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WS2012-002

© Mon enfance au Congo belge : mythe ou réalité ?

Par Robert David

Le décor.

C’est en janvier 1953 qu’accompagné de mes parents et de mon grand frère, je fis le grand saut vers le Congo Belge. Mes parents avaient pour coutume de s’y rendre en bateau et d’y revenir en avion. Me voici donc, à l’âge de six mois, projeté vers ce grand et beau continent. Le trajet se faisait à bord d’un « ville-boat », en l’occurrence, le Gouverneur Galopin, via les îles Canaries et Lobito (Angola portugais). Ensuite, embarquement dans le train blanc de Matadi jusqu’à Léopoldville, puis remontée du fleuve Congo de Léo jusqu’ à Stanleyville. Et pour terminer ce périple de près d’un mois, le dernier tronçon s’effectuait sur route, à bord d’un taxi-brousse, jusqu’à notre destination finale, Gombari, dans le nord-est du pays, en Province Orientale, région du Haut-Uele, district de Kibali-Ituri, territoire de Watsa.

WATSA.

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Mon père officiait au Congo belge en tant que sous-officier à la Force Publique (en abrégé, FP = armée coloniale), avec le grade d’Adjudant. Il était affecté à la 3ème Cie Gn (compagnie de génie). Son travail consistait à conduire les chantiers de construction des nouveaux camps militaires de Watsa et de Gombari (plus à l’ouest, en direction de Paulis). A Watsa, notre première maison était faite en m’baka (bambou) avec toit de paille. La baignoire était cependant en dur, car construite en béton, comme le socle de la maison. Il n’y avait bien sûr ni électricité, ni eau courante. On s’éclairait à l’aide de lampes Colmax, ou de lampes à pétrole, voire même, à la lueur d’une bougie.

Watsa était un poste important, car il abritait le siège des mines d’or de Kilo-Moto ainsi qu’une garnison,  le 6ème Bn Inf (bataillon d’infanterie), un hôpital, une école avec internat, des magasins, garages, hôtels, etc. La population blanche se composait de +/- 200 personnes.

Si j’ai assez peu de souvenirs du premier terme, vu mon bas âge, ceux-ci se concrétisèrent davantage lors du second terme, de 1957 à 1959.

GOMBARI.

6Nous étions alors dans le nouveau camp militaire de Gombari, qui regroupait le 3ème  Esc Recce (escadron de reconnaissance), la 3ème Cie Gn et  l’Ecole Chauffeurs. Le cadre blanc comprenait 6 officiers et 6 sous-officiers, installés avec leur famille. Les gradés et soldats congolais étaient au nombre de 300. Autant dire que les européens n’étaient pas en force. En les rassemblant tous dans un rayon de 20 Km, nous avions peine à en regrouper une quarantaine, enfants compris.

Quelques colons (agronomes, éleveurs), une mission catholique (Ingi), une mission protestante américaine et une plaine d’aviation de fortune se trouvaient éparpillés dans la forêt, non loin de Gombari.
Nous étions d’ailleurs tellement peu d’européens qu’il n’existait pas d’école pour nous. Nos mamans jouaient le rôle d’institutrices. Des cours par correspondance nous étaient prodigués et une fois par semaine, certaines mamans se réunissaient afin de faire le point. Ma maman a suivi mon frère jusqu’en 4ème primaire et moi-même jusqu’en 2ème. Certains enfants étaient placés à l’internat de Watsa, d’autres ont fréquenté l’école primaire pour congolais de Gombari. Mais ce n’était pas bien vu, car l’enseignement s’y donnait en lingala, langue officielle et véhiculaire parlée dans toutes les garnisons de la FP, les élèves congolais y apprenant les rudiments du français. Gombari était un ancien poste, puisqu’il s’y trouvait un cimetière de pionniers. Le poste était situé sur un plateau, au croisement des rivières Bomokandi, Akedi et Lowa. Venant de Watsa, on y passait devant quelques magasins tenus par des grecs et/ou des portugais. Une pompe à essence manuelle y était installée. Passé ce quartier que l’on nommera pompeusement « commercial », il fallait enjamber le long pont  « Bellay » (pont en métal entièrement modulable) qui enjambait la Bomokandi

 Photo : Notre dernière maison à Gombari.

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Ensuite, on arrivait dans ce que je nommerai le « quartier administratif », où se trouvaient la maison de l’agent territorial, le bureau de poste, l’hôtel de police avec ses cachots, une place où se tenait le marché hebdomadaire, ensuite, nous passions devant le dispensaire, un peu caché par la luxuriante végétation. Un peu plus loin se trouvait une bifurcation en forme d’Y : à droite, direction Paulis (+/- 130 Km) et Stanleyville (+/- 650 Km), tout droit, direction le camp militaire. Après avoir passé le pont de l’Akedi, nous arrivions aux premières maisons du camp, de belles villas aux couleurs pastelles. La première en vue étant de teinte rouge. Elle était occupée par le commandant de camp. Une longue avenue de manguiers dont les fûts étaient chaulés, conduisait tout droit vers le corps de garde, tout en laissant sur notre droite le hangar de l’ « école chauffeurs » et le parc à véhicules. Derrière ce dernier trônait l’impressionnante piste d’obstacles.  De part et d’autre de cette grande avenue se trouvaient, épars, la dizaine d’autres bungalows pour cadres européens ainsi que le mess, un ou deux gîtes d’étape et les terrains de tennis. Passé le corps de garde se trouvaient, d’une part, à main gauche, les bâtiments de fonction tels que les ateliers, bureaux, salles de cours, réfectoire, chambrées, casernement, dépôt d’arme, d’autre part, à main droite, les pavillons occupés par les gradés et soldats congolais mariés. L’arrière du camp était occupé par le champ de tir et les vestiges de l’ancien camp, bâti en matériaux légers non durables. Tout ce village militaire ne ressemblait en rien à une caserne, tant les bâtiments étaient éloignés les uns des autres. Aucune clôture ne fermait les parcelles, ni même celles à usage purement militaires. De surcroît, la beauté de l’architecture et des couleurs dont les bâtiments étaient dotés donnait à l’ensemble plus l’allure d’un camp de vacances que celle d’un camp militaire.

Elucubrations d’un fils de « bula matari » (surnom donné à Stanley = casseur de pierres).

Maintenant que le décor est planté, voici les impressions d’un fils de colonial. La rencontre avec le Congo est d’abord olfactive, tant la chaleur aide les odeurs - bonnes ou mauvaises -  à se développer. Les végétaux y exhalent des parfums tantôt enivrants, tantôt vénéneux. Quant aux carcasses des animaux en décomposition, leur odeur nauséabonde se fait sentir dans un rayon de 100 M. Que dire par contre de cette douce odeur d’iode enveloppée d’air frais qui annonce l’arrivée imminente d’un orage ou d’une tornade ?  Et celle, rassurante, de la terre mouillée, quand la pluie à cessé de tomber. Ne parlons pas des odeurs de tambouille, comme celle, désagréable, du manioc mis à rouir, qui développe une odeur fétide et désagréable (Crocodile Dundee dirait : une odeur de chiottes). Que dire de l’odeur des hommes et des femmes, blancs ou noirs, le plus souvent habillés « léger » et en transpiration, à l’heure où le déodorant ne faisait qu’une pâle apparition ? Les coloniaux avaient, le plus souvent, l’aisselle surette, le capitula collant et le pied fumant !

La surdimension.

Dans ce pays, on vit tout dans une autre dimension. Ce phénomène est probablement lié à l’espace-temps. Le pays lui-même est démesuré : les distances entre les villes et bourgades sont énormes, si bien qu’on les estime en  jours. Il faut deux jours, en saison sèche pour se rendre de Gombari à Stan (+/- 650 Km), trois à quatre en saison des pluies, à condition que tous les ponts soient toujours en place.

La flore.

La végétation occupe une place très importante ; elle est partout et gagne en hauteur, en largeur et en profondeur avec luxuriance. En certains endroits, elle s’avère impénétrable et mystérieuse sur des centaines de Km. Je pense notamment à la forêt de l’Ituri, que nous traversions à chaque navette entre Gombari et Watsa. Les cours d’eau offraient une grande majesté : impétueux et fougueux à la saison des pluies, calmes et sereins en saison sèche, quand ils n’étaient pas simplement taris. Et lorsque les rivières sortaient de leur lit, elles offraient un spectacle encore plus grandiose de création du monde. Ces immenses étendues d’eau faisaient la joie de tous les animaux, glabres, à poils et à plumes.

La faune.

10Les animaux donnaient également le spectacle de la démesure, soit par leurs proportions colossales (éléphants, hippopotames, rhinocéros, girafes, buffles, etc.), soit par leur multitude (les insectes). Il était impossible de vivre en brousse, sans avoir jamais été gêné par les plus envahisseurs d’entre eux : les insectes. Pensons aux termites qui dévoraient tout ce qui était fait de bois dans et autour de la maison et qui façonnaient de beaux « terrils » de couleur rouge, pouvant atteindre 3-4 M de hauteur. Mon frère et moi nous en amusions, avec une barre à mine, ou à mains nues. Mais lorsque les termites vous attaquaient, « aï, aï, bonjour les dégâts », il fallait alors aller rechercher la tête des sacrifiées sous votre peau. IDEM pour les fourmis rouges, qui formaient de longues colonnes de plusieurs Km, et au travers desquelles il ne faisait pas bon s’aventurer. Le passage de la même colonne au même endroit pouvait durer plusieurs jours. Il m’est arrivé de faire pipi dessus. Lorsqu’elles m’ont grimpé dessus, j’ai hurlé, et Jean, mon gentil boy, est venu me sauver, ouf !
Les mouches maçonnes n’étaient pas en reste. De la taille d’une grosse guêpe, elles construisaient des nids de terre (un peu comme les hirondelles) de préférence en haut des tentures. Mon père, qui revenait du travail en jeep a été piqué près de l’œil par l’une d’entre elles. Il est resté alité près d’une semaine afin de soigner son empoisonnement de sang.
Les mouches, nombreuses et de toutes tailles, se mettaient un peu partout, de préférence sur les aliments tandis que les moustiquaires et ciels de lits nous protégeaient contre les assauts des moustiques porteurs de la malaria.
Les reptiles, souvent insidieux et imprévisibles pullulaient. On en croisait souvent. D’ailleurs, mon frère et moi allions à leur chasse, munis de grands bâtons. Nous leur cassions la nuque, sans trop se demander si l’animal était venimeux. A nos âges et à cette époque, on ne faisait pas dans le détail : serpent = ennemi. Un jour, mon frère s’en est ramassé un sur les épaules au moment de son passage en-dessous d’un arbre. Je ne vous dis pas la frayeur ! Maman a dû faire enlever par un boy le serpent qui trônait derrière le divan d’une voisine. Que faisait-il là ? Un officier en a trouvé un dans sa baignoire au moment du bain. Sympa l’animal, non ?

Par contre, je trouvais cela amusant que les petites grenouilles vertes viennent se ventouser sur les vitres de la maison en saison des pluies. C’était un jeu d’essayer de les attraper, voire même de les décoller des vitres. Elles étaient inoffensives, contrairement à certains crapauds, réputés venimeux. Un jour, nous avons découvert un crapaud-buffle dans la pelouse. Il était affreux, tout verruqueux et devait bien peser un Kg. Nous l’avons tout simplement étripé. Délit de sale gueule !
Les lézards nous amusaient également. Ils mesuraient 10-15 Cm et grimpaient sur nos murs couverts de crépis. En les touchant, ils abandonnaient leur queue. Un système d’autodéfense qui leur est propre.

Le romantisme colonial : mélange subtil d'exotisme, de mystère, d'aventure et de bien-être.

12En ce temps-là, le réveil se faisait au son du clairon ou de la trompette. C’était gai d’entendre ce son dans la brume du matin ; l’air était mélodieux et cela mettait de bonne humeur. Papa était déjà levé depuis bien longtemps. Sous les tropiques, les journées commencent tôt. La fraîcheur du matin est une invitation à se montrer ardent au travail. Jusque midi ! Puis, de 13 Hr à 14 Hr, sieste pour nous, les enfants. A ces heures-là, sous 2° 27 de latitude nord, le soleil est de plomb. Il ne fait pas bon mettre le nez dehors.  Mais papa reprenait le travail après le dîner. D’habitude, au second terme, une jeep avec chauffeur venait le reprendre. Au premier terme, j’ai le souvenir qu’il faisait ses allers et venues à vélo. Le soir, vers 18 Hr, le clairon donnait du côté du poste de police. Cela durait parfois un certain temps car il y avait de véritables virtuoses.

          Photo :   Papa revenant du travail à l’heure de midi.

Pour mon frère et moi, les journées se passaient studieusement, maman passant de l’un à l’autre pour faire réciter une leçon ou une déclamation, corriger un devoir, ou sonner l’heure de la récré. Je dois vous avouer que ce n’était pas trop ma tasse de thé, que je préférais m’échapper sur la « barza » (grande terrasse couverte) afin d’y jouer avec mes « dinky-toys » ou mes petits soldats. Tous les jeudis après-midis, nous rencontrions la famille Maréchal avec leurs trois enfants, soit chez eux, soit chez nous. En effet, nous suivions les mêmes cours par correspondance ; c’était donc l’occasion pour nos mères respectives de rapprocher leur méthode d’enseignement, et pour les enfants du même âge que nous étions de jouer et d’aller à l’aventure. Lorsque nous étions chez eux, nous la vivions  pleinement car leur papa exploitait une huilerie en plein milieu de la forêt. Il fallait d’ailleurs enjamber un pont branlant et pourri (car tout en bois) afin d’atteindre leur maison. Ensemble, avec leurs enfants, nous suivions les traces des hippopotames avec l’espoir d’en rencontrer. Et comme d’habitude, nous grimpions aux arbres. Chez nous, au camp, des plaines séparaient les habitations et constituaient de la sorte autant de terrains de chasse idéaux pour y surprendre serpents.

Le langage colonial.

Qu'on soit un "bwana godferdomme" ou un "bwana non'de djû", certains mots usuels étaient empruntés des dialectes locaux.
Il faut savoir que le "e" se prononce "é" comme "mundele" (homme blanc) et que le "u" se prononce "ou", comme Mobutu, Bukavu, Kundelungu, etc. 
On ne disait pas "passe-moi le café, le lait et le beurre", on disait "passe-moi le kawa, le milki et le mateka".
On ne mangeait pas des cacahuètes ou des pinda's, mais bien des "kalangas".
On chauffait les foyers, non pas avec du charbon de bois, mais bien avec des "makalas", sur lesquels il fallait souffler pour ranimer la flamme.
Les ennuis se to

utes sortes s'exprimaient en "matatas".¨Par contre, les hautes herbes en saison sèche avaient le titre de "matitis".
Quand on avait terminé nos devoirs, on devait ranger ses "bilokos", ou si vous préférez, ses affaires. En wallon, on dirait, ses "tlicotchas", en flamand, onze "brol".

Les termites que nous taquinions journellement étaient des "makakaros".

Les corbeaux devenaient des "Kombe-kombes". Les léopards mangeurs de poules étaient des "libobis".

Le pourboire devient le" matabiche" dans toutes les bouches des habitants du Congo.
Le panache d'une cérémonie devient le "lipumbu".

La longue lame de métal qui servait à couper l'herbe s'appelait le "kata-couper".

Les fûts de carburants ré-employés comme réserves d'eau s'appelaient des "touques".

Certaines bestioles comme les papillons avaient pour noms "bilulus". (IDEM pour les crottes de nez !!!)  :0))

Détentes et loisirs.

Les samedis après-midis étaient réservés à la détente entre voisins. Derrière notre maison se trouvaient deux courts de tennis, autour desquels papa avait fait installer par une équipe de soldats du génie, un grand bac à sable, un carrousel en bois peint et des balançoires en tuyaux galvanisés peints. Après les fortes chaleurs, tous les européens s’y réunissaient pour le tournoi de tennis hebdomadaire. Ensuite, rendez-vous au mess pour le verre de l’amitié. Nous retournions chez nous sur le coup de 17 Hr afin de prendre un bon bain et de se faire beau pour la soirée. Celle-ci était consacrée soit au cinéma, soit à une partie de cartes (boroko) ou de monopoly entre amis. Il y avait, toutes les deux semaines, alternativement, une projection de films à l’intérieur du mess ou en plein air à la cantine du camp. Ces soirées étaient épiques et festives, car, n’ayant pas de famille, c’était là l’occasion de se retrouver, une fois de plus, entre amis et de se serrer les coudes.
Tous les dimanches matins, maman nous servait du chocolat chaud avec des toasts. Puis, papa nous construisait un mobile avec le jeu de Mecano. Le midi, nous recevions souvent à dîner. Et l’après-midi était consacrée aux excursions, dont les plus courantes étaient l’ascension du mont Gaduma ou la visite des rapides de l’Akedi. Il nous arrivait aussi de partir pour deux ou trois jours à Watsa et d’y loger à l’hôtel ou chez des amis.

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Nous avons eu l’occasion de voyager plus loin dans la province et d’y visiter le Parc de la Garamba, situé tout dans le nord, près du Soudan, à Gangala na Bodio, où se trouvait une station de domestication de l’éléphant. L’occasion nous a donc été donnée de voir défiler les pachydermes et d’assister à leur bain en rivière, aidés par leur cornac. C’était aussi le domaine du rhinocéros blanc, du buffle, du zèbre, de l'okapi et de la girafe. Nous avons visité les vestiges d’anciennes fortifications, à Aru, derniers témoins de l’occupation arabe, que la FP a combattue sous le règne du roi Léopold II. Ensuite, nous avons repris  la route en direction du Kivu, vers  Beni et Butembo. Là, nous avons visité des grottes, la fameuse cascade de Vénus et le village de Pygmées. Arrêt à l’auberge du mont Hoyo à Beni, puis retour à Gombari. Ce fut une expérience inoubliable qui dura une quinzaine de jours et qui nous a ouvert les yeux sur les richesses touristiques du Congo belge.

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Le mariage raté.

20A l’époque coloniale, Blancs et Noirs ne se mélangeaient qu’en de rares occasions. Une sorte d’apartheid implicite  y régnait. Il n’était pas bien vu qu’un blanc serre la main à un noir ou qu’il le fasse entrer chez lui. Le mélange racial n’était pas encouragé, et je l’ai toujours regretté. Avec mes yeux d’enfants, je ne comprenais pas pourquoi tous les postes importants étaient occupés par les européens. Les militaires blancs avaient des uniformes clairs tirés sur le beige ainsi qu’un casque colonial ou une casquette, et les noirs des uniformes kaki et des fez ou des calots. Tout donnait à croire qu’on voulait marquer la différence. Il m’est arrivé de jouer avec des petits congolais de mon âge. Un jour, j’ai échangé mon vélo de petit garçon contre le vélo d’adulte qu’un petit congolais avait emprunté à son papa. C’était assez cocasse. De plus, dans les liens Noirs-Blancs, une indéniable complicité liait d’ordinaire l’enfant à son boy. Mais voilà, le système colonial était ainsi fait. Je le considère comme une forme de despotisme éclairé, ou les relations Blancs-Noirs sont comparables à celles qui existent entre les patrons et les ouvriers. 

18Pour ma part, je pense honnêtement que la Belgique aurait dû commencer à africaniser les cadres dans tous les domaines, dès après la seconde guerre mondiale. Cela aurait permis de créer des élites parmi la population autochtone et d’ainsi mieux préparer les congolais à prendre les rennes du pouvoir le 30 juin 1960, jour de leur indépendance. J’ai toujours rêvé d’un Congo multiracial, où belges et congolais se seraient mélangés, et où, de concert nous aurions amené ce beau pays vers la prospérité. Pour tout dire, une sorte de Brésil africain. Hélas, ce n’est pas arrivé et cela n’arrivera jamais. Le divorce était bel et bien entamé, ce qui a amené congolais et belges à un point de non retour. J’en ai été longtemps frustré et le suis encore.

Ayant effectué mes premiers pas au Congo, je me sens, quelque part, un peu congolais. Par ailleurs, les congolais de mon âge, nés avant 1960, au Congo belge, doivent probablement avoir une perception inverse et donc se sentir un peu belges. J’ai donc un certain plaisir à traiter les congolais de ma génération d’ « anciens belges ».

Longtemps, j’ai éprouvé de la nostalgie pour ce que je considérais comme « ma terre promise ». Mais avec le temps et les nombreux événements douloureux qui ont secoué le Congo depuis son indépendance, cette nostalgie s’est transformée en curiosité.

N’empêche, je continue, malgré tout, à aimer le Congo et les congolais, « comme si on les avait fait ». Ils restent, selon moi, un peu nos enfants, et c’est donc dans cet esprit que je réagis face aux événements. Ce qui fait mal aux congolais me fait mal aussi et inversement. En conclusion, avec bienveillance,  je ne leur souhaite que du bien !

Epilogue.

Rétrospectivement, j’ai de plus en plus le sentiment d’avoir vécu ces deux termes au Congo comme dans un rêve. Non seulement parce qu’un demi-siècle s’est écoulé, mais aussi parce que nous y étions bien, comme chez nous et qu’entretemps, le Congo a basculé et est devenu méconnaissable. La RDC actuelle n’a plus rien à voir avec le Congo belge de papa.  J’ai été le témoin de la fin d’un monde, en l’occurrence, le monde colonial. Nous ne vivrons plus cela sur terre, en tout cas pas de cette manière-là. C’est donc un privilège, pour nous, Blancs, d’avoir vécu cette période. Avec le temps, cette période de ma vie est devenue un peu surréaliste. L’ai-je bien vécue ou était-ce un beau rêve ?

22 Photo : Papa et maman le 21 juillet 1956.

 

Je signe ce témoignage en l’honneur de mes parents, Robert DAVID (Sr) et Gilma DEHOUTAIN, trop tôt disparus. Une chose est certaine, ils ont vécu cette tranche de vie « à la colonie » de manière intense en donnant le meilleur d’eux-mêmes. Je les remercie d’avoir partagé, en compagnie de mon frère Gilbert, ces années de bonheur, finalement trop courtes au vu de nos durées de vie. 

Robert DAVID

Fils de bwana Gaduma.