Les Tirlemontois au Congo - 1885-1918

Auteur A.-B. Ergo

Tirlemontois au Congo - Tienenaars in Kongo

Les Tirlemontois au Congo - 1885-1918

(voir livre Tienenaars in Congo)

Batu baye wana badjalaki na nsomo te Baye wana badjalaki batu
La peur n’avait pas de prise sur ces gens Parce que c’était des hommes

par © Par AB Ergo et M. Best,
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Les Tirlemontois au Congo

Auteur: André-Bernard ERGO
Couverture: Véronique OPDENBOSCH

Ce livre a été publié en néerlandais sous le titre Tienenaars in Congo. 1885-1918 avec M. Best pour la traduction .( D 1989/2936/1) par le Stedelijk Archief en Museum "het Toreke" de Tirlemont.

Les illustrations ont été aimablement autorisées par :


- Le Musée Royal de l'Afrique centrale à Tervueren
- Le Musée National de la Marine à Anvers
- La Maison des Dominicains à Louvain.

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  1. les campagnes anti-esclavagistes et la répression des révoltes ;
  2. le chemin de fer du Bas Congo ;
  3. les explorations, l’occupation et l’administration des territoires ;
  4. les missions d’études à titre scientifique ou économique.

Les campagnes anti-esclavagistes et la répression des révoltes.

Depuis plus de cinquante ans, des Arabes esclavagistes venus de Zanzibar, s’étaient établis dans l’est du Congo et exerçaient une direction despotique surtout sur ceux qui essayaient de leur résister, lesquels étaient conduits en captivité ou exécutés,  souvent après avoir subi d’horribles mutilations. Dans le nord, d’autres Arabes venus du Soudan, avaient établi des petits sultanats dans une perspective identique. Comprenant que l’Etat Indépendant du Congo constituait une menace sérieuse pou leur hégémonie, ils étaient disposés à s’opposer par la force à toutes les extensions du nouvel état et pour cette raison, ils avaient armés de fusil à pistons et également d’armes plus modernes, des bandes de partisans prélevés dans les populations locales et appelés les Bangwana.

Durant leur combat contre les marchands d’esclaves, les Belges ont construit des postes fortifiés

Durant leur combat contre les marchands d’esclaves, les Belges ont construit des postes fortifiés

 

Sous l’impulsion du Cardinal français Lavigerie, le Roi fonda à Bruxelles la Société anti-esclavagiste (1888), après avoir tenu une conférence à laquelle participèrent dix sept nations. Cette société organisa plusieurs expéditions au Congo et, si au début des contacts avec les Arabes furent essentiellement constitués d’escarmouches, la véritable campagne débuta avec l’expédition Dhanis en 1892, qui écrasa près de Gandu, le chef des Batetela Gongo Lutete, avant de défaire Sefu, le féroce sultan qui venait d’assassiner Lippens et De Bruyne. Tippo Tip, un autre sultan, était retourné à Zanzibar en laissant à ses neveux et à son fils Sefu ainsi qu’à leur puissant allié Rumaliza, le soin d’organiser la lutte contre les troupes de l’Etat Indépendant du Congo.

En 1893, Dhanis reprit Kasongo où était réfugié Sefu, pendant que Chaltin débloquait les Stanley Falls et que Ponthier enlevait Kirundu. Il restait à vaincre Rumaliza, sultan d’Udjiji, que Dhanis et Ponthier attaquèrent ensemble. Ponthier fut tué au cours du combat mais Dhanis, aidé de Jacques et de Lothaire abattit Sefu et investit Mazanze, le dernier bastion arabe au nord du Tanganyika, le 22 septembre 1894. Ce fut le dernier acte d’une campagne arabe qui avait duré quinze années et dont les conséquences furent la suppression totale de la traite des esclaves dans le bassin du Congo et l’anéantissement de l’influence arabe dans toute cette contrée.

La campagne contre les Mahdistes (de Mahdi : messie) se fit parallèlement à la compagne arabe et fut une autre activité essentielle de l’armée  de l’Etat Indépendant du Congo. Ces Mahdistes – qu’on appelait également Derviches -  attaquèrent dès 1881 les gouverneurs égyptiens du Soudan et en 1885 ils occupèrent  Karthoum, capitale où fut tué le gouverneur anglais Gordon Pacha. En 1891, les bandes mahdistes poussent les incursion jusqu’en Uele ce qui décide l’Etat Indépendant du Congo à renforcer l’occupation militaire de cette région. Ponthier prit Djabbir, Miltz s’établit chez le sultan Semio, de la Kéthulle chez Rafaï et l’officier Foulon chez le chef Sassa.

Diverses expéditions conduites par Van Kerckhoven, Nilis, Hanolet et de Doncker de Donceel, consolidèrent la frontière nord et en 1894, les Mahdistes furent battus à Dungu. La même année, l’Angleterre céda l’enclave de Lado à Léopold II pour un bail qui se terminerait à la mort de celui-ci. Cela explique pourquoi la carte de l’Etat Indépendant du Congo est différente, dans ses frontières, de celle de la colonie du Congo belge. Entretemps, Chaltin investit Redjaf après deux combats terribles le 14 février 1897. En 1898, Hanolet défit définitivement les Mahdistes qui furent expulsés de l’enclave de Lado et un bateau belge, le Van Kerckhoven patrouilla sur le Nil jusqu’à Fachoda (Kodok). Les Mahdistes disparurent d’ailleurs du Soudan très peu de temps après, suite à leur défaite, la même année, des œuvres de Lord Kitchener à Omdurman et de Marchand.

Pour réaliser cette campagne, l’Etat Indépendant du Congo avait dû incorporer dans l’armée certains des anciens soldats Batetela au service des esclavagistes, soldats avec lesquels on avait constitué une colonne d’avant-garde commandée par l’officier Leroi. Cette avant-garde se révolta tuant tous les officiers et sous-officiers du contingent, puis les mutins prirent le maquis par petites bandes. Une guerre d’escarmouches fut organisée pendant plusieurs années et ne prit fin qu’au début de 1899 à Bwana Ndebwa. Entretemps d’autres Batetela s’étaient révoltés à Luluabourg en juillet 1895 à l’annonce de la mort du chef rebelle Gongo Lutete. L’héroïsme de Révérend Père Cambier et de l’officier Cassart sauva le poste et la mission. Deux colonnes envoyées à la rescousse tombèrent dans des embuscades et furent décimées par les insurgés. Plus tard, Michaux et Svensson gagnèrent la bataille du Lomami, Lothaire consolida cette victoire et Malfeyt poursuivit les derniers mutins jusqu’au Katanga. Enfin, en avril 1900, quelques Batetela du fort de Shinkakasa se mutinèrent également mais leur résistance fut réduite en trois jours.
L’Etat Indépendant du Congo avait désormais des frontières fixes et protégées à l’intérieur desquelles le pays était entièrement pacifié. D’autres tâches pouvaient être mises en chantier.

Peloton de la Force publique à l’époque des combats contre les esclavagistes. Malgré les uniformes de toutes sortes, la discipline paraît remarquable.

Peloton de la Force publique à l’époque des combats contre les esclavagistes. Malgré les uniformes de toutes sortes, la discipline paraît remarquable.

 

Le chemin de fer du Bas Congo.

A la fin du dix-neuvième siècle, l’Etat Indépendant du Congo pacifié dispose donc d’un immense réseau fluvial exploitable au départ du Stanley Pool. C’est en réalité une voie de mise en valeur du pays, unique, peu coûteuse et idéale. Il fallait cependant relier la mer à ce réseau pour le rendre efficace. Dans un premier temps, cela fut réalisé à dos d’hommes, sur ce qui fut appelé la route des caravanes, sentier qui serpentait à travers monts et vaux pendant près de 400 kilomètres.

José Gers, membre de l’Académie de Marine, dira combien il avait été frappé durant une expédition, par cette phrase écrite sur la maquette d’un bateau : « *te d’un 150 tonnes. 1897. Le dernier bateau transporté de Matadi à

La construction du chemin de fer du Bas Congo a exigé  des ouvrages d’art comme des ponts, des tunnels, des réservoirs.

La construction du chemin de fer du Bas Congo a exigé  des ouvrages d’art comme des ponts, des tunnels, des réservoirs.

Léopoldville à dos d’hommes. 400 kilomètres de chemins de montagne ». Aperire terram gentibus ! Cette exclamation de Paul de Tarse inscrite au fronton du monument du chemin de fer, souligne le prix que des hommes ont dû payer pour ouvrir l’Afrique centrale à la civilisation.

La solution des caravanes dura une vingtaine d’années, mais la plupart des responsables étaient convaincus qu’il fallait remplacer cette route par un chemin de fer ; la discussion portant essentiellement sur la voie d’accès au départ de la côte est de l’Afrique ou bien au départ de la côte de l’Océan Atlantique. Dès qu’il fut établi que cette seconde solution était la plus logique, l’idée de la construction d’un chemin de fer fut acquise et dès lors commença une œuvre titanesque.

Convaincre Léopold II qui préférait la Congo Railway Cy. anglaise ; convaincre ses compatriotes et rassembler les capitaux nécessaires à cette opération ne fut pas la tâche la plus difficile de Thys. Il faut avoir traversé cette région des Monts de Cristal pour mesurer la ténacité et l’héroïsme dont ont dû faire preuve les porteurs, les ouvriers, les techniciens et les ingénieurs pour mener cette réalisation à bonne fin. La construction de ce chemin de fer restera une des plus belles pages de l’histoire des techniques et du savoir-faire belge en la matière. Ce fut, malheureusement  une des entreprises ayant causé de lourdes pertes humaines ; 1800 ouvriers chinois et coastmen africains et 132 européens moururent durant les travaux. (Cinq croix de bois par kilomètre et pas une par traverse comme on l’a souvent écrit).

Il y a plus d’un siècle que le célèbre pont de la rivière Luki fut construit. Cette œuvre d’art pèse plus de 450 tonnes.

Il y a plus d’un siècle que le célèbre pont de la rivière Luki fut construit. Cette œuvre d’art pèse plus de 450 tonnes.

Pour illustrer les difficultés que rencontrèrent les pionniers, il suffira de savoir qu’il leur fallut trois ans pour mettre en place les dix premiers kilomètres ; qu’entre les kilomètres 7 et 15, il fallut racheter 218 mètres de dénivellation en avançant avec des rampes uniformes de 30/1000 et des rayons de courbure de 50 mètres ; que de nombreux ouvrages d’art furent nécessaires comme ce tunnel de 270 mètres au départ de Matadi ou de nombreux ponts, tel celui de la Luki d’une portée de 100 mètres et d’un poids de 450 tonnes.

Il faut bien réaliser qu’on est en brousse, en climat tropical chaud et humide, en région montagneuse, avec une main d’œuvre non qualifiée qu’il faut, au préalable, initier à des tas de techniques dangereuses, le dynamitage, le montage, etc. Il faut aussi prévoir le logement, l’intendance, la protection sanitaire, les magasins techniques et tout ce qui gravite autour d’un chantier. Il faut aussi vaincre les réticences et les sar-casmes de tout ceux qui, en Belgique, souhaitent que l’œuvre n’aboutisse pas.

Et pourtant elle va aboutir en mars 1898. Les locomotives Garatt de la Compagnie des Chemins de Fer du Congo vont remorquer 80 tonnes de charges utiles, l’équivalent des charges de 2700 porteurs. Si ces chiffres font sourire aujourd’hui, ils sont essentiels à l’époque pour le développement de l’Etat Indépendant du Congo et pour le renom international du pays qui a réalisé cette prouesse.

La Compagnie belge Maritime du Congo.

La Compagnie belge Maritime du Congo (C.B.M.C.) ne peut se concevoir qu’en fonction de l’histoire coloniale de la Belgique. Ce n’est pas par hasard qu’elle naît à la fin du dix-neuvième siècle, au moment précis où les pionniers de Léopold II, toutes voiles dehors, appareillent pour le Congo. Sans doute le Roi, au contraire de ses aînés portugais, n’est-il pas d’abord navigateur ; c’est un continental. Il pénètre et il occupe là où  les Portugais, les Espagnols et les Hollandais n’ont fait que toucher les côtes. Le vaste estuaire limoneux du Zaïre, on le connaissait longtemps avant lui. A priori, le fleuve en lui-même n’intéressait pas Léopold II. Le négociant Delcommune, qui devint plus tard un de ses agents favoris, y travaillait dans des factoreries bien avant que Stanley y débouchât avec son expédition. Toute l’attention du Roi avant cette expédition sensationnelle, avait été concentrée sur la côte  orientale du continent africain, sur la route traditionnelle des esclavagistes arabisés et des premiers explorateurs européens.

A cette époque, les Anglais n’étaient pas plus « Africains » que les Belges. C’est que les Anglais n’étaient jamais pressés de conquérir des continents. Navigateurs nés, commerçants et soldats, ils gardaient leurs préférences pour des bases militaires, Hongkong, Singapour, Malte, le Cap où quelques bataillons protégeaient, à peu de frais, les entreprises fructueuses des compagnies commerçantes.

Dès 1878, le Comité d’études et l’Association Internationale employaient plus volontiers la ligne portugaise pour leurs agents ( notamment le trois-mâts de 800 tonnes Maria-Luiza ) et la ligne anglaise de Liverpool pour les marchandises. Les Portugais arrivaient après 65 jours de voyage, les Anglais après 62 jours.

Pour l’année 1881,  cela fit, entre Anvers et le Congo, un mouvement de 400 tonnes à peu près, l’équivalent de 13.333 charges de porteurs. Le fret d’Anvers à Banana coûtait 55 shillings par tonne. La remontée du fleuve était toute une affaire. Les marchandises à destination de Boma ou du Haut Congo étaient transbordées, soit à Banana, soit à Ponta de Lenha sur de petits vapeurs de 200 à 300 tonnes. Telle était la situation générale quand, le 26 février 1885, L’Association Internationale du Congo fut reconnue état souverain par la Conférence de Berlin. Les Belges allaient-ils créer une ligne, la contrôler et la gérer avant l’assurance définitive d’un développement régulier du trafic ? Depuis 1830 ils ne s’étaient guère consacrés aux choses de la mer.

A la révolution belge, Anvers comptait 112 navires partagés entre 44 armateurs, mais tous ces navires avaient émigré. On dut attendre 1850 pour voir se créer de nouvelles sociétés belges de bateaux à vapeur, dont seuls la S.S. John Cockerill et l’Armement Deppe ont subsisté.
En  1886, naquit la Compagnie Gantoise de Naviga-tion. Celle-ci mit en service vers le Congo trois vapeurs dont les départs eurent lieu toutes les six semaines : le « Brabo » inaugura le service et partit d’Anvers le 23 août. Il jaugeait 1650 tonnes pour un tirant d’eau de 17 pieds et remonta le fleuve pour la première fois jusqu’à Boma où il arriva le 16 septembre. Les deux autres vapeurs étaient le « Vlaanderen » de 1675 tonnes et le « Lys » de 1650 tonnes. Malheureusement, la compagnie était née trop tôt pour être viable, car l’existence d’une pareille ligne maritime exigeait l’assurance d’un minimum de fret, subordonné lui, à l’avancement de l’organisation générale de l’Etat Indépendant, à l’aménagement des voies de communication intérieures et au développement du commerce et de l’industrie. De plus, les concurrents anglais adoptèrent alors un horaire d’exception, prévoyant un départ tous les 15 jours et supprimant l’escale de Liverpool. Les armements étrangers l’emportaient.

En 1889, l’Etat Indépendant du Congo traita avec les compagnies de navigation anglaises, qui consentirent à assurer mensuellement un départ d’ Anvers pourvu que le total de chargement atteignît au moins 500 tonnes. Les départs d’Anvers devinrent presque réguliers, ce qui correspondit, pour l’année, à un total de chargement de 6.000 tonnes environ. En 1891, pour assurer la régularité du trafic maritime Anvers-Congo, l’Etat Indépendant et les quelques sociétés commerciales étaient arrivés à un accord après avoir traité des conditions de transport avec un syndicat de compagnies maritimes. Celui-ci accepta d’assurer un départ d’Anvers  vers Matadi le 6 de chaque mois, le trajet s’effectuant en 25 jours au maximum à l’aller et en 30 jours au retour.

Mais les armements restaient totalement étrangers. Une des gloires de Léopold II fut de comprendre qu’il fallait, pour resserrer les liens entre le Congo et la Belgique, créer une activité maritime propre à cette dernière. C’est ainsi que naquit, le 24 janvier 1895, sous les auspices du groupe anglais faisant partie du syndicat, la Compagnie Maritime Belge du Congo (C.M.B.C.) dont les grands dirigeants seront des officiers de l’armée de terre, comme Francqui ou Thys ( dont un remorqueur de 500 tonnes construit en 1911 portera d’ailleurs le nom ). Ils s’étaient occupés de chemin d fer d’abord, ils s’occupèrent de bateaux ensuite. Ils furent à la fois pionniers, ingénieurs et diplomates.
Le siège de la nouvelle compagnie était à Anvers ; l’objet comportait l’établissement et l’exploitation d’un service de bateaux à vapeur sous pavillon belge, d’Anvers au Congo et à la côte d’Afrique. Le capital s’élevait à deux millions cent mille francs. Les deux premiers bateaux furent le « Coomassie » et le « Léopoldville », les suivants portèrent le prénom d’un membre de la famille royale : « Albertville », « Philippeville », « Elisabethville » ou celui d’une ville belge ‘Anversville » et « Bruxellesville ». En 1912, la compagnie effectua en 20 jours le transport de passagers et de marchandises d’Anvers  à Matadi avec des escales à La Rochelle-Palice, Dakar, Conakry, Grand Bassam, Banana et Boma. Le tarif des passages était de 900 francs en première classe, de 660 francs en seconde classe et de 137,50 francs sur le pont, ceci aussi bien pour Banana et Boma que pour Matadi.

Chaque vapeur avait un nombre limité de cabines de luxe qui étaient mises à la disposition des voyageurs moyennant un supplément de 250 francs par cabine. Certains vapeurs avaient des cabines de demi-luxe et des cabines à un lit. Le supplément à payer pour l’usage de celles-ci était respectivement de 175 et 100 francs par cabine. Les prix de passage comprenaient la nourriture. Chaque passager de la première et de la seconde classe avait droit en plus à deux bouteilles de bière, ou de lait, ou d’eau minérale ou bien à une bouteille de vin ordinaire par jour ; chaque voyageur de la troisième classe avait droit  à la moitié de cette ration journalière. Il était formellement défendu aux passagers d’apporter à bord toutes boissons pour être consommées pendant le voyage au cours duquel, si nécessaire, un médecin diplômé leur prodiguait gratuitement soins médicaux et médications. Chaque passager adulte avait droit au transport gratuit de 500 kilos de bagages personnels dont le volume ne pouvait dépasser un demi mètre cube ; l’excédent étant calculé au tarif en vigueur du fret.
Les premiers voyageurs  étaient des militaires, des religieux missionnaires, des médecins, des employés de la Compagnie du Chemin de fer ou des magistrats qui enduraient gros roulis et tangage (le Philippeville par exemple ne jaugeait que 4.000 tonnes). Mais l’enthousiasme et le goût de l’aventure leur permettaient de supporter le manque de confort et l’absence de leur épouse et de leur famille. Depuis cette époque héroïque, La C.M.B.C appelée aujourd’hui C.M.B., a développé régulièrement son trafic vers l’Afrique au départ d’Anvers avec le Congo comme destination privilégiée.

Les missions d’études à buts scientifiques ou économiques.

Parallèlement à la lutte antiesclavagiste, l’étude scientifique de l’Afrique Centrale fut un des objectifs de l’Association Internationale Africaine, relayée plus tard par l’Association Internationale du Congo.

Dès 1877, un botaniste belge, le Docteur Maes, accompagne l’expédition Crespel dans la perspective d’étudier la flore du Congo. La mort prématurée de ce scientifique reportera cette étude de quelques années et en 1893, le professeur Emile Laurent de l’Institut Agronomique de Gembloux jettera les bases de cet important travail qui continue d’ailleurs encore aujourd’hui.

L’enthousiasme d’Emile Laurent suscita d’autres vocations ; notamment celle de son neveu Marcel Laurent, celle d’Alfred Dewevre, du Révérend Frère Gillet qui créa un jardin botanique à Kisangani ou encore celle d’Edmond Luja et d’Emile Duchesne qui collectionnèrent surtout des plantes ornementales. Des dizaines de botanistes contribuèrent à enrichir les collections botaniques du Musée de Tervueren, celles qui furent transférées plus tard au Jardin Botanique de Bruxelles et plus récemment à Meise. A la naissance de l’Etat Indépendant du Congo on connaissait 854 espèces de plantes phanérogames essentiellement collectées par des étrangers. En 1908, au terme de l’Etat Indépendant du Congo, on aura inventorié et déterminé 3.546 espèces de phanérogames, et 785 espèces de cryptogames soit un total de 4.311 espèces.

Les moyens de locomotion des chercheurs scientifiques étaient parfois surprenants

Les moyens de locomotion des chercheurs scientifiques étaient parfois surprenants

La meilleure connaissance de la flore amènera de manière concomitante l’étude de l’exploitation agricole de ces richesses naturelles. On fera appel en 1884 à un spécialiste allemand, M. Teusz, pour étudier les possibilités de faire des plantations de caféiers. Des cultures vivrières sont mises en place en 1886 par la capitaine Macar ; Van Kerckhoven introduit le riz de montagne dans la région des Bangala ; en 1890, le Gouverneur Janssen crée un important élevage à Lusambo et décide de la création d’un service agricole indépendant, lequel engagera immédiatement des agronomes et des éleveurs. En 1894 Didderich, un de ces ingénieurs agronomes, est investi à la direction de l’agriculture avec comme responsabilités, la bonne marche des plantations et des troupeaux de l’état, l’étude des ressources forestières et leur exploitation. On introduit la culture du tabac et Emile Laurent suggère l’introduction du cacaoyer au Mayumbe ainsi que la création d’un Jardin Botanique et d’essais à Eala (1900). On créera dans cette station un service météorologique, une bibliothèque agricole, un laboratoire de phytopathologie et de chimie agricole, un herbier des plantes congolaises et un jardin d’acclimatation des plantes exotiques qui comptera plus de mille espèces différentes au moment de la création de la colonie du Congo belge.

En 1900, l’Etat Indépendant introduit le riz irrigué dans la vallée de la Lukunga ainsi que le machinisme agricole ; c’est à la même époque que les essais de coton furent effectués. L’élevage garde également un caractère primordial ; en 1907 on totalise 70 stations d’élevage comptant près de 5.000 têtes de bétail. Mais une des plus belles réussite en matière d’élevage fut la domestication de l’éléphant d’Afrique en 1899 par le commandant Laplume à la station d’Api dans le Bas Uele. Les Belges seront les seuls à réussir cette prouesse en Afrique.
Tout ceci peut paraître banal aujourd’hui si on ne le replace pas dans le contexte agricole de la fin du dix-neuvième siècle. Il faut savoir qu’à la création de l’Etat Indépendant du Congo en 1885, l’enseignement supérieur de l’agriculture en Belgique n’est encore qu’à ses premiers pas puisque l’Institut de Gembloux ne fut créé qu’en 1860 et celui de Louvain en 1878. Les stations de recherche en agriculture sont encore plus récentes ; celles de Gembloux furent créées en 1872, celles de Gand en 1875 et celles de Hasselt en 1880. Les Belges ont donc peu d’expérience en agriculture scientifique et pratiquement aucune en agriculture tropicale.

L’attitude de l’Etat Indépendant du Congo en ce qui regarde l’agriculture est donc l’expression d’une conception très moderne du problème et on ne devra pas s’étonner, si cinquante ans plus tard, les Belges sont considérés parmi les plus avancés scientifiquement dans cette branche.

Les travaux scientifiques se développèrent aussi dans d’autres domaines et parmi ceux-ci, les travaux se rapportant à la médecine tropicale seront parmi les plus prestigieux. En 1899, le général Donny crée un Institut bactériologique à Léopoldville. En 1903, l’Etat Indépendant finance une expédi-tion anglaise chargée d’étudier la trypanosomiase (maladie du sommeil). Les docteurs Broden, Van Campenhout, Dryepondt et Rodhain firent des communications scientifiques essentielles au départ des travaux du laboratoire de Léopoldville ou de l’Ecole de médecine tropicale créée à Forest en 1906 et transférée à Anvers plus tard. Léopold II lui-même, pour stimuler la recherche médicale, prendra un décret prévoyant l’allocation d’un prix de 200.000 francs à ceux, sans distinction de nationalité, qui découvriront un remède à la maladie du sommeil. 

L’élaboration des cartes topographique et le bornage des fron-tières furent un travail confié aux spécialistes de l’armée

L’élaboration des cartes topographique et le bornage des fron-tières furent un travail confié aux spécialistes de l’armée

 

Ce qui caractérise surtout cette époque, c’est la participation de tous les Belges expatriés à la connaissance de l’Afrique Centrale dans toutes ses dimensions scientifiques. On les incite d’ailleurs à cette participation. Ainsi, les fonctionnaires, les missionnaires, les officiers ou les agents de compagnies privées recueillent souvent toutes sortes d’information ethnographiques, des collections anthropo-logiques, botaniques ou entomologiques ; d’autres se spé-cialisent même dans des études linguistiques et l’Etat favorise la publication de leurs lexiques. Il faut souligner ici que les Belges furent les seuls européens en Afrique à imposer à leurs fonctionnaires la connaissance des langues locales.

La première étude sur l’anthropologie préhistorique qui traite de l’âge de la pierre au Congo, parut vers 1899 et fut l’œuvre de M. Stainier. Une des premières relations de voyage fut le livre abondamment illustré de Ch. Liebrechts (1883-1889). Mais c’est le récit du directeur du Musée d’Histoire naturelle, E. Dupont (Lettres sur le Congo) publié à Paris en 1889 qui fera prendre conscience des immenses possibilités naturelles de l’Etat Indépendant du Congo. Il y traite de botanique, d’ethnographie, mais surtout de géologie et il y présente une première esquisse géologique du Congo. Les grandes expéditions géologiques vont donc se succéder : le Marinel (1890), Stairs (1891), Delcommune (1891-1893) et Bia-Francqui (1891-1893) au cours de laquelle l’ingénieur Cornet fera des découvertes importantes. Ensuite vint la mission de Buttgenbach à l’issue de laquelle celui-ci publia des conclusions très optimistes relatives à l’exploitation minière, dans la Revue universitaire des mines en 1906.

Les expéditions géographiques se succédèrent également car il n’existait aucune carte du pays. Des officiers s’attacheront spécialement à cette tâche, notamment les capitaines Delporte et Gilles qui détermineront les coordonnées exactes du fleuve Congo (1890) tandis que les capitaines Cabra et Lemaire fixeront les frontières géographiques de l’Etat et effectueront toutes les triangulations nécessaires (1897,1898). L’épouse du capitaine Cabra accompagnera son mari dans cette mission. Elle sera la première femme européenne à traverser l’Afrique de part en part. Rentrée au pays, elle donnera toute une série de conférences qui auront une influence essentielle sur le départ des femmes belges pour rejoindre leur mari en Afrique.

            Les universités participeront activement à cette saga scientifique comme le montre le tableau ci-dessous.

Missions et prospections scientifiques de professeurs des universités belges dans l’Etat Indépendant du Congo.         

Professeurs
Epoque  Université  
Objet de la recherche
Brien, V 1906   Bruxelles Poly Géologie technique
Buttgenbach    1902-1907 Liège, Faculté Géologie des sciences
De Jonghe,A   1902     Louvain, Inst. Ethnographie Commerce
Denyn,V 1904-1905 Louvain, Inst.Commission d’enquête Commerce 
Didderich,N  1890-1901 Louvain, Inst. GéologieCommerce
Fontainas,P 1906-1907  Louvain, Inst. Chemin de fer, mines Commerce
Gehr,A 1894-1905  Bruxelles, Fac.   Magistrature Droit
Vandervelde,E 1908 Bruxelles,

Fac. Droit

Willems, E.     1896-7  Bruxelles Ec. Sciences sociales Pédagogie

 

Les explorations, l’occupation et l’administration des territoires.

            L’Etat Indépendant du Congo est un pays immense correspondant à peu près au bassin hydrographique du fleuve Congo. La poignée d’Européens qui travaillent pour le compte de l’Etat doivent diriger un pays de la superficie de l’Europe. Pour donner une idée des distances, celle qui sépare Lado de la capitale Boma correspond à peu près à celle qui sépare Bruxelles des Dardanelles ou de la Laponie ; entre le village de Katanga et Boma, il y a la même distance qu’entre Bruxelles et Casablanca. Nous avons déjà noté qu’une partie importante du personnel est prise par les différentes campagnes militaires et par la protection des frontières lointaines ; qu’une autre partie du personnel est occupée a des travaux d’infrastructure, notamment la construction du chemin de fer ; il reste la minime

Les bambous furent souvent utilisés comme moyens de construction  comme on peut le voir sur cette photo  de la construction d’un silo.
 

Les bambous furent souvent utilisés comme moyens de construction  comme on peut le voir sur cette photo  de la construction d’un silo.

Les premières maisons ont été construites  avec des lattes de bois et de la boue séchée (Adobe)

Les premières maisons ont été construites  avec des lattes de bois et de la boue séchée (Adobe)
partie du personnel qui sera utilisée à l’administration de l’Etat et à celle des territoires.

L’Etat est divisé en 14 districts, les divisions étant surtout axées sur les rivières de pénétration, excepté pour le Bas Congo qui comprendra 4 districts réunis plus tard en un seul.

  1. Le district de Banana, très petit à l’embouchure du fleuve.
  2. Le district de Boma
  3. Le district de Matadi qui, ensemble avec celui de Boma  couvrent à peu près le Mayumbe.
  4. Le district des Cataractes avec Tumba comme chef lieu.

Ces 4 districts seront réunis sous le nom de district du Bas Congo

  1. Le district du Stanley Pool appelé plus tard district du Moyen Congo, comprend une large bande de terre le long du fleuve entre Léopoldville et Lukolela.
  2. Le district du Kwango oriental autour des deux rivières Kwango et Kwilu.
  3. Le district du Lualaba-Kasai autour du Kasai et du Sankuru avec Lusambo comme chef  lieu
  4. Le district du Lac Léopold II sur la Lukenie
  5. Le district de l’Equateur autour de la Maringa et de la Tshuapa avec Coquilhatville comme chef lieu
  6. Le district des Bangala autour du bassin de la rivière Mongala jusqu’à l’Itimbiri
  7. Le district de l’Ubangi le long de la rivière du même nom avec Banzyville comme chef lieu
  8. Le district de l’Uele et l’enclave de Lado près du Soudan français
  9. Le district de l’Aruwimi, étrangement découpé entre la rivière de même nom et la Lomami avec Basoko comme chef lieu
  10. Enfin, l’immense district des Stanley Falls qui comprend tout l’est du Congo entre la rivière Lomami et les grands lacs. Il sera divisé plus tard en deux parties, les districts de Stanleyville et du Katanga.

 


Les rivières sont la voie de pénétration la plus facile. De petits vapeurs étaient construits à Léopoldville. Les matériaux nécessaires à leur construction étaient portés à dos d’hommes sur la célèbre route des caravanes depuis Matadi ( 400 Km)

Les rivières sont la voie de pénétration la plus facile. De petits vapeurs étaient construits à Léopoldville. Les matériaux nécessaires à leur construction étaient portés à dos d’hommes sur la célèbre route des caravanes depuis Matadi ( 400 Km)

Une flotte complète fut construite pour transporter les marchandises et les personnes à l’intérieur du pays.

Une flotte complète fut construite pour transporter les marchandises et les personnes à l’intérieur du pays.

Au moment de l’annexion, il reste donc 12 districts dans l’Etat Indépendant du Congo. C’est au départ des chefs lieux que des expéditions de reconnaissance vont être programmées, mais, en 1908, d’immenses régions sont encore inconnues. Citons comme exemple la région de la rivière Lua en Ubangi, celle de la rivière Lomela dans la cuvette centrale ou celle de la rivière Tela dans la même région. Une carte de toutes les expéditions a été dressée par le service géographique belge en 1910 au début de l’époque coloniale. Le gouvernement crée des postes, par exemple pour collecter le bois nécessaire aux bateaux  ou pour récolter l’ivoire et le caoutchouc. On crée également des comptoirs commerciaux ainsi que des missions protestantes et catholiques qui trouvent là un terrain idéal d’évangélisation.

            Tout cela s’effectue au milieu de peuplades aussi différentes que peuvent l’être les Polonais et les Espagnols à l’échelle de l’Europe. Certaines pratiquent l’agriculture itinérante, d’autres ont leur vie sociale axée sur l’élevage ou sur la chasse; certaines sont pacifiques, d’autres sont belliqueuses. Leur approche est chaque fois différente; n’existe-t-il pas des centaines de dialectes, des organisations tribales particulières dont on ne sait rien ou presque rien. Dans cette approche, les missions seront d’un grand secours.

Les missions.

            On a vu que le Bas Congo avait été touché par le christianisme au seizième siècle. Il le sera encore avant l’Etat Indépendant du Congo puisque les Pères du Saint Esprit s’y établirent à l’embouchure du fleuve en 1874, à Nembao où ils fondèrent la première mission puis la première école à Boma. En 1884 ils s’établirent à Kwamouth qu’ils quitteront très peu de temps après. Les premiers missionnaires à rejoindre les frontières de l’est du Congo furent les Pères Blancs, le 11 avril 1878. Ils seront suivis dans le Bas Congo dix années plus tard par les Pères de Scheut puis, en 1893, par les Pères Jésuites et par les Trappistes de Westmalle. Les dernières années du siècle verront arriver successivement les Prêtres du Sacré Cœur (1897), le Chanoines Prémontrés de Tongerloo (1898), les Pères Rédemptoristes et les Chanoines Prémontrés de Postel en 1899. Les Pères de l’ordre anglais de Mill Hill arriveront en 1905 et une branche belge des Pères du Saint Esprit reviendra au Congo en 1907, après 23 années d’absence. Par souci d’être complet, il faut signaler également les prêtres du diocèse de Gand qui assurèrent l’aumônerie du chemin de fer pendant la construction de celui-ci.

Le premier soin des missionnaires est de construire une chapelle dans le style et les matériaux des maisons du village
 
Le premier soin des missionnaires est de construire une chapelle dans le style et les matériaux des maisons du village

            Outre l’évangélisation, le rôle des missions fut également l’éducation des masses, pour laquelle les ordres missionnaires rivalisèrent de zèle en se jalousant parfois quelque peu. Tous n’avaient évidemment pas la même audience auprès le Léopold II et le Vatican dut intervenir pour définir et réglementer la tâche de chacun ainsi que l’endroit où elle pourrait s’exercer. En 1906 un concordat fut passé avec l’Etat Indépendant du Congo, par lequel l’Etat assurait aux missions le monopole de l’enseignement et les moyens de réaliser celui-ci. En 1903 une école normale fut créée pour former des moniteurs et en 1917 déjà, un prêtre congolais, l’abbé Stefano Koaze, fut ordonné.

            Les congrégations religieuses suivirent rapidement les congrégations de prêtres puisqu’en 1890, les Sœurs de la Charité rejoignirent le Congo, suivies en 1894 par les Sœurs de Notre Dame de Namur. Les sœurs missionnaires de Notre Dame d’Afrique (1895), les Franciscaines missionnaires de Marie (1896), les Sœurs du Précieux Sang (1898) les Franciscaines et celles du Sacré Cœur de Marie de Berlaar (1899) arrivèrent peu après. L’éducation primaire des jeunes filles débuta sensiblement vers la même époque que celle des jeunes gens, mais de manière plus discrète.

            Les missions catholiques n’étaient pas les seules sur le chantier de l’évangélisation  puisque le gouvernement accorda des concessions de terres à toutes les séries d’Eglises protestantes parmi lesquelles la Congo Balolo Mission, l’Eglise Baptiste, la Mission des Frères Westcott, la Swedish Missionary Society et la Foreign and Christian Missionary Society. Ces missions qui bénéficiaient d’importants subsides privés n’étaient pas seulement appelées à faire du prosélytisme religieux mais elles se consacraient également à des œuvres de charité – notamment des lazarets – et à des œuvres de formation et d’enseignement.

Evaluation du nombre de postes par district entre les périodes 1887-1897 (a) et 1898-1908 (b) dans l’Etat Indépendant du Congo.

District   Missions        Missions          Comptoirs        Total


              catholiques     protestantes

            (a)      (b)         (a)      (b)         (a)      (b)        (a)    (b)
1            1                      1                      0                    3
2            1                      4                      9                   23
3            1                      2                      1                     4
4            2        7            7        15          1        18       23    41
5            3        7            2          3          1          4       11    14
6            0        1            0          0          2        41        7     45
7            4        8            1          2        10       46       18    71
8            0        0            0          0          1          1        9      9
9            1        4            2          8         11       20       21    65
10          1        3            1          2          9        16       18    35
11          0        0            0          0          1          1         9      9
12          0        3            0          0          0          3       18    37
13         0        1            0          1          2        23         7    51
14          5        13          2          3          1          7       49   116


Total    19        47        22        34        49        180    220  503

N.B. Dans les totaux sont compris également les postes de l’Etat.

            Aussi nombreuses au début que les missions catholiques, les missions protestantes furent rapidement en butte à l’union sacrée de celles-ci et, mal tolérées par Léopold II à cause de leurs nombreuses critiques, elles eurent un essor plus modeste par la suite.

Les nombreux comptoirs créés le long des rivières vont être à la base du développement économique de l’Etat ; ils seront également l’objet d’une très grande controverse.

Les comptoirs, les factoreries et les sociétés hypercapita-listes.

Il va de soi que pour remplir une mission à la fois si vaste et si considérable, l’Etat Indépendant du Congo doit pouvoir compter sur des ressources assurées. Tout d’abord l’état va s’adjuger les terres domaniales et va les exploiter en régie d’une part, au moyen du système des sociétés à charte d’autre part. Pour assurer ce premier type d’exploitation, il aura recours à la contrainte, dans certaines mesure en prétextant le fait qu’à défaut d’impôts payés en argent par les indigènes, il avait le droit de leur imposer des prestations en heures de travail ou des impôts en nature, puisque de toute façon, ces impôts leur étaient retournés sous forme de sécurité, de travaux publics et de bien-être.

La récolte du caoutchouc de lianes s’inscrira dans ce programme. Elle suscitera de la part de certains agents des abus de toutes sortes et soulèvera d’ardentes critiques qui seront moins adressées au système lui-même qu’à ses applications. Les Anglais seront les plus virulents critiqueurs ainsi que les Français, dans les Cahiers de la quinzaine sous la signature de Charles Morel.

Sans vouloir minimiser les abus, il convient toutefois de faire une analyse critique des propos des délateurs. La France et l’Angleterre seraient évidemment deux des pays qui se partageraient le Congo si les Belges le délaissaient. Certains contrats ont d’ailleurs été réalisés en faveur de la France dans cette perspective. Cependant l’essor du Congo touche beaucoup plus les Anglo-Saxons. Les missions protestantes anglaises ne sont-elles pas « écrasées » par les missions catholiques belges ; ne vient-on pas de pendre dans l’est de l’Etat un ressortissant anglais, bandit de grand chemin, en lui appliquant strictement la loi applicable à tout un chacun dans


Un des principaux revenus de l’Etat Indépendant du Congo

Un des principaux revenus de l’Etat Indépendant du Congo
Fut la récolte du caoutchouc de lianes

 

l’Etat. Ceci bouleverse l’opinion publique anglaise qui est très bien travaillée par la presse. Mais il y a autre chose qui contrarie bien plus les Anglo-Saxons, c’est la rentabilisation possible du pays depuis que le chemin de fer est terminé ; c’est le développement du port d’Anvers, qui devient me centre le plus important du commerce de l’ivoire et un centre très important du commerce du caoutchouc au détriment de Liverpool ; ce sont les perspectives industrielles que laissent envisager les immenses richesses minières du Katanga, surtout pour l’industrie de transformation en aval. Il ne faut pas oublier que en cette fin de dix-neuvième siècle, la Belgique est une puissance industrielle concurrente de l’Angleterre.

Une autre ressource de l’Etat Indépendant du Congo fut l’ivoire dont le commerce était strictement réglementé

Une autre ressource de l’Etat Indépendant du Congo fut l’ivoire dont le commerce  était strictement réglementé

Ces multiples raisons sont bien plus plausibles pour expliquer le déclenchement de la campagne anti-léopoldienne que celles des pratiques honteuses que ces pays dénoncent avec emphase, bien qu’ils les pratiquent eux-mêmes à une échelle bien plus grande dans leurs propres colonies. Il n’en reste pas moins vrai que la collecte du caoutchouc de liane fut une page trouble de l’activité des Belges en Afrique. On peut cependant affirmer qu’aucun Tirlemontois n’a écrit cette page-là.

Le caoutchouc dont on vient de parler, l’ivoire et dans une moindre mesure l’or à la fin de la période de l’Etat Indépendant du Congo, seront les principales ressources de celui-ci. Entre 1886 et 1908, on exportera 4.282 tonnes d’ivoire et 2.450 kilogrammes d’or. Malgré ces revenus, la balance économique de l’état sera souvent en déséquilibre à cause des frais importants que représentent les importations, les réalisations et l’exploitation locales.

Ainsi, si en 1895 les importattions représentent 22.5 millions de francs belges et les exportations 24 millions, à la veille de l’annexion, les importations représenteront 59 millions de francs belges et les exportation, grâce au caoutchouc  et  au  chemin  de  fer  qui  est  terminé,  approximativement 100 millions.  Cela ne sera pas suffisant pour gérer et développer l’entièreté du territoire et l’Etat devra avoir recours aux sociétés à charte, plus aptes à attirer les capitaux étrangers. Ces sociétés sont des états dans l’Etat. Elles recevaient de vastes concessions à prospecter et à mettre en valeur. Elles y organisaient toute vie économique et sociale, construisant routes, écoles, fermes, captages d’eau etc. Elles assuraient même certaines prérogatives en matière d’épargne et de sécurité. On peut aimer ou détester l’action de ces grandes compagnies mais on doit reconnaître que si certaines firent d’énormes bénéfices, elles participèrent également au développement des régions où elles étaient établies ainsi qu’au financement de l’Etat, puisqu’elle représenteront plus de la moitié des revenus budgétaires  bien nécessaires à l’établissement de l’administration et des services.

L’abattage des arbres est souvent un travail de longue haleine.

L’abattage des arbres est souvent un travail de longue haleine.

Des métiers disparus chez nous furent remis à l’honneur

Des métiers disparus chez nous furent remis à l’honneur


Pour le transport des lourdes pièces au Katanga, des attelages de 12 bœufs ou de 12 mulets furent parfois utilisés

Pour le transport des lourdes pièces au Katanga, des attelages de 12 bœufs ou de 12 mulets furent parfois utilisés

 

L’administration et les services.

L’Etat est confronté d’emblée à un problème difficile et nouveau pour les Belges ; il doit organiser une administration moderne sur un territoire immense. Il commencera logiquement à développer les transports fluviaux, puis le télégraphe et le téléphone, la défense du territoire, la justice et la police.

En 1908, Il y a des centaines de kilomètres de route carrossable, 750 kilomètres de chemin de fer, 450 kilomètres de lignes télégraphiques, des plantations de caféiers, de cacaoyers, des stations d’élevage et 37 terminus de navigation. Les ports de Matadi ont été aménagés pour recevoir les gros bateaux de l’époque.

  Un service des postes a été créé en 1885  et à chaque création des 301 postes de l’Etat, un bureau de poste sera créé. Le mouvement de la correspondance intérieure  (20.000 francs belges en 1886) augmentera jusqu’à 320.000 francs en 1908. La correspondance internationale (40.000 francs en 1886) passera à 1.380.000 francs en 1908 ; un service de colis postaux et de mandats postaux fut également instauré.

C’est en 1893 que la première ligne télégraphique sera construite entre Boma et Léopoldville. En 1911, la mission du lieutenant Wibier installera le premier poste de TSF et  trois ans plus tard, 13 stations seront déjà équipées.

  L’organisation concomitante de la douane est décrétée ainsi que l’organisation de la justice qui comprendra très vite5 tribunaux de première instance et un tribunal d’appel à Boma ; dix tribunaux territoriaux , des Conseils de guerre et leur appel.

Ainsi, un tout petit peuple européen qui venait à peine de s’ériger en puissance industrielle, va réussir ce pari impossible d’organiser de gérer et de mettre en valeur un territoire immense. De tous les peuples qui véhiculeront la civilisation occidentale, les Belges seront les seuls à le faire dans la langue des populations indigènes, que ce soit dans l’éducation des masses, dans les contacts des agents territoriaux ou dans ceux des agents des compagnies avec les travailleurs.

A suivre: La Bataille de Redjaf

extrait du livre Les Tirlemontois au Congo 1885-1918

©Auteur: André-Bernard ERGO
Couverture: Véronique OPDENBOSCH
Ce livre a été publié en néerlandais sous le titre

Tienenaars in Congo. 1885-1918 avec M. Best pour la traduction ( D 1989/2936/1)  par le Stedelijk Archief en Museum “het Toreke” de Tirlemont.

Du même auteur aux Éditions l’Harmattan,

CONGO BELGE La colonie assassinée
Peu de temps après sa reconnaissance en 1908, la colonie du Congo belge participe activement à la première guerre mondiale au terme de laquelle elle se lance dans un programme de développement économique du pays, bientôt contrarié puis interrompu par l'effet sur l'économie mondiale du crash financier aux Etats-Unis.
La colonie se relevait à peine de cette épreuve qu'elle fut impliquée entièrement dans la seconde guerre mondiale, militairement d'abord, économiquement ensuite pour compenser, chez les Alliés, la perte des productions de leurs territoires d'Extrême-Orient. La guerre aura pour autre conséquence un exode significatif de la population rurale vers les grands centres, y créant des masses détribalisées.
Le remplacement dans ces centres du personnel européen mobilisé par des Congolais évolués, et la prise de conscience chez ceux-ci, de leur capacité à remplir ces charges occupées jusque-là par des Européens, va faire émerger, dans les grandes villes. A la sortie de la guerre, la colonie existe depuis 37 ans, et pour la première fois des plans de développement gigantesques peuvent être mis en œuvre et réalisés.
C'est le moment choisi par l'O. N. U et les deux grands Blocs pour attaquer frontalement la gestion du Congo. L'Etat belge n'est pas de taille à contrer pareilles attaques; il abdique et préfère laisser la place aux partis politiques congolais naissants. En 1960, la colonie du Congo belge n'existait que depuis un demi-siècle et était, de très loin, la plus prospère économiquement et la mieux gérée socialement de l'Afrique noire.

Des Bâtisseurs aux Contempteurs du Congo belge. L’odyssée coloniale
 ISBN : 978-2-7475-8502-6 312 pages, 21.5 x 13, 25 € Nombreuses illustrations. Juin 2005
Le sourire du peuple congolais était chanté par tous ceux qui visitaient le Congo belge. Ce Congo immense qui avait été construit en marge des méthodes classiques de colonisation, malgré les diatribes des uns et les coups fourrés des autres. Mais il était devenu trop riche pour ne pas attirer les convoitises et trop beau pour ne pas attiser les envies... Le Congo fut virosé; le sourire a disparu. Et pourtant, tout est là pour qu'il renaisse. Mais il faut lui donner les modèles positifs.


L’Héritage de la Congolie. Naissance d’une nation en Afrique centrale. 
ISBN : 978-2-296-03450-1 290 pages, 24 x 15.5, 26 € Nombreuses illustrations. Juillet 2007
La création de la plupart des entreprises dans l'État indépendant du Congo (1885-1908) se situe dans les dix dernières années, après l'achèvement du chemin de fer en 1898. Toutes n'auront pas le même développement, ni la même destinée. C'est en partie leur histoire jusqu'à la reprise de l'État Indépendant du Congo par la Belgique en 1908 que ce livre voudrait retracer. Mais à côté de l'histoire des entreprises privées existe une histoire parallèle, celle de l'administration de l'EIC comme État.

 

Sommaire

Liminaires Avant 1885

L’Etat Indépendant du Congo

Les campagnes anti-esclavagistes

La Bataille de Redjaf

La colonie du Congo
La campagne d’Afrique 1914-1918

L'Association tirlemontoise «Les Journées coloniales»

Les Tirlemontois au Congo (voir aussi dans la rubrique personnage congo belge)
Annexe: Les débuts de l’aviation au Congo belge Par J. Koninckx

Les Pionniers Belge du Congo

Alfa de A à B

  1. . Blocteur, E.C. 1864-1896

alfa de C à D

  1. . De Grez, R.E. 1874-1953
  2. . Dehertog,A.M.H. 1871 -
  3. . Delvin,L.H. 1871-1907
  4. . Detiège, M.E. 1867-1940
  5. . Devos, H.F. 1875-1959
  6. . Devroye, R.E. 1863-1938
  7. . Dewalhens, L.S. 1883-1970

Alfa de F à G

  1. . Festraets, F.A. 1898-1939
  2. . François, N.F. 1886-
  3. . Franssen,W. 1885-1913
  4. . Geerts, A. 1872-1903
  5. . Genesse, F.J. 1851-1887
  6. . Grossen,J.L. 1861-1930

Alfa de H à L

  1. . Hamoir, F.L. 1856-1931
  2. . S'Heeren, L.J. 1880-1948
  3. . Hendrickx, P.A. 1865-1900
  4. . Janssens, P.E. 1882-1938
  5. . Lallemand, A.J. 1855-1896
  6. . Lmbrechts, Th. 1884-1956

Alfa de N à Q

  1. . Naveau, A.P. 1876-
  2. . Nevelsteen, E. 1877-1929
  3. . Nevelsteen, H. 1874-1906
  4. . Putzeys, E.J. 1880-1916

Alfa De R à V

  1. . Rens, C.J. 1889-1961
  2. . Sillen, C.J. 1872-
  3.  . Storms, M.J.A.M.R. 1875-
  4. . Van den Bergh, M.T. 1865-1830
  5.  . Vanden Plas, V. 1884-1921
  6. . Vanden Plas, H. 1891-1946
  7. . Vangoidsenhoven, A. 1883-
  8.  . Vangoidsenhoven, Ch. 1881-1969
  9. . Vangoidsenhoven H. 1886-1920 et Cordi, M. 1895
  10. . Vangoidsenhoven Th. 1877-1929

Alfa W

  1. . Wangermée, E.A. 1855-1924

 

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