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Témoignage d'Auguste Legreve

N° 009

J'ai vécu durant la colonie belge au Congo, j'ai du fuir en 1960.

Braine L’Alleud le 28/05/2010                    

 DOSSIER CONGO  AVANT L’INDEPENDANCE

Mon nom:  LEGREVE Auguste de Braine L' Alleud Né le I/O8/1927
Tél : 02/3847480   GSM :0496230448
Retraité bien évidemment       

Mes souvenirs

1Après examens tant médicaux que théoriques et pratique du métier j'ai été engagé pour une période de 6 mois par un bureau d'études important spécifiquement en la qualité de  géotechnicien une de mes spécialités pas très courante à l'époque. La mission qui me fut confiée consistait en l' étude physique et mécanique des sols et roches devant servir à la construction de routes à trafics lourds entre Bukavu et Goma et par la suite prolongation du contrat si les études demandées seraient accordées, ce qui fut le cas. De 6 mois en 1952 je suis resté jusqu' en Juillet 1960
Parti donc au Congo par voie aérienne de Bruxelles National vers Bukavu via Rome Athènes, Entebbe, Stanleyville et Bukavu, après un périple de +- 26 heures d’avion DC6 et finalement DC3 ligne intérieure, j’étais finalement arrivé à l’aérodrome de Kamembe (BUKAVU) piste pas très sécurisante à vue d’œil où j’ai été accueilli par le chef de mission du bureau d’études Industrielles F. COURTOY (BEI).

A l’époque j’étais marié et père d’une fille née en 1950, ma famille était  restée en Belgique, pour cause de mission de courte durée.

Le chef de mission m’a conduit sans plus à l’hôtel "Pointe Claire" de Bukavu où je suis resté en logement durant quelques 2 semaines en attendant que le logement se libère dans le laboratoire du bureau sis à Nia Lukemba, j’avais reçu des informations pour m’occuper.
A Nia Lukemba j’ai été pris en main par un Ingénieur Italien spécialisé en géotechnique qui était à la fin de son contrat et que je devais donc remplacer au pied levé.

Après une mise au courant de quelques jours je suis parti "en brousse" avec le "barda" que la société m 'avait préparé à savoir sommairement une malle contenant un minimum de vaisselle, un lit pliant, le nécessaire en médicaments d' urgence utiles dans les pays tropicaux, accompagné par un PISHI (genre de cuisinier) et un employé tous deux indigènes ainsi qu' une tente de brousse un lit et un fusil 10,75 mm, à cette époque il était utile de nourrir les indigènes en viande si nécessaire, j'avais également une autorisation de disposer d' un chasseur indigène, tout cela pour un jeune que j'étais c’était très particulier et pas bien rassurant mais j'y ai mis de la bonne volonté à la satisfaction du Chef de la mission,L’ingénieur rentré en Italie me voila donc livré à moi-même, ( à 25 ans) en possession d’un Pick-up de 1T5OO, d’un chauffeur (que je n’ai pas laissé longtemps au volant ne me sentant pas en sécurité) ce véhicule devait servir à ramener les hommes et les échantillons prélevés, au labo de Bukavu pour analyses et études.

Ma première étape fut le fameux «KAHUZI» réputé pour ses Gorilles établis dans la forêt de bambous, l’endroit déjà traumatisant au départ, je n’étais pas des plus rassurés d'autant que je devais dormir sous tente dans cette forêt, parti avec une équipe de 2 hommes je devais engager de la main d’œuvre sur place, je disposais aussi d’une somme d’argent dans une espèce de coffre-fort à main afin de payer le "POSHO" de mes travailleurs. Pour novice sans expérience dans ce domaine ce fut assez difficile du fait que je ne connaissais par la langue véhiculaire de la région c-à-d le « SWAHILI» ni la mentalité des autochtones aussi je me suis intéressé contraint et forcé a étudier cette langue rapidement et en l'espace de 3 mois j'avais acquis un bon vocabulaire et une forme de langage que j'ai voulu assez correcte et non pas de KISWAHILI à l'européenne, du genre toi Congolais, moi Européen, cela m' a fortement aidé et j' ai pris confiance en moi.

Au cours de cette première mission  j’ai eu la chance de travailler dans cette région montagneuse et également dans une  zone de marais appelée « piste des vaches » par la direction de la firme, le nom n’était pas surfait, un endroit très austère peu rassurant en matière d'ambiance non seulement par la présence d’animaux de tous genre et de gorilles, ces derniers je n'ai jamais eu l'occasion  de les voir, seulement d'entendre leurs cris avec battements des mains sur la poitrine ce qui émettait un son qui me faisait frissonner ainsi que les différents bruits le soir et la nuit, singes hurleurs, etc.…

L’expérience a porté ses fruits, je me suis adapté non sans difficultés et affranchi, il le fallait !
Un détail supplémentaire que je n’ai jamais oublié c’est de m’être trouvé dans une région à tremblements de terre journaliers pas assez forts en magnitude pour créer des dégâts mais juste assez pour s’inquiéter, un grondement préalable signalait toujours ce phénomène. A Kamituga, où je me trouvais a un certain moment, dans une zone minière très particulière en tous points (extraction de minerais aurifères, respect de la région etc…) elle se situe dans la zone des VIRUNGA chaîne de volcans dont deux inactifs le MIKENO et le KARISIMBI et un autre le NYIRAGONGO lui en attente d’activités, lueur rouge le soir et diverses fumeroles sortant de son cratère adventif appelé MVOVO YA BITI.

Ce cratère est entré en activité en 1948 et a déversé la lave dans le lac Kivu et sur la plaine contigüe. Il y a quelques années le même volcan a détruit une grande partie de la ville de GOMA. Afin de me situer sur la polygonale créée en brousse par les topographes de la société plus ou moins   2 années avant mon passage j’ai dû utiliser la boussole pour repérer les bornes, certaines fois la boussole déviait à cause des déclinaisons magnétiques importantes et il fallait alors chercher dans la brousse, à la machette, les bornes recouvertes depuis deux ans, pas facile du tout !

Les prélèvements s’effectuaient à l’aide d’une tarière à des profondeurs atteignant parfois 8 mètres, les échantillons étaient prélevés, examinés et classés visuellement puis mis en sacs plastiques pour alimenter mon laboratoire et en déterminer les caractéristiques physiques et mécaniques. La zone était notée sur les plans préétablis donc repérées en X en Y et en altitude à l’aide d’un théodolite auto réducteur type RDS (voir photo ci-dessus)

Par après, dans une toute autre région, les prospections sur l’axe allant de Stanleyville à  Walikalé et à Lubutu, dans la forêt équatoriale, m’obligeaient de pénétrer à 2 journées de marche du village où le pick up était stationné, pas besoin de dire que je tippoyais parfois (chaise à porteur utilisée par des indigènes) une partie du trajet tant pour entrer dans cette forêt vierge que pour en sortir comme les premiers colons l’avaient fait à l’époque héroïque, cela peut paraître surprenant mais c’est la stricte vérité.

A la fin de la première mission décrite ci-dessus il s’était écoulé +- 3 mois depuis mon arrivée au Congo, avec beaucoup d’efforts j’avais acquis une certaine rigueur de travail, il le fallait d’ailleurs, je n’ avais pas eu de mauvaises équipes d’indigènes ce qui ne convenait très bien, j’avais par la force des choses, bien avancé dans la pratique de la langue, tout me plaisait et je pensais fermement faire carrière au Congo hélas l’avenir m’a appris à déchanter

A l’époque bien décidé de rester au Congo quoi qu’il puisse arriver (en pensée bien sûr !) je décidais d’introduire une demande afin  que ma famille puisse me rejoindre, une fois rentré de mission j’en ai touché un mot au chef de mission qui l’a transmise avec un accord favorable à la Direction de Bruxelles.

L’avis de Bruxelles fut positif et ma famille est arrivée peu de temps après, j’étais aux anges.
C’est alors que j’ai compris que la société attendait 6 mois avant de faire venir la famille des nouveaux agents engagés afin que ces derniers fournissent la preuve de leur capacité et de la résistance au climat, le travail en brousse ne ressemblait nullement a du travail de bureau même effectué au Congo, la Brousse était une autre affaire surtout en prospection.

J’ai continué mes différentes missions, ma famille m’accompagnait dès que l’on était certains que le logement en forêt ou savane pouvait se faire dans ce que l’on appelait des gîtes d’étapes souvent ouvert à tous vents.

Je suis resté 2 bonnes années au Congo pour cette société et lorsqu’elle n’a plus eu momentanément de travail, elle m’a fait une proposition de reprendre un job dans le bureau technique de Bruxelles, ce que j’ai accepté.

 

Mordu pas le virus du Congo je suis resté +- 6 mois en Belgique et j’ai retrouvé un engagement toujours en la qualité de spécialiste en  géotechnique au sein d’une entreprise de constructions de routes à Kindu, axe routier qui démarrait de Kindu vers kalima zone d’exploitation de la cassitérite (minerai d’étain)

Je suis resté une année à Kindu puis j’ai été transféré à Matadi où la construction de la route Matadi- Kenge sur l’axe vers Léopoldville avait débuté, mon travail a consisté en contrôles techniques de tous genres lors de l’exécution de la route, donc application de géotechnique et autres. La route terminée je suis rentré en Belgique dans l’attente d’un autre départ.

Une fois de p

lus la fièvre du Congo m’a reprise (si je puis dire car je n’ai jamais eu de fièvre là bas !) et j’été engagé par le bureau d’études CADIC (Compagnie Africaine Des Ingénieurs Conseils) pour des travaux d’égouttage et autres dans la cité indigène de LEOPOLDVILLE .
Après notre arrivée à Léopoldville début 1959 des émeutes ont éclaté à la cité et les Européens ont été priés de rester chez eux, comme nous étions amis avec des Belges que nous avons retrouvés à Léo, on s’est ressemblés chez eux avec les armes que nous possédions et bien disposés à résister s’il le fallait. Heureusement cela s’est calmé mais ce ne fut que partie remise (voir la suite)

Peu de temps après le bureau d’études CADIC s’est associé avec « Traction et Electricité » pour former ABELINGA, (ASSOCIATION BELGE DES INGENIEURS CONSEILS POUR INGA) afin de réaliser les études de la centrale hydroélectrique d’Inga dans le Bas Congo,   

En plus des études pour barrages en terre, en attendant les prélèvements, j’ai effectué des relevés topographiques dans le lit majeur du fleuve Congo, à la planchette, c.à.d. en dessinant les courbes de niveau sur place sur une table spéciale appelée « planchette » avec un RDS auto réducteur sous un parasol, de 6 heures du matin à 11 heures car après cela impossible de faire des relevés tant la réverbération était intense, l’après midi travail de  bureau pour calculer et affiner celui du matin et préparer pour le lendemain.

Ma mission a consisté également à effectuer des mesures de bathymétrie sur le fleuve lesquelles se pratiquaient à partir d’un  hélicoptère SIKORSKY 55, tout fond ouvert et à l’intérieur duquel on avait installé des bobines de gros nylons montés sur des moulinets de pêche dont la longueur du nylon avait été mesurée au départ. Sur les deux rives de ce fleuve des topographes étaient installés afin de viser le rotor de l’hélico pour en déterminer son altitude et sa position .

Je précise que sur chaque bout de nylon des  moulinets on avait attaché une olive en plomb de quelques kilos (je ne me souviens plus du poids mais il était très lourd  6 à 8 Kg si je ne m’abuse)

A chaque profil comme j’étais en contact radio avec à la fois le pilote de l’ hélico et les topographes lesquels, sur les berges du fleuve avaient à coté de leur emplacement un grand numéros en chiffres noirs, lisible depuis l’ hélico, dont le pilote avait réglé sa vitesse en fonction de celle du courant, je lâchais le poids et lorsque celui-ci, après être entré dans l’eau du fleuve, le nylon présentait du mou c’était le signe que le plomb avait probablement  touché le fond et je coupais le nylon, par après à la rentrée à la base d’atterrissage de l’ hélico on mesurait ce qui restait sur les bobines, avec tous ces éléments il était facile de déterminer toujours approximativement la profondeur du fleuve à chaque endroit d’essai. Ce genre de tests avait été réalisé sur le fleuve MISSISSIPPI mais sans plus de résultats précis.

Comme ces essais avaient été effectués à de nombreux profils on pouvait donc avoir une idée imprécise bien évidemment de la profondeur du fleuve, je dis bien une idée car en beaucoup d’endroits de ce fleuve ce ne sont que des rapides d’enfer jusqu’à présent infranchissables, il suffit d’avoir en mémoire ce que l’aventurier Philippe DE DIEULEVEUT a voulu faire dans ces zones, sans certitudes mais il y a beaucoup de chances que ces rapides aient été la cause des renversements des embarcations.

Il faut avoir vus ces rapides depuis l’hélicoptère et les avoir frôlés comme je l’ai fait pour être conscient du danger, avec un collègue j’ai également réalisé des mesures à l’écho sondeur, appareil monté sur un canot pneumatique puissant, celles-ci n’ont donnés aucun résultat et pour cause, impossibilité de lire le graphique, l’onde restait très imprécise à cause des remous et de l’air inclus, dès lors ce fut cela le début des tests à l’ogive de plomb (voir ci-dessus)

Et en dernier lieu on avait chargé à bord de l’hélico à chaque voyage, depuis la base, un fût de capacité de 200 litres (appelé au Congo « touque ») vide et bouché hermétiquement,

Ce fût, par le trou resté ouvert, je le basculais hors de l’appareil et avec un plan de repère en mains tant le pilote que moi nous le suivions, certaines fois les tourbillons étaient si forts que le fût disparaissait pendant un certain temps et brusquement ressortait en rebondissant de la surface de l’eau ce qui montrait la puissance de l’aspiration du tourbillon tout bonnement effrayante,  le pilote reprenait alors le suivi de ce fût, tout ceci pour mesurer les lignes et certaines fois les vitesses de courant, nous étions toujours repérés par l’équipe de topographes installés sur la rive du fleuve Ces mesures n’étaient pas tout à fait précises mais suffisantes pour établir les calculs du projet à défaut de méthodes plus scientifiques qui n’existaient pas.

Comme nous avions donc certaines valeurs dont la profondeur et la coupe en profil en travers du fleuve on pouvait en déterminer approximative la section et donc, avec les autres éléments obtenus (vitesse et longueur de section), on pouvait en calculer le débit.(résultats trouvés, plus ou moins 60.000M3 /sec.)

Pas besoin de dire que cette mission était très risquée étant donné que la hauteur de l’hélico par rapport à la surface du fleuve n’était que d’une petite vingtaine de mètres et qu’avec la force des palles de l’hélico sur le niveau de l’eau on était parfois arrosé par une projection d’eau très fine. Par précaution nous avions une bouée MAE WEST autour de la poitrine et l’hélico en cas de chute dans le fleuve était équipé de ballons latéraux mais insuffisants pour s’en sortir dans ce fleuve, c’était bien l’avis du pilote.J’assure que j’étais à l’époque le seul à avoir accepté ce travail très risqué que j’ai bien aimé, seule mon épouse n’avait pas la même opinion que moi mais le risque ne me dérangeais pas d’autant plus que le pilote nommé « JOCHEM » (que j’ai essayé de retrouver sans succès) avait une sérieuse expérience du fait d’avoir fait la guerre d’Algérie avec un hélico.

Je dois reconnaître qu’après avoir volé pendant certes une bonne quarantaine d’heures j’avais perdu une grande partie de mes moyens et il n’aurait plus fallu que cela continue, j’étais saturé.

Venons-en au d ésastre, devoir subir les assauts des problèmes que nous connaissons

En 1959 j’avais déjà eu des problèmes avec l’ABACO mouvement politique de Joseph KASAVUBU qui était président et auquel j’avais été obligé de m’affilier afin que l’on me fiche la paix, du moins je le pensais, hélas il n’en fut rien. J’avais été chargé par la Direction, vers l’année 1959, de faire une étude in situ de la teneur en bauxite (minerais d’aluminium) dans la région de BOMA, il fallait donc ouvrir des tranchées en des endroits bien déterminés afin de faire des prélèvements et analyser la faisabilité d’exploitation dans le cadre de la centrale d’Inga, où l’on pensaient, étant donné le courant bon marché qui allait être émis, extraire l’ ALU, hélas cela ne s’est jamais fait mais alors on a reparlé que des industriels allaient amener de la bauxite et que celle-ci serait traitée à INGA, je n’ai plus reçu d’informations et à l’heure actuelle je ne sais pas si cela a été réalisé.

Rentré de cette mission j’ ai été convoqué par l’association culturelle des Bas Congo « ABAKO » citée ci-dessus a une réunion à INGA au cours de laquelle les sbires de Kasavubu m’ont accusé crument le voler l’or de l’ABAKO je me suis trouvé devant un espèce de tribunal ou une sanction devait être prononcée plus tard avec applaudissements de tous les indigènes présents à la grande table, il est bien évident que je me suis défendu et prouvé que la direction m’avait confié cette mission mais pour faire travailler INGA, l’affaire fut terminée heureusement.

Au site d’Inga nous étions en contact radio avec le camp militaire de Thysville lequel nous avait annoncé des émeutes au cours desquels des agressions et viols de femmes avaient eu lieu. Comme mon épouse était enceinte et pratiquement à terme je l’avais conduite vers le 6 juillet dans un hôtel proche de l’hosto de Matadi, il était donc prudent de la rejoindre ce que je fis le 7 juillet 1960 accompagné de ma fille..

Il était assez tard dans l’après midi lorsque j’ai  pris la route vers Matadi accompagné de ma fille et nous sommes arrivé pour le dernier bac de passage du fleuve heureusement car le lendemain 8 juillet Matadi était envahie très tôt par les mutins et les indigènes armés de machettes à ce moment il n’aurait plus été possible de rejoindre ma femme et le bébé, je n’ose penser ce qu’ils seraient devenus !

Arrivés à l’hôtel nous avons soupé avec mon épouse et nous nous sommes mis au lit, dans la nuit les maux ont commencés et pendant la nuit j’ai conduit mon épouse de l’hôtel vers l’hôpital  laissant ma fille de 10 ans à l’hôtel ne sachant pas exactement ce que nous risquions..

A 5 heures du matin du 8 juillet 1960 mon épouse a donné naissance à une fille de 3,500 Kg, le Docteur qui a procédé à l’accouchement nous a prévenu des émeutes qui démarraient et nous a demandé de ne pas quitter l’hosto.

De l’hôpital je me suis mis immédiatement en route avec ma voiture afin d’aller reprendre ma fille, à l’hôtel, sur le trajet (approximativement 3 KM) j’ai été arrêté plusieurs fois et après discussions palabres on me laissait chaque fois partir, enfin j’avais retrouvé ma fille c‘était essentiel et nous sommes remontés vers l’hosto, sans problème les émeutes n’avaient pas encore franchement démarrées.

Nous voila à l’hosto les médecins encore présents nous demandent de rester bien calme, bien joli cela mais très difficile a faire d’autant que brusquement des mutins armés ont fait irruption dans la chambre, nous étions peu nombreux et un peu abandonnés il faut bien le dire.

Seuls Européens avec les mutins qui avaient fumé du chanvre ce qui n’arrangeait rien mais un geste a été commis par l’un d’entre eux, avec sa baillonnette il a soulevé les draps de notre bébé pour voir ce qu’il y avait en dessous, une fraction de seconde j’ai pensé autre chose, heureusement il a arrêté son geste mais m’a prié de sortir et d’aller me mettre à la disposition des autres mutins rassemblés dehors, palabrant comme on les connaît

Une fois dehors un soi-disant chef est venu près de moi me voyant faire de grands gestes et exhibant ma carte de membre de l’ABAKO je lui ai dit que ma femme avait donné naissance à un bébé et que je n’étais pas là pour faire de la politique mais que l’on ne me sépare pas de mon épouse, il m’a pris par l’épaule et m’a conduit dans la chambre de ma femme.
 J’étais momentanément sauvé mais nous restions à l’hosto pratiquement seuls, un gardien « chanvré » et armé montait la garde assis sur les marches d’entrée de l’hosto.

Quelque temps après un médecin nous rend visite à l’hosto et me demande des nouvelles de la Maman, a l’insu de ma femme je lui pose la question de savoir ce qui se passe à Matadi, très mal me dit il, je vais vous envoyer une petite camionnette avec croix rouge, attendez et monter à bord directement,  on vous déposera au port sur le bateau, c’est la seule solution qui vous reste pour vous mettre à l’abri mais soyez prudents.
Bonne affaire faite voila le véhicule arrivé, en sortant j’ai donné un « matabiche » à la sentinelle droguée qui montait la garde armé, il m’a remercié en me disant textuellement « merci patron » et nous somme partis pour rouler +- 5 Km afin de rejoindre le port, en principe les mutins autorisaient les femmes à passer les contrôles mais les hommes était enfermés à l’hôtel Métropole à Matadi.

Comme j’étais conscient du manège et seul homme dans ce véhicule j’ai trouvé un subterfuge en montant dans le véhicule de la croix rouge, j’avais les cheveux un peu longs à l’époque je les ai rabattus sur le front et mis une couverture sur les épaules ainsi que le bébé dans mes bras, nous avons été arrêtés maintes fois mais comme ils m’ont pris pour une femme je suis donc passé plusieurs contrôles et in fine nous sommes arrivés au bateau.

Une chose me tracassait en effet j’avais laissé ma voiture sur le parking de l’hosto c’était le seul bien que je pouvais encore sauver et sans prévenir ni ma femme ni ma fille, en accord avec un médecin qui passait et à ma demande s’il allait à l’hôpital il m’a répondu qu’il ne me le conseillait pas mais si tel était mon désir il m’y déposerait ce qui fut fait.

Je n’étais pas sorti de l’auberge, seul à cet endroit, essayant de mettre ma voiture en route, celle-ci ne voulait rien savoir et après de nombreux essais  par chance elle a démarré, j’ai pris la direction de l’hôpital a une vitesse V’ sans me préoccuper de ce qui se passait sur le trajet qui était truffé de sauvages brandissant des machettes je me suis dit, comme j’étais à ce moment devenu un risque tout, ils ne m’arrêterons jamais, je passerai au travers quoi qu’il puisse arriver et dans ces conditions, je n’avais pas le choix, je l’aurais fait.

Enfin me voila sur le bateau et des gens de l’OTRACO avaient commencé de charger les voitures qui étaient sur le pear, j’étais heureux et il ne restait plus que deux voitures avant la mienne, hélas tout a été arrêté un message était parvenu sur le port qui stipulait que des mutins  arrivaient afin d’arrêter les chargements.

Dans la nuit du 9 juillet 1960 le Thysville qui était au port de MATADI en  attente se met en marche, tous feux éteints et passe la zone de tourbillons très connue appelée « chaudron d’enfer » dans des conditions assez difficiles le bateau très peu chargé vibre terriblement ce qui donne une impression d’insécurité.

La raison pour laquelle ce navire est parti tous feux éteints se justifie à cause des canons indigènes en place au début des monts de cristal en bordure du fleuve Congo et près de ce chaudron, ils étaient pointés vers le fleuve, mais à cette heure les canonniers était vraisemblablement endormis par le chanvre et saouls  
Le Commandant a donc réussi  sa fuite et les canons sont restés muets heureusement.
Le voyage en bateau s’est déroulé dans une mauvaise ambiance cela se comprend, le commandant a demandé un peu de main d’œuvre de la part des réfugiés, je n’en ai pas fait partie j’avais mon épouse et le bébé en charge ils se trouvaient à l’infirmerie juste au dessus de certains moteur et le lit du bébé vibrait assez fort.

Arrivés à Pointe Noire les hommes étant sur le bateau ont été priés de descendre et sont rentrés je pense par après en avion. Personnellement je n’ai pas accepté ce transfert ma présence auprès e ma femme était indispensable et je n’ai plus été inquiété.

A l’écluse de Terneuzen, port d’Anvers, le Roi Baudouin est monté à bord et s’est adressé à mon épouse s’inquiétant de sa santé et la réconfortant en disant je cite « Madame vous avez un beau bébé » Nadine a aujourd’hui 50 ans et ma fille ainée Jeannique 60 ans

Seul point triste mon épouse est décédée en 2003.

La politique de la Belgique à l’époque a bousculé mes projets, ce fut une horreur comme pour tant d’autres expatriés, seuls les politiciens de l’époque en ont tirés profit, malgré les manquements graves en matière d’aide aux populations ce qui aurait dû être le rôle de la Belgique préalablement à la déclaration de l’indépendance, les représentants du pays ont faillis à leurs devoirs mais ils ont eux ont gardé leur fonction ainsi que leur traitement et les avantages pour la pension ce qui ne fut pas le cas pour nous.

Personnellement je me suis refait une situation en Belgique mais la mentalité d’Afrique m’a toujours manquée je n’ai jamais oublié le Congo ils nous l’on volé nos politiciens de l’époque par manque de psychologie « africaine » donc de  connaissances du Peuple Congolais lequel  méritait qu’on les aide a gérer leur pays au lieu de les abandonner et d’importer les syndicats comme ils l’ont fait avant l’indépendance, dommage mais ils nous l’on fait payer très cher ces Pèlerins de la saison sèche comme on les appelaient au Congo, pour cette raison je suis devenu dans une certaine mesure allergique à la politique belgicaine et cela jamais je ne l’oublierai.

Même 50 ans après cette indépendance le peuple Congolais paye encore les incompétences de tous ces politiciens Belges. Cela non plus il ne le mérite pas.
Je suis fier de dire que j’ai connu le vrai Congo celui que beaucoup n’ont pas connus et que d’autres ne connaîtrons probablement plus jamais.

 

Bonne lecture et merci pour ceux qui ont trouvé un intérêt à mon récit.

LEGREVE Auguste.

Pour informations

Formule pour déterminer la profondeur du fleuve :

DONNEES :

Unités : tout en mètres

H1= Altitude de l’hélico

H2= Altitude d l’eau prise par topographes depuis la berge   

L1= longueur totale du nylon sur le moulinet 

L2= long mesurée au retour donc consommée donc Hauteur Hélico/fond fleuve

P = profondeur du fleuve

CALCULS :

H1 - H2 = H3 = hauteur de l’hélico par rapport au niveau de l’eau du fleuve  

L1 –L2=  L3 = longueur de l’hélico par rapport au fond du fleuve

Dès lors L3 – H3 =  P =  Profondeur du fleuve