Congo 1960

Passé et Evolution du Congo

Congo 1960: bulletin periodique

Dans notre série : L’obscurité, le coeur noir de l’Afrique

Les ex coloniaux relatent leur fuite 25 ans après leur fuite en 1960. 16 témoignage rassembler par Gust Verwerft journalist dans la revue "De Post" et traduit du neerlandais a votre disposition pour qu'on oublie jamais le vécu des anciens et l'exode de tous les Belges!

Les témoignages de : Jean, Ann, Madeleine, Ernest, Jos, Jack, Gusta, Piet, Gil en Bernard, Theo, Frans, Albert, Louis, André , René, Jan


Claes Bernad et Gil Smeets

 

Gil ClaesBernard Claes

 

Bernard Claes, chargé de la coopération agricole au Congo

Gil Claes-Smeets, mère au foyer et institutrice à Bukavu

 

  • Un boy à la maison peut faire la différence entre l'enfer et le paradis
  • Madame je vous en supplie, partez avant dimanche car quelque chose de terrible se prépare!
  • Ils pillaient les malles pendant qu'on les remplissaient.
  • Je préférais les noirs protestants, c'était une certaine garantie !
  • Un boy protestant était plus honnête et volait moins.
  • Les noirs trouvaient chose normale qu'on s'occupait d'eux.
  • La table ronde était un crime contre le peuple et la nation.
  • Celui qui ne votait pas pour Lumumba fût frappé à mort.

Dès 1946, la femme belge découvrait l'Equateur. Le nombre de belges résident au Congo grimpait en flèche : de 30.000 en 1946 à 66.000 en 1951, pour atteindre en 1959 le nombre de 109.000. Pourtant le nombre d'hommes restait stabile. C'était les femmes et enfants qui influençaient à ce point les statistiques. Une de ces femmes était Gil Claes-Smeets de St Trond.Aujourd'hui elle est âgée de 63 ans, décoratrice d'intérieur et possède une galerie. Elle habitait, avec son époux, à Bukavu de 1946 à 1960, dans la province du Kivu, près du pont stratégique donnant accès au Rwanda. Bukavu ! Beaucoup d'entre nous connaissent la réputation tranquille de ces lieux et cela sous le nom de Costermansville. Ville tranquille? Certes, car le jour de la Dipenda tout se passait bien, sans bruit, comme rien n'allait changer. Mais ce calme du 30 juin 1960 à Bukavu était trompeur! Certainement pour le couple Bernard-Claes Gil Smeets. Eux craignaient une tempête dévastatrice! Une tempête qui faisait déjà rage dans d'autres régions du Congo. Pourquoi pensaient-ils ainsi, à une brusque rupture avec le passé ?Claes était depuis 12 ans un fonctionnaire modèle du gouvernement général. Il avait toujours coopéré avec les noirs. Etait-il sévère ? Oui mais loyal et juste. Beaucoup de son temps libre était consacré à donner des cours du soir aux noirs qui voulaient grimper d'un échelon dans l'hiérarchie sociale. Gil Claes non plus, ne pouvait s'imaginer une seule raison de craindre des réactions malsaines des noirs.

Aujourd'hui elle est âgée de 63 ans, décoratrice d'intérieur et possède une galerie. Elle habitait, avec son époux, à Bukavu de 1946 à 1960, dans la province du Kivu, près du pont stratégique donnant accès au Rwanda.

Bukavu ! Beaucoup d'entre nous connaissent la réputation tranquille de ces lieux et cela sous le nom de Costermansville. Ville tranquille? Certes, car le jour de la Dipenda tout se passait bien, sans bruit, comme rien n'allait changer. Mais ce calme du 30 juin 1960 à Bukavu était trompeur! Certainement pour le couple Bernard-Claes Gil Smeets. Eux craignaient une tempête dévastatrice! Une tempête qui faisait déjà rage dans d'autres régions du Congo.

Pourquoi pensaient-ils ainsi, à une brusque rupture avec le passé ?

Claes était depuis 12 ans un fonctionnaire modèle du gouvernement général. Il avait toujours coopéré avec les noirs. Etait-il sévère ? Oui mais loyal et juste. Beaucoup de son temps libre était consacré à donner des cours du soir aux noirs qui voulaient grimper d'un échelon dans l'hiérarchie sociale. Gil Claes non plus, ne pouvait s'imaginer une seule raison de craindre des réactions malsaines des noirs.

Comme mère au foyer elle avait la garde de ses deux filles. Elle était aussi active dans la vie sociale comme organisatrice auprès du Cercle amical des Flamands. Elle donnait aussi cours aux noirs et semblait entièrement accepté par la population noire.

Aujourd'hui elle est âgée de 63 ans, décoratrice d'intérieur et possède une galerie. Elle habitait, avec son époux, à Bukavu de 1946 à 1960, dans la province du Kivu, près du pont stratégique donnant accès au Rwanda.

Bukavu ! Beaucoup d'entre nous connaissent la réputation tranquille de ces lieux et cela sous le nom de Costermansville. Ville tranquille? Certes, car le jour de la Dipenda tout se passait bien, sans bruit, comme rien n'allait changer. Mais ce calme du 30 juin 1960 à Bukavu était trompeur! Certainement pour le couple Bernard-Claes Gil Smeets. Eux craignaient une tempête dévastatrice! Une tempête qui faisait déjà rage dans d'autres régions du Congo.

Pourquoi pensaient-ils ainsi, à une brusque rupture avec le passé ?

Claes était depuis 12 ans un fonctionnaire modèle du gouvernement général. Il avait toujours coopéré avec les noirs. Etait-il sévère ? Oui mais loyal et juste. Beaucoup de son temps libre était consacré à donner des cours du soir aux noirs qui voulaient grimper d'un échelon dans l'hiérarchie sociale. Gil Claes non plus, ne pouvait s'imaginer une seule raison de craindre des réactions malsaines des noirs.

Gil Smeets était et est toujours très sensible ! Son talent littéraire est à l'origine de poèmes et d'autres publications traitant la vie communautaire entre noirs et blancs. La tristesse de tous ce gâchis reste présente dans sa mémoire.

Bernard Claes restait quelques semaines de plus à Bukavu que son épouse. Il fut témoin de terreur et violence incontrôlée s'emparent de Bukavu. Les Lumumbistes se faisaient valoir ! Son départ était une véritable libération.

Gil Smeets résidait déjà en Belgique quand la violence se répandait sur le territoire de la province du Kivu. Elle avait quitté un paradis sur terre ; Un paradis qui l'empoigne jusqu'à ce jour !

Elle cite : "Je sais que nous avons eut beaucoup de chance, le bain de sang nous n'était pas réservé. Seulement après nous avons réalisé qu'il y avait pas mal de signes précurseurs; les rumeurs propagées dans les différentes tribus, une certaine rébellion à l'école et de la part du personnel de maison, des articles parus dans les journaux. La Libre Belgique était le seul journal, disponibles deux jours après son édition. On pouvait lire des articles du génocide entre les Hutu's et Toetsi's, les atrocités comme couper les membres du corps des opposants. Seulement alors on se rendait compte que la seule frontière entre nous et le Rwanda était la rivière Ruziri et le pont. Tout se passait, façon de parler, dans notre jardin ! Malgré cela on ne se rendait pas vraiment compte de l'ampleur des atrocités. Jusque l'instant ou j'allais enseigné des garçons, presque adultes, possédant le statut de moniteur et qui en vue de la Dipenda devaient suivre des cours accélérés pour passer de moniteurs au statut d'instituteurs. Une situation tout à fait anormale mais pour nous chose courante !

Je me rappelle de ce jour comme si c'était hier.

Je donnerais ces leçons, très bien payées, au Belge situé dans les collines avoisinantes. Une classe comprenait trente élèves. Ils discutaient de la Dipenda. Je commençait à m'inquiéter et me rendais compte que j'étais le seul blanc dans une pièce avec une seule sortie à l'arrière et quelques petites fenêtres en haut. Moi comme seule femme ! Pas question de donner des cours. Ils me provoquaient, s'avançaient dans ma direction. Je pouvais lire sur leur visage leurs intentions. J'ai rassemblé tout mon courage, crié très haut que je n'acceptais pas pareille conduite dans ma classe et que le cours était terminé. Bien décidé je me dirigeait vers la sortie, plongea dans ma voiture et démarra à toute allure. Au loin j'entendais des cris mais j'étais sain et sauve !

Bernard Claes accueillait une épouse presque morte de peur. Lui aussi savait qu'une conduite ferme était la seule solution de sortir d'une impasse pareille. Accompagné de son épouse il retourna au Belge ou les noirs discutaient toujours. D'une voie autoritaire il cria : " Ou ce trouvent les courageux qui en veulent à mon épouse ? "

bukavu 1960Les noirs étaient stupéfaits, ils me connaissaient depuis 12 ans. En tant que joueur dans le club local de football j'avais des centaines de supporters qui m'appelaient Simba à cause de gagner sur le terrain des nombreux duels et de marquer des buts. D'emblée je leur ai fait comprendre que leur conduite était intolérable et que mon épouse ne donnerait plus cours.

De retour à la maison le doute de l'évolution future s'installa dans notre esprit. On essayait de ne pas y penser et on ne se rendait pas compte qu'une belle période touchait à sa fin !

Que la Dipenda pour les noirs signifiait :

1. Posséder une femme blanche.

2. Acheter une voiture.

3. Ne pas payer des taxes.

Dès que les noirs comprenaient que tout cela n'avait rien à voir avec la Dipenda, c'était déjà trop tard, pour eux et pour nous !

Gil Smeets : Notre boy, Johan se comportait très mystérieusement depuis quelques semaines. Il griffonnait sur des petits bouts de papier, faisait des rapports. On ne pouvait pas lire le contenu ! Il travaillait depuis 12 ans et d'un jour à l'autre toute confiance avait disparue. Plus tard on a comprit qu'il nous espionnait pour le compte des Lumumbistes. Il nous testait constamment par une conduite désobéissante. Je me demande si il a jamais comprit ce qu'il faisait, s'il voyait la Dipenda comme une rupture entre blancs et noirs.

Des années plus tard nous avons reçu une lettre de sa part mentionnant qu'il travaillait et que tout allait très bien. Après c'était le silence complet !

Quelques jours avant le départ de nos deux filles Patsy et Puk en Belgique, j'allais me promener avec eux. Pas d'adieux, non. On pensait qu'elles seraient de retour dans quelques mois. Surtout Patsy s'était admirablement adaptée a son entourage. Le fait quelle n'a pas pu revenir à laisser des traces pendant des longues années.

On s'était engagé dans un petit sentier de la brousse. Dans une courbe de chemin un groupe de noirs discutaient. Un d'entre eux, bien habillé lisait un texte à haute voix. Je remarquais en dessous de la feuille le même dessin qu'il y avait sur les papiers de notre boy. Soudainement la panique s'emparait de moi et je rebroussais chemin vers la maison.

Quelques jours plus tard comme un coup inattendu de tonnerre on apprenait les événements de Thysville, Léopoldville, Elisabethville et Luluabourg. Les boys gardaient le silence mais leur comportement les trahissait. Ils savaient ce qui s'était passé et ce qu'on nous réservait.

On écouta la radio pendant des heures dans l'espoir d'entendre des nouvelles de nos amis et membres de la famille dispersées sur le territoire du Congo entier. Nous étions, depuis des générations, une famille de coloniaux. On sentait que quelque chose se préparait à Bukavu. Tout le monde semblait attendre, mais attendre quoi et de qui ? Une panique incontrôlable s'emparait de la ville, personnellement et cela à mon grand étonnement, je restais calme.

Peut-être parce que nos enfants étaient en sécurité et que mon mari avait une personnalité très forte, prêt à contrôler chaque événement imprévisible. On ne savait rien ! J'ai encore dit qu'il ne faut jamais montrer à un noir qu'on a peur. Le contraire se passa. La moitié de la ville sécurisait sa maison, emballait ces affaires dans les malles. Tout le monde voulait partir au plus vite. Mon mari, en tant que fonctionnaire, devait rester sur place. Notre boy Johan se comportait de plus en plus étrange. L'Exode des blancs le surprend. Il demandait à maintes reprises si nous aussi partirons. Les enfants, vont-elles revenir ? Jeune et têtue que j'étais je répondais à la dernière question oui. Johan secouait la tête.

Un jour, fin juillet, Johan venait me trouver. Partout dans le Congo on fêtait depuis un mois le Dipenda. Partout le sang des innocents coulait, tachait l'eau limpide des rivières. Nous, nous ne voulions rien savoir ni voir. A Bukavu tout était relativement calme, dans les yeux de ceux qui ne voulaient rien voir !

Johan, gris de peur, me disait d'une voix tremblante : Madame il faut partir ! Je ne peux rien dire de plus mais il faut partir avant dimanche ! Part avant que ce soit trop tard !

Notre boy, en plein désarroi, ne disait rien de plus. Est-ce que je n'ai pas voulu voir que la citée blanche se vidait, que presque tout le monde avait déserté les lieux ? Est-ce que je ne voulais pas voir que les noirs habitaient les maisons désertées par les blancs ? Qu'ils pillaient tout ?

Ensemble avec Johan et mon époux on s'attaquait au paquetage. N'oubliez pas que nous habitions sur place depuis 12 ans et qu'en Belgique on avait presque rien. On ne pensait pas à un retour définitif en Belgique.

Johan, que j'ai du gronder des centaines de fois pour sa lenteur au travail, se démenait comme le diable. Il était partout et avait bien six mains et huit jambes. Déjà les noirs entouraient la maison et guettaient leur proie, ils devenaient de plus en plus franc et fouillaient les malles pendant qu'on chargeait la voiture. Johan réagissait comme un forcené pour éviter que les pillards prennent possession de la maison. Il était indigné par la conduite de ses compatriotes.

Nous avons toujours porté Johan dans notre cœur, ainsi que nos enfants qui le considéraient comme un camarade. Une fois l'heure de départ arrivée on était épuisé, assis dans le fauteuil

le cœur remplit d'émotion et de regret. D'une voix tremblante Johan demandait ce qu'il devait faire avec les choses non emballées. Tout ce qui reste est pour toi, prends le avec au Belge et donne le à tes femmes et enfants. On ne t'oubliera jamais. Prends les pigeons aussi, les pigeons des enfants.

Johan se mit à pleurer. Pendant toutes ces années je n'ai jamais vu pleurer un noir, mais Johan, lui il a pleurer ! Non pas par reconnaissance de ce qu'il a reçu, non pas par tristesse de notre départ, mais simplement parce qu'il se sentait délaissé, désormais il était tout seul.

Pour nous il appartenait à notre famille. Les pigeons en étaient le symbole. Maintenant qu'on lui en faisait cadeau il comprenait que les enfants partaient définitivement. Il était assis dans un fauteuil, la tête entre les épaules comme un chien abandonné dans une maison vide.

Aujourd'hui encore je pense souvent à lui. Sana aucune perspective il se trouve probablement dans une hutte, vieux, plein de souvenirs et se demandant quand la Dipenda sera finie si les blancs reviendront un jour.

Je crains qu'il regrette encore d'avoir griffonné ses rapports sur un bout de papier, sans en comprendre le sens, sans comprendre que c'était normal que les blancs s'affairent pour les noirs, sans percer les intentions des Lumumbistes qui tissaient la toile d'araignée pour attraper les blancs au moment opportun.

Gil Smeets : " Le choix d'un boy était extrêmement important au Congo. Il pouvait faire la différence entre vivre au paradis ou l'enfer. Nous avons eu de la chance pendant ces 12 ans. Parfois on avait des aides sous les ordres de Johan. Il était en quelque sorte leur patron !

Au cercle amical les boys étaient souvent sujets de nos conversations. Personnellement j'ai toujours préféré un protestant comme boy. Ce qui inclus que je ne croyais pas aux conversions massives de tribus entières au Catholicisme. Un protestant était convertit en tant qu'individu et il était donc plus convaincu ! Le fait qu'il allait voler quelque chose était peu probable. Bien sur le noir avait d'autres notions que nous. Lui il ne volait pas. Rarement j'ai pu constater qu'un noir se comportait pleinement en adulte, il y avait toujours un fonds enfantin chez lui. Leur façon de mentir : quand des poires manquaient elles étaient tombées, d'après eux, dans le tuyau d'écoulement de la baignoire. Ils connaissaient des dizaines d'histoires pareilles, c'est une deuxième nature ! Ils acceptaient notre paternalisme, trouvaient normal qu'on les protégeait, qu'on épargnait de l'argent pour eux, qu'on donnait des vêtements pour leurs enfants, qu'on les instruisait. Le noir se sentait sécurisé chez les blancs au point quand quelqu'un cherchait un boy ou une aide, des dizaines de candidats se présentait. En tant que blancs on les acceptait. On pardonnait beaucoup car ils adoraient nos enfants et vice-versa.

On ne peut pas prétendre de ne pas être informé d'un drame possible au Congo, terre mystérieuse ! Quand mon mari partait en 1948 il songea à une carrière de 17.5 ans. Déjà on nous faisait comprendre que cela n'était pas une certitude ! En effet, 12 ans après notre départ on était de retour en Belgique, riche d'expériences, nos cœurs pleins de nostalgie et d'illusions. On pensait que quelque part on allait prendre soin de nous mais hélas, ici aussi on se trompait !

A Bukavu, via le cercle amical, j'ai reçu beaucoup de chansonniers, artistes et auteurs tels que Wies Anderson, Tone Brulin, Marnix Gysen, Dora Vandergroen etc, Tant d'expériences inoubliables !

Quand je pense à notre boy Johan et beaucoup d'autres noirs je dois sourire. On pouvait les rendre heureux avec trois fois rien. L'ors d'un carnaval ils se déguisaient et ils prenaient cela tellement au sérieux que le blanc avait difficile de ne pas éclater en rire. Au fil des ans j'ai une certaine affection pour eux.

rla table ronde de conféranceLa question se pose toujours, comment le blanc vivaient t'ils ensemble, quelles étaient leur relations ? Les fonctionnaires blancs étaient entourés de clercs noirs. Le personnel de la maison était noir. Les relations noires blanches se traduisaient dans la vie journalière. Pouvait on parler de haine et d'amour ? D'une relation de patron à employé ? Il y avait-il un mur de séparation comme dans le feuilleton télévisé Britannique Upstairs Downstairs ?

Une première série d'histoires de la vie coloniale fût déjà publié la semaine précédente.

Mais il y a plus ! Bernard Claes et Gil Smeets ont ensemble 24 ans de vie coloniale !

Il était à Bukavu fonctionnaire du Gouvernement Général, en charge de la coopération agricole. En vue de la Dipenda il fût nommé trésorier ordonnateur et conseiller auprès du ministre noir des finances, dans la structure fédérale de la province du Kivu.

Gil Smeets, son épouse, était mère au foyer mais également interprète et institutrice.

Le départ précipité de la colonie avait traumatisé leurs filles. La famille Claes avait difficile à s'adapter en Belgique. Là on ne comprenait rien du travail effectué à la colonie, on les culpabilisait des événements récents.

Mariage noir, pantoufles blancs !

Boy Enoki nous informait de son intention de se marier selon les règles de l'église. Il avait à peine 16 ans et sa fiancée 14. Enoki était généralement très ouvert envers nous, du moins c'est ce qu'on pensait. Je voulais en savoir plus au sujet de cet amour inattendu. Elle est belle et plus grosse que Madame ! Je lui incitais à réfléchir mais il était décidé et allait profiter de l'occasion…Mina lombe congé,

Neuf fois sur dix nos conversations avaient comme sujet central le travail, peu de salaire,

Madame Gil Smeets : " Notre op de boulot et surtout pas assez de congés ! Je voulais me montrer généreuse et lui proposait 4 jours de congé. Il me dévisageait comme si j'étais folle. Quatre jours seulement ? On en discutait comme d'une affaire d'Etat. Notre boy, celui des voisins et mon oncle maîtrisant les affinités du Swhahili venaient à notre secours. Finalement je cédais et lui accorda 8 jours, et un gros matabich( pourboire). Huit jours, j'aurais du savoir qu'un noir ne faisait aucune distinction entre 8 et 80 jours ! Enoki avait déjà choisit son habitation, notre remise à bois !

Fautes d'autres possibilités on lui accorda notre permission. Les jours suivants je rassemblais des malles et meubles pouvant servir au jeune couple. Mes enfants et moi-même on s'en donnait à cœur joie ! Enoki chantait les louanges de sa jeune épouse.

Il avait acheté trois pagnes pour elle, une chèvre pour son futur beau-père et un costume pour lui. Un costume fait sur mesure, car il avait prit 4 après-midi congé pour voir son tailleur.

Le jour de mariage arrivait enfin ! Au Congo la coutume veut que le garçon prenne tous ces biens avec lui. Enoki avait besoin de deux jours. Il avait utilisé tout le stock de papier et de ficelles de la maison. Le jour de son départ on avait difficile de garder notre sérieux ! Le costume noir lui serrait le corps, une cravate d'un rouge flamboyant et des pantoufles de tennis blanc. Sur la tête un bonnet bleu marin avec des longues tresses, cadeau d'un bal costumé de l'Amicale ! Qui aurait pensé que ce bonnet servirait un jour comme attribut d'un mariage…Il s'était acheté des lunettes solaires beaucoup trop grand, car elles reposaient sur le bout de son nez ! Il avait enveloppé tous ces biens dans un couvre-lit et noué sur son dos. Au sommet une immense cafetière brillant au soleil

Le bruit insolite d'un couple noir faisant l'amour !

Madame Claes rigole encore quand elle y pense.

Elle raconte :

Enoki était partit en on se débrouilla tant bien que mal sans lui. Une semaine, dix jours et toujours pas en vu. Après deux semaines il est revenu le visage rayonnant, fière comme un paon. Il ne comprenait pas pourquoi j'étais fâché, je me réalisait que j'avais été trop bonne. Si on leur donne une main ils vous prennent le bras ! Toutefois mon humeur maussade était de courte durée. Enoki était si fière de sa Maria, rien qu'à voir sa mime, j'éclatais de rire, ce qui fût ma perte ; depuis ce jour je ne savais plus rien faire de bon avec lui. Le matin nos souliers n'étaient pas nettoyés, il dormait toujours. Les quelques fois qu'il était à l'heure, il disparaissait aussitôt dans sa maison pour faire l'amour avec Maria, ils roucoulaient toute la journée ensemble dans la petite cabane en bois.

Au début on trouvait cela amusant mais finalement son attitude nous agas sait, je devais faire son travail et le payer à rien faire. Quand Enoki était dans notre cuisine il préparait des plats succulents pour sa Maria basé sur des tomates, oignons et de l'ail. Il faisait la lessive, le repassage, débarrassait la cabane pour la nettoyer de haut en bas. Maria n'avait aucune activité et s'engraissait à vu d'œil, elle était rondelette et son derrière gros comme un ballon !

Je n'avais plus le choix et les expulsa tous les deux. Seulement alors j'ai appris à connaître Enoki. Furieux il me reprochait que je l'avais toujours traité comme un esclave et que lui allait partir de son plein gré. Chargé comme une mule avec sa cafetière, ses casseroles, le tout sur son dos il est partit avec sa Maria, sans se retourner, droit dans la brousse.

Notre boy ne volait pas, ce qui était pour nous une source journalière de plaisir.

Madame Claes continue à rechercher d'autres souvenirs. Il ne fallait jamais chercher longtemps après un nouveau boy, ils se présentaient eux-mêmes. Trouver un bon n'était pas chose facile !

Notre premier boy volait, d'abord un peu de sucre, ensuite des cigarettes, des boîtes d'œufs. Je le soupçonnais depuis un bon moment mais il savait si bien mentir. Un jour il me volait 24 œufs qu'il me revendait le lendemain. Je l'ai congédié sans tarder. Un autre boy nous manga nos pralines. Chaque fois il prétendait être innocent et trouva mille excuses. Je l'ai attrapé sur le fait, grâce à notre enregistreur de 1950. Imaginez vous, un enregistreur qui prend les bruits, c'était de la sorcellerie ! L'appareil était caché dans une commode et avait enregistré le moindre de ses bruits, depuis l'entré dans la pièce, le fait d'enlever le couvercle de la boîte, de savourer les pralines en les léchant, jusqu'à la fermeture de la porte !

Je l'appelais, montra l'enregistreur et il écoutait. Pris de panique il devenait gris dans son visage, se mit à crier et fuyait à toutes jambes…C'était de la sorcellerie ! Nous ne l'avons plus jamais revu.

Je n'ai jamais du rechercher un autre boy ; Le lendemain ils étaient de bonne heure sur la terrasse par dizaines. Après avoir interroger une cinquantaine de candidats et vérifié des livrets crasseux de travail il restait cinq sélectionnés, parmi eux Johan. L'Attachement spontané des enfants envers sa personne jouait en sa faveur. Il travaillait vite sans précision, sa lessive laissait à désirer, son repassage était parfait. Six ans il nous a loyalement servi, jamais volé, même pas un morceau de sucre ! C'était, pour nous, une joie journalière. De 1954 à 1960 il était le compagnon fidèle. Sans la Dipenda, il n'aurait jamais quitté. Pourtant il avait ses petites habitudes bien bizarres ; il ne demandait jamais rien directement ; il griffonnait ses questions sur un petit bout de papier et le mettait bien en évidence pour qu'on les retrouve. Pourquoi il agissait ainsi ? D'autres boys faisaient pareil. Doutait-il de son propre force de persuasion ou voulait-il démontrer ses talents littéraires ? Il écrivait tout phonétiquement et devait lire son texte à haute voix afin de le comprendre. Trois ans après son intégration chez nous il demandait une avance sur son salaire pour acheter une bicyclette bon " marsjee ". Il était plein d'admiration pour notre fille de trois qui déjà maîtrisait la conduite en bicyclette.

L'avance fût accordée à condition qu'on puisse choisir nous même ; On lui acheta une bicyclette bien robuste à gros pneus à un prix raisonnable. Le lendemain il venait ponctuellement à son travail…à pied ! Quel était le problème ? Mademoiselle avait une meilleure sonnette déclarait-il. Le jour suivant sa bicyclette était garnie de deux sonnettes bien bruyantes. Tout fière il tenait le guidon de sa main gauche, alors seulement on comprenait qu'il ne savait pas encore rouler, toutefois il déclinait notre offre de le lui apprendre. Les trois premières semaines il se présenta à son travail avec des égratignures sur tout le corps et quelques bosses sur la tête. Finalement il maîtrisait l'art de rouler et s'acheta des lunettes, un képi et un jacquet blanc muni d'épaulettes dorées, du prochain salaire. Maintenant on me considère comme un clerc disait-il.

Le même boy, Johan, notre Johan, nous a espionné et dressait un rapport journalier de nos activités pour les Lumumbistes !

Autour de la table ronde de la conférence de Bruxelles, personne ne connaissait la philosophie Bantou !

Bernard Claes, soixantaine, était robuste et solide.

Après l'interruption brusque de sa carrière au Kivu il avait longtemps espéré que les services de Ministre Fayat allaient faire appel à lui.

Il avait 39 ans à la Dipenda quand il c'était échappé via une route inconnue. A Louvain il avait obtenu un diplôme d'organisation du travail mais maintenant personne ne voulait l'engager à cause de son age ! Il débuta un commerce de matériel de construction et gagna raisonnablement sa vie. Jamais il ne fût guéri du stigma Congolais. Raison pour laquelle, selon lui, il préférait s'abstenir de tout commentaire car il était rebellé par l'injustice faite à l'égard du Congo. Autant que Mr Claes restait silencieux, son épouse madame Gil Smeets s'exprimait avec beaucoup de sensibilité et une certaine fierté blessée sur son passé colonial.

Mr Claes se contentait de donner un peu de commentaire ci et la.

Au coucher du soleil on s'apprêtait à partir quand soudainement Mr Claes prenait la parole et cela durant une heure et demie. Tout le monde qui a passé quelques années dans la colonie peut écrire un livre disait-il avec force. On avait le temps pas le courage nécessaire, après tout c'est pénible de décrire sa propre impuissance…De plus on espérait que la situation allait se normaliser un jour Quand la réalité que le Congo est perdu à jamais s'empare de votre esprit le désespoir s'empare de vous, cela vous empoisonne la vie ! Au plus que les années passent au plus que je suis persuadé que la conférence de la table ronde à Bruxelles était une erreur fondamentale, historique. C'était un crime contre la population et la nation ! Regardez la photo des participants, étaient-ils des personnes connaissant le Congo ? Non, ils étaient fonctionnaires décidant de tout un avenir derrière leur bureau. Des ministres sans la moindre connaissance spécifique des problèmes congolais. Le seul but était de servir leur intérêt électoral et politique. Ou se trouvent les délégués coloniaux, des gens ayant travaillé pendant 20 ou 30 ans ? Leur seule récompense était e vivre dans un climat agréable. Ou étaient les chefs indigènes, véritables meneurs d'hommes ? Non on ne remarque que des gens incompétents qui décident de l'avenir d'une partie du monde chère à notre cœur. Nous, coloniaux du Congo on ne pouvait croire nos yeux. Quand la réalité émergeait on savait pertinemment que le Congo était perdu, non seulement pour les blancs mais également pour les noirs.

La famine et l'anarchie allaient s'installer sans tarder. La délégation noire avait d'emblé comprit que les blancs autour de la table ne faisaient pas le poids. Combien de temps fallait-il avant de comprendre que la délégation noire vêtue en costume et chemise blanche, allait s'emparer de tout le pouvoir, allait tirer les ficelles à leur gré…Ils ne représentaient même pas le peuple Congolais !

La Dipenda n'était pas encore proclamée que les combats entre différentes tribus éclataient. De plus aucun négociateur blanc, autour de la table ronde, ne pouvait comprendre la logique Bantou. La logique Bantou ! Chaque colonial avait à faire avec cette logique et parvenait, après un certain temps, à la pénétrer. Un exemple : les noirs vendaient de la nourriture, des légumes et autre matériel de porte à porte. On demandait par exemple. 50 francs pour une caisse de légumes. Si le blanc payait sans discuter du prix, le noir avait l'impression d'être trompé, car ses légumes valaient alors plus ! Quelque part c'est logique. Le blanc ne faisait aucun effort pour minimaliser le prix et cela était contraire à ce que le vendeur attendait. Dans chaque achet ou vente le même principe était de rigueur ; il ne faut pas payer 50 francs mais offrir 10 pour arriver, après de longues discussions à 25 francs. Les deux parties avaient alors l'impression, d'avoir traité une bonne affaire. Tout le monde était content !

A la table ronde on n'a pas appliqué ce principe. Au contraire ! Les noirs demandaient 100 francs et les blancs lui donnaient 150 francs, malgré que la partie adverse aurait accepté 50 francs. Conclusion : les noirs se sentaient trompés dès le premier jour. De là le mécontentement, les slogans vexants lancés contre les blancs.

On connaît la suite….

La loi protégeait efficacement les noirs. Quand un blanc l'insultait de macaque il devait payer 50 francs d'amende !

Bernard Claes était au Congo une vedette de foot. Toutes proportions gardées il pouvait être comparé à Willy Geurts ou Horst Hrubesh jouant en Belgique. Bernard avait joué comme centre avant à St. Trond. Au Congo il a fait part de l'équipe du collège et de l'Athenée à Bukavu. Au Kivu il était sélectionné dans l'équipe des diables rouge. Tous les blancs le connaissaient d'avoir vu les duels sur le terrain, on lisait dans les journaux ses exploits. Pour la population noire c'était un dieu, on l'appelait Simba !

Ma popularité n'était pas seulement basée sur le foot, j'étais aussi responsable de l'approvisionnement de la nourriture et des récoltes en tant que agent territorial. Aux yeux des noirs cela était important ! De plus j'ai enseigné le Français et les mathématiques pendant 8 ans au cours du soir. C'était une initiative des pères blancs et du gouvernement central. Croyez moi ce n'était pas évident d'enseigner les mathématiques aux noirs. Penser dans l'abstrait était contre leur nature ! Avec les meilleurs étudiants je parvenais à voir deux livres de géométrie et à résoudre des problèmes d'algèbre à deux inconnues. Je suis persuadé que mes efforts étaient appréciés. Le jour où ils comprenaient que moi aussi allait quitté le pays avec la Dipenda, on m'a demandé de rester. Je ne pensais plus qu'à trouver un chemin sécurisé afin d'échapper aux mutins militaires et de ne pas être massacré !

De quoi se plaignaient les noirs ? Comprenaient-ils les conséquences de chasser le blanc de leur territoire ? Certes non ! La Dipenda pour eux signifiait le paradis. Cela aussi était la philosophie Bantou, on ne pensait jamais au lendemain.

Tous les colons vous confirmeront que la loi protégeait efficacement les noirs. On ne se mêlait pas de leurs problèmes de clans, ils vivaient selon leur coutumes, parfois cruelles et terrifiantes. La législation belge imposait le même tarif au blanc pour brûler un feu rouge ou insulté un noir de macaque c.à.d. 500 francs. Le noir faisait bon usage de cette protection, il pouvait tout dire et le blanc se taisait.

Le blanc n'était pas autorisé à posséder des armes, je me demande comment les blancs auraient réagis si cela avait été le cas…

Cela aussi faisait parti de la philosophie Bantou qui n'avait jamais vu un blanc peureux, à part la peur de certains insectes et animaux. Le noir riait de plein cœur quand il voyait la réaction du blanc à là vu des serpents et araignées. A l'approche du Dipenda il avait en face de lui un blanc qui avait peur et il tira profit de cette situation. Il s'avait qu'on n'avait pas d'armes et que nos soldats étaient à des milliers de kilomètres…

Aux élections, sur chaque urne, une photo était collée. Celui qui ne votait pas pour Lumumba était assassiné sur place !

Lumumba bukavu

Mr Claes continue : Le Congo était immense. On voulait établir une structure fédérale, un gouvernement par province, superviser par un gouvernement central. Faites le calcul pour connaître le nombre d'évolués nécessaire pour occuper les postes vacants. Nous, agents territoriaux, on pouvaient rester en tant que conseiller. C'est ainsi que mon clerc, Jean Neponucène, nommé ministre du Kivu devenait mon chef.

En mai 1940 je mettais main basse sur des pamphlets inspirés du communisme. L'appel à la révolution était adressé aux Bukasu affiliés à Lumumba. Il y avait des directives bien précises ! On pouvait lire, entre autres, notre meilleure arme est le mensonge, le mensonge détruit tout ! Je cite : " l'arme la plus forte qu'il faut se servir dès le début est le mensonge car, une fois excité la masse, l'accusé se verra attaqué et ne pourra plus concurrencer. "

Le point 12 des directives mentionnait : Il est très nécessaire d'envoyer les nôtres dans toutes les universités du monde, le plus grand nombre en Russie ou nous aurons beaucoup de privilèges. Les finances que notre chef politique Lumumba a touché sont uniquement pour arriver à ce fait !

Un peu plus tard on organisa pèle mêle des élections pour remplir les postes vacants des cadres. Celui qui a vécut cette période savait ce que l'avenir allait réserver. Imaginez-vous, sur chaque urne une photo collée. Les électeurs devaient déposer leur bulletin de vote dans l'urne du photo du candidat de leur choix. Dans les locaux les Lumumbistes surveillaient. Celui qui ne mettait pas son bulletin dans l'urne de Lumumba était assassiné sur place ! Incroyable mais vrai ! Le résultat des élections était une farce énorme…

Après les élections des noirs ayant travaillés sous mes ordres devenaient mes chefs. Un d'entre eux me convoquait afin que j'explique exactement le contenu de mon travail. Il trouvait mon explication trop compliquée et m'ordonna d'installer un grand coffre-fort dans son ministère afin qu'on puisse payer toutes les factures présentées des hôpitaux, pompiers et le personnel de l'état. Cela était beaucoup plus simple et on n'avait plus besoin d'aucun papier !

Avec une philosophie pareille, pas étonnant que le Congo allait tout droit vers la faillitte

La milice noire voulait vider ma voiture de son contenu. Je mettais les gaz à fond !

Comme des milliers de blancs Bernard Claes voulait quitter le Congo. Il se sentait menacé ! Femme et enfants avaient déjà quitté le pays. Lui il a tenu jusque le 15 août 1960, six semaines après l'indépendance. Bukavu semblait tranquille, intouchable par le virus de l'anarchie noire. Les slogans criards à l'adresse se multiplièrent et Bukavu allait devenir l'enfer pour les blancs.

Pourquoi les agents territoriaux, fonctionnaires de l'état restaient-ils sur place ? Qui a sur sa conscience la mort de dizaines d'entre eux ? Est-ce qu'il y a un rapport avec la note de service issue par le gouverneur de la province du Kivu, Mr. Borlée ? Cette note était destinée à l'attention des commissaires de districts ; Mr Poswick (Kindu) Mr Cauwe (Goma) et Mr Jirmin (Bukavu).

Le texte disait : Veuillez sans tarder informer, selon le protocole du 12 juillet, tous les agents territoriaux, les enseignants, les officiers de la force publique, la magistrature, les parastataux, l'enseignement agrée sont considérés en étant dans la possibilité d'exercer leur fonction et carrière en Afrique. Ils peuvent profiter de la loi du 21 mars 1960. En conséquence tous les agents désireux de quitter leur fonction peuvent le faire et se mettre en route sans tarder, de préférence via le Ruanda-Urundi. Les services suivants doivent être assurés : la poste, police, gendarmerie, l'aviation civile et le service médical. Ces agents garderont tous les droits accordés selon la loi du 21 mars 1960. Ils doivent cependant assurer les structures administratives et économiques nécessaires à la bonne évolution du pays. Ils auront la priorité en réaffectation si jamais ils font appel plus tard à une compensation. Ceux-là, ainsi que les volontaires, resteront assurés à part entière. Ceux qui ne se sentent pas en sécurité peuvent joindre un poste ou l'ordre règne. Avis important : les agents ayant quitté leur poste doivent couvrit leur responsabilité administrative comme la remise de la comptabilité.

Bernard Claes de St Trond était un fonctionnaire exemplaire et resta en fonction. Au paradis terrestre Bukavu, ou le climat était la plus belle récompense pour le blanc, vivaient en 1960 environ 5000 coloniaux. La Dipenda allait tout changer. Une semaine après l'indépendance, le nouveau ministre provincial des finances, noir, convoquait les agents belges. Il leur informait de sa décision d'Africanisé le service endéans les 3 mois. Trois agents devaient quitter le pays manu militari. Les autres devaient faire la remise, reprise !

L'aversion envers les blancs ne se calmait pas. Le matin du9 juillet 1960, je fus démis de ma fonction d'ordonnateur trésorier. Par ordonnance je devais mettre au courant mon remplacent M. Lukundja, sans tarder. Lukundja était auparavant un agent de 7è catégorie ! Je me rappelais la note de service et considérait que je pouvais quitter le pays sans qu'on aurait pu me reprocher la moindre des choses. Le vendredi 5 août, vers 17 heures, les gendarmes m'arrêtaient en plein centre de Bukavu. Ils voulaient de l'argent et le contenu de la voiture. Comme j'avais l'intention de quitter le pays vers l'Afrique du Sud, le coffre était bien remplit.

Nous voulons quelque chose de votre voiture disaient-ils. Jouant le jeu je répondais pourquoi pas, c'est l'indépendance ! Ils se ruèrent sur le coffre, l'ouvrirent et c'est alors que je mettais plein gaz. Quelques kilomètres de là je cherchais refuge chez des amis. Si on me trouverait j'étais mort ! On était huit dans la maison parlant des événements en buvant de la bière. Tous voulaient rester pour ne pas perdre nos droits à une réaffectation possible. C'est seulement le 13 août, après la fermeture du consulat belge, que je quittais la ville direction Astridville, la voiture remplie de bidons d'essence. Le chemin vers Cape-Town, je le connaissais par cœur. Des milliers d'autres suivirent la même route ; Goré, Hulinga, Hulafique, Lusahanga, Nyakanagu, Bukomba , kabana, Isergeja, Iserka, Turoe, Nzega, Puge, Tabora, Sikonge, Ipole, Kiloli, direction la pointe Sud de l'Afrique ! Un trajet de neuf jours !

Est-ce que votre femme vous trompe ? Prends en une autre ! Avec mes meilleures salutations.

Après la Dipenda, quand les mutins voulaient vider le coffre fort du ministère, je réussis à les convaincre de ne pas le faire et cela par une attitude ferme. Le langage du chef et la violence Est une langue bien compréhensible par le noir ! Envers son prochain il pouvait être extrêmement cruel. Individuellement on peut le contrôler facilement, en groupe il peut être très dangereux. Des meutes de noirs excitées sont aussi dangereuses que des meutes d'animaux sauvages en chasse ! Plus tard on s'en est rendue compte !

Je répète, le noir avait du respect pour le courage du blanc, son attitude juste et ferme. Six paras pouvaient contrôler un groupe de 300 noirs à condition de prendre l'initiative.

Nous, coloniaux, ont a lu les livres de Jef Geeraert et somme en quelque sorte, jaloux des expériences multiples vécus en trois mois de vie coloniale. Je crois que Jef a trouvé au Congo le paradis sexuel. Nous il aurait fallut une vie entière et encore…

Chez moi, dans l'administration, j'avais un clerc Edouard Itale, un bon gars mais il buvait sans cesse et cherchait la bagarre. Maintes fois j'ai téléphoné à Mr. Marquet, le directeur de la prison pour le sortir de là. De jour en jour Edouard devenait plus rebelle, cela n'avait rien à voir avec la Dipenda, on était au début des années 1950. Je l'interpellais au sujet de sa conduite inacceptable :

Edouard pourquoi te comporte tu ainsi ? Bwana Claes, ma femme me trompe. Prends en une autre Edouard. Je n'ose pas Bwana, je suis catholique. Et alors ? Le père blanc m'a dit, en tant que catholique je ne peu pas divorcer. Ecoute Edouard, si tu ne serais pas catholique, prendrais tu une autre femme ? Certainement Bwana, j'en connais une autre. Alors prends là et mets l'autre à la porte ! Ainsi dit ainsi fait. Edouard a prit une autre femme et depuis il était un clerc modèle.

Ceux qui ont résidés à Bukavu connaissent certainement l'histoire de Ramazani, un assistant noir d'un médecin. Il avait gagné à la loterie coloniale la fortune de 5.000.000 de francs, preuve que gagner à la loterie était possible pour les blancs et les noirs. Il achetait six nouvelles voitures Mercedes, organisa des fêtes multiples pour les membres de son clan. Seulement 6 mois après avoir gagné cette fortune il se retrouvait sur le carreau !

Un noir pouvait être très dépendant du blanc, comme une gosse à bas age. J'avais une fois soigné les pieds de mon plancton qui s'était blessé, je nettoyais la blessure et lui administrait de la pénicilline. La blessure était guérie deux jours après, de la sorcellerie ! Depuis mon plancton faisait tout pour moi !

© 2002 Gust Verwerft - Congo-1960

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Een auteur van een programma kan de namaker van zijn werk strafrechtelijk laten vervolgen, maar dat kan alleen als het namaken kwaadwillig of bedrieglijk is gebeurd. Niet alleen de namaker is strafbaar, ook wie namaakprogramma's voor handelsdoeleinden verkoopt, in voorraad heeft voor verkoop of invoert in België, overtreedt het auteursrecht.
Delcol Martine