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Témoignage de Michel Primtan©

« J’ai dû fuir le Congo en 1960 »

N° 011

Michel Primtan  - juillet 2010  « J’ai dû fuir le Congo en 1960 » relation – extrait de : « Il était une fois le Congo. »

congo 1960 image foto sans titre

 

 

 

Un arbre africain dédouble son tronc lisse, formant une fourche surmontée de feuilles tendres. Un autre lui tient compagnie. Cela fait donc deux arbres. Comme pour les photos bien composées, cet avant plan contrasté sert de faire-valoir au paysage dont il accentue le relief et la perspective. Le soleil couchant, partiellement occulté par des bourgeonnements orageux sombres et tumultueux, jette ses lueurs rouges sur le fleuve dont les eaux troubles s’accumulent à l’entrée des rapides. C’est « La Raquette », un lieu-dit remarquable des quartiers ouest de Léopoldville. Cette appellation provient de la forme que prend le fleuve à cet endroit. Après s’être resserré entre les rives française et belge, il s’élargit soudain avant de se refermer pour s’échapper bouillonnant et furieux dans des rapides impressionnants jusqu’à Matadi. Le resserrement fait penser au manche d’une raquette ; l’élargissement à son tamis. C’est un quartier résidentiel, arboré, calme et paisible. Des allées ombragées se terminent à cet endroit, en cul de sac, par une petite placette qui domine le fleuve.

Mamy fera sa peinture d’après cette photo…

Michel Primtan - juillet 2010 – participation au concours de photo

LA RAQUETTE LEOPOLDVILLE …/…

J’étais habitué aux excès d’expression dramatique de mon père à tous propos.  Il me faisait penser à une sorte de Fernandel, forçant le trait à dessein, pour nous captiver, nous émerveiller ou nous faire peur.  Lorsque ses exagérations s’aventuraient dans des domaines plus proches de la réalité que du théâtre, la séduction cessait d’opérer sa magie et les excès de mon père m’agaçaient.  Je devenais méfiant, n’accordais qu’un crédit limité ou pas de crédit du tout à ses démonstrations assommantes. Il n’était pas toujours facile de faire la part des choses.  Mais cette fois cela paraissait plus sérieux.  Mon père avait le visage fermé des mauvais jours.  La dramatisation de ses attitudes prenait un tour étrangement mesuré.  Il parlait peu, ne développait pas son discours, ne semblait jouer la comédie qu’à moitié.  Je ne croyais donc qu’à moitié à ce qu’il nous disait : l’évacuation de Léopoldville se préparait !  Il était chargé de l’organiser.  Sur le port, les bateaux de l’OTRACO, bourrés de vivres, ne coupaient plus leurs moteurs et attendaient…

Les journées de travail de mon père s’étaient allongées et le soir, avant de se coucher, il introduisait dans la prise de courant, un petit appareil qui, sur impulsion, pouvait le prévenir en pleine nuit d’une urgence.  Il devrait alors téléphoner aussitôt pour prendre des instructions ou les donner, s’inscrire dans un processus de décisions et en prendre lui-même.

Je ne pensais pas que cela arriverait.  Pas comme ça, pas en pleine nuit.  Je ne percevais le drame qui se préparait que comme une dramatisation plus large que celle à laquelle mon père m’avait habitué.  Il y avait seulement d’autres acteurs, d’autres Fernandel, et mon père avait son rôle, tout naturellement.  Non, on n’évacue pas comme ça une ville, on ne brise pas comme ça des milliers de vies en une soirée, c’est impossible, tout s’arrangera, les adultes exagèrent l’importance des choses comme ils exagèrent toujours leur propre importance.  Et quand mon père nous dit, en début de soirée, qu’il fallait préparer une valise pour toute la famille, une seule valise ou deux peut-être, qu’il fallait trier sévèrement ce que nous pourrions emporter, j’ai cru à une mauvaise blague, un excès de précaution formant décor à la tragi-comédie qui se jouait depuis l’indépendance.  J’espérais que ce fut le dernier épisode d’une grande peur injustifiée et qu’après ce paroxysme la psychose cesserait, retomberait comme un soufflé, et que tout rentrerait dans l’ordre.  J’assistai donc dubitatif à la préparation de la valise.  Je n’apportai qu’à contrecœur ma contribution, « sauvant » de ma pauvre vie ce qui pouvait me paraître le plus essentiel dans l’instant, improvisant à mon corps défendant, sur ce théâtre, un rôle dont je ne voulais pas.  Toutes les lumières de l’appartement du Royal étaient allumées, ce qui n’arrivait jamais.  C’était Versailles.  En plus de la valise, on préparait aussi des fûts qui pourraient peut-être suivre notre exode, ultérieurement… Ces préparatifs de déménagement, en pleine nuit, sous les projecteurs, comme s’il s’agissait d’une première ou d’une fête m’apparaissaient complètement surréalistes.  J’avais hâte que cela se termine, qu’on éteigne enfin les grands lustres et qu’on me dise que je pouvais aller me coucher… Mais la terrible information ne tarda pas à nous parvenir : l’ordre d’évacuer la ville avait été donné.  Il fallait rejoindre au plus vite les bateaux !

Juillet 1960

Sonné comme si j’avais été mis chaos, je montai dans la voiture qui nous emmènerait au port, le « Beach ».  Je ne portais sur moi que mes vêtements du jour et n’avais rien dans les mains.  Une petite fille aurait serré contre elle sa poupée, un petit garçon son nounours.  Moi je n’avais rien d’autre que mes seize ans.  Plus besoin de chapeau de Ranger !  Un silence de mort s’installait dans ma tête et dans ma vie. Je commençais à comprendre qu’il ne s’agissait pas d’une mauvaise comédie et que ce basculement rapide du rêve vers le cauchemar avait un nom : la réalité.  Le nouvel état indépendant du Congo serait en faillite avant d’avoir existé.  Une sorte de bombe nucléaire extatique allait exploser, balayant d’un souffle invisible toute civilisation, détruisant en un instant des dizaines d’années de progrès, réduisant en poussière tout ce qui pouvait avoir la prétention d’exister et de tenir debout face à la puissance ténébreuse, fascinante et violente de l’Afrique.  Le désordre et l’insécurité s’installeraient, ne nous permettant plus de rester sans crainte et sans risque.  Il fallait pour l’heure prendre la précaution élémentaire de sauver nos vies.   Je ressentais bien le caractère inéluctable, irréversible de la décision qui venait d’être prise. * En plein midi, les immenses quais en béton du port de Léopoldville, que l’ombre clairsemée et verticale des grues ne protège pas des ardeurs du soleil, entretiennent une fournaise infernale.  Le casque colonial s’impose si l’on ne veut pas tomber comme des mouches.  Mais cette nuit, tout est différent.  La chaleur accumulée le jour diffuse une tiédeur agréable que la fraîcheur relative du fleuve accentue.  Il est inhabituel pour moi de me trouver en pleine nuit dans un tel lieu.  Les bateaux brillent de mille feux.  J’ai quitté un appartement illuminé pour débarquer sur un quai éclaboussé de lumière.  Il y a beaucoup de monde, des femmes, des enfants qui attendent et embarquent.  C’est une fête, une sinistre fête qui a toutes les allures d’un départ en vacances.  L’aventure serait presque séduisante si elle n’était si tragique.  Comme la douceur des choses, le lustre et le brillant dissimulent bien les drames qui se nouent !  Me voici à bord. On s’entasse.  Les moteurs tournent.  Une certaine anxiété me gagne.  Les allures de fête s’estompent.  En quelques heures, je suis passé de l’étonnement à la consternation, puis à l’interrogation et maintenant à l’inquiétude.  L’éblouissement fugace de ce départ en exil qui ressemble à un départ en voyage n’a fait que traverser mon esprit.  Je me suis vu embarquant pour une croisière sur le fleuve Congo, vers les territoires du nord et de l’est, les forêts, les villages de pygmées, les savanes dédiées aux grands animaux… A la vue de ces bateaux illuminés, j’ai regretté de n’avoir pas accepté l’invitation qui m’avait été faite quelques mois plus tôt et d’avoir raté cette aventure, stupidement.  Je comprends maintenant que cela ne reviendra pas.  Je comprendrai plus tard, d’une façon générale, que la vie ne repasse pas les plats.  Le Congo, c’est fini, pour toujours. Les moteurs soudain vrombissent à plein régime, faisant vibrer les tôles sous nos pieds.  Des cordes sont jetées avec force, le quai s’écarte, glisse et s’éloigne.  A plein régime, face au courant, le bateau se dirige résolument vers l’amont.  Je connais la manœuvre.  Au milieu du fleuve la trajectoire s’infléchira, suivant une dérive oblique jusqu’à Brazzaville sur l’autre rive.   En dépit de l’air qui devient vif, le manque de sommeil se fait ressentir.  Je baille et ne sais si les larmes qui inondent mes yeux à ce moment ne sont dues qu’à cette fatigue… Isolé sur cet esquif, je réalise soudain que notre famille s’est disloquée.   Mon père est resté à terre avec Paul qui l’aidera dans sa mission.  Ils s’éloignent de nous avec cette rive que la nuit engloutit.  Mamy ne dit rien, Aude ne dit rien, Denis dort peut-être.  Je suis comme eux, muet, plongé dans mes pensées, acceptant néanmoins les sensations que la vie apporte et la nouveauté de la situation.  Mon attitude à cet instant n’est pas dénuée d’une certaine curiosité.  Je sais qu’on nous rapatriera en Belgique.  Ce seront peut-être des vacances agréables, en attendant de revenir… * Brazzaville la nuit n’a rien de Las Vegas.  Nous accostons je ne sais où, dans une obscurité presque totale et grimpons aussitôt dans des camions très ordinaires qui n’ont rien d’autre à offrir que leur benne poussiéreuse.  Ils se mettent en route sans attendre.  Les chaos, l’air frais presque froid qui me balaye, contribuent à l’impression de grande vitesse, aux sentiments d’enlèvement et d’arrachement qui me gagnent.  Des épisodes de « Bob Morane » me reviennent en mémoire.  Cette fois je les vis.  C’est de mon aventure personnelle qu’il s’agit.  J’avoue ressentir, brièvement sans doute, quelque chose de grisant.  Mais lorsque le camion s’arrête et qu’il nous faut sauter à terre, la réalité reprend ses droits.  Des  groupes silencieux se forment.  Ils ressemblent davantage à une foule d’égarés qu’à des touristes joyeux.  Je commence à percevoir l’organisation car on nous parle, ce qui n’était pas arrivé jusqu’à présent, l’embarquement sur le bateau s’étant fait dans le plus grand silence.  Chacun semblait connaître parfaitement son rôle, les matelots attentifs et nonchalants, le peuple des exilés résignés, moi et les autres… L’accueil est chaleureux, humain.  On nous explique le déroulement des choses.  Nous serons hébergés dans une école en attendant notre rapatriement vers la Belgique.  Il faudra être patients car un avion ne décollera pas toutes les heures.  Les autorités de Brazzaville feront tout ce qui est en leur pouvoir pour nous aider.  Nous prenons rapidement possession de nos nouveaux locaux.  Chaque classe a été transformée en dortoir où des lits de camp s’alignent de manière toute militaire.   Il y a aussi des lits de camp dans les corridors extérieurs, le long du mur.  J’occuperai l’un d’eux au premier étage.   Pas de problème de frissons, on est en Afrique.

REFUGIE

Le jour se lève sur une nouvelle vie, un nouvel univers, celui d’un « camp de réfugiés ».   Curieuse impression pour un gamin de voir une école détournée de sa destination habituelle et familière.  Le grand bâtiment, tout en longueur, ressemble à ceux du collège Albert mais ce n’est pas un vaste campus.  En bas, la cour toute en longueur elle aussi, n’est pas immensément large.  Des arbres, assez nombreux, apportent heureusement beaucoup d’ombre. D’abord, je tourne un peu en rond autour de mon lit de camp, ne sachant que faire.  Je pénètre dans la classe où Mamy, Aude et Denis se tiennent.  J’en ressors, j’y reviens, je me penche à la balustrade observant la cour vide, puis la cour arpentée par quelques curieux.  Comment faire sa toilette ?  Cela se fera sans doute mais je ne me souviens plus des conditions.  Les nouvelles vont vite entre les réfugiés qui se mettent à entretenir un « bouche à oreille » permanent.  Il faut aller au bout de la cour pour déjeuner, je devrais dire « petit-déjeuner », nous sommes en « France ».  Je descends et me dirige vers un groupe de personnes alignées.  Le monde afflue progressivement.  En faisant la queue pour obtenir un bol de café et une miche de pain, je ressens pour la première fois ma condition de réfugié.  Comme nous sommes pris en charge par des militaires, j’ai aussi la curieuse impression de faire mon service.  Une grande marmite métallique débite un café noir et chaud. Cela fait du bien.  Je me rue avec voracité sur un morceau de baguette, de « pain français », tellement meilleur que nos tartines belges.  Les émotions ça creuse, c’est bien connu.  Le déjeuner passé, je me retrouve désœuvré.  Que faire, où aller, à qui parler ?  L’ennui, le terrible ennui de l’emprisonnement me tombe dessus instantanément.  On demande des volontaires pour servir les repas.  Par chance, je ne suis pas trop éloigné des organisateurs à ce moment là et j’entends l’appel.  Je me rue sur l’occasion, me porte aussitôt volontaire. C’est d’accord.  Je suis content d’avoir quelque chose à faire, de m’être trouvé un rôle utile.  Le midi et le soir, je parcourrai l’école et les classes avec les équipes préposées à la distribution des repas.  Les gens restent sur place, assis sur les lits de camps et tendent leur assiette.  Je pique un morceau de viande et le dépose, puis un autre et ainsi de suite.  Quelques chochottes font les difficiles, réclament un morceau saignant ou à point ou bien cuit !  Je découvre combien la nature humaine peut rester capricieuse, même lorsque les circonstances sont difficiles et qu’il faudrait prendre sur soi, se taire, s’estimer heureux d’avoir à manger et si bien.  Or il est étonnant de constater à quel point les organisateurs prennent en considération les réfugiés et les ménagent.  La nourriture est vraiment d’une qualité exceptionnelle compte tenu des circonstances.  Je savais les adultes étranges, parfois incohérents, autoritaires.  Je réalise qu’ils peuvent aussi se montrer puérils.   Entre les repas je m’ennuie et tourne en rond dans la cour.  J’observe les « nouveaux » qui arrivent, l’air désappointé.  Et ce riche, peu discret, qui débarque avec sa Cadillac décapotable.  Il la fait déraper dans un nuage de poussière pour se garer.  De mauvais regards se portent sur lui.  Des commentaires acerbes me viennent aux oreilles.  Aucune des personnes présentes n’a pu sauver plus qu’une valise et cet énergumène vient narguer des centaines de réfugiés avec cette grosse voiture rutilante que seul un passe droit a permis de faire traverser le fleuve.  Bien sûr chacun essayera de rapatrier le plus de biens possible, ultérieurement.  Les fûts que nous avons préparés prendront le bateau pour la Belgique et mon père réussira à ramener les deux voitures, la Mercedes 190 SL grenat et la Morris de Mamy.  Mon beau vélo rouge, ma Cadillac à moi, sera perdu.  Je me détourne du spectacle indécent de la voiture et de l’attroupement que son arrivée provoque.  Une fille jeune, mince, jolie, me croise à quelque distance.  Elle plante dans mes yeux son regard appuyé.  Je ressens comme un coup de poignard dans la poitrine.  Mon cœur se met à battre.  Je l’avais déjà aperçue, je lui avais même servi à manger.  J’aimerais lui parler.  A quoi bon ?  Nos chemins se sépareront bientôt et il faudra souffrir de la perte de sentiments éphé- mères avec le regret d’avoir peut-être raté quelque chose.  Elle me croisera encore les jours prochains.  Nos yeux se mélangeront sans un mot.  Je ressentirai à nouveau la douleur dans la poitrine et l’accélération des battements de mon cœur, puis une autre douleur, au creux de l’estomac, à cause du regret de n’avoir pas osé au moins lui parler, à cause de cette idée de la perte précoce de ce que je n’avais pas même  su gagner… Les jours passent, monotones, désespérément longs.  Des avions décollent mais nous ne sommes pas du voyage.  Enfin le notre est annoncé.   Ce sera un Super DC 7 de la Sabena. … /…

Voici le lien vers le livre de l'auteur