Planteur Jack Hermonier à Kilo Moto

Durant plusieurs semaines j’étais témoin de massacres.

Le grand malentendu au Congo.

Jack Hermnonier

  • Aucun blanc n’a eu autant de chances que moi.
  • Au moins quatre fois j’ai regardé la mort en face.Nous avons eu des fusils en abondance.
  • Pourquoi ne pas les avoir utilisé pour mettre les noirs en fuite.
  • Au début les Simba’s avaient des intentions nobles mais ils ont étés dévorés par leur propre révolution.
  • Ils avaient fait croire aux Pygmées que la Dipenda tomberait sur leur tête en forme de pièces de monnaie.
  • Un planteur n’abandonne jamais sa plantation ! C’est comparable a un capitaine qui reste sur son navire en détresse.
  • Mercenaire ou missionnaire, pour les rebelles c’était la même chose.
  • Environ 20.000 belges sont restés au Congo après la Dipenda parce que les routes étaient bloquées par des barrages mais aussi parce que ils ne voulaient pas abandonner ce qu’ils avaient construits de leurs propres mains.

    Jack Hermonnier de Malines était un des derniers. Comme volontaire il avait participé à la guerre de Corée. Il a quitté l’armée dans les années cinquante et fin 1957, juste après son mariage, il quitta la Belgique pour partir au Congo. Leon Petillon, Gouverneur-Général et Antoine Buisseret, ministre des Colonies, se portaient garant pour la continuité. Soldat Jack, devenu colon et Bwana, avait l’espoir d’y mourir après une vie prospère de patriarche d’une plantation à café. Il a tout survécut, aussi bien les Lumumbistes que les Simba’s.

    Comme la plus part des Belges, Jack n’avait aucune idée que les noirs pensaient déjà en 1957 à l’indépendance et que le colonialisme était déjà condamné. Qui en Belgique a entendu parler du prophète Simon Kibangu, qui prêchait l’anti-colonialisme dans les années 1920. Il fût condamné à mort et gracié par le palais royal et bannit à vie. Mais le Kibangisme avait bien prit racine et se répandait à travers tout le pays. Aucun des colons enthousiasmés ne se rendaient compte qu’il avait une prise de conscience politique dans les villages et les écoles. On ne militait pas encore ouvertement par manque d’encadrement, de règles bien définies à suivre.

    congo 1960 image foto sans titreAujourd’hui Jack Hermonier à perdu toute illusion et une grande partie de sa force physique. Il a 58 ans et travaille dans une petite entreprise, a des problèmes de santé et son mariage est un échec. Après sa période au Congo il a travaillé dans un magasin vendant des articles de sport, à un chantier,et il a tenu une auberge sur la grande place de Malines. Il a même travaillé pendant plusieurs années à l’Arabie Saoudite Après une longue conversation, au point de le quitter, Jack nous disait ; je pourrais en dire beaucoup plus, j’ai le sentiment de n’avoir rien dit de tout. Dans une maison silencieuse, froide Jack raconte : aucune personne n’a vu autant d’horreurs que moi. Trois, quatre fois j’ai regardé la mort en face ! D’autres crevaient, moi je survivais. Pourquoi cette chance ? Cela reste sans réponse.

    En 1957 j’avais fais mes adieux à la Belgique à trente ans et fraîchement marié. J’avais été militaire, puis ébéniste mais mon désir le plus cher était d’exploiter une plantation à la colonie, bien sur avec de l’argent prêté à l’Etat. Il fallait d’abord suivre l’écolage d’agriculture à Roda. En 1958 on me désignait un terrain de 180 hectares dans la province de l’Est zone A, près de Kilo-Moto. Je devais travailler cinquante hectares pour la culture du café. Le poste le plus près, Mongwalu, se trouvait à 60 kilomètres. La ville avoisinante, Bunia, se situait à 400 km de ma plantation. Selon la notion congolaise la ville était proche de mon lieu de travail. La plantation bornait le foret vierge ou différents tribus, appelés Walisis, s’étaient installés, loin des blancs. Ces noirs n’étaient pas habitués à travailler sur des plantations ni des agriculteurs. Ils étaient des chasseurs. Il y avait parmi ces tribus des Pygmées qu’on voyait rarement.

    Dans la période précédant la Dipenda les Lumumbistes vendaient des cartes du parti MNC. On les laissait faire, on n’y voyait rien de mal ! Avec les Walisi je n’ai jamais eu des problèmes, originaires du forêt vierge de l’Ituri, ils n’ont jamais comprit ce que le mot Dipenda signifiait. Le 30 juin 1960 était, pour eux, un jour parmi tant d’autres. C’étaient des gens honnêtes, jamais j’ai du fermer une seule porte de ma maison ni du magasin. Voler ? Dans la forêt on ne connaît pas ce mot, voler appartenait à la civilisation, donc aux blancs.Ne croyez pas que pour nous, les planteurs, l’argent tombait du ciel. Les terres nous confiées étaient vierges, ils fallait les labourer pour planter du café. Les noirs déboisent un lopin de terre et les bananiers y poussent. Plantez une pousse de manioc et on avait de la farine. Dès que le lopin de terre travaillé était sec on déboisait un autre morceau, une parcelle de la forêt. Depuis longtemps ils connaissaient la pomme de terre douce, on le trouvait au bord des chemins. Des récoltes fabuleuses, la richesse, je n’ai nullement connu cela pendant mes débuts comme planteur.De plus continuer à travailler dans le pays submergé par les Simba’s était devenu impossible. Nos concessions étaient entourées par des blocs de cément mais la verdure cachait ces bornes. En vérité cela était sans importance car de la terre il y en avait à perte de vue.

    Un planteur ne quitte pas sa plantation. C’est comme un capitaine d’un bateau en difficultés

    On a déjà parlé beaucoup de la façon de vivre sur une plantation. Dans la province de l’Est on devait respecter des règles bien précises étant donné la proximité de la forêt vierge, impénétrable. Jack Hermonier : la langue Swahili s’apprend vite. La tâche primordiale d’un planteur pendant les premières années est de survivre. Plus tard on espère obtenir des récoltes fabuleuses. J’ai tout fais pour gagner de l’argent pour pouvoir payer mes travailleurs, exploité une petite scierie, un magasin organisé du transport etc…Les noirs de la forêt venaient m’acheter du sel. Jamais on a eu faim ! On nous payait avec des œufs, du poulet des ananas, du gibier chassé dans la forêt. J’aurais pu avoir l’électricité mais j’avais appris à vivre sans. La société minière du Kilo-Moto avait à 6 km de distance une exploitation alluviale ; il y avait donc des câbles électriques posés à travers la forêt

    Les Pygmées je les voyais très rarement, même quand je traversais leur village. Parfois ils sortaient pour acheter du sel ou faire l’échange de certains produits, toujours accompagné par un Walisi car ils ne parlaient pas le Swahili

    Jusque 1964 j’espérais pouvoir récolter du café. C’est alors que la révolution des Simba’s s’emparait de la région entière. Têtu comme j’étais je ne voulais pas abandonner ma plantation. Parfois j’allais travailler dans une autre plantation appartenant à un Grecque. Pendant mon absence mes capita’s contrôlèrent la situation chez moi. Sachant qu’ils ne travaillent pas beaucoup pendant l’absence du blanc, je les avais autorisé à travailler quatre heures au lieu des huit heures convenu. Néanmoins je payais leur salaire complet. C’est ainsi qu’à cinq heures du matin ils étaient déjà au travail pour terminer un peu avant midi. Après ils retournaient au village. J’ai toujours voulu rester, partir était abandonner le tout ! C’est un peu comme un capitaine d’un bateau qui reste aux commandes même si son navire chavire. Dans mes périodes d’absence je déléguais mes pouvoirs à d’autres personnes mais je restais légalement propriétaire. Hélas en 1970 je comprenais que mon rêve touchait à la fin. Retourner était impossible pour des raisons pratiques et privés. Je me consolais en sachant que la plantation existait toujours, dirigée par des Grecques. J’ai toujours été convaincu que les terres labourées correctement allaient donner un jour des récoltes fabuleuses. Cela a été le cas mais sans moi !

    congo 1960 image foto sans titre

    Pour pouvoir rester au Congo tout en pensant à ma plantation, je me suis rallié à la police populaire Kokodis. Cette police était composée de blancs décidés de défendre leur propriété l’arme à la main. On a effectué beaucoup de raids, libérés des blancs. Malheureusement on a vu beaucoup d’entre eux mort, assassiné. Une blessure m’a forcée à rentrer en Belgique et a mis fin à cet épisode de ma vie. Sans l’aide des mercenaires Sud-Africains, les Kokodis n’auraient pas atteint leur but. J’ai des documents légaux me permettant de récupérer ma plantation mais je manque du courage et de l’argent pour mener un combat administratif perdu d’avance.La situation des colons de la province de l’Est était incertaine dès le début. Il faut savoir que beaucoup de blancs ont quittés le pays après la Dipenda et ne sont jamais revenus. D’autres on reprit partiellement leurs activités dans la plantation.

    Il n’y avait aucun contrôle mais les noirs ne voulaient pas perdre leur gagne-pain. J’avais reprit un lopin de terre de quelqu’un d’autre et mon successeur a fait pareil. Malgré tout je dois avouer que le jour de la Dipenda est passé inaperçu. Rien n’indiquait un changement quelconque, à part le trafic des cartes du parti dans la forêt. Il n’y avait pas d’encadrement. La situation restait calme et paisible pendant longtemps. C’est seulement via la radio qu’on apprenait les troubles, les émeutes, les agressions contre les blancs. Personnellement j’avais remarqué quelques signes précurseurs d’un changement défavorable et je ne croyais donc à un avenir possible dans la poursuite de mes efforts. On avait dit aux Walisis et Pygmées de couvrir le toit de la maison, des huttes, pour pouvoir récolter, le jour de la Dipenda, l’argent qui allait tomber du ciel.

    A d’autres noirs on avait expliqué qu’ils pouvaient se rendre à la banque et demander autant d’argent qu’ils souhaitaient. Beaucoup d’entre eux n’y croyaient pas, certainement pas les chefs, hommes sages, mais le mal était fait ! Quelques jours plus tard la situation s’empirait et les nouvelles de la radio devenaient de plus en plus alarmantes. Il était temps de partir !

    Nous avons des fusils en abondance, pourquoi ne pas les utiliser pour mettre les noirs en fuite.

    Pour chaque blanc le jour et la nuit étaient désormais synonymes de peur et d’anxiété. On essayait d’obtenir par tous les moyens des tickets d’avion, des places sur les bateaux. Environ 60.000 belges réussirent à partir à temps.

    Jack Hermonier : Peu après la Dipenda l’ANC se rebellait dans le pays entier.

    Nulle part on était encore en sécurité. Ce ne sont pas les noirs qui provoquèrent les troubles mais bien l’armée. Doekas, le Grecque travaillant dans ma plantation me conseilla de partir. Je pouvais obtenir trois tickets d’avion pour mon épouse et mes deux enfants nés au Congo. Le médecin Moncarey travaillant à Bunia était présent à leur naissance. Elles partirent avec le dernier vol d’Usumbura. C’est ainsi que je restais seul dans une ville fantôme, même les Grecques et les agents de la mine de Kiolo-Moto étaient partis.

    C’est alors que j’ai quitté le Congo par la route, destination l’Uganda, direction Beni-Beni. Quand j’y pense j’ai encore des frissons dans le dos ! Après avoir traversé la forêt de Beni-Beni, sur une longueur de 60 kilomètres, je voyais devant moi une colonne de voitures arrêtées par des noirs armés de javelots, arc et flèches. Les blancs étaient paralysés de peur et les noirs comprenant qu’ils maîtrisaient la situation devenaient de plus en plus brutales. Ils réclamèrent d’abord le matabich, ensuite ils pillèrent toutes les voitures de leur contenu. Les blancs n’ont pas résistés, ils ont subies. Pourtant il y avait une camionnette de la mine de Kilo-Moto chargée de munition et de nombreux fusils. Je proposais d’en faire usage et de tirer quelques salves en l’air pour mettre en fuite les pillards. Pour les noirs un fusil était chose inconnue qui faisait beaucoup de bruit. Ils ne savaient pas s’en servir et ignoraient que les balles étaient mortelles. Cette ignorance a causé la mort de beaucoup de blancs sans l’intention de les tuer. On encerclait ma voiture en exigeant le matabich que je refusais catégoriquement. Ils voyaient mon fusil à porté de la main et mon chien qui aboyait. Résultat, il n’ont pas insister et c’est ainsi que j’avais gagné la première manche. Dans la forêt de Beni-Beni le sang des blancs a coulé ; les noirs les obligeaient à se dénuder. Après les avoir maltraités on les laissait dans la jungle. Cela a duré jusqu'à l’arrivé de l’armée. Seul, accompagné de mon chien j’ai continué ma route, une traversée sans fin à travers la Ruanda, le Kenia pour arriver finalement en Belgique. Après deux semaines mon ami m’informait que tout était tranquille à Bunia et je repartais aussitôt ! La pensée à ma plantation était plus forte que le danger éventuel à encourir. De plus je me sentais plus Congolais que Belge, je connaissais la brousse et la forêt comme le fonds de ma poche.

    Je pouvais survivre car je connaissais les noirs et leurs coutumes. Survivre au Congo n’est pas insurmontable, il faut choisir un boy de confiance qui connaît tout et sur qui on peut compter. Prendre une femme noire, une ménagère, était encore plus facile. On peut l’utiliser pour des raisons de santé comme le disaient les hommes noirs. Atterrit à Léopoldville j’ai fais connaissance d’un colonel appelé Mobutu. Il tronait dans le hall d’arrivé pour tranquilliser les arrivants. L’armée avait détrôné Kasavubu et Lumumba et s’était emparé du pouvoir. J’admets, j’avais à nouveau de la confiance ! De retour à Stanleyville la situation était tout autre. Les soldats de la même armée étaient brutaux et me demandaient pourquoi j’étais revenu. On me considérait comme un suspect, même un espion ! Arrivé à Bunia j’étais plus tôt mal accueilli. Je faisais la queue pour obtenir mon permis de résidence, preuve comme quoi je pouvais habiter la ville dans l’attente de rejoindre ma plantation. Le tam-tam avait fait son travail ; arrivé au guichet on m’arrêtait et on me frappait avec la crosse de fusils. Avec mes cheveux coupés très court, une chemise verte et un pantalon kaki, mon passeport portant la mention ex militaire, je n’inspirais pas beaucoup de confiance. Ils étaient convaincu que j’étais un para belge resté au pays. Après la Dipenda les paras belges ont fait interruption dans le pays. Un avion s’est même écrasé contre les flancs d’une montagne causant la mort de cinquante soldats. J’avoue, mais c’était un peu tard, j’avais vraiment l’air d’un suspect !

    Le contingent Ethiopien de l’Onu était grand maître dans la pratique de la violence.

    L’Histoire est très sceptique sur l’envoi du contingent Ethiopien envoyé au Congo pour rétablir l’ordre. Louis Verbrugge, battu au sang par eux témoigne. Ce témoignage est également soutenu par Jack Hermonier. Parce que je ressemblais à un para om m’a traité ainsi. Une patrouille éthiopienne m’a libérée des mains de l’ANC et ramené à leur camp inspecté ce jour par une délégation de la santé mondiale. Plus tard je me suis rendu compte que pour une deuxième fois la chance m’avait sourit. C’est à cause de cette commission que je n’étais pas livré aux éthiopiens. Avec les membres de la commission je me suis rendu à Stanleyville ou je logeais dans un hôtel avec 70 conseillers russes. Chaque jour ils tenaient des conférences pour convertir les noirs au système communiste. Le frère de Lumumba présidait ces réunions. Après quelques semaines je me rendais à Bunia pour rejoindre ma plantation. Pendant deux ans j’y ais connu une certaine tranquillité. Avant ce départ j’avais assisté à une petite fête. Un lieutenant éthiopien prétendait que j’avais insulté son empereur Halei Selassie. On en venait aux mots et il m’a frappé. Le lendemain une patrouille, dirigée par le lieutenant en question, venait m’arrêter et me conduisait en brousse.

    Là le lieutenant m’invita à engager le combat avec lui. Je me suis battu en Corée, je travaillais durement à la plantation, je savais combattre. Après quelques minutes le lieutenant mordait à maintes reprises la poussière. C’est alors qu’on m’a fait passer à tabac, des coups de pieds, de crosses de fusils pleuvaient sur mon corps meurtri. Avec des feuilles de palmiers on me mettait le dos à sang. Ethiopiens ou Congolais c’était la même chose, ils pensent pareils, dans leurs yeux les blancs avaient toujours tors et ils étaient là pour les protéger ! Après m’avoir maltraité on m’a porté à ma plantation. Pendant deux semaines je me suis soigné sans dire un mot de ce mésaventure, car les soldats pouvaient revenir à chaque instant. De toute cette période je retiens une seule chose, le pouvoir décide du sort de la population, le plus faible ne peut rien entreprendre. Exemple Mobutu, il fait ce qu’il veut, il a même fait ramper Karl Nguza I Bond. La loi du plus fort est le principe qui gère le monde ! Aux yeux du monde entier l’Uno avait rétablit un certain calme dans le Congo mais je connaissais les moyens utilisés. J’ai perdu pas mal de revenus car je n’osais plus travailler dans ma plantation à Maitatoe. J’avais dégager un morceau de terrain le long de la rivière pour pouvoir nager et faire du canotage. Les enfants noirs suivaient mon exemple. Un matin un enfant a été emmené par un crocodile et n’est jamais revenu. On me tenait responsable de cet accident malheureux. Je sentais la haine des noirs et décida de quitter le Maitatoe sans tarder. Cela a sauvé ma vie car si je serais resté tôt au tard on m’aurait assassiné.

    Depuis, ma rétractation envers les noirs a grandit.

    Pendant que Jack Hermonier essayait de rentabiliser sa plantation à café et qu’il effectuait toutes sortes de petits travaux pour payer son personnel, le Congo des années 1961-62-63 était sous l’emprise du matabich. Le pays s’engouffrait dans la corruption, l’anarchie et la déchéance. Lumumba était assassiné et l’exercice du pouvoir du premier Joseph Ileo et Cyriel Adula fût saboté. La sécession Katangaise touchait à sa fin et Tshombe capitulait. On lui demandait de former un nouveau gouvernement. A un certain moment la situation semblait se stabiliser sous l’Equateur et les troupes de l’UNO quittèrent le pays. Illusion ! C’est alors que les Simba’s s’emparèrent du pays. .

    Jack Hermonier : » Attention, au début on avait de la sympathie pour les Simba’s décidés à combattre la corruption bien établie au Congo.

    La révolution prenait souche dans l’industrie sucrière, près du lac Tanganika, au bord de la Tanzanie , ou les Chinois propageaient leurs slogans gauchistes. Je répète, les Simba’s avaient des intentions nobles mais furent détruit par leur propre révolution ! Au départ ils formaient un groupe élitaire d’évolués ayant étudiés aux universités de pays communistes. Les combattants devaient jurer de respecter la discipline et la pureté. Leur mouvement connaissait un tel succès et grandissait sans relâche. Il est normal que la masse choisisse le parti le plus fort. L’or de leur passage dans les villages les rangs s’agrandissaient sans aucune sélection préalable.

    A la fin c’était une bande indisciplinée qui stationnait dans chaque village une force d’occupation. Les atrocités provoqués par les Simba’s du deuxième et troisième rang sont indescriptibles. Je l’ais constaté et vu de mes propres yeux. Tous les jours, devant le monument de Patrice Lumumba on torturait et massacrait des innocents, des noirs qui avaient refusés de joindre les rangs. On ne peut pas imaginer combien de variations techniques de tortures les noirs inventaient. Une courte agonie était indispensable, cela devait durer !

    J’ai vu attacher quelqu’un, lui arracher ses yeux et puis battre à mort. On coupait le sexe male. Ces atrocités duraient tout le matin.

    Le résultat ? Dix à vingt victimes par jour !

    La cible préférée était le gendarme Katangais, membre d’élite de l’armée de Moise Tshombe. Durant des semaines j’ai assisté aux tortures, souvent les yeux fermés, mais les oreilles enregistraient chaque cri, chaque hurlement ! Là j’ai eu un dégoût pour le noir. Oui j’allais revenir…comme mercenaire. Force d’assister à des dizaines d’exécutions chaque jour et cela pendant des semaines, Jack Hermonnier de Malines retrouvait son âme de combattant. Comme ex militaire il avait essayé de rentabiliser une plantation dans la province de l’Est. Au moment de la réussite les Simba’s détruisaient tous ses efforts investis. Il décida de faire partie de la police populaire blanche Kodokis et ensuite de devenir mercenaire, pour mettre fin à la révolution et aux massacres. Jack Hermonier pensait que le pire était passé jusqu’au moment ou les Simba’s s’emparèrent de Bunia. Il raconte : Une première attaque fut bloquée par l’armée Congolaise renforcée par des gendarmes Katangais. On avait fait exploser un petit pont et empêchée ainsi l’avancée des camions amenant les Simba’s. De nouveau des femmes et enfants furent évacuées direction l’Uganda. Nous, on espérait une intervention des paras belges. Je rencontrais Gérard Segers, un Bruxellois travaillant pour Interfina. Ensemble on se préparait à une attaque éventuelle ; Dans une maison on avait fabriqué un faux plafond comme refuge et stocké des vivres, boissons et munitions. L’armée congolaise était présente et on pensait qu’une insurrection inattendue était peu probable. On ne pouvait plus s’enfuir, l’armée refusait de nous donner un sauf conduit et la ville de Bunia était encerclée. A la radio on apprenait que les belges et particulièrement les flamands étaient le point de mire des Simba’s. On avait peur ! Deux jours plus tard, dans l’après-midi on entendait des coups de feu mais pas d’impact de balles à voir ! Tout d’un coup je voyais des policiers et soldats en fuite, laissant tomber leurs armes. On ne comprenait pas encore la véritable situation.

    congo 1960 image foto sans titre

    La ville de Bunia était en fait une grande rue. Les Simba’s faisaient leur entrée à Bunia. Ce n’était plus l’armée du début de la révolution ; ils étaient à moitié nu, couvert de boue, criaient et hurlaient. Bref ils faisaient peur. Certains avaient ramassés des fusils des soldats et policiers en fuite.

    Tout d’un coup un chef s’arrête devant notre maison qu’il montrait de son doigt. Pris de peur on oubliait le faux plafond et à travers la fenêtre de derrière on prenait la fuite vers la brousse. A ce moment précis on ne savait pas encore que les Simba’s ne pouvaient quitter le chemin allant tout droit à la victoire, sinon ils perdraient leur immunité contre les balles tirées par leur adversaire. Ils ne pouvaient pas partager le lit d’une femme excepté si la fille en question n’avait pas encore eu sa menstruation !  On restait caché dans la brousse en observant au lointain la ville et en écoutant le bruit infernal des salves. A la tombée de la nuit je rempais  jusqu'à un petit hôtel dont le patron était grecque. .On l’avait battu à sang mais il vivait encore, on l’avait d’abord pris pour un belge et il fut seulement relâché en décli

    L’échec de la révolution.

    On n’avait pas d’autre choix que de retourner à la maison et attendre la suite des évènements. Mon expérience au Congo m’avait apprit qu’une situation critique peut changer à tout moment et se normaliser plus ou moins. Ce fut le cas, on nous laissait tranquille et on ne visitait pas la maison. Un matin on attendait le bruit de fenêtres cassés, de suite on cherchait refuge dans le faux plafond. Les Simba’s fouillaient la maison de fond en comble mais ne trouvaient pas ce qu’ils cherchait, les belges. Je suis persuadé qu’ils sentaient notre présence et qu’ils avaient peur. Les tortures et exécutions auprès du monument de Lumumba continuèrent sans relâche. Bunia a été la dernière prise des Simba’s. Après l’armée leur infligeaient des pertes sévères. Comment expliquer leur cruauté ? Les généraux expliquaient l’échec par suite de l’intervention des mercenaires. Tout comme le mot missionnaire, mercenaire ne pouvait se traduire en Shwahili. Par conséquent on ne faisait plus la différence entre les religieux et les mercenaires et une chasse impitoyable était organisée pour trouver le personnel des missions. A Bunia, les missionnaires, les religieuses, quelques agents de Kilo-Moto, mon ami et moi-même étions rassemblés à l’hôtel Papanogovitz. On était une bonne soixantaine enfermée dans des petits locaux, pris en otages. Le manque d’hygiène et de privé, je préfère ne pas en parler car j’attrape la nausée rien qu’en y pensant. On en voulait aux belges, après vérification les autres nationalités étaient relâchés et cela selon les directives du général Olenga appuyé par des politiciens comme Soumialot et Gbenye. La nourriture ne manquait pas mais personne n’avait de l’appétit. Les Simba’s drogués par une consommation excessive d’alcool avaient inventés un autre passe temps. Ils obligeaient les religieuses et les missionnaires de danser tout nu devant eux. Dans leurs yeux c’était la plus grande humiliation qu’on peut infliger aux blancs.

    Le célibat.

    Durant des semaines on restait enfermés pendant qu’un jeu politique décidait de notre sort. Subitement tous les agents de Kilo-Moto pouvaient quitter l’hôtel. Les religieux, mon ami et moi-même devions rester. On sentaient que la motivation des Simba’s a continuer le combat s’affaiblissait. Malgré tout un noyau dur tirait les ficelles. Le frère d’Olenga et son état major s’installaient à Bunia, ville devenue relativement calme. Ils ne se soucièrent guère de notre sort ! Olenga ne connaissait pas la signification des mots honneur, célibat et viol qu’il avait obligé ses guerriers à respecter. J’avais été témoin comment les religieux s’y prenaient pour éviter un viol d’une sœur. En cœur on hurlait, on criait, un tapage infernal.Cela faisait peur au Simba le plus durci. Olenga appliquait une autre tactique. Au refus d’une religieuse de partager son lit, il vidait son chargeur sur la sœur rebelle…

    Au fond de moi-même je savais que j’allais être tué. La seule question qui me tracassait était quand et comment. Le matin on nous rassemblait dans la petite cour derrière l’hôtel. On nous battait, le dos nu, pour mieux contrôler l’effet des coups de fouet qu’on nous administrait

    Film d’horreur. congo 1960 image foto sans titre

    Je décidais de jouer le tout pour le tout et falsifiait, tant bien que mal, ma nationalité sur mon pasport.  De belge je venais britannique. Encore une fois la chance me souriait. En attendant dans la file pour recevoir la portion journalière de coups de fouet je m’adressais à un chef et disais tout haut : je suis un citoyen français, pourquoi faites vous cela, en quoi cela me concerne t’il ? Visiblement j’avais misé juste. Le chef me sortait du rang, contrôlait mon pas port. Ma chance était qu’il ne savait pas lire ! Sur quoi il m’amenait à la sûreté pour obtenir un document signé comme quoi il devait me laisser tranquille. Le préposé examinait mon pas port et savait visiblement lire et écrire, il comprenait parfaitement mes intentions. Mon gardien ne voulant pas admettre qu’il était illettré ordonna de me libérer.

    Le sort des missionnaires ? Je n’en sais rien et je ne veux pas le savoir. J’ai essayé de m’enfuir. Un colonel des Simba’s qui en avait marre m’a proposé une place dans son camion. Notre intention était d’atteindre l’autre rive du lac Albert. Cela n’a pas réussit.

    Le Congo a baigné dans le sang. Deux millions de victimes ! Ceci n’est qu’une estimation à la baisse. J’ai roulé pendant des kilomètres sur des routes couverts de cadavres. Images d’un film d’horreur. Sur notre route un groupe de jeunes Simba’s nous arrêtaient. On pensait être en sécurité dans la brousse car les Simba’s ne pouvaient pas quitter le chemin qui menait à la victoire. Ils nous suivaient quand même et étaient membres de la jeunesse de Lulumba affiliés aux Simba’s. Ils n’étaient pas soumis aux mêmes directives. On s’était mis d’accord pour nous faire passer comme Russes, convaincu qu’on n’aurait pas de problèmes. Mais notre adversaire était plus malin : le contrôle de nos pas ports mettait la puce à l’oreille. On nous amenait devant le tribunal de peuple. Dehors la foule excitée réclamait notre mise à mort, comme dans le temps des romains, et notre cœur comme dessert ! Le verdict ? On était des espions et au moment précis qu’on allait nous livrer à la populace, les Simba’s ne pouvaient pas joindre leur quartier général par téléphone. Cela les inquiétait et on nous laissa tranquille. Quelques minutes plus tard la ligne était réparée. Au bout du fil était l’armée congolaise ! C’était la panique et une demi heure après tous les Simba’s avaient disparus. Un film avec un scénario pareil n’est pas crédible, pourtant je l’ai vécu !

    Nettoyage.

    Jack Hermonier, tellement ému aurait pu s’affaisser dans son siège mais au contraire. Il raconte :Sur peu de temps la situation avait complètement changée, la population nous apportait des petits cadeaux, des œufs, ananas et autres fruits. C’était à prévoir, on retourne sa veste et on se joint au plus fort. Dans leur optique les plus forts étaient maintenant les blancs, l’armée congolaise et les gendarmes katangais. .Leur intention était limpide, ne pas être dénoncé par les blancs à l’arrivée de l’armée. La même armée avait crée la Kodokis , comprenant des planteurs et autres blancs, bien décidés a protéger leurs biens les armes à la main. Je me suis affilié spontanément et cela a duré six mois. J’ai participé a plusieurs missions, non pas pour l’argent mais dans le but de libérer des blancs menacés. Malgré une circulation normale sur les routes il n’était pas exclu que les Simba’s en fuite prenaient des innocents comme otage. Il y avait aussi des Sud-Africains bien entraînés sous le commandement du colonel O’Hare, mais cela est une autre histoire dont je ne veux pas parler. Je connaissais la région et les chemins et fonctionnait essentiellement comme guide.

    A un certain moment la situation devenait confuse suite à l’évolution politique dans le pays. Les gendarmes Katangais se battaient à nos cotés. C’est alors que M. Tshombe disparaissait de la scène politique. En novembre 1965 Mobutu avait prit le pouvoir, du coup les gendarmes katangais devenaient une menace. C’était une situation triste et dramatique.

    En tant que membre de la Kodokis je faisais des patrouilles de reconnaissance dans la région de Kilo-Moto, près de ma plantation. Une de mes premières actions était de libérer des blancs cachés dans la mine de Kilo-Moto, ils étaient encerclés par les Simba’s qui n’osaient pas descendre dans la mine. Cachés pendant des semaines, les blancs ne cachaient pas leur joie une fois libérée. Une autre opération fût un échec, c’était à la Noël 1964. Quatre hommes et une femme étaient pris comme otage dans une ferme dans la région de Kilo-Moto. On est arrivé trop tard. La vue des corps mutilés était affreuse, aucun bourreau n’est capable d’inventer pareilles cruautés…

    Des actions pareilles devaient être couvert par une sorte d’assurance, c’est ainsi que je me suis engagé pour un an. Je m’occupais de l’entraînement des soldats de l’armée congolaise. Ce la ne posait aucun problème étant donné mon passé militaire.

    Infiltration

    Après avoir signé le contract et obtenu une nouvelle blessure, je me suis engagé en tant que mercenaire pour un an. Cela n’était pas difficile, de toute façon je voulais rester au Congo et sauver ma plantation, même dans cette période je n’ai jamais abandonné cette idée. Le Congo était devenu plus tranquille et la rébellion sous contrôle. C’est alors que le problème des gendarmes katangais a fait surface. On les manipulait tellement qu’ils se rebellaient. Ainsi on avait une excuse officielle pour les combattre et anéantir. Il y avait aussi des infiltrations d’autres pays. Je ne vais pas raconter grand-chose sur ma vie de mercenaire, c’est la logique même. Entre temps c’est devenu un secret public que la CIA a participé aux combats contre les Cubains de Fidel Castro. J’ai toujours essayé d’éviter le combat en acceptant d’autres missions tel que patrouiller en bateau sur le lac Kivu. Le fait de parler le langage était un avantage non négligeable. Parfois je me sentais en vacances. Toutefois je vivais constamment sous la contrainte de blessures graves et de rester handicape pour le reste de ma vie. Cette peur n’a pas empêché qu’une balle traverse ma nuque, pendant la bataille de Watsa. On m’évacuait en Belgique en décembre 1966. Plus que jamais j’étais décidé à reprendre ma vie de planteur. Des lettres m’apprenaient que ma plantation était prospère et que les récoltes de plus en plus grandes. J’étais persuadé d’être de passage en Belgique. Mes enfants ayant grandis n’avaient pas le syndrome congolais. Leur avenir était en Belgique. Je chérissais mon rêve de bâtir une grande usine au Congo pour traiter le café. A fur et à mesure que les années passèrent e me suis fais une idée, le Congo pour moi c’était fini !

    La plantation m’appartient toujours. Les Grecques ont mis main basse et je n’entends plus rien d’eux. Je suis ici avec un petit sac en plastique contenant des foto’s et des documents, la preuve que je n’ai pas rêvé !

    Epure

    Jack Hermonier n’avait pas rêvé. Quand en 1967 à Malines il débutait son entreprise de construction de bateaux en polyestre, le grand nettoyage au Congo était presque terminé. Les acteurs principaux du thriller de la Dipenda avaient quitté la scène, l’un après l’autre. M. Tshombe était partit depuis 1966 et avait cherché refuge en Espagne. L’architecte de la sécession katangaise n’a pas survécut à son exil. Le président Kasavubu, autre figurant important de la période après la Dipenda avait reconnut son nouveau maître Mobutu et s’était retiré. L’opposition au Bas Congo fût ainsi réduite au silence. L’ancien premier Evarist Kimba et quelques collègues ont étés pendus publiquement à Léopoldville en juin 1966. Ils étaient revenus sous la promesse d’une amnistie. Malgré la clémence réclamée par l’Europe Mobutu passait à l’action car il voulait montrer que son régime ne pouvait être mis en cause.

    Le role des blancs était terminé, du moins sur la scène publique. Dans les coulisses on préparait toutes sortes de stratégies et des plans pour éviter de couper le cordon ombilical entre Léopoldville et Bruxelles.

    Merci à Roland Duyck pour la traduction de ce texte

    © 2002 Gust Verwerft - Congo-1960

    Info

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    Een auteur van een programma kan de namaker van zijn werk strafrechtelijk laten vervolgen, maar dat kan alleen als het namaken kwaadwillig of bedrieglijk is gebeurd. Niet alleen de namaker is strafbaar, ook wie namaakprogramma's voor handelsdoeleinden verkoopt, in voorraad heeft voor verkoop of invoert in België, overtreedt het auteursrecht.
    Delcol Martine