Congo 1960

Passé et Evolution du Congo

Dans notre série : L’obscurité, le coeur noir de l’Afrique

Les ex coloniaux relatent leur fuite 25 ans après leur fuite en 1960. 16 témoignage rassembler par Gust Verwerft journalist dans la revue "De Post" et traduit du neerlandais a votre disposition pour qu'on oublie jamais le vécu des anciens et l'exode de tous les Belges!

Les témoignages de : Jean, Ann, Madeleine, Ernest, Jos, Jack, Gusta, Piet, Gil en Bernard, Theo, Frans, Albert, Louis, André , René, Jan


 

Un Noir est dans les yeux d’un Blanc comme un animal sauvage dans un zoo. Imprévisible et menaçant comme un lion qui un beau jour mange son gardien.

  • Des photos de femmes nues pour un sac de sel.
  • Celui qui s’attendait à plein de belles choses était vite désenchanté.
  • Une jeune fille que j’avais photographiée fut tuée par le sorcier et mangée par les membres de sa tribu. Son âme était dans mon appareil photo.
  • “ Je prétends que les Blancs auraient pu limiter l’ampleur du drame s’ils ne s’étaient pas comporté aussi hautains vis-à-vis des Noirs »
  • Les fétiches, la force des sorciers, la magie
  • Elle contrôlait la vie d’un Noir, sa pensée et ses réactions
  • Le blanc ne  réalisait pas les dégâts qu’il créait quand il essayait de civiliser ou d’évangéliser

Peu de gens venaient au Congo pour étudier l’âme de l’indigène et encore moins pour écouter ses états d’âme. L’Européen partait vers sa colonie pour y travailler dur, comme broussard, colon ou fonctionnaire pour y acquérir le bien-être, le plaisir de travailler ou d’y retrouver le calme intérieur qu’il ne trouvait plus en Europe.
A son arrivée le Blanc était pétri d’idées patriarcales. Le Noir rusé  attisait cette attitude et en tirait profit. Mais cela pouvait tourner mal. La mère-patrie n’en était pas consciente. Le Congo de l’Equateur n’était pas le Congo de Tervuren, ni de la rue de la Loi, ni du Heizel.

Le Belge, plein de grandes espérances, était rapidement  dégrisé une fois arrivé au Congo. L’histoire nous est racontée par René M. de Hove près d’Anvers. « De préférence pas de nom », insiste-t-il. Ceci en raison de son appartenance au milieu médical. René a à peine 46 ans mais les désillusions et le manque de joie de vivre sont visibles sur son visage. Rien ne lui fut à peu près épargné. Le passé pèse tellement lourd que son futur en est étouffé. « Si demain je trouve, n’importe où en Afrique, un job dans l’aide médicale je pars tout de suite. Je laisserais tout derrière moi » avoue-t-il.

C’est au Rwanda-Burundi, qu’il séjourna le plus longtemps. Une région aussi grande que la Belgique qui fut attribuée en tant que protectorat à notre pays après la défaite allemande de la Grande Guerre. Protectorat ou colonie la différence est subtile et ne concernait que l’administration. Les indigènes étaient noirs, les blancs étaient blancs et la magie restait ce qu’elle était malgré le travail de civilisation.

René : «  Au Burundi j’ai fait quelques safaris. Ceci n’avait rien à voir avec mes missions militaires. La nature me fascinait. J’ai fait des centaines et des centaines de photos de la faune et de la flore ».

Photographier des nus était permis, mais contre rémunération.

« La plupart de mon matériel fut perdu pendant la plus troublante période de ma vie. Début 1961, plus d’un an avant l’Indépendance des émeutes éclatèrent les unes après les autres  mais pas contre les Blancs. C’était l’éternelle lutte entre Hutus et Tutsis. Un jour je visitais un village en brousse. Un peu en dehors des habitations nous avons trouvé un petite fille qui pleurait.  Je n’ai jamais su pourquoi car, même en swahili, je ne pus entamer une conversation. Nous lui avons donné du chocolat et des bonbons. J’en ai profité pour faire quelques photos de la gamine. Rapidement des hommes nous entourent armés de lances. Ne laissez jamais voir à un Noir que vous avez peur car le pire peut arriver. Par notre attitude et grâce à nos armes nous pûmes nous échapper. Quelques jours plus tard, j’appris que le sorcier avait exécuté la petite et l’avait fait manger par les membres de sa tribu. Leur logique était angoissante ; l’enfant n’avait plus d’âme car elle s’était laissé photographier. Son âme était dans la petite boite noire, mon appareil photo »

C’était une habitude chez les coloniaux de montrer en réunion des photos de femmes congolaises ayant de belles poitrines en regardant d’un air érotique dans la lentille.
“Je ne crois pas que l’on expliquait alors que les femmes noires savaient pertinemment bien qu’avec ces poses elles pouvaient gagner de l’argent. Le Blanc qui voulait prendre des photos  avait quelques minutes pour échanger par exemple un sac de sel, un miroir, des tissus qui étaient à leurs yeux des objets magiques. L’argent ne les intéressait pas, c’était une forme de troc. C’était aussi l’habitude du chef de tribu, en général un homme rusé et intelligent, de se mêler à la transaction. Offrir les présents à lui seul  ne donnait pas les résultats escomptés car les jeunes femmes voulaient leurs parts.
Je dois dire qu’il y avait de beaux exemplaires parmi ces filles. Le Blanc ne pouvait quand même pas se couvrir les yeux ? Les femmes congolaises sont rapidement mûres mais aussi vite vieilles. Il s’agissait de contact rapide.
Rien n’est durable en Afrique où les sorciers et les chefs de tribu en un rien de temps peuvent créer des hystéries mystiques. Un Noir, aux yeux d’un Blanc, est comme un animal sauvage dans un zoo. Je veux dire par ceci : imprévisible et menaçant comme un lion qui un beau jour mange son gardien »

“Je prétends que  les Blancs auraient pu endiguer le drame s’ils ne s’étaient pas comportés d’une façon aussi hautaine vis à vis des Noirs.

L’histoire a démontré d’une façon évidente que le Noir est un être très sensible qui n’a pas besoin de mots pour comprendre que le Blanc se sent supérieur. Le Noir se sentait régulièrement blessé dans « ses sentiments religieux »

Sa religion fut décrite comme barbare et stupide. Une telle attitude, perpétrée pendant des générations, créa des cicatrices chez les Noirs, qui se sont vengés plus tard de la destruction de leur patrimoine spirituel. J’étais militaire de carrière mais ma position me permettait de bouger en civil. J’ai appris la langue et j’ai parlé avec les Noirs. Je visitais aussi les clubs où certains Blancs venaient soulager leur conscience dans l’alcool. Là je les entendais régulièrement raconter des histoires sur leurs boys qui se surpassaient en stupidités, malhonnêteté et mauvaise volonté. Les échanges se terminaient souvent par la punition du boy avec un tabassage. Le fouet était un outil didactique par excellence. Un Blanc ne se salissait pas les mains à cette tâche. Pendant le Dipenda (= l’indépendance) les Noirs nous ont présenté la facture. Je connais des cas où des boys prirent leur vengeance contre leurs mauvais patrons mais je connais plus de cas où les boys sauvèrent leurs employeurs des mains des rebelles ou d’assassins noirs. Quand les Blancs partirent pour de bon en Belgique plus d’un boy pleurait et suppliait de l’emmener. Je me souviendrai toujours d’un boy me disant : « Moi, je suis un homme aussi. Je n’ai pas la même intelligence, mais j’ai un plus riche monde de sentiments que le Blanc. Je sens et je sais, sans paroles »

Beaucoup fut passé sous silence, sûrement le nombre de morts

Pour René, son Congo et Rwanda-Burundi ne sont plus qu’un béret militaire, quelques albums de photos et des visions sur un vie à jamais passée, mais qu’il voudrait revivre. A-t-il pu avoir la paix avec lui-même après vingt ans ? Ses plaidoyers négrophiles ne peuvent masquer la réalité.
Le béret bleu de l’aviation légère, à laquelle il appartenait effrayait plus que le béret rouge des paras.
"Notre tâche était de mâter les émeutes. Nous devions signaler à partir de nos hélicoptères tous les lieux de résistance et émeutes ou y remédier nous-mêmes. Nous étions supposés disperser les tribus. Nous faisions cela d’une façon paisible en comparaison avec les troupes de l’ONU qui y allaient sauvagement avec des moyens drastiques. Oui, les Ghurkas de l’ONU étaient des salauds et des assassins.

J’ai vécu un terrible moment le 13 octobre 1961. J’arrivais à Usumbura avec ma jeep sur le parking de l’hôtel Tanganyka, près du lac. Au même moment, juste devant nous des coups de feu partirent des buissons en direction de la terrasse où le fraîchement élu premier ministre, le prince Louis Rwagasore, était en train de manger. Il fut touché mortellement et succomba quelques instants plus tard.

Cela m’a toujours choqué qu’en Belgique on passait sous silence que tous les jours des gens étaient tués. Le Congo et les deux régions sous mandat étaient comme un volcan. Beaucoup de Belges, aussi bien civils que militaires furent tués. Les informations ne furent jamais divulguées, en partie pour ne pas inquiéter les Blancs, et d’autre part pour ne pas inciter les Noirs à de telles actions. J’ai essayé de comprendre les Noirs, et j’avais de bons contacts avec eux mais je n’ai jamais réussi à trouver une raison pour les bestialités qu’ils ont infligées aux sœurs des missions. Pendant des années ils y ont été soignés et y ont suivi l’enseignement. Pourquoi en vouloir à ces bonnes sœurs ? Ce n’était pas une question de fric ! Elles étaient toujours prêtes à aider et elles ont, aux yeux des Noirs, fait des miracles en masse ! »

Helicoptère abattu en brousse et survivre

« En général on essayait de mâter l’émeute non pas par la force armée mais par des pourparlers. Si cela ne réussissait pas, il fallait agir. Par exemple en jetant des grenades. »
Une fois cela s’est mal passé. Une grenade a explosé avant d’avoir quitté l’éjecteur. L’hélicoptère s’abattit dans la brousse. René et un compagnon survécurent et  furent abandonnés à leur destin.
«  Evidemment nous avions appris à survivre par quelques expériences pratiques en Belgique. La réalité était complètement différente. Pendant 18 jours nous avons erré pour retrouver un avant-poste de la Garde Nationale. Nous étions des squelettes errants. Nous les Blancs, avec toute notre intelligence et connaissance, étions nuls dans cet environnement. Nous n’avions aucune expérience et nous osions à peine manger quelque chose. Au début nous lisions les manuels que nous avions sur nous, inutiles ! Nous ne mangions que les choses dont nous étions sûrs qu’elles n’étaient pas empoisonnées : des bananes ou de la viande de singe. Le serpent est une horreur pour les Blancs en Europe mais un colonial sait qu’un serpent fuit toujours l’homme. Pendant ce calvaire dans la brousse, nous dûmes abattre souvent des chats sauvages. Les singes sont des opposants imprévisibles et, en groupe, certains sont hostiles. Avec notre unité, notre camp a souvent été attaqué par une troupe de singes. Nous subissions un bombardement de noix de coco, de branches et de fruits. Contre une telle attaque, on ne pouvait se défendre avec un fusil en tirant coup par coup. Seule une salve de mitrailleuse réussissait à contenir une troupe de singes. Depuis j’ai un grande estime pour l’intelligence des singes. Si quelqu’un m’appelle “singe” je ne trouve cela pas une insulte.”

Dans la mémoire de René, il y des images de mutilations terribles que les Noirs infligeaient avec leurs armes tranchantes. Une trame récurrente était la coupe des mains, des pieds et des parties génitales, après avoir ouvert l’abdomen de façon que la victime se retournait dans ses entrailles. Au Ruanda-Burundi le conflit était entre les (grands) Tutsi et les (petits) Hutus. Les Hutus coupaient pendant les combats les jambes des Tutsis tout simplement parce que les Tutsis étaient trop grands.

Pour finir René :

«Au Congo, et seulement là, un Blanc était constamment poussé dans une situation telle qu’il fallait réagir en premier et ne prendre aucun risque. Malgré tout j’y retournerais directement si je pouvais. Nous avons tous appris notre leçon. Vivre ensemble est possible à condition que l’on se laisse en paix les uns les autres et que l’on ne  ‘convertisse’ pas. »

Les Noirs demandent depuis des années : « Est-ce-que Dipenda est bientôt finie ? Quand est-ce-que les Blancs reviennent ? Eh bien, en effet, pourquoi ne retournerions pas ?

Congo 1960

Après le mort du prince  Louis Rwagasore les militaires belges sont consignés au camp. En guise de protestation, ils se rasent le crâne.

Congo 1960

René M survolait la brousse à la recherche de lieu de conflits.

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Retour du Burundi: les derniers militaires belges partent le 11 juillet 1962 de Usumbura vers Bruxelles. L’ancien protectorat belge est devenu indépendant par une motion de l’ONU..

Les militaires du 15ème escadron de l’aviation avaient peu de divertissements. Heureusement la population féminine était “aimable’ et on trouvait partout la bière Primus.

Nouvel an au Congo 1956. A l’hôtel Stanley les couples Vanhove et Arends fêtent leur succès dans leurs affaires.