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Témoignage de Jean Marie Nicolas N° 001

Un livre offert par Martine a Jean Marie Nicolas

J'ai vécu durant la colonie belge au Congo, j'ai du fuir en 1960.

Fin juin 1960, j'étais âgé de 16 ½ ans, j'étais interne à l'Athénée Royal de Kalina à Léopoldville, en compagnie de mon frère Guy (13 ans). Nous étions en période d'examens et nous attendions les vacances scolaires qui débutaient le 29 juin 1960. L'indépendance du Congo était prévue le 30 juin 1960, il y aurait des cérémonies. Le Roi Baudouin et des ministres Belges annonceraient l'indépendance du Congo. Tous les élèves internes étaient un peu inquiets, car il y avait régulièrement des troubles dans le Congo. Mon père André était Adjudant Chef à la Force Publique et nous habitions le Camp Hardy de Thysville. Nous étions une famille de six personnes, papa (André), maman (Edmée), mon petit frère Jacques (13 mois), ma sœur Marie-Jeanne (12 ans), Guy (13 ans) et moi (16 ½ ans). Il me restait deux examens à passer, quand le directeur de l'internat (suite la demande des autorités de Thysville) nous renvoya Guy et moi, par le train vers Thysville. Nous devions retourner d'urgence car il y avait déjà eu des émeutes dans la ville. Il nous fallait être rentrés à la maison avant le 28 juin 1960.

Nous avons fait nos adieux aux amies et amis et nous sommes partis pour Thysville. Nous n'étions pas les seuls à retourner dans nos foyers. Beaucoup d'internes sont retournés le même jour. Vers 14 heures maman nous accueillaient avec joie et nous dinions. Lorsque j'interrogeais papa, il essayait de nous rassurer! Il nous expliquait que nous resterions au minimum 1 ans ½ à Thysville. Il continuerait son travail pour le Congo indépendant. Nous étions au Congo depuis 1948, et pour moi, c'était mon pays, j' y avais grandi, tous mes amis étaient à Léopoldville et Thysville. La Belgique était si loin..., y retourner ne m'enchantait pas du tout.

Le jeudi 30 juin 1960 c’était l’indépendance du Congo. Toute la famille était rassemblée autour de la radio et nous écoutions la retransmission de la cérémonie. Le Roi Baudouin I, dans son uniforme blanc, assistait à la cérémonie, il était accompagné de ses ministres. « Bwana Kitoko », comme l'appelait les congolais, ce qui veut dire « le bel enfant blanc ». Le Roi Baudouin I s'est fait voler son sabre par un congolais excité.Le Premier Ministre congolais Patrice Lumumba prononçait alors un discours largement anti-belge. Le président congolais Joseph Kazavubu essaya de calmer un peu les esprits. Papa ne faisait pas de commentaires, mais lorsqu'il était seul avec maman, il lui disait qu'il y aurait des émeutes contre les européens et bien sur contre les belges. Nous étions dans la souricière disait-il !Le 30 juin 1960, la Force Publique devint l’Armée Nationale Congolaise.

Rien n’avait été préparé pour l’encadrement de l’armée du Congo, pas d’officiers, pas de sous-officiers supérieurs du grade d' adjudant chef et adjudant. Suivant les accords entre la Belgique et le Congo indépendant, le Lieutenant-Général Emile Janssens, les officiers et adjudants (chef) belges passaient sous l’autorité discrétionnaire du gouvernement Congolais. Ils continueraient à encadrer pour quelques années l’Armée Nationale Congolaise et assureraient la formation des officiers et sous-officiers supérieurs congolais. Quelques jours plus tard, le 6 juillet 1960 une partie des militaires de l’Armée Nationale Congolaise (Ex Force Publique) se mutinait car ils étaient mécontents de leurs sorts. Ceux-ci voulaient monter en grade tout de suite, ou devenir tout de suite Officiers supérieurs. Ils voulaient aussi une augmentation substantielle de leur solde et commander tout de suite des bataillons, des compagnies. Ce qui était impossible, car il n’y avait aucun Officier Congolais de formé, il y avait seulement 3 adjudants Congolais de formé par garnison, ce qui est très peu.Au Camp Hardy la majorité des militaires se mutinaient. Heureusement il restait quelques militaires et sous-officiers congolais fidèles à l'Armée Nationale Congolaise. Tous les officiers et adjudants (chef) belges devaient rejoindre leur unités, d'urgence. Les familles du Camp Hardy se sont alors rassemblées dans les deux bâtiments des Mess de la garnison. Ceci pour éviter les prises d'otages par les mutins. Quelques militaires armés surveillaient les abords. Il nous étaient interdit de sortir des bâtiments. Nous y resterons deux jours et nuit, dormant par terre.

Cependant des troupes du camp Hardy avaient été envoyées à Léopoldville pour participer aux cérémonies de l'indépendance, (L'escadron de blindé et un bataillon d'infanterie). Suite à la mutinerie des troupes du camp Hardy, l'escadron blindé et le bataillon d'infanterie furent été renvoyés vers Thysville.

En cours de route, les Officiers et adjudants belges tombèrent dans une embuscade, ils furent désarmés et fait prisonnier par des mutins. La rébellion s'était propagée également à ces deux unités. Les belges ont été maltraités et battus par leurs soldats et ils furent emprisonnés dans les cachots du camp Hardy. Il y a eu des blessés graves.Le premier Ministre Lumumba intervint auprès des mutins et après quelques heures de palabre, tous semblait rentrer dans l'ordre. Les familles regagnaient leurs logements, et les officiers et adjudants (chef) belges devaient remettre leurs armes aux militaires congolais.

Le soir papa de retour à la maison nous expliqua la situation. Il ne savait pas grand chose sur les exactions commises en ville. Les belges blessés par les rebelles furent évacués avec leurs familles, par train, sur Léopoldville.Le lendemain, papa et ses collègues reprenaient leurs service.Le 10 juillet 1960, toute l'Armée Nationale Congolaise (Ex Force Publique) se révoltait à nouveau et les soudards semaient la terreur dans Thysville. Il y aurait eu une attaque de l'armée belge à Matadi!

Le soir les mutins armés arrêtaient tous les officiers et adjudants Belges du Camp Hardy. Cinq militaires armés criaient à papa de sortir immédiatement de la maison, je devais sortir aussi les bras en l'air. En cas de refus, ils tiraient, ainsi à 16 ½ ans j'étais fait prisonnier. Car pour les mutins, j'étais capable de porter un fusil (Bunduki) donc dangereux !

Nous avons été amenés à pied, en courant (certains d'entre nous avaient les pieds nus) vers une salle de conférence de l'État-Major. Les mutins nous insultaient et nous frappaient, tout en nous signifiant que nous étions des otages. Avec mes compagnons d'infortune, je passais la nuit assis sur une chaise.Il nous était interdit de parler. Je n'étais pas rassuré, car je n'avait que 16 ½ ans. Mes camarades essaient de me rassurer comme ils le pouvaient.

Au petit matin, après avoir reçu quelques coups de poings et de crosse, nous avons été transférés dans la prison du camp. Nous y retrouvions le reste de la garnison, nous serons humiliés, insultés, et battus. (certains seront blessés)Pendant que nous moisissions, sans manger et sans boire, en prison, les mutins s’en donnaient à cœur joie, ils se saoulaient, ils volaient dans les habitations de leurs officiers et adjudants belges et ils violaient leurs femmes et les jeunes filles.

Madame Delhaye et ses enfants étaient réfugiés dans notre maison. Maman et madame Delhaye seront elles aussi violées à maintes reprise.... Le désordre s’installait partout dans Thysville et le pillage devenait systématique. En prison nous étions régulièrement humiliés, menacés, certains étaient même battus, et nous n'avions rien à manger. Après deux jours de captivité, le soir grâce à papa, les mutins me libéraient, et je rejoignis maman, mes frères et ma sœur.

J' étais amaigri et maman m'accueuilla avec joie. Madame Delhaye et maman nous demandaient de rester dans la même chambre, et de ne pas en sortir.Vers 20 heures deux soldats armés pénètrent dans la cuisine, dès qu'ils me virent, ils épaulèrent leurs fusils, prêt à tirer ! Les mutins voulaient me renvoyer au cachot. Je ne parlais pas beaucoup le lingala et j'essayais de m'expliquer. Pendant que je mettais des chaussures, maman vint essayer d'empêcher que je retourne au cachot. Jouant d'audace, je donnais ma carte d'identité au caporal je lui expliquais que j'étais étudiant et en vacances.

Après quelques palabres, ils tombèrent enfin d'accord pour que je reste à la maison jusqu'au lendemain.Toute la nuit des mutins violèrent régulièrement les épouses des militaires belges, et des brutalités.Le troisième jour, un accord était enfin trouvé par le premier Ministre, papa et ses compagnons étaient libérés et revenaient auprès de leurs familles. Papa nous annonça que nous étions évacués sur Léopoldville, nous avions ½ heure pour rejoindre les bus pour l'évacuation. Dans l'après-midi, la colonne de réfugiés démarraient enfin. Nous étions une bonne trentaine dans le bus. Il y a des blessés, et personne ne parlaient. Le long de la route (Inkisi, Kasangulu etc...) la populace nous insultait, nous menaçait et nous jetait des pierres. Dans le banlieue de Léopoldville, la colonne s'est arrêtée et un soldat monta dans notre bus, il nous menaça de son arme. Nous nous dirigions vers le camp Léopold II, et à l'entrée, je remarquais que les parachutistes belges avaient pris position.

Après un cours instant de discussion entre les responsables de l’Armée Nationale Congolaise et le président Kasavubu, il était décidé de nous envoyer à l’aéroport international de N’Djili pour un retour au pays, la nuit était tombée. Dans Léopoldville les parachutistes belges escortaient notre colonne. Sur le boulevard Albert I, des mutins tirèrent sur la colonne, et les para répliquèrent à la mitrailleuse. Nous sommes sortis en courant des bus pour nous réfugier dans les immeubles situés le long du boulevard. En montant les escaliers j' aperçus une jeune dame seule qui était en difficulté, je retournais sur mes pas pour l'aider à grimper les escaliers.

Les habitants des appartements nous abritèrent le temps de la courte bataille.Après dix minutes, les para-commandos nous ordonnèrent de remonter dans les bus et nous repartions vers à l’aéroport international de la N’Djili.

Là, nous recevions enfin un peu de nourriture et à boire. Papa alla aux nouvelles, et après quelques temps il nous annonça notre retour en Belgique, Vers 4 heures du matin le Boeing 707 de la Sabena, surchargé, décolla enfin vers Bruxelles.

Certains d'entre nous étaient toujours en tenue militaire, d'autre en short et en chemisette. Nous ferons une escale technique dans une base militaire US à Tripoli (Libye). Il nous a été interdit de sortir de l'appareil.

Dans l'après midi nous nous posions enfin à Zaventem. Nous étions hagards, épuisés, nous avons été accueillis par des bénévoles de la croix rouge, et après de longues formalités, nous retrouvions notre famille. Pas d'aide financière, pas de psychologue, rien! Un frère de maman et notre grand-mère étaient venus nous rechercher. Une heure et demie après nous étions à Nismes (petit village près de Couvin).Nous retrouvions le reste de la famille, et nous recevions à manger et des vêtements car nous n'avions plus rien !! Le lendemain nous aurons la visite de notre médecin qui nous donnera des vêtements.

Jean-Marie Nicolas