Congo 1960 - Concours 2011-2012

Mon enfance au Congo belge : mythe ou réalité ?

Auteur Victor Rosez

Notre histoire...notre peuple...après le Shoah...le Congo-Belge…le Katanga…

Ma mère a été faite prisonnière par les Nazis à Kerch en Crimée en 1941 et envoyée à Auschwitz... mais là elle a eu la chance de se retrouver dans la rangée qui ne menait pas vers les "douches".

Elle était jeune et forte et encore capable de travailler dans une usine de guerre pendant quelques années avant d'être "détruite" ... Elle était orpheline depuis l'age de 10 ans en 1933...parents et frère tués par Staline parce-que ils étaient des Koulaks et Juifs, sa petite sœur Anja victime de cannibalisme lors de la génocide par famine de ces années(31-33)....

Ma mère errait alors pendant un an dans les champs près de Kiev en mangeant des fleurs ou la nourriture des quelques paysans bénévoles avant d'être retrouvée par sa sœur venue de Djankoi (Crimée). Une fois en Crimée ma mère trouva asile chez une famille Juive, fût envoyée à une école et à l’âge de 18 ans elle trouva un emploi comme télégraphiste à la poste... Par gratitude elle donna son premier salaire à sa sœur, son deuxième salaire venait sous forme de brochures de la Force aérienne soviétique avertissant la population contre les atrocités commises par les Nazis: opération Barbarossa avait débuté... La famille qui lui avait donné asile a été tué ainsi que des (100-taines) milliers d'autres...C' est ainsi que finalement elle aboutissait en Allemagne dans un "concentrazion lager"

Elle devait travailler dans une usine de guerre non loin de là pendant 6 jours de 12 heures par semaine, chaque jour enfermée de nouveau derrière les fils barbelés et comme seule nourriture deux pommes de terre cuites non épluchées , parfois un petit bout de pain ou légumes.

Et puis un jour elle se trouvait face en face dans l'usine avec un homme qui lui parlait en Allemand (elle croyait que c'était de l'Allemand). L'homme lui tenait un grand bout de pain avec de la viande... elle refusait car elle avait peur des Allemands mais l'homme insistait...les jours après elle apprît que l'homme venait de La Belgique, les Flandres et qu'il était forcé de venir travailler dans les usines des Nazis. Il n’était cependant pas un prisonnier, pouvait se promener librement après le travail et logeait (obligatoirement) dans une sorte de pension.

Des années passèrent et beaucoup des filles du Lager moururent (maladies, famines, abus)
Et puis un jour l'homme lui annonça que les Américains étaient tout près de l'autre côté du Rhin, à Remhagen et que la libération était proche; mais le danger agrandissait aussi...


Depuis des mois il y avait des bombardements de jour et de nuit sans arrêt... les Allemands commençaient aussi à évacuer les Lager vers d'autres endroits...souvent direction Auschwitz ... le comble de tout: ma mère Nadia (Nadeshda Eliceëvna Omeltschuk) annonçait à l'homme qu'elle était enceinte de lui l'homme était Clémens Rosez... mon père...
Et puis une nuit, lors d'un bombardement intense, mon père et deux de ses frères coupèrent les fils barbelés du Lager en libérant ainsi six filles.

Le lendemain les choses devenaient pire, des chars et l'artillerie lourde arrosait les environs sans cesse... l'enjeu était un des seuls ponts intactes du Rhin... Ils ont trouvé abri dans les caves d'une abbaye avec une 100ne des civils Allemands et y sont restés 3 semaines sans nourriture mais avec des milliers des bouteilles de vin.
Et puis c'était le silence... ... ...

En sortant ils voyaient des Américains qui disaient au bout d'un moment: POW...you POW ?... go and take everything you want or need and it will be yours!

Et ainsi... ils ont trouvé la liberté... les six filles sont toutes parties, avec leurs partenaires vers la région de Termonde et sont encore toutes en vie aujourd'hui... ma mère à 89 ans maintenant...
Mais la vie n'était pas commode à Termonde, on me regardait d'un mauvais œil à l'école parce-que j'étais le seul à ne pas être catholique (à cette époque c'était 99%) et je devais quitter la classe lors du cours de religion.
Ma mère avait le même problème dans les rues... on ne disait jamais son nom... elle était "la Russe" (mais elle était de l'Ukraine!!) et elle portait toujours (comme femme marié) le foulard qui cachait ses cheveux...
... et puis quand l'affaire de la Hongrie avait débuté... tout à coup elle était "la communiste"... sans que les interlocuteurs se rendaient compte que pour ma mère rentrer au URSS signifiait la peine de mort pour elle.

C'est ainsi que mon père prit la décision de partir pour le Congo-Belge...

Pour nous c'était une nouvelle libération... a new homeland... finally..!!!

Dès le premier jour je me suis senti "chez-moi" à Elisabethville et ma mère aussi.

Fini le statut d'étranger... on était tous pareils, et puis pour la première fois dans ma vie je rencontrais des gens comme moi... des Juifs. C'étaient des moments de bonheur... le fait d’être accepté par tout le monde...
et puis...vint frapper à la porte le destin... encore une fois... l'indépendance et la sécession du Katanga.
Pendant six ans mon père avait contribué à restaurer (génie civil) le chemin de fer du BCK de Sakania à Port-Francqui... Je crois qu'on a presque habité dans chaque gare, dans "notre Caboose"... et maintenant ce travail avait été détruit en majeure partie sur toute sa longueur, à part quelques tronçons au Katanga... la violence, des émeutes, des victimes, des guerres partout et le début d'un génocide d'une amplitude, jamais connu dans notre monde auparavant...
était-ce mon destin? ...vraiment?

Puis vint mon engagement personnel en 1961..

on eleven nine 1961. Un copain d'école fût tué à côté de moi par des Irlandais en rentrant à la maison de l'Institut International. Dans la nuit du 12 au 13 septembre l'ONU attaquait Elisabethville...

The Untold Story of Katanga commençait...

La même nuit (dans la maison de notre voisin le général Muke) je me suis vêtu d'une uniforme de l'armée Katangaise, me suis armée: FAL, 9mmGP, grenades, Energas, munitions en abondance, des tas d'autres armes partout dans la maison. Une dizaine des gendarmes Katangais (qui me connaissaient tous très bien) étaient là et m’acceptaient sans broncher comme leur commandant. Notre motivation?

Lla protection de la famille du général et les autres familles du quartier. Presque tout les Européens du quartier s'étaient armés aussi. J' avais laissé sur l'ancien uniforme du général ses trois étoiles de capitaine (en un an de temps il avait fait promotion sur promotion) et personne ne disait quelque chose... après les trois semaines d'un combat intense le général Muke m' a autorisé à faire partie de la section qui protégeait sa famille, bien sûr qu'il m'a prié en souriant d'enlever les trois étoiles... paradoxe: j'avais à peine 16 ans et était le benjamin(blanc) des forces Katangaises, on me donnait le surnom "Napoléon"....

Puis vint le désastre et les tueries par l'ONU de décembre... les combats de 1962 et finalement la fin de la sécession en 1963 qui mettait ma vie en danger... Je me vis obligé de retourner en Belgique pour recevoir une formation à l'académie militaire dans le but de retourner au Congo au service de l'ATMB.... mais le destin frappa de nouveau à la porte... Début novembre (dans une décision de 24hrs) je partais avec un groupe pour une assistance logistique vers Kamina, puis direction Stanleyville à l'encontre des paras et l'opération Red and Black Dragon avec la 5émé brigade mécanisée du col Bem Van de Walle...

De nouveau des images atroces le long du chemin, les embuscades, les morts et puis...Stanleyville avec ses horreurs, mais aussi avec la satisfaction d'avoir fait " quelque chose" en voyant les yeux des tous ceux qui avait été sauvé... tout ça est gravé dans le cœur....

Je ne sais pas ce que c'est la peur, toute ma vie, depuis un jeune âge, j'ai fait des choses extrêmement dangereuses.... je ne crains rien...rien du tout....!!!! Mais parfois... j'ai des larmes brulantes dans mes yeux... ne voyant que des plaines d'Ukraine vides... et un écho se fait entendre chaque fois au fond de moi-même: ... mais où sont-ils...ils sont où????? .... Je suis né le 24 septembre donc "en liberté" ... mais si vous décomptez les neuf mois que ma mère était enceinte votre calcul rapide vous démontre que j'ai été conçu "en enfer" ... et que j'ai échappé au diable avant d'être né... c'est pour cela que je ne crains rien...sauf le tout puissant...................: AMANI ... SHALOM .... Insh Allah!!!

Par Victor Rosez , 50 ans après le 9 septembre 1961 d’Elisabethville, où son copain d’école Jean-Claude fut abattu par les balles des soldat Irlandais de l’ONU en revenant de l’Institut International.

 

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Delcol Martine