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© Témoignage de Marie Henriette Noterdaeme © N° 004

J'ai vécu durant la colonie belge au Congo.

 

Il est des lieux où il est facile de laisser gambader sa fantaisie, d’autres qui invitent au recueillement dans le souvenir de tous ceux qui y ont passé des moments de vie. Il est des villes entre ciel et terre qui ont le pouvoir du rêve et qui font rêver.

Il est des villes où tout est signe, et des villes repliées sur elles-mêmes, îlots isolés. Des villes construites là, Dieu seul sait pour quelle raison.

Et puis il est des lieux, sans nulle attache avec le monde, qui se trouvent là comme le hasard sur le chemin d'une vie. C'est là que je suis née, c'est le pays de mon enfance où chaque saison s'éclaire pareille à l'autre.

La technologie, malgré ses détracteurs dont je suis, et bien paradoxalement, permet une introspection. Les satellites de l’espace, même plus de science-fiction, m’offrent un plongeon vertigineux dans le passé. Il m’est revenu comme une claque en pleine figure quand, après des divagations sur le site de la terre, j’ai pointé le curseur sur la région où j'ai passé des années d'insouciance. Tout y était, les maisons, les rues et artères, l’école, le centre, la cathédrale. Je me suis cognée à tout un pan de ma vie. Tellement d’années après, cette petite ville qui avait continué à vivre sans moi était restée si réelle, malgré l'écran interposé, que j’y retrouvais jusqu’à mes premiers gestes de l’apprentissage de l’écriture, les jambages et les hampes écrits sur l’ardoise grise, le parfum des fruits jaune doré dans lesquels on mordait à pleine bouche à s’en mettre partout en éclatant de rire, le scintillement des fleurs en plein soleil, le poli des meubles cirés et la barza ouverte sur la chaleur, les soirées pleines de mystères, les nuits noires noyées de cri-cri et de feulements, les pluies d’insectes parasites que les indigènes s'empressaient de ramasser comme une manne céleste, et même le goût de l’hostie diaphane de ma première communion.

Là, je revois la piste d’envol des coucous qui, après un long voyage, nous déposaient sur le tarmac brûlant sans aucun égard pour les écarts de température subits. Je reconnais moins la route qui avec le temps a été asphaltée, et l’autre qui s’est dégradée, laissant apparaître une énorme tache sombre dans le rouge de la terre de mon enfance, cuivrée par toutes ses richesses. Est-ce dans ce mince filet bleu vert au beau milieu d’une touffe d’arbres que nous allions nous baigner ?

Où se trouve le vécu ? Où se trouvent les souvenirs tapis dans ma mémoire ? Où se trouve ce qui m’a été raconté et qui est resté accroché en bribes vivaces dans ce petit coin de ma tête de gosse? D’où viennent les bruits qui émergent de ce monde en surbrillance ?

Fascinée. Je suis fascinée par ces retrouvailles impromptues. Je suis retournée dans ces contrées virtuelles, fouillant en cercles concentriques, toujours plus près, aspirée par le temps qui revisite tous ces lieux du passé, attirée par une gravitation quasi universelle, cherchant dans cette fresque les flashes multicolores, discrets, chuchotés ou éclatants. Autant de moments de vie restitués…

Là-bas, je n’ai plus aucun lien, plus que des souvenirs qui ont la couleur des farandoles et des princes qui vivent heureux et amoureux jusqu’à la fin de leur vie. Il ne me reste plus que des mots, ceux que l’on connaît à ces âges-là, - école, image et chocolat -, l’odeur du crayon et de la touche taillée sur la pierre, le goût fade toujours recommencé de la plume trempée dans le petit encrier de porcelaine blanche, - lettres épelées, plume trempée, mots qui crissent sur le papier à grands carreaux -, et celui du berlingot de lait, - petite maison jouet pour les coups de cafard de 10h.

Là-bas, les rues s'étalent et les maisons basses se cachent derrière des rideaux de bougainvillées aux fleurs en papier-bible. Là, les automnes ne sont pas roux, décembre n’a jamais connu de Noël blanc et le ciel partage les hauteurs avec le soleil tout-puissant.

La petite fille que j’étais se souvient si bien des bruits et des silences des grandes personnes, de leurs rires sans raison apparente - vexante incompréhension -, des caresses dans des boucles blondes, des journées sans contrainte et des nuits de peurs quand rien n’est là pour limiter le trou noir et le vide.

Il m’a fallu bien longtemps pour perdre l'insouciance de ces années-là et découvrir qu’ailleurs le ciel est bien plus bas et les maisons plus hautes.

Combien de temps faut-il vivre avant de comprendre qu’on ne possède rien de tel que tous ses souvenirs ?

Monde à part, vivant, d'autant plus vivant quand il refait surface et qu'il permet de revoir ce qui est enfoui, là, tout au fond, au plus profond de soi... Long chemin.

Je ne me vois pas retourner vers mon lieu de naissance, pour autant qu’il existe encore. Pas plus vers ces lieux où j’ai grandi. Mais les revoir dans ma mémoire avec le recul du temps me fait vivre des moments de grande émotion.

Marie-Henriette Noterdaeme ©

 

Titre : CHEMIN D'ENFANCE

Commentaire: «Combien de temps faut-il pour comprendre qu'on ne possède rien de tel que ses souvenirs? Ce chemin de mon enfance, de 1951 à 1959, reste enfoui au plus profond de moi...»