avec le sens inné de la pédagogie qui le caractérise mais aussi avec son affection pour l'homme qu'il veut mieux faire connaître. Certes, le débat sur le système colonial du 19e siècle n'est pas clos et on peut avoir, sur la question, des appréciations nuancées et divergentes…, mais là n'est pas le propos de l'auteur. Ce qu'a voulu Georges DEFAUWES, c'est nous faire découvrir un homme de chez nous, attaché aux siens et à son terroir, à mi-chemin entre la dure intensité de sa vie et la lucidité humaine de ses jugements et de ses sentiments…C'est pourquoi notre Collection « Comté de Dalhem » lui a bien volontiers ouvert ses portes.


Paul BOLLAND,
Président de l'ASBL Domaine Touristique de Blegny-Mine,
Gouverneur honoraire de la Province de Liège.

 

PREAMBULE


On peut affirmer que la colonisation a existé à toutes les époques. Elle s'est manifestée dans les temps les plus anciens (Phéniciens, Grecs, Romains, …) et dans tous les continents.
Dès que s'ouvre l'ère des grandes découvertes, au 17ème siècle, l'Europe acquiert la maîtrise des mers.

Elle s'approprie peu à peu les marchés des épices, des textiles, des métaux précieux et elle établit des comptoirs dans tous les continents. A la mainmise économique s'ajoute bientôt la domination politique. L'Espagne, le Portugal, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne et la France et plus tard l'Allemagne, la Belgique et l'Italie posséderont leurs colonies.

Ces puissances maintiendront longtemps le mythe de la supériorité blanche en répandant de par le monde l'idée que seule l'Europe représente la « civilisation ».

Des abus seront commis au nom de ces théories. La seconde guerre mondiale marque le début de la fin de l'ère coloniale. Les peuples colonisés revendiquent leur liberté, leurs droits à la propriété de leur sol et à la disposition de leurs richesses.

L'histoire de la décolonisation marque la fin de l'hégémonie européenne.

On peut affirmer également que l'esclavagisme et la traite des êtres humains ont aussi existé à toutes les époques et dans tous les continents. A partir du 16ème siècle, et surtout après, ils prennent une forme particulièrement grave en Amérique (Amériques du Nord, du Centre et du Sud) où les propriétaires des grandes plantations ont besoin de main d'oeuvre, en nombre toujours croissant.

Diverses compagnies maritimes européennes participent, dès lors, au « commerce triangulaire ».

Le commerce triangulaire (entre l'Europe occidentale, les côtes de l'Afrique occidentale et les Amériques) se développe et devient à partir du 17ème siècle une source immense de profits pour des Européens.

Ce commerce se déroule en trois étapes :


- des navires partent de Bordeaux, de Nantes ou d'autres ports atlantiques chargés de verroterie, d'alcool mais aussi de fusils vers les côtes atlantiques de l'Afrique ;
- dans les comptoirs côtiers africains, des chefs coutumiers reçoivent ces marchandises en échange de prisonniers devenus esclaves ;
- ceux-ci traversent l'Atlantique dans les pires conditions, enchaînés dans l'entrepont des navires. Ils sont échangés en Amérique contre du rhum, du sucre, du tabac ou encore des métaux précieux et, enfin, revendus au détail par des marchands. Ce circuit des navires est donc parfaitement « opérationnel ». Les navires sont en permanence chargés de marchandises… mais avec des marchandises « humaines » dans le sens Afrique- Amérique et ce, sans espoir de retour. Quelques centaines de milliers d'esclaves traversent ainsi l'Atlantique au 16ème siècle. Ils sont 2 à 3 millions au 17ème siècle, 7 à 8 millions au 18ème siècle et encore 3 à 4 millions au 19ème siècle. Ce type d'esclavage disparaît progressivement dans le courant du 19ème siècle. Après la création de l'Etat Indépendant du Congo (1885), il subsiste encore des bandes d'Arabes qui se livrent à la chasse aux esclaves, à l'intérieur du continent. Elles expédient ceux-ci vers Zanzibar, sur la côte Est de l'Afrique et ensuite vers des pays bordant la mer Rouge.

Lors d'une conférence, Albert Thys dira :


« Jamais notre action coloniale ne fut plus belle qu'au moment de la campagne arabe. Vous souvenez-vous du mouvement d'indignation qui secoua le monde civilisé quand Livingstone et Stanley dépeignirent les horreurs de la traite, dans le centre africain ? Comme une nuée de sauterelles qui dévastent en une nuit, une région entière, des bandes d'Arabes pillards tombaient sur les villages, massacraient sans pitié tous les malheureux qui ne représentaient pas une valeur marchande et se retiraient ensuite, poussant à coup de bâton vers la côte un lamentable troupeau de bétail humain, dont un dixième à peine arrivait au but (1). » En septembre 2001, lors de la troisième Conférence des Nations Unies contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance, l'esclavage fut enfin reconnu comme « un crime contre l'humanité ».

Ce document tente aussi de vous montrer qu'en 1887 déjà, Albert Thys a réagi contre les fléaux dénoncés par cette Conférence des Nations Unies. Son auteur vous souhaite beaucoup de plaisir à découvrir un personnage fascinant qui a beaucoup oeuvré pour une colonie au service des Africains.

-BIOGRAPHIE SUCCINCTE D'ALBERT THYS (2)


Créateur du chemin de fer au Congo, homme d'affaires et un des premiers financiers belges du début du 20ème siècle, Albert THYS a joué un rôle considérable dans l'histoire coloniale
belge. Il est le grand organisateur du développement économique de l'Etat indépendant du Congo, oeuvre de LEOPOLD II et de l'explorateur STANLEY.

L'humanité de ce personnage d'exception, un des Belges les plus efficaces et les plus connus de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème siècle, se retrouve dans les témoignages de ses collaborateurs, dans ses discours et conférences (9 volumes) mais aussi et surtout dans les lettres personnelles qu'il a écrites à son épouse lors de son premier voyage au Congo (1887-1888) et à ses enfants (Journal de cure de Marienbad, 1906).
Ces lettres inédites de 1887-1888 ont été publiées sous le titre Malamou (376 pages), en 1988, lors de l'exposition « Malamou … il y a 100 ans l'Afrique centrale, Albert Thys – L'épopée du rail » à la galerie CGER de Liège, à l'initiative de l'a.s.b.l. Dalhem 900ème avec diverses collaborations dont celle de la Province de Liège.

En 1988, les documents iconographiques de cette exposition ont rejoint les pièces de l'ancien musée communal Albert Thys (créé en 1961 par la famille Thys et l'Administration communale de Dalhem) dans de nouvelles vitrines au Complexe scolaire des Prés du Roy (3).

 

photo : Ville de Dalhem – au centre, à gauche, maison natale d'Albert Thys.

1849 Naissance d'Albert Thys à Dalhem, le 28 novembre

1849. Son père est le médecin du village et sa mère institutrice. Elève appliqué et intelligent, Albert suit les cours de l'école primaire de Bombaye, (son instituteur, un homme remarquable, aura sur lui une influence déterminante) puis de l'école moyenne de Visé. Il est successivement lauréat des écoles primaires en 1860 et lauréat aux concours généraux des écoles moyennes en 1864 et 1865.

 

1876 Le roi Léopold II qui prépare à ce moment la Conférence Géographique de Bruxelles cherche un jeune officier de valeur pour son secrétariat des Affaires coloniales. Le colonel vicomte Jolly, commandant de l'Ecole de guerre, lui recommande Albert Thys, grand connaisseur de la géographie de l'Afrique. Convoqué au Palais, celui-ci rencontre les vues du souverain (4).

LEOPOLD II (Bruxelles 1835-Laeken-Bruxelles 1909) Second roi des Belges (1865-1909), ambitieux et autoritaire, il parvient à donner à son pays le rang de puissance européenne et coloniale. La Belgique devient une nation prospère (essor industriel et commercial) et militairement forte. Son action dans la politique coloniale de l'Europe en Afrique est déterminante. Il fonde l'Association internationale africaine, charge Stanley d'explorer le Congo et crée un Etat indépendant dont le Congrès de Berlin le reconnaît comme souverain (1885). Il lègue par testament, 1889, accepté par la Chambre belge en 1908 son royaume du Congo à la Belgique, donnant ainsi à son pays une place notable dans les rangs des nations impérialistes. En 1904, les exactions commises par les colons au Congo sont vivement dénoncées par de n o m b r e u s e s - p u i s s a n c e s - européennes. La politique menée par Léopold II connaît d ' i m p o r t a n t e s dérives et le roi doit en répondre devant une commission d'enquête.

photo ci contre : Léopold II (1835-1909), Roi des Belges de 1865 à 1909. Il sera le promoteur l'expansion internationale de la Belgique. Collection Belgolaise.

Le 26 juin 1876, le lieutenant Thys est détaché auprès de la Maison Militaire du Roi. La mission qui lui est confiée est celle de Secrétaire pour les affaires coloniales dans le Cabinet du Roi. A dater de ce moment, il se trouve vraiment au premier rang pour suivre les vues du Souverain et l'évolution de son entreprise. Il est bientôt mis à la disposition du général baron Greindl pour préparer avec ce dernier et Léopold II la Conférence Géographique de Bruxelles qui doit débuter le 12 septembre 1876.


Albert THYS, de Dalhem au Congo Biographie succincte d'Albert THYS

« Le jeune Thys a vingt-sept ans. C'est un garçon mince et très droit, au profil de médaille, aux yeux francs et attentifs, au menton volontaire. Il attire les sympathies par un charme indéfinissable : quelque chose émane de lui qui retient et subjugue… Il a un regard parfois plein de rêve, voilé, lointain, et parfois perçant, presque dur, un regard qui maîtrise et qu'il est difficile de soutenir. Ce jeune homme, sans fortune et sans protections, a une chance inespérée : il va être initié aux affaires et à la grande politique coloniale par le plus ardentdes maîtres : Léopold II lui-même.(5) »

photo a droite : Le trafic d'esclaves, prétexte et occasion d'intervenir militairement en Afrique centrale. © AFRICA-MUSEUM TERVUREN

 

  1. Albert Thys assiste à la Conférence Géographique de Bruxelles qui va donner naissance à l'Association Internationale pour l'exploration et la civilisation de l'Afrique, connue généralement sous le nom d'Association africaine, et ultérieurement au Comité d'Etudes du Haut-Congo. Ces associations ont pour buts de lutter contre la traite des Noirs, les marchands d'esclaves sévissant encore dans cette partie de l'Afrique, et d'y apporter la civilisation.
  2. A. Thys participe activement à l'organisation des premières expéditions sur la côte orientale de l'Afrique dont il assure la partie pratique (achats de matériel et de marchandises d'échange, problèmes de transports et d'assurances).

(cliquez sur la carte pour agrandir) Extrait d'une planche de l'Atlas de Géographie de M.G. Alexis. Le centre du Continent africain est « pays inconnu ». Ed. Procure des Frères à Namur. 3e édition de 1875.


1877

Le 10 novembre 1877, Albert Thys épouse Julie Mottin, fille d'un ingénieur des chemins de fer, qui lui donnera six enfants, et à laquelle il vouera une véritable adoration et une fidélité à toute épreuve. Au cours de son voyage de noces à Paris, il trouve dans le Daily Telegraf un croquis de la découverte du cours du fleuve Congo par Henry-Morton Stanley et, conscient de l'importance de cette nouvelle, décide de rentrer à Bruxelles.

 

 

Photo : STANLEY (John Rowlands, puis sir Henry Morton).

Journaliste et explorateur britannique (Denbigh, pays de Galles,1841 Londres 1904).

Orphelin, embarqué comme mousse pour l'Amérique, il est adopté par un commerçant de la Nouvelle Orléans et en prend le nom. Il participe à la Guerre de Sécession tour à tour du côté des Sudistes et des Nordistes. Journaliste au service du New York Herald (1867), il est envoyé en Afrique à la recherche de Livingstone parti à la recherche des sources du Nil et qu'il retrouve (1871).

Au cours d'un deuxième voyage en (1874-1877), il traverse l'Afrique équatoriale d'est en ouest, découvrant le cours du Congo. Il se met en 1878, au service du roi des Belges Léopold II. Il retourne au Congo pour un nouveau voyage de cinq années. Il établit des comptoirs le long du fleuve et pose les jalons nécessaires à l'établissement de l'Etat indépendant du Congo. Il construit aussi une route joignant Matadi à
Léopoldville à travers les monts de Cristal. Cela lui vaut le surnom de Boula Matari, l'homme qui fracasse les rochers.

H.M. Stanley, l'explorateur, commentait ainsi l'avenir du Congo :

« Le Congo est un trésor, faites-le fructifier. La fortune du Congo dépendra du capital argent et travail que vous consacrerez à ce pays. Elle dépendra de votre sagesse. En somme elle dépendra de vous. ».

1878 Sa propagande en faveur d'une intervention officielle et commerciale anglaise dans les régions qu'il venait d'explorer ayant échoué, Stanley se met au service de Léopold II. Déjà, dans la pensée du Roi, s'esquisse un vaste programme qui ne tardera pas à se préciser et qui sera réalisé un jour, au prix d'efforts remarquables :
- outiller, par bateaux à vapeur, le réseau navigable du Haut-Congo ;
- réunir, par voie ferrée, le bief maritime au haut fleuve ;
- joindre, par des voies ferrées, tous les biefs navigables du fleuve Congo-Lualaba pour désenclaver les régions périphériques.

C'est une tâche gigantesque. Le Roi, Stanley, Thys et quelques hommes enthousiastes et résolus vont s'y attaquer avec une énergie farouche (6). Albert Thys s'occupe de toutes les questions matérielles relatives à l'expédition que mène Stanley en Afrique pour le compte du Comité d'Etudes du Haut-Congo, qui se transforme en 1882 en Association Internationale du Congo. Il discute souvent avec Stanley de la question du chemin de fer du Bas-Congo. Il est personnellement d'avis d'établir un tracé direct, sur la rive gauche, de Matadi au Stanley- Pool et non pas, comme le préconise Stanley, deux tronçons ferrés reliés par le bief plus ou moins navigable entre les deux groupes de cataractes.

1883 Le 11 octobre 1883, le capitaine Albert Thys est nommé officier d'ordonnance du Roi. Et, dès lors, il va collaborer plus étroitement encore avec le Souverain ; ce dernier a donné des ordres pour qu'il puisse l'approcher à n'importe quel moment.

1884 La Conférence de Berlin qui réunit les représentants de 14 puissances reconnaît à Léopold II la possession de l'Etat Indépendant du Congo, à titre personnel.

1885 Elle impose à l'Etat Indépendant du Congo de se vouer à la protection des indigènes et à l'amélioration de leur race (sic), de faire disparaître la traite des esclaves, d'assurer la liberté de navigation et de commerce, ainsi que la liberté religieuse.

1885 L'Etat Indépendant du Congo (E.I.C.) est constitué. Thys est chargé de mettre au point l'emprunt de cent millions qui sera négocié l'année suivante entre le gouvernement de l'E.I.C. et un groupe de capitalistes belges et étrangers. Léopold II pense nommer Albert Thys « Secrétaire général de l'Etat Indépendant du Congo », c'est-à-dire en faire un élément permanent dans l'administration de l'E.I.C., mais Thys l'en dissuade.


« Albert Thys est pour le souverain un collaborateur extraordinaire : intelligent, travailleur, intègre, ambitieux, sincère et perspicace, on le trouve partout où on a besoin de lui. A l'époque où un groupe anglais, le « Syndicat de Manchester » propose de construire le chemin de fer du Bas-Congo (Congo Railway Co) avec une clause selon laquelle l'E.I.C. lui accorde un droit de police sur la voie ferrée et sur une bande de terrain de chaque côté de celle-ci, Thys se déclare hostile à cette concession et en fait part au Roi lui-même en toute franchise. Il lui propose de créer la « Compagnie du Congo pour le Commerce et l'Industrie » (C.C.C.I.) et d'aller sur place au Bas-Congo pour se forger une opinion personnelle et y installer des brigades d'ingénieurs chargés d'étudier le projet de chemin de fer. (7) »

 

Accorder la concession du chemin de fer à une compagnie étrangère c'était abandonner à un organisme privé et étranger une partie des droits de souveraineté de l'Etat. C'était plus qu'une concession. C'était, comme le dira Thys, une abdication. Beernaert, le baron Lambermont et Banning, sont dès lors hostiles à la Convention. Le jeune capitaine, lui, va réagir avec impétuosité. Sa réaction sera celle qu'on attendait de lui : il parlera, en toute sincérité, au Roi lui-même. Cette entrevue est capitale : elle aura des conséquences énormes. Ce moment crucial, Thys l'a retracé de sa main, dans une note personnelle : Ce soir-là, je me rendis chez le Roi, qui m'avait autorisé à me présenter chez lui à toute heure et avait donné des ordres en conséquence. Je priais. Je suppliais. Le Roi répondait toujours : «Mais il nous faut ce chemin de fer. Où trouverons-nous l'argent si nous rompons avec les Anglais ? »


Ce fut alors que je lui proposai de créer la « Compagnie du Congo pour le Commerce et l'Industrie ».

Je ne pourrais pas trouver, dis-je, les 25 millions qu'offrent les Anglais. Mais je crois pouvoir trouver un million pour étudier l'affaire. Après on verra. Si je réussis, j'irai moi-même installer les expéditions d'étude et en même temps me forger une opinion personnelle. Somme toute, nous sommes ballottés dans tous les sens. Les opinions les plus contradictoires sont émises. Il faut absolument que nous sachions à quoi nous en tenir. Le Roi ne peut aller au Congo. Mr Strauch non plus. Moi, je le puis. Le Roi résista encore pendant longtemps. Combien de temps cela allait-il durer? C'étaient des pertes de temps, même si je réussissais … ce qui était douteux. Et si je ne réussissais pas, le Roi ne se pardonnerait jamais d'avoir perdu l'occasion … Enfin, le Roi céda devant mes sollicitations, du moins en partie, en ce sens qu'il consentit à suspendre les négociations. Tout l'avenir du jeune officier est en jeu. Il va jouer une rude et belle partie. S'il parvient à réunir ce premier million, indispensable aux études, peut-être réussira-t-il un jour … mais s'il échoue dans cette tentative, sa carrière est brisée: car le Roi est inexorable. Et il faut faire vite … » (8).


Le Roi suspend les négociations avec le groupe anglais. A grand-peine, Albert Thys parvient à trouver la somme prévue. Les pourparlers sont dès lors définitivement rompus avec le « Syndicat de Manchester ».

Il a fallu 278 souscripteurs pour réunir le million de capital, divisé en 2000 actions de 500 francs chacune.

A partir du mois d'octobre 1886, l'entreprise de la construction du chemin de fer du Bas- Congo, de Matadi à Léopoldville, entre dans la phase belge.

N.B. : Dans la Presse, Thys est parvenu à dénicher quelques concours précieux notamment celui de A.J. Wauters, directeur du « Mouvement géographique », le premier hebdomadaire de géographie dans le monde (Le National Geographic date de 1888).
Il a rendu à la cause coloniale des services inappréciables et sa collection - de 1884 à 1922 - constitue, une source de documentation indispensable à ceux qui s'intéressent à l'Histoire de l'Afrique. Thys devra s'insurger, contre l'apathie de ses compatriotes, contre l'indifférence qu'ils manifestent pour son chemin de fer, indifférence qui s'étend d'ailleurs à l'oeuvre coloniale toute entière.

« Dans bien des milieux belges, on est encore à croire plus ou moins exactes les inscriptions qu'on trouve sur les cartes de l'Afrique Centrale : Le centre de l'Afrique est un désert aride, brûlé, à peine habité par quelques tribus nomades (Thys-Anvers 1906)»

Avec un bel enthousiasme, il a entrepris d'intéresser cette indifférence, de faire pénétrer la vérité dans le public, de dissiper les préventions, les préjugés de toute nature. Il s'est improvisé orateur et a entamé dans le pays une vigoureuse campagne de propagande.
N'était-il pas urgent d'ailleurs d'informer l'opinion publique qui, pendant les années de l'A.I.C., avait forcément été tenue dans l'ignorance des délicates tractations qui inévitablement durent précéder l'épanouissement de l'oeuvre léopoldienne ? (9)

POURQUOI FALLAIT - IL UN CHEMIN DE FER ?


Photo : Pêche dans les rapides. © AFRICA-MUSEUM TERVUREN.

En 1878, quand Stanley revient, après avoir traversé l'Afrique d'Est en Ouest, il résume les conclusions de son héroïque traversée par cette boutade : « Sans chemin de fer, le Congo ne vaut pas une pièce de 2 shillings ! » Les renseignements que rapporte Stanley vont avoir des répercussions énormes. Ainsi donc un fleuve majestueux, renforcé par de multiples et puissants affluents, étend, à travers l'immensité congolaise, un admirable réseau de voies navigables. Ce monde nouveau recèle d'énormes ressources. Mais ce fleuve n'est navigable que jusqu'au Stanley- Pool, « la clef politique et commerciale de l'Afrique équatoriale » deviendra Léopoldville et ensuite Kinshasa.

Du Stanley-Pool à Matadi se dresse l'obstacle des cataractes, sur une longueur d'environ 350 kilomètres et la partie navigable du fleuve Congo cesse d'exister : il n'est qu'une impressionnante succession de rapides et de cataractes. Cet obstacle a constitué pendant des siècles une barrière infranchissable devant laquelle se sont arrêtées la « civilisation moderne » et la colonisation. D'où la nécessité impérieuse de créer un chemin de fer.

1886 Le 27 décembre 1886, création de la Compagnie du Congo pour le Commerce et l'Industrie, la première société coloniale belge qui jouera un rôle déterminant dans l'exploration et l'exploitation du Congo. La C.C.C.I. participera à la constitution de 31 sociétés de 1888 à 1913 et de 59 sociétés de 1918 à 1948, soit en tout 90 sociétés de 1888 à 1948 ! (10)


1887

Le 26 mars, la Compagnie du Congo pour le Commerce et l'Industrie, la C.C.C.I. , signe avec l'Etat Indépendant du Congo une convention lui concédant:

- l'étude complète d'un chemin de fer reliant, dans les conditions les plus favorables, le Bas-Congo au Stanley-Pool ;
- l'option pour sa construction et son exploitation pendant nonante-neuf ans.

L'Etat Indépendant du Congo garantit à la nouvelle société, à condition qu'elle fasse usage de son droit d'option :

- la concession de tous les terrains nécessaires pour l'établissement de la voie et de ses dépendances;
- la concession de 150 000 hectares de terres en pleine propriété à choisir.

Thys fait adopter, sur le champ, un programme précis d'action rapide. Deux expéditions seront organisées et s'embarqueront dans le plus bref délai pour l'Afrique : la première, sous le commandement du capitaine Ernest Cambier, sera composée d'ingénieurs et de topographes et étudiera le meilleur tracé pour la voie ferrée future, entre Matadi et Léopolville ; l'autre, sous le commandement d'Alexandre Delcommune, sera chargée de l'exploration commerciale du réseau navigable du Haut-Congo. L'administrateur-délégué, Albert Thys, partira avec les deux expéditions : il en assurera la haute direction pendant son séjour au Congo; il organisera là-bas les multiples services que l'activité de la société exigera ; il prendra sur place, avec le gouvernement local, les dispositions nécessaires; il ne rentrera en Europe que lorsque le travail des deux expéditions sera en bonne voie d'exécution.
En outre, le capitaine Thys est chargé, par le Roi cette fois, d'une mission confidentielle; car, il ne faut pas l'oublier, il reste à cette époque, officier d'ordonnance du Roi et est attaché à l'Administration de l'Etat Indépendant du Congo : il fera rapport sur l'organisation gouvernementale au Congo et suggérera toutes mesures qu'il jugera utiles.
Son voyage revêt donc un double caractère: privé et commercial d'une part ; officiel mais confidentiel d'autre part.
Plus que jamais Thys est en pleine action, chargé de responsabilités énormes, écrasé de travail et resplendissant d'ardeur, d'enthousiasme et de confiance.
Albert Thys s'emploie de plus à généraliser la connaissance du Congo en fondant, entre autre, le « Cercle Africain » le 7 décembre 1887 et en organisant de nombreuses conférences.

1887 - 1888
Premier voyage d'Albert Thys en Afrique : de mai 1887 à avril 1888.
L'objectif de ce voyage est double: d'une part, diriger la mission d'études pour la création d'un chemin de fer belge et, d'autre part, faire rapport au Souverain de l'organisation du jeune Etat Indépendant du Congo.

C'est dans les lettres écrites à son épouse du 9 mai au 12 décembre 1887 – dont la publication forme le corps du livre Malamou – Journal d'Albert Thys, éd. Dalhem 900ème, 1988, 376 p. que Thys écrit ses impressions au jour le jour et consigne immédiatement les faits observés, ce qui donne une grande valeur d'exactitude à sa description, souvent colorée, car il possède en outre un talent de narrateur peu commun. (Voir des extraits de lettres dans le chapitre 2. lire plus sur le site de Dalhem)

 
photo : La brigade d'études en 1887 : 1. Albert Thys ; - 2. Ernest Cambier ; - 3. Romberg ; - 4. Dupont ;
- 5. Gilmont ; - 6. Vauthier ; - 7. Liebrecht ; 8. Lambotte ; - 9. Demeuse ; - 10. Alfred Baert. Doc. Otraco.

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1888 Le capitaine Albert Thys, rentré à Bruxelles en avril 1888, fait rapport au Roi sur la situation de l'E.I.C. et formule un programme de réformes qui est accepté. En juillet 1888, il remplace le général Strauch en assurant l'intérim du département de l'Intérieur de l'E.I.C. Toutefois, il continue son travail à la C.C.C.I., qui va absorber à tel point son activité que Léopold II sera contraint par la suite de le décharger de ses fonctions officielles.

En vue d'équiper économiquement les régions d'Afrique centrale qui seront desservies par le futur chemin de fer, la C.C.C.I. constitue ses trois premières filiales :


- la Compagnie des Magasins généraux du Congo (22 octobre 1888).
- Cette société va créer des hôtels et des magasins de vente au détail d'articles d'importation, notamment à Boma et à Matadi.
- la Société anonyme belge pour le commerce du Haut-Congo (S.A.B.)
- (décembre 1888). C'est la véritable société commerciale qui va essaimer ses comptoirs à travers le Haut-Congo, se livrer immédiatement au commerce de l'ivoire et du caoutchouc et reprendre des sociétés existant au Congo.
- la Compagnie des Produits du Congo (29 novembre 1889) qui se consacrera à l'élevage du bétail et au commerce des produits agricoles dans le Bas-Congo, dans l'île de Matéba.

 

1889 Albert Thys, nommé capitaine commandant le 21 juillet 1889, se démène auprès des banquiers et des h o m m e s d'affaires belges et étrangers pour rassembler le c a p i t a l nécessaire pour construire le chemin de fer du Bas-Congo. En juillet 1889, le p a r l e m e n t autorise le gouvernement belge à participer au projet pour une somme de dix millions. Le 31 juillet, la Compagnie du Chemin de fer du Congo se constitue à Bruxelles avec un capital de v i n g t - c i n q millions.



1890-1898
Construction du chemin de fer du Bas-Congo (11).

De 1891 à 1898, Thys se rend six fois au Congo pour les travaux du chemin de fer qu'il inaugure solennellement en compagnie de nombreux invités le 11 juin 1898.

1890 En 1890, un conflit grave commence à opposer les conceptions de Léopold II, qui veut faire exploiter les produits domaniaux (surtout l'ivoire et le caoutchouc) par l'Etat lui-même ou par des sociétés à monopole qui lui seront inféodées, et celles de Thys qui veut défendre les compagnies privées existantes.
1891 Thys crée la Compagnie du Katanga et organise les puissantes expéditions conduites par Delcommune, Stairs, Bia, Francqui et qui ont pour résultat d'assurer définitivement à la Belgique, les richesses de la province minière, convoitées par Cecil Rhodes et les Anglais. 1897 Quelques semaines avant l'ouverture de l'Exposition Internationale de Bruxelles, ses organisateurs désespèrent de voir achevé, pour le jour de l'inauguration, l'ensemble architectural que doit remplacer ensuite l'arcade du Cinquantenaire. Le Roi, pourtant, y tient beaucoup. On fait appel à Thys. Il galvanise tout le monde, entrepreneurs, ingénieurs, ouvriers et on est prêt avant la date fixée. Thys offre un banquet à tout le personnel ouvrier et remet à chacun une belle pipe en écume, en souvenir.

 

Photo : Le berger Thys, grâce à son chien delavallée, tient en main la majorité de son troupeau. Dessin satirique paru dans La finance illustrée, organe satirique, financier et politique, 25 juillet 1890.


Cet homme était un organisateur et il savait commander. Mais il possédait quelque chose de plus essentiel : il savait se faire aimer et susciter le dévouement. C'est qu'il était profondément humain et qu'il aimait le peuple, d'un instinct puissant : « J'aime le peuple, écrivait-il, dont je suis d'ailleurs et par ma naissance, et par mon éducation première, par mon travail persistant, par mon tempérament lui-même ; à tel point que tout mon individu, bien que je l'aie frotté à toutes les élégances, porte encore en lui tellement la marque de la démocratie, que tout naturellement, les petits et les humbles viennent à moi, toujours et partout, comme à un des leurs devenu fort (12) ».

 

 

 

En 1897 déjà, on compte que Thys a donné trois cent cinquante-cinq conférences pour intéresser ses compatriotes aux oeuvres qu'il a entreprises ! A cette époque, les recettes du chemin de fer, plus élevées qu'on n'avait osé l'espérer, sont venues prouver à ses auditeurs que les immenses efforts consentis ne l'ont pas été en perte (13).


1898 « L'année 1898 marquera dans l'histoire du Congo, presque au même titre que celle de 1885. Si celle–ci vit la fondation politique de l'Etat, si elle fut le couronnement de cinq années d'audacieuses explorations et de vaillants combats, celle-là marque, pourrait-on dire, la date de sa fondation économique; elle termine neuf années de labeur acharné, neuf années de lutte industrielle et financière pour rattacher le centre de l'Afrique centrale au monde par un rail.
Le major Thys, ce grand remueur de pierres, d'hommes et capitaux, comprit quand personne ne voulait comprendre. Il osa, quand personne n'osait. De militaire, il se fit successivement orateur, ingénieur, financier, pour entamer son oeuvre, pour la continuer et la finir.
Pendant neuf années, Albert Thys a été l'âme de cette armée de travailleurs qu'il avait lancés sur les rocs de la Mpozo ou sur les plateaux de Tumba; pendant neuf ans, il a dirigé ce combat, contre la fièvre et les éléments en Afrique, contre la crainte et la malveillance en Europe. Bulletins de désastres ou bulletins de victoires rien ne l'a fait dévier. Sous la tempête déchaînée, aux heures sombres où la mort frappait là-bas, comme sous les éloges qui lui sont venus avec l'achèvement de son oeuvre, il est resté le soldat impassible conduisant la bataille (14). »

photo : Dessin du « Petit Bleu » - 1897.

 


1899 Albert Thys fonde, avec la participation de la C.C.C.I., la Banque d'Outremer qui va favoriser l'expansion belge dans le monde entier (15).
A plusieurs reprises, il se rendra aux Etats-Unis et au Canada. En novembre 1900, il se rend à New York avec E. Francqui et l'avocat Gaston Périer, son gendre, pour traiter d'importantes questions se rapportant aux intérêts belges en Chine.
L'année suivante (1901) il séjourne à New York et au Canada. Enfin, en février 1904, il passe de nouveau quelques mois dans la capitale des Etats-Unis et au Canada.

1900 Thys est nommé colonel le 25 novembre 1901.

1902 La Belgique est le cinquième pays industriel du monde.

1904 Le 20 mars, A. Thys est déchargé, à sa demande, des fonctions d'officier d'ordonnance du Roi.
Dans la lettre à Nicolas Cito, datée du 26 juin 1904, Albert Thys explicite les motifs de sa démission et les faits qui ont cassé toute possibilité d'entente avec un roi devenu de plus en plus omnipotent et sans scrupules. Voir chapitre 2.2.
1905 Sona Gongo, station de la ligne Matadi-Stanley-Pool, est appelée Thysville, en l'honneur du promoteur de la grandiose entreprise.

 

L'arrivée, le 16 mars 1898, de la première locomotive à N'dolo. Elle est conduite par l'ingénieur
luxembourgeois Nicolas Cito. © AFRICA-MUSEUM TERVUREN.




Thysville
« Les marchandises du chemin de fer effectuaient le voyage en trois jours, parcourant successivement les tronçons : Matadi–Songolo, Songolo-Thysville et Thysville–Kinshasa ou vice-versa. Quelques trains de marchandises directs et les trains de voyageurs effectuaient le voyage Matadi-Léopoldville en deux jours. L'étape était alors Thysville où les voyageurs passaient la nuit, à 8 heures de parcours de Matadi et à 7 heures du Stanley- Pool. Plusieurs trains locaux étaient également quotidiennement mis en marche entre Ndolo, Kinshasa et Léopolville. Situé en altitude, à 750 m, Thysville jouissait d'un climat plus salubre et c'est ainsi que la compagnie y établit, outre des ateliers qui, à partir des années 1910, disposeront d'un matériel aussi important que ceux de Matadi, un hôtel de transit, un sanatorium pour le personnel, une cité pour le personnel noir et une autre pour les agents européens. Une église catholique, un temple baptiste, un hôpital pour les indigènes ont été également construits dans cette ville dédiée au promoteur du chemin de fer et qui ressemblera, bien avant que l'on en construise en Europe, à une vaste cité-jardin. Les allées bordées de bambous de Thysville étaient célèbres et la compagnie du chemin de fer équipa également la ville de la distribution d'eau et d'électricité et d'un réseau d'égouts ».(16) Après l'Indépendance du Congo, Thysville deviendra Mbanza-Ngungu, lors de la zaïrisation décrétée par le maréchal Mobutu.


1908 La Belgique reprend l'Etat Indépendant du Congo.

1909 Décès de Léopold II, avènement d'Albert 1er.

1911 Le 18 décembre 1911, le colonel Thys prononce un vibrant discours à l'Assemblée générale de la C.C.C.I. à l'occasion du XXVème anniversaire de celle-ci. Il rappelle qu'il n'a jamais
« cessé de défendre au Congo, la politique de la porte ouverte. « Nous vous avons souvent exposé nos vues en ce qui concerne la conduite vis-à-vis des Noirs. Elles peuvent se résumer en phrases très (16) Extrait du remarquable ouvrage « Le rail au Congo Belge, Tome 1, 1890-1920 » édité en 1993 par divers

rédacteurs sous la conduite de Charles Blanchart, Avenue Ernest Masoin, 15, 1090 BRUXELLES. Thys à son poste de commandement. courtes :

« La politique indigène aux colonies doit s'inspirer de justice et de bonté, sous peine d'être une politique de destruction. Nous avons veillé à ce qu'elles fussent observées, en Afrique, par les agents de nos sociétés ».

Photo : Rue de Bréderode, Thys à son poste de commandement.

1912 En 1912, Albert Thys, âgé de 63 ans, effectue son dixième et dernier voyage en Afrique centrale.

1913 Le 12 novembre 1913, il est nommé général de réserve et démissionné.

1914 En août 1914, Bruxelles est occupée par les Allemands. Le général Thys voit sa santé s'altérer et son moral se miner.

1915 Albert Thys meurt à Bruxelles, le 10 février 1915. En 1918, il sera enterré dans le cimetière de Dalhem, où le rejoindront, plus tard, beaucoup de membres de sa famille.

« Ainsi disparaissait un homme doté d'une puissance de travail remarquable, au
jugement sûr, au tempérament enthousiaste et créateur, à la volonté d'acier, à
l'intelligence claire et pénétrante, sachant calculer les risques d'une entreprise,
ambitieux, patriote, intègre, humaniste au grand coeur » ! (17)
..


Extrait de « UN COLONIAL par semaine », article publié vers 1928, dans une revue ou un journal dont le nom et l'auteur me sont inconnus.

« Faire tenir en cent lignes la carrière coloniale du colonel Thys est un problème insoluble, dussions-nous l'esquisser en style télégraphique et le mieux est de se résigner à l'avance à être incomplet …

La haute et puissante personnalité du Colonel domine le groupe de nos compatriotes qui ont consacré leur activité à l'oeuvre africaine et le « vice-roi », comme on s'est plu à l'appeler quelquefois sous Léopold II, est de cette forte race d'accomplisseurs (sic) dont l'étranger a dit que « pygmées, ils avaient réalisé une oeuvre de Titans ».


... La carrière du colonel Thys tient du prodige. Songez donc que cet homme peut quitter Anvers à bord d'un des merveilleux steamers, battant notre pavillon, de la Compagnie maritime qu'il a faite belge; débarquer à Boma; prendre place, jusqu'à Léopolville, dans un des compartiments de « son » chemin de fer ; traverser le Pool, grâce aux services de la Citas ; remonter le fleuve et inspecter tout le long des rives des factories ou des comptoirs dépendant de son « groupe », pousser jusqu'au Katanga qui eut été anglais sans lui et sur lesquels s'étend l'influence de la Compagnie qu'il créa; songez que cette oeuvre immense fut réalisée en moins de trente ans – sans doute avec le concours d'un Roi, mais aussi, plus tard, malgré lui – et vous mesurerez en un coup d'oeil l'immensité de la tâche accomplie !

Elle fait partie intégrante de la conquête économique du Congo.

 


1926 La Belgique rend hommage à la mémoire du Général Thys : inauguration du mémorial Thys,
oeuvre du sculpteur Huygelen, érigé en l'entrée du parc du Cinquantenaire à Bruxelles.

1928 Inauguration du monument à la mémoire d'Albert Thys à Thysville par le roi Albert 1er et la reine Elisabeth.
Epinglons quelques extraits du discours du roi :

« Le nom du Colonel Thys est inséparable de l'histoire du Congo. Le Colonel Thys ne fut pas seulement un éminent colonial, il fut un grand promoteur de l'expansion nationale dans le monde. Il fut un magnifique exemple pour ceux qui continuent son oeuvre. Comme Chef de l'Etat, je me fais un devoir de rendre, au nom de mes compatriotes, un profond hommage à la mémoire du Colonel Thys. »

1948 Parution du livre de René J. Cornet : La bataille du rail, la construction du chemin de fer de Matadi au Stanley Pool, aux Editions L. Cuypers à Bruxelles.
Inauguration du monument Albert Thys à Dalhem, en face de sa maison natale, rue du Général Thys, anciennement place du Marché.
Paul Charles, ancien ministre des Colonies, disait de celui à qui il apportait l'hommage de la Belgique toute entière : « Grand réalisateur, grand coeur et grand Belge ! »
Fêtes, en divers endroits de Belgique et du Congo, du 50ème anniversaire de la création du Chemin de fer des Cataractes.

1960 Indépendance du Congo.

1961 Inauguration du Musée Albert Thys à Dalhem. Le contenu de la vitrine est offert au musée de la commune de Dalhem par le Lt Cl Hre Robert Thys. La vitrine et sa première présentation au public ont été réalisées par la Section du Congo Belge et du Ruanda-Urundi lors de l'Exposition Universelle et Internationale de Bruxelles en 1958.

1988 Publication des lettres écrites à son épouse en 1887-1888, sous le titre Malamou, en 1988, lors de l'exposition Malamou … il y a 100 ans l'Afrique centrale, Albert Thys – L'épopée du rail à la galerie CGER de Liège, à l'initiative de l'a.s.b.l. Dalhem 900ème avec diverses collaborations dont celles de la Commune de Dalhem et de la Province de Liège.
Installation du musée communal Albert Thys dans le Complexe scolaire de Dalhem.

2004 Au débat faisant suite à la projection du film, «Le Roi blanc, le caoutchouc rouge, la mort noire » diffusé sur « La deux », le 8 avril 2004, l'historienne Barbara Emerson, professeur à Oxford et auteur d'un livre « Léopold II », affirme clairement que la première personne qui a réagi aux exactions commises au Congo et les a dénoncées est un Belge: Albert THYS !

2005 Site internet de la commune de Dalhem consacré à Albert Thys: www.dalhem.albertthys.be. (lire plus sur le site svp)
Publication de l'ouvrage « Albert THYS, de Dalhem au Congo. Les facettes méconnues d'un personnage d'exception », par Georges Defauwes, conservateur du Musée communal Albert Thys de Dalhem, dans la collection « Comté de Dalhem », Domaine Touristique de Blegny-Mine.
Partenariat entre la commune de Dalhem et la ville de Mbanza-Ngungu pour le centenaire de Thysville et pour la création d'un Centre culturel Albert Thys à Mbanza-Ngungu.

 

(1) Conférence sur L'expansion coloniale belge donnée à Liège, le 3 novembre 1905. Fonds Thys, Dalhem. Vol. VII p 35 et 36.
(2) Ce document emprunte plusieurs passages au très beau livre retraçant la vie et l'oeuvre d'Albert Thys : La Bataille du rail - cinquantième anniversaire de la création du chemin de fer du Bas-Congo, 1898-1948 de René J. Cornet aux Editions L. Cuypers, Bruxelles; éd.1948 à 1958. - Afin de ne pas en alourdir la lecture, la référence concernant ce livre sera annotée R.J.C.
(3) Musée Albert Thys. Complexe scolaire et sportif, rue Lieutenant Pirard, 5 à 4607 DALHEM. Ville de Dalhem – au centre, à gauche, maison natale d'Albert Thys. 1865 A. Thys s'engage à l'armée. En 1868, il est sous-lieutenant et chef de promotion. Admis à l'école de guerre, il en sort avec le brevet d'adjoint d'Etat-Major en 1876.
(4) D'après R J. C. p. 29.
(5) D'après R.J.C.
(6)D'après R.J.C. p 26.
(7) Pierre Salmon, Introduction Malamou - Lettres d'Albert Thys à son épouse, 1887-1888.
(8) R.J.C. p 66 et 67.
(9) Extrait de Bibliographie Coloniale belge, Tome IV, Thys, 1955.

(10) La Revue Coloniale Belge, n° 66 du 1er juillet 1948, p 435.
(11) Voir à ce sujet le chapitre 3.
(12) R.J.C. p.340.
(13) Bibliographie coloniale. Thys.
(14) Le chemin de fer. L'oeuvre coloniale du Roi en Afrique, par le major A. Gilson . Fonds Albert Thys,Dalhem, Tome VII p 369 et 370.(15) Voir à ce sujet le chapitre 4.
(16) Extrait du remarquable ouvrage « Le rail au Congo Belge, Tome 1, 1890-1920 » édité en 1993 par divers rédacteurs sous la conduite de († 2014) Charles Blanchart, Avenue Ernest Masoin, 15, 1090 BRUXELLES. Ce livre peut encore être commandé à Charles Blanchart, 1090 Bruxelles. (edition n'existe plus .. plus de commande possible via masoin je ne sais pas qui a repris les livres ? )
(17) Pierre SALMON, professeur ordinaire à l'U.L.B, Introduction de Malamou.



 

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Een auteur van een programma kan de namaker van zijn werk strafrechtelijk laten vervolgen, maar dat kan alleen als het namaken kwaadwillig of bedrieglijk is gebeurd. Niet alleen de namaker is strafbaar, ook wie namaakprogramma's voor handelsdoeleinden verkoopt, in voorraad heeft voor verkoop of invoert in België, overtreedt het auteursrecht.
Delcol Martine