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Mr. Ernest Van Cauter

 

Ernest van Cauter

Pourquoi sommes nous émigré au Congo par des milliers?

Capitaine au long cours, Ernest Van Cauter (57) de Kapellen, est un homme connaissant le monde et surtout le Congo. En 1947 il partait à la colonie Belge en tant qu’ officier naviguant. Il y faisait connaissance de Laurette Sips et l’épousait. Laurette Van Cauter, née au Congo a connut la période d’avant guerre et habitait dans le Katanga, province tranquille, riche, un véritable paradis sur terre ! Van Cauter a vécut 35 ans au Congo. On peut, à juste titre, le considérer comme un expert des habitudes et coutumes congolaises.

Dans sa résidence transformée tant bien que mal dans le style congolais, il disserte avec passion sur le temps jadis. Une histoire, racontée à la vitesse d’un TGV, l’œil fixé sur la pendule, car étant pilote au port d’Anvers, il doit (rester disponible pour) ( ??) guider quelques bateaux navigants sur l’Escaut. Il semblerait que le port d’Anvers soit son dernier lieu de travail.

Van Cauter est né à Dendermonde et résidait au Congo depuis 1953, comme hydrographe au service de l’État. En 1960, pendant ses vacances en Belgique, il apprenait que la folie s’était emparée des résidants congolais. Toujours au service de l’État, il se trouvait en 1961-62 à Albertville, dans le Katanga séparé du reste du Congo. Il fut nommé directeur des voies navigables. En 1963, il changeait de statut. Il travaillait alors pour les Nations Unies, l’ONU. Il connut les rébellions des Simba’s. Ernest Van Cauter apprenait à connaître le Zaïre des années 80. Il avait comme tâche de former des inspecteurs des voies navigables. Une catastrophe, dit-il fermement ! Celui qui doit agir ne peut pas, celui qui le veut ne peut pas, celui qui devrait parler se tait et celui qui doit se taire commande. Ca, c’est le Congo d’aujourd’hui ! Entre mon premier et mon dernier séjour il y a 25 ans, je prétends que les noirs n’ont fait aucun progrès, bien au contraire !

Ernest van CauterPourquoi avons nous émigré au Congo par milliers?

C’est simple : pour réaliser quelque chose, et laisser derrière nous une Europe ravagée par la guerre. Le Congo était un défi. On savait qu’on aurait une grande marge de liberté, qu’on serait chargé de responsabilités, qu’on devrait compter seulement sur nous-même pour la réalisation des objectifs fixés. Je cite un exemple : quelqu’un meurt à bord d’un bateau. Il faut se charger soi-même de toute la paperasserie. L’administration peut en prendre modèle ! Partir au Congo voulait dire travailler durement.

On y allait pour réaliser des objectifs, non pour consulter sa montre pour rentrer à la maison. Si je jugeais utile de travailler avec mon personnel jusqu’à minuit, même jusqu'à cinq heures du matin, il en était ainsi ! Personne ne réclamait ! Les noirs savaient qu’ils pouvaient récupérer les heures supplémentaires prestées. C’était la période où les syndicats belges au Congo n’avaient encore rien à dire. Les noirs n’étaient pas encore intoxiqués par des slogans revendicatifs comme l’indépendance. Je crois que les coloniaux n’étaient pas tellement surpris par les exigences ou le comportement des noirs, mais bien par les décisions illogiques prises à Bruxelles.

C’est à Bruxelles qu’on a pris des décisions qui coupaient le souffle de chaque colonial. Il était clair que ces gens ne connaissaient le Congo que par les livres de classe ou autres documents douteux. On a perdu le Congo à cause des actes de hauts responsables qui n’y connaissaient rien ! Ils n’avaient ( malgré les mises en garde) rien prévu de ce qui s’est passé après le 30 juin 1960.

Les Belges de la métropole pensaient en belges et cela a été leur grande erreur. Avant de comprendre quelqu’un il faut savoir se mettre dans sa peau ! Prenez comme exemple le drame du stade du Heysel. La situation entière était calculée selon des normes belges , dans le sens que la soupe ne sera pas bue aussi chaude que servie ! (cette figure de style n’a pas de traduction en français ) , Cette mentalité nous a été fatale sur le plan de la politique étrangère. Des milliers de fois on a répété que la façon de voir de Bruxelles était incorrecte, que le Congo se noierait dans le sang après la proclamation de l’indépendance.

En vain, tous nos arguments étaient balayés aussi tôt. Qu’on ne vienne pas nous dire que personne n’aurait put prévoir la catastrophe. Depuis longtemps, on avait érigé un corps de volontaires à Boma avec des armes etc…Après la révolte de janvier 1959, quand Kasavubu et ses acolytes ont fait des dizaines de victimes dans la capitale Léopoldville, tranquille jusqu’alors, Bruxelles continuait à sous estimer cette situation alarmante ! Oui, il ,est vrai qu’il y avait toujours des révoltes et émeutes au Congo. La Belgique n’y prêtait pas oreille pour ne pas décourager les coloniaux ni inspirer d’autres noirs à passer aux actes. Les Batetela’s, tribu à laquelle Lumumba appartenait, n’ont jamais été tranquilles. Par là je veux simplement dire, en tenant compte du passé turbulent Congolais, qu’il n’y avait aucune raison de reconnaitre l’ Abako de Kasavubu comme parti semi politique. Quand on chuchote un mot quelque part au Congo, le lendemain tous les noirs le savent ! Aussitôt après la reconnaissance de l’ Abako comme parti, l’effet de boule de neige s’installa au Congo ; toutes les ethnies voulaient leur parti propre ! La maladie Belge avait traversée l’Océan et atteint le Congo. La propagande socialiste a joué un rôle prédominant. Pendant des années ils voulaient jouer les pères blancs. Que constatons nous actuellement ? Avant, les noirs n’étaient pas libres, mais ils vivaient bien. Aujourd’hui ils sont soi-disant libres mais manquent de tout pour vivre décemment. Est-ce que quelqu’un a le courage politique de tirer ces conclusions ? Les noirs ont toujours été des gens simples, en quelque sorte des grands enfants qu’on devait traiter ainsi. Souvent au caractère soumis, bonasses, ils subissent …IL y a des régions ou une mentalité d’esclavage domine encore. Regardez le génocide entre les Hutus et les Tutsis ; une ethnie comprend 80% de la population totale et l’autre 20%. Cela n’empêche pas que la majorité se fait massacrer par la minorité.

OUI, les noirs étaient noirs, mais l’un n’était pas l’autre.

Maintenant on veut faire noirs des blancs, au lieu du contraire. Un noir ne peut-être comparé à un autre, aussi bien qu’un Danois n’est pas un Espagnol ! Cela est aussi d’application au Congo, même plus qu’ailleurs car les distances sont énormes et le manque d’infrastructure de liaison renforce le tribalisme. Prenez les noirs habitant la savane, des véritables lions, ils vous attaquent directement en face, aussi verbalement que par des actes. Ce sont des hommes forts aux idées bien fixes ! Par contre, ceux des forêts tropicales sont plus sournois, ils se défendent comme des serpents.

Mais attention aux noirs habitant au dessus de l’Equateur ! Là vous trouvez le clan de Mobutu. Ils règnent en despotes sur le peuple du Mayombe et le Kasai. Ces Mongus, tribu auquel appartient Ernest van CauterMobutu et ses acolytes sont astucieux, rusés, ils appliquent la tactique de planter le couteau dans le dos. C’est leur caractère formé dès le lait maternel, une manière de dominer,   en quoi ils ont réussi ! Beaucoup de blancs ont la bouche pleine de commentaires sur les noirs, mais leur opinion est basée sur des impressions vagues et non sur des faits. Moi-même, j’ai travaillé avec beaucoup de noirs, par exemple lors de l’étude des cours des voies fluviales et de leur tracé. Prenez les Lokeeles, ils vivent comme des bohémiens sur l’eau, et cela depuis la naissance jusqu’à la mort. C’était avec eux que nous devions travailler. Inutile de dire que ces gens avaient un sens d’observation dépassant de loin celui du blanc. Si, sur l’eau je faisais une gaffe, on se moquait de moi. Jamais quelqu’un d’entre eux m’a aidé à prévoir  des situations difficiles. Malgré cela, il faut jouer son rôle, comme on nous l’avait dit : se montrer supérieur, ne pas fraterniser, garder son standing. Le blanc prenant une ménagère noire était mis en quarantaine par ses collègues. Notre standing, il était vital ! Sans lui on ne pouvait agir à l’égard des   noirs. Dès que les représentants des partis politiques Belges tenaient leur discours, les noirs avaient compris qu’il y avait des brèches dans nos murs. Notre standing perdait de sa valeur. Dans un laps de temps très court on perdait toute prise…Tout ce qu’ils font au Congo maintenant est la plus grande bêtise qu’on peut imaginer, on ridiculise les blancs, on les enfonce.   Même Stanley nettoyait tous les jours ses souliers en brousse, il était vêtu d’un uniforme impeccable, c’était son image de marque. Céder envers un noir est reconnaître définitivement sa défaite. Les noirs ne connaissent pas une revanche ou une deuxième chance, une fois perdue, c’est perdu pour du bon !

Au sujet de l’indépendance ,il y avait des malentendus volontaires.

Le noir en brousse n’avait aucune idée ce que l’indépendance signifiait , il ne s’en tracassait pas ;   pour lui il n’y aurait pas beaucoup de changement. Lors de la conférence des tables rondes à Bruxelles, les évolués noirs parlaient d’une indépendance économique, tandis que les blancs parlaient d’une indépendance politique. Dès que le blanc avait reconnut l’ Abako comme parti pseudo-politique, le noir avait obtenu gain de cause. Depuis ce moment, sur le chemin de Boma à Matadi le passant blanc reçut des pierres sur sa voiture à volonté ! Les flamands pouvaient se distancer plus facilement car les noirs ne comprenaient pas leur langue. Ils appelaient un flamand par «  Bwana zeg » ! En effet nous, flamands, commencions souvent une phrase aves les mots : «  zeg het eens » ( dis le une fois.) Le noir pouvant imiter au mieux , avait le succès garantit. Cela a commencé en portant des lunettes sans verres et finit avec le phénomène Mobutu. Lui était le champion de l’imitation ! Observez son comportement avec des rois, des présidents, empereurs, même le Pape ! Il était toujours à l’aise, parce qu’ il avait le don de l’imitation. En 1947 j’étais au Congo, en 1983 j’y travaillais encore. J’ai la prétention de me considérer comme un expert du Congo. Encore aujourd’hui, je me demande ce qu’on a fait pour mériter le dédain montré par les noirs. Je sais bien : ils se défendent en disant que le blanc les punissait en employant la chicote. Oui, il y en avait ! Mais les punitions infligées par les blancs n’étaient rien comparées à ce que les noirs, entre eux, s’infligeaient. Punir pour eux voulait dire tuer sans aucune pitié !

Payer des impôts ? Ne pensez pas que chaque village dans la brousse payait des impôts. On n’y voyait pas l’utilité. Les villages le long des grands axes routiers et fluviaux n’y échappaient pas, mais il y avait des milliers de villages ou jamais un blanc n’avait mis les pieds. Les avions survolant l’immense territoire découvraient régulièrement des nouveaux villages. Cela était signalé aux autorités qui envoyaient alors un représentant sur place .

Guidé par un noir local, il disparaissait dans la nature et n’atteignait pas son objectif. Le Fumu du village offrait des œufs au visiteur blanc, signe qu’ il voulait bien parlementer ou discuter. Mais le blanc devait donner un matabich en échange de son cadeau. Donnant, donnant ! Le noir n’avait aucune estime pour le blanc. Pour lui le blanc était un cadavre vivant, sa couleur blanche et son odeur en étant la preuve. Il est vrai qu’au début le blanc avait un avantage par sa connaissance et la manipulation des outils de travail, mais le noir, fort de son don d’imitation, avait vite fait de se mettre à la hauteur. Posez la question aux membres de la Force Publique, l’armée Belgo-Congolaise. Il suffisait de tirer une fois avec une arme pour toucher la cible. Pendant la guerre ils ont participé aux combats en Ethiopie. Ils marchaient pendant des jours sans être fatigués, sans manger. Aucun blanc ne pouvait suivre ce rythme infernal. Courir ? Des marathons ? Pour eux c’était une occupation journalière ! J’ai vu de mes propres yeux plusieurs fois comment un messager noir avec un mot écrit sur un morceau de papier fixé sur son javelot, courait au village suivant situé à une trentaine de kilomètres. Cela à travers montagnes, vallées, cours d’eaux et la forêt ; infatigable, trente kilomètres aller et autant du retour ! Aussitôt qu’ils savaient lire le message ils changeaient d’attitude.

JErnest van Cautere considère qu’on a fait de son mieux au Congo. Mais notre façon de penser n’était pas compatible avec la logique noire. Notre paternalisme était acceptable pour le fonctionnaire noir car il y trouvait un certain avantage. Il était le guerrier mais nous étions responsables. D’autre part, le paternalisme pratiqué par le clergé était difficilement accepté. La religion leur dictait de vivre sagement, remplir toutes sortes de missions en considérant que la récompense viendrait APRES la mort  c.a.d. le ciel.   La logique noire ne pouvait accepter chose pareille ! Le noir n’est pas intéressé du tout par un avenir lointain, bien au contraire ,    il veut des récompenses immédiates.

Après l’indépendance, la question des Simbas a donnée une image fausse du Congolais en général. Les Simbas étaient des enfants drogués et influencés par les sorciers des villages. On ne pouvait pas les raisonner ! Je compare cela à la charge des hooligans Anglais au stade du Heysel. Durant les jours de l’indépendance, je me trouvais en Belgique en congé. Dans un premier temps il était impossible d’y retourner, mais l’État continuait à payer mon salaire. Petit à petit un sentiment d’amertume s’est emparé des coloniaux. Les politiciens nous avaient promis de nous procurer un job équivalent. IL n’en fut rien, bien au contraire ! Que doit on faire avant de se faire virer comme fonctionnaire ? Nous coloniaux avons été licenciés ! N’est- ce pas une raison pour cultiver un sentiment d’amertume ? En plus, l’opinion publique était contre nous, les richards du Congo ! Incroyable mais vrai ! Pourquoi avons-nous mérité cette hostilité ? IL est vrai qu’on gagnait décemment sa vie, mais on est passé à coté de beaucoup de choses, considérées comme normales dans la métropole. Je compare cela à un marin, qui après six mois de navigation au long cours, rentre à la maison. Lui aussi a de l’argent pour la simple raison qu’il n’a pas eut l’occasion de le dépenser ! Il se saoule vite car durant les six mois il n’a pas goutté à l’alcool. Il en était ainsi pour les coloniaux rentrant en vacances. Les premières semaines on visitait la famille partout, le cinquième mois on faisait pareil pour se dire au revoir. Entretemps on visitait le pays dans la nouvelle voiture achetée en transit et on entreprenait de bâtir sa maison. Aux yeux des gens, on disposait d’une fortune et on était éternellement en vacances. Les syndicats forçaient la dose en proclamant : faites attention, car ces gens prendront les meilleures places ! Dites-moi, honnêtement, que devions nous faire, anciens coloniaux ? Retourner au Congo même si on avait souhaité se refaire une nouvelle vie en métropole !

© 2002 Gust Verwerft - Congo-1960