Congo 1960 - Concours 2011-2012

Mon enfance au Congo belge : mythe ou réalité ?

Auteur Paulette Courtois

Installés à Jadotville depuis 1951, après des années de paix.

Indépendance 1960 à Likasi (Jadotville) Installés à Jadotville depuis 1951, après des années de paix nous connaissons des moments terribles quelques jours après l'Indépendance du 30 juin 1960.

Les malles sont toujours prêtes et fermées, nous attendons les ordres d'évacuations.

Nous allons effectivement évacuer plusieurs fois pour des salles et des dortoirs différents où nous allons dormir sur des sortes de paillasses. Ma mère me dira plus tard que je pleurais tout en dormant.

Le 11 juillet, nous sommes à la maison. Alors que toute la famille est réunie pour le petit-déjeuner, des bruits sourds se font entendre. Des camions s'arrêtent devant chez nous et des voix de soldats déchirent le peu de silence qui reste encore. Ce sont les soldats du nouveau régime.

Mon père, intrigué se lève de table, se dirige vers la fenêtre devant laquelle les tentures sont tirées et lentement, ose jeter un furtif regard vers l'extérieur en tirant délicatement la tenture de la gauche vers la droite.

Malheureux geste qui est remarqué !

Aussitôt, les tirs de mitraillettes retentissent, toute la façade est touchée ! De ce bruit infernal, horrible, il m'en reste toujours des séquelles !

Nous courons nous réfugier dans un long couloir qui traverse la maison… mais les tirs continuent….craignant le pire, mon père prend la décision de sortir. Toute la famille le suit les mains en l'air !

Nous devons monter dans un camion militaire et mon père pense que nous partons pour être fusillés. Il se tourne vers la petite fille que j'étais, j'allais avoir 12 ans, et il me dit : « Nous allons près de Jésus ».

Voilà 52 ans de cela, mais je n'oublierai jamais ce regard d'un papa qui conduit, pense-til, sans en être responsable, sa famille à la mort.

Nous sommes destinés à la prison dans le centre du quartier des indigènes.

Nous sommes installés dans une grande salle ma mère et moi pendant que mon père et mon frère sont conduits nous ne savons où.

Le temps nous semble interminable. Enfin, un soldat vient nous chercher et nous sommes jetées dans un cachot d'un mètre de large sur un mètre cinquante de long.

Une banquette de pierre est adossée au mur du fond. Sur cette banquette, un biscuit traîne…nous le laissons et nous attendons, tantôt assises, tantôt debout à l'écoute du moindre bruit. Une petite fenêtre grillagée de 20 cm de long sur 15 cm de haut nous permet d'avoir un peu de lumière. Nous pleurons….

Brusquement, des cris…. une jeune mariée, dans le cachot à notre gauche, hurle… elle nous raconte en pleurant que le soldat la menace de la violer avant la fin du jour.

Ce jour est interminable… nous avons faim. Ma mère prend le biscuit qui traîne là et nous le grignotons. De cet enfermement, ma mère aussi en gardera des séquelles.

Nous osons appeler un soldat et nous lui demandons la permission de nous rendre aux toilettes. Il nous accompagne…

Nous passons alors devant une série de cachots.

Dans l'un d'eux, devant le grillage, le visage de mon frère. Il est enfermé avec un curé.

Dans un cachot plus loin, d'autres yeux nous regardent. Ceux de mon père… là encore, jamais, je n'oublierai son regard.

Quelle tendresse et quelle tristesse se dégagent de son visage !

Dans la soirée, des policiers katangais viennent nous délivrer. Nous évacuons en courant tant bien que mal dans différentes voitures dont la nôtre est conduite par un civil noir qui connaît bien mes parents.

Je suis blottie et bien protégée à l'arrière entre eux. Mon frère est devant à côté du chauffeur. Ma mère à ma droite, reçoit d'un africain, à travers la vitre, plusieurs coups de poing dont un dans la figure. Coup de poing qui va lui casser plusieurs dents. Elle saigne…

Une ambulance nous attend au poste de police et c'est tous couchés par terre que nous roulons à vive allure en direction d'Élisabethville (Lubumbashi).

Pendant une ou plusieurs nuits, nous sommes de nouveau cachés et entassés dans des dortoirs.

Les nuits sont dures, je pleure beaucoup tout en faisant des cauchemars.

De retour à Jadotville, nous assistons le 15 juillet je crois, au pillage des deux magasins de mes parents ! Les casques bleus assistent eux aussi à ce massacre. Les adultes leur demandent de tirer en l'air, simplement pour effrayer les pillards mais ils nous répondent qu'ils n'ont reçu aucun ordre et restent donc passifs à notre grand regret ! Je suis personnellement choquée d'une telle attitude, pourtant soumise ; je ne comprends pas.

A plusieurs reprises et lors de certains départs précipités, je pleure encore, je demande à mes parents pour rentrer en Belgique, pas de travail pour eux là-bas… me dit mon père. Ils restent, construisent un magasin, reprennent tout à zéro et ce pour une durée de 5 ans.

De nouvelles alertes… des bruits courent qu'au Kasaï, les armes sont de nouveau actives. Mes parents ont de nouveau peur…. L'importation d'articles français et allemands n'arrivent plus… nous rentrons en Belgique en 1965.

Les conséquences de ces événements tragiques, sont que ma mère va être claustrophobe.

Le plus grave dans sa vie, c'est que certains examens médicaux genre Imageries Médicales, ne pourront jamais être faits.

Insupporte pour elle, le fait d'être enfermée. Une douleur à la jambe par exemple lui restera durant 17 ans et ce jusqu'à sa mort. Faute de soins adéquats, la cause n'ayant jamais pu être décelée.

Personnellement, conséquence des tirs de mitraillettes, le bruit par exemple, tel que celui d'un pétard ou d'un feu d'artifice me mettent hors de moi. Risible ? Pour certains peut-être.

Mais pour moi, s'en suivent : malaise, crise de nerfs et pleurs.

Une seule solution, la fuite… ou tout simplement éviter à tout prix ce genre de situation.

Anodin dans les deux cas ? D'accord …. Vu de loin…. A condition de ne pas devoir vivre ces situations.

Heureusement, les bons souvenirs sont les plus forts et je garde de mon enfance et de ma jeunesse à Likasi comme un goût de petit paradis.

 

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Een auteur van een programma kan de namaker van zijn werk strafrechtelijk laten vervolgen, maar dat kan alleen als het namaken kwaadwillig of bedrieglijk is gebeurd. Niet alleen de namaker is strafbaar, ook wie namaakprogramma's voor handelsdoeleinden verkoopt, in voorraad heeft voor verkoop of invoert in België, overtreedt het auteursrecht.
Delcol Martine