Témoignage Gusta Van der Pol

Stockcar race a Léopoldville

Congo Reis Mar Del Plata

Dans notre série : L’obscurité, le coeur noir de l’Afrique

Les ex coloniaux relatent leur fuite 25 ans après leur fuite en 1960. 16 témoignage rassembler par Gust Verwerft journalist dans la revue "De Post" et traduit du neerlandais a votre disposition pour qu'on oublie jamais le vécu des anciens et l'exode de tous les Belges!

Les témoignages de : Jean, Ann, Madeleine, Ernest, Jos, Jack, Gusta, Piet, Gil en Bernard, Theo, Frans, Albert, Louis, André , René, Jan


Témoignage de : Madame Gusta Van der Pol

On se croyait sous l'Equateur, à Anvers.

Gusta van der polDans le monde exclusif des coloniaux il y avait seulement place pour les indigènes comme personnel de maison. Il est remarquable que Jef Geeraerts ait découvert au Congo un paradis sexuel que des générations de coloniaux entières n'ont jamais trouvé !

Les blancs, s'ils le souhaitaient pouvaient vivre sans beaucoup de contacts avec les indigènes. C'était le cas dans les grandes villes. On créait l'illusion de vivre sous le soleil tropical, dans une ville des blancs, dans un pays de blancs. Pour les cadres, dans une ville comme Léopoldville, leur habitat et cadre de travail étaient si vastes qu'ils n'avaient aucun lien direct avec les noirs. Ils étaient en mesure de lire leur journal venant de la Belgique, citant les dernières nouvelles de leur ville natale. Via les émissions de la radio ils apprenaient ce qui se passait dans la métropole. Le dimanche midi ils écoutaient les nouvelles sportives, les buts de Jef Coppens et Mermans étaient servis en direct, le tout en dégustant une bonne bière fraîche, Primus de préférence !

 

gusta van der polCeci est une partie de l'histoire racontée par Madame Gusta Van der Pol, originaire d'Anvers. Elle est veuve de Jan Van der Pol, coureur automobile, tué en 1959, lors d'une course de côte à Léopoldville. La famille Van der Pol, comme beaucoup d'autres, vivait dans un environnement Congolais exclusivement réservé aux blancs. Une vie comparable à celle vécue par le haut standing britannique pratiquée dans leurs diverses colonies. Jan Van der Pol était bien aimé à Léopoldville, durant les années 1950. Né à Anvers il avait fait son service militaire à Paris et avait tiré avantage du mélange de différentes nationalités. Avec son épouse et deux filles, il habitait le quartier résidentiel Djello-Binzo, situé à 16 km du centre de la ville. Sans personnel noir, on aurait pu s'imaginer à Brasschaat, St Génésius Rhode ou Knokke le Zoute en Belgique ; Jean avait de plus la réputation d'être un deuxième Manuel Fangio, grâce à la victoire d'une course automobile à Francorchamps en 1951. Son état de service, comme résistant pendant la deuxième guerre mondiale, l'avait emmené au Fort Breendonk où il avait été emprisonné par l'occupant. A Léopoldville, en 1952, il était distributeur agréé de voitures comme, Dodge, Peugeot et Volkswagen. Un acheteur éventuel devait passer par lui. Il avait 43 ans. D'après ses calculs, 2 à 3 termes suffiraient pour faire fortune. Dans les années 50 le Congo prospérait sans relâche. En Belgique, comme pas hasard, on constata cela seulement après l'indépendance du Congo c'est à dire après les années 1960. Hélas, Jean ne pouvait pas se tenir à la limite de vitesse imposée sur la route, il avait besoin de faire des acrobaties avec sa voiture ! C'est ainsi qu'il organisait des courses à vitesse, des rallyes. Paris-Dakar avant la lettre !

Une courbe de trop et peu d'argent !

gusta van der polLa population blanche était enthousiasmée par les spectacles offerts ; la course Léopoldville-Matadi-Léopoldville, les 24 heures de Léo. En 1958, il organisa une course de côte dans les environs de Léo. C'était sa dernière course ! 27 ans plus tard sa veuve se remémore et cite : « Mon mari était reparti pour son troisième terme. Je suis resté à Anvers à cause de mes enfants et de l'insécurité grandissante qui s'emparait de Léopoldville. Jean avait toujours une arme dans sa voiture donc….Je savais aussi qu'il allait tout remettre avant de revenir définitivement mais il devait régler pas mal de problèmes administratifs Partir sur un coup de tête est une rupture de contrat ! De plus en Belgique, il devait chercher un autre travail. Grâce à ses lettres, j'ai compris qu'il cherchait une solution. D'autre part, il avait toujours la passion de la vitesse, chaque voiture fût testée au maximum De ses possibilités.

Le 4 mai 1959, j'ai reçu un télégramme : « Jean est décédé suite à un accident de voiture. Lettre suit. Enterrement le 4 mai 1959 ! » Hélas, je n'ai pas eu la possibilité d'enterrer mon mari. Les comptes bancaires furent immédiatement bloqués. Pour les enfants et moi-même, l'avenir était du jour au lendemain sombre et incertain. Où avait-il été enterré ? Dans quelles circonstances avait-il trouvé la mort ? Je l'ignore ! Je me fiais à ce qu'on me racontait. N'oubliez pas que l'accident s'est déroulé peu avant l'indépendance, dans un climat grandissant de haine envers les blancs. Le temps d'obtenir les documents nécessaires pour débloquer les comptes de mon mari et l'indépendance était chose réalisée ! L'administration noire régnait sur le pays. Je ne pouvais rien faire, excepté écrire des lettres bien polies à l'administration et aux compagnies d'assurances. Je n'avais pas d'argent pour acheter un billet d'avion ni pour corrompre les fonctionnaires. C'est ainsi, que jusqu'à ce jour je n'ai pas touché un seul franc, on ne pouvait rien faire sans document ! J'ai abandonné tout espoir et vit de mes souvenirs dans mon appartement avec vue sur la ville d'Anvers

Le volontarisme noir devenait gênant.

Comme déjà mentionné plus haut, la famille Van der Pol et tant d'autres, vivaient dans un monde qu'ils voulaient garder à tout prix blanche comme de la neige. Il est évident que cette illusion ne pouvait tenir, pour le personnel de la maison car il fallait engager des noirs. Cela devenait gênant disait la veuve Van der Pol. Les boys se rebellaient, nous contredisaient, ne faisaient plus rien, bref c'était du sabotage. La situation devenait invivable. A Léopolville, on prêchait la haine des blancs à chaque coin des rues. Votre place n'est pas ici, partez ! Au début je n'y prêtait pas attention, je ne comprenais même pas la langue, le Lingaga. Quand ils parlaient très lentement, ici et là, je pouvais comprendre quelque chose.

Pour nous, gens de la ville, c'était tous les jours des vacances. Chaque jour il y avait quelque part une fête, une partie. On n'avait pas de famille, on cherchait la compagnie des autres blancs. Après le travail, vers 17 heures, on allait au café boire une bière, on discutait des événements journaliers pour finir au resto ou au cinéma en plein air. Dans la salle Albert, on projetait les films récents. Je sais bien, à Léo il n'y avait pas que des blancs, il y avait aussi 300.000 noirs « au belge ». Après 21 heures, il nous était défendu de nous y rendre. Cela ne nous venait même pas à l'idée car c'était un milieu hostile au blanc ! Le dimanche, accompagné de mon mari, j'ai parfois traversé « le belge » en voiture, l'avenue Charles de Gaulle. On entendait partout de la musique, un bruit infernal, c'était un véritable pandémonium.

Cela me faisait peur, je ne comprenais rien à leurs chansons, à leurs cris quand on passait. Après, par les lettres de mon mari, j'ai appris qu'on y prêchait la révolution, qu'on exigeait aussi le départ des blancs. Nous faisions comme si de rien n'était et on pouvait aisément prétendre qu'on vivait dans une ville Européenne. On mangeait la même nourriture qu'en métropole, le climat était merveilleux.

Nous Anversois, nous allions prendre le pique-nique au bord de l'Escaut, sur la plage St. Anneke. A Léo, on faisait pareil, le long du fleuve aux eaux brunâtres. On pouvait, comme à Anvers, joindre les deux rives en bateau, et aller de Léo à Brazzaville. De notre coté du fleuve, nous avions le ponton Mimosa où les crocodiles sommeillaient . On ne nageait pas dans l'Escaut car l'eau était sale. On ne nageait pas non plus dans le fleuve à cause de la présence des crocodiles ! J'avais horreur des serpents omniprésents.

La première fois, un petit serpent venimeux se trouvait sur la terrasse. Sans l'aboiement de notre chien il serait entré dans note salle de séjour. La deuxième fois, je visitais une amie, quand un serpent, grand de plusieurs mètres et gros comme un bras bien musclé, apparaissait à quelques mètres de moi dans les broussailles. Horrifié, je suis restée immobile, ainsi que le serpent. Après quelques instants, il a levé la tête, signe d'attaque. Mort de peur, je me suis encourue à toutes jambes. Arrivée chez ma copine je tremblais encore sur mes jambes. A mon retour, un boy me raccompagnait et oui, le serpent m'attendait à la même place. Le boy visait la tête à l'aide d'un gros bâton et le serpent se faufila dans la broussaille. Je ne l'ai plus jamais revu et je m'étais juré de ne plus mettre un seul pied dans cette contrée sauvage !

© 2002 Gust Verwerft - Congo-1960

 

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Delcol Martine