SiteLock
Livre du mois Le Petit futé Kinshasa 14,95 € Communiqué de presseGuide Kinshasa 2017 (petit futé)Neocity
Boek van de maand Zoon in Congo 15% korting + gratis verzending Zoon in Congo Lanoo Uitgeverij
   Webmasters Delcol Martine Eddy Van Zaelen De webmaster Delcol MartineEddy Van Zaelen
  Helpt U mee en stuur je ons uw boeken in ruil voor een publicatie op de site  Sponsor Site
Kasai Rencontre avec le roi des Lele Kasaï , rencontre avec le roi Prix exclusif Grâce a Congo-1960 Sans limite de temps 29.80 € frais de port inclus  -Editeur Husson
L'état indépendant du congo a la recherche de la vérité historiquecongo 1957-1966 TémoignageLes chemins du congoTussen vonk en omroep , draadloze communicatie in België en CongoLeodine of the belgian CongoLes éxilés d'IsangiGuide Congo (Le petit futé)Congo Ya Kalakala, avec mes remerciements a Mr Paul DaelmanCongo L'autre histoire, avec mes remerciements a Charles LéonardL'Héritage des Banoko , avec mes remerciements a Mr. Pierre Van BostL'année du Dragon avec mes remerciements a Mr Eddy Hoedt et Mr Peeters Baudoin
l'Economie Nationale. Suite à l'occupation par les rebelles des installations portuaires situées entre Stanleyville et Lisala, tout le trafic fluvial du Haut Congo fut bloqué, mais l'OTRACO s'efforça néanmoins d'assurer le transport de passagers et de marchandises jusqu'à Coquilhatville avec le matériel disponible.
Photo Stanleyville le port de l'OTRACO

Opérations sur le fleuve Congo ©

Par Jean Pierre Sonck

Au QG d'Ops Nord

 

operation sur les colines de MatadiL'Office d'exploitation des Transports Congolais (OTRACO) dont le siège central était à Léopoldville exploitait le réseau fluvial du Haut Congo et des ses affluents avec un service hebdomadaire « Courrier du fleuve » pour passagers (Integrated Tow Boat ou ITB) et un service cargo-mixte avec des remorqueurs-pousseurs de barges. Lorsque la rébellion Simba lancée par le Comité National de Libération (CNL) menaça le pays, les transports furent organisés en tenant compte des impératifs qui étaient communiqués à la direction de l'OTRACO par le QG/ANC, le ministère des Transports et ceux de l'Intérieur et de l'Economie Nationale. Suite à l'occupation par les rebelles des installations portuaires situées entre Stanleyville et Lisala, tout le trafic fluvial du Haut Congo fut bloqué, mais l'OTRACO s'efforça néanmoins d'assurer le transport de passagers et de marchandises jusqu'à Coquilhatville avec le matériel disponible. La localité de Lisala fut reprise par les commandos du 51e peloton sud africains de l'ANC le 14 septembre 1964 et la libération de ce port fluvial fut suivie par celle du port de Bumba qui tomba aux mains des volontaires étrangers le 16 octobre. A ce moment, le col MARLIERE, qui conseillait le général MOBUTU au QG/ANC, établit une directive opérationnelle consistant en une offensive principale dirigée contre Stanleyville par la 5e Brigade Mécanisée du col BEM VANDEWALLE et des zones d'opérations secondaires confiées au différents Groupements ANC pour obliger les rebelles à disperser leurs forces. C'est dans ce but le col MARLIERE envoya l'équipe d' Assistance Technique et Militaire Belge commandée par le major GENIS pour conseiller le major ITAMBO dont le QG « Ops Nord » s'était installé à Bumba.

 

Des pirogues se détachèrent du village et un troc s'effectua entre Congolais. Du poisson et des fruits furent achetés par les militaires et les piroguiers s'en retournèrent chargés de sacs de sel, une véritable aubaine pour les habitants qui en avaient perdu le goût pendant l'occupation rebelle. Peu après, un hélicoptère H21B de la FATAC envoyé de Stanleyville survola le pousseur « Oostkamp » et un des membres de équipage déposa par filin des casiers de bière sur le pont. Dans l'après-midi, le convoi parvint sans encombres aux abords de Stanleyville et il longea la rive droite où s'était massée la population qui accueillit les bateaux avec enthousiasme.Photo : En pirogue C. Massy

Ce secteur d'opérations qui dépendait du 2e groupement du ltcol MONYANGA, fut chargé de poursuivre l'offensive vers Paulis bien qu'il ne disposait pas de forces importantes : le peloton de mercenaires belges du cpn NODDYN (« groupe spécial para » du 6e Bn commando), le peloton de parachutistes congolais de l'adjudant Gérard MADWA, deux compagnies d'anciens gendarmes katangais et le 52e peloton de mercenaires sud africains qui avait participé à la prise de Boende.

Le 13 novembre suivant, le cpn SCHOETERS, officier S1/S4 du secteur « Ops Nord », prit les dispositions nécessaires auprès de l'OTRACO en vue d'assurer l'acheminement de barges chargées de charroi et de matériel logistique pour la poursuite des opérations. A Léopoldville, l'Office des Transports Congolais était intéressé par la reprise du trafic fluvial vers les agglomérations récemment libérées par l'ANC et l'administrateur-gérant Hubert DEJENEFFE décida de se rendre le 23 novembre à Bumba en DC-3 AIR CONGO avec Jacques MBILO, directeur d'exploitation des voies fluviales, pour y inspecter les installations portuaires. Les autorités militaires facilitèrent leur mission, car le ravitaillement de Bumba était primordial pour l'ANC. Ils furent accueillis à l'aérodrome par le directeur de l'OTRACO Albert DOVELLE, chargé de mission, et par le chef de zone de l'Itimbiri Joseph LAY. Ils étaient venus en bicyclette, car tous les véhicules avaient disparu et ils les accompagnèrent au port. Durant la visite du port, ils leur firent le récit de la libération de la ville par l'armée congolaise un mois auparavant. Les installations portuaires, consistant en trois appontements de 14 mètres de large sur 230 mètres de rives, 2950 m2 de magasins, une grue tripode et un ponton grue de 10 tonnes, étaient dans un état lamentable : la toiture du magasin « Import » était trouée par des centaines de balles de mitrailleuses et devait être remplacée, le dallage du quai avait été détruit par un obus de mortier et une grue tripode était endommagée. Une partie du magasin des approvisionnements avait été pillé par la population, deux coffres-forts avaient été forcés, de nombreux documents avaient disparu et dans tous les coins de la ville, on marchait sur des tessons de bouteilles de bière.

Le ltcol ITAMBO et les officiers belges du QG d'Ops Nord leur réservèrent un bon accueil et à leur demande, le commandant du secteur fit interdire l'accès du port fluvial à toutes les personnes étrangères. Sur ordre du cpn SCHOETERS, le remorqueur « Aru » de l'OTRACO avait été réquisitionné la veille de leur arrivée pour former un convoi de trois barges amarrées en pointe. Cette base flottante d'appui logistique partie de Bumba, avait été confiée au cpn SMOLDERS, ancien de la Force Publique, assisté de deux volontaires sud africains et de quelques soldats noirs. Il devait ravitailler une colonne de l'ANC partie à l'aube par la voie terrestre en direction d'Aketi. Le convoi tiré par le remorqueur « Aru » vogua sur la rivière Itimbiri en direction de cette localité portuaire. Il avait été armé de mortiers et de mitrailleuses par les militaires qui l'occupaient et des sacs de sable avaient été disposés sur ses ponts pour protéger l'équipage fourni par l'OTRACO. Le lendemain de leur arrivée à Bumba, les envoyés de l'OTRACO venus de Léopoldville apprirent par la radio que la localité d'Aketi avait été reprise par les forces d'Ops Nord et que Stanleyville, chef-lieu de l'ex-province Orientale devenue capitale de la rébellion en août 1964, était tombée aux mains du 1 er bataillon parachutiste de Diest qui y avaient accueilli la 5e Brigade mécanisée. Il leur fut impossible de se rendre dans ces agglomérations par manque de véhicules et aucun des avions militaires ne pouvait les prendre à bord, car ils effectuaient sans arrêt des missions de bombardement, de transport et de reconnaissance. De plus, le siège de l'OTRACO à Léopoldville avec lequel ils étaient en contact phonie leur fit savoir que le QG/ANC n'autorisait pas l'arrivée de civils dans les localités libérées.

Pendant ce temps, l'équipe du major GENIS organisait l'évacuation vers l'aérodrome d'Aketi des otages sauvés des griffes des Simba et les volontaires patrouillèrent ensuite vers Titule, Zobia, Dingila et Bambesa à la recherches d'autres Européens. Dans l'après-midi du 25 novembre, les réfugiés d'Aketi firent escale à Bumba avant de rejoindre Léopoldville par avion de l'US Air Force et des agents de la VICICONGO apprirent au directeur Albert DOVELLE que le personnel de l'OTRACO avait probablement fui en brousse, car aucun d'entre eux n'avait été tué par les rebelles. Ce jour là, le remorqueur « Avakubi » déhala les barges en aval du port pour le dégager des corps de rebelles tués qui flottaient près du quai. La même mesure fut prise en amont sur la rive droite du fleuve où étaient amarrées des allèges et les cadavres mulélistes furent emportés par le courant dans l'indifférence générale. Le port de Bumba reprenait peu à peu un aspect normal et à 21h10, l'ITB « Moulaert » venant de Lisala accosta. Il était commandé par le capitaine DONGALA qui leur apprit que le balisage laissait à désirer sur la route qu'il avait suivie, mais qu'elle était praticable sans trop de risques par des capitaines expérimentés. Le 25 novembre vers une heure du matin, le remorqueur « Aru » revint d'Aketi avec ses barges.

Le convoi avait subi une embuscade à Bunduki et après avoir essuyé quelques coups de feu, son capitaine d'occasion avait donné l'ordre de faire demi-tour vers Bumba. Dès que l'«Aru» fut amarré, le chef mécanicien RAMAZANI procéda à la vérification d'un des moteurs, mais le capitaine SMOLDERS le menaça de son pistolet pour qu'il travaille plus vite. Un des sous-officiers sud africains avait bu plus que de raison et tenta de réquisitionner le remorqueur « Avakubi » pour renforcer la flottille. Il se heurta au refus d'Hubert DE JENEFFE, car il n'avait qu'un seul de ses deux moteurs en ordre de marche. Le Sudaf lui répliqua « If you refuse, I have a gun... » et l'administrateur donna des ordres au chef mécanicien pour que le moteur du bateau soit réparé. Vers 17h00, le capitaine du convoi improvisé était aussi ivre que les Sud Africains et une nouvelle algarade éclata à propos du remorqueur « Avakubi » et l'administrateur-gérant de l'OTRACO fut menacé une nouvelle fois d'être abattu. A 18h00, l'ITB « Moulaert » repartit de Bumba vers Lisala avec des passagers et les deux dirigeants de l'OTRACO qui rentraient à Léopoldville à l'issue de leur inspection. Lorsqu'il remit son rapport à ses supérieurs, Hubert DEJENEFFE insista sur les mesures à prendre pour coordonner les possibilités de l'OTRACO avec les nécessités du gouvernements congolais et spécialement avec celles de l'ANC. Il demandait de revoir l'état des phonies BLU de toutes les unités et conseillait de faire accompagner de manière systématique les convois fluviaux par une escorte militaire commandée par des officiers éprouvés. Le 28 novembre, la colonne d'Ops Nord fit mouvement vers Buta où elle sauva septante personnes.

Basoko OTRACO
Basoko OTRACO

Une ville isolée

Chef-lieu de l'ex-province Orientale, Stanleyville ( Kisangani ) se situe dans une région forestière et le climat y est chaud et humide. La population comprend de nombreux groupes ethniques différents, dont les Bakumu, Walengola, Wagenia, Basonge, Lokele et Topeke. C'était la plus grande ville tombée aux mains du CNL qui en avait fait sa capitale et c'était la plus grande garnison de l'Armée Populaire de Libération (APL) qui avait installé un centre de recrutement au camp Ketele. Après son occupation par les parachutistes belges du colonel LAURENT le 24 novembre 1964 à l'aube, l'aérodrome de Stanleyville fut sécurisé et en quelques heures, plus de 1600 personnes furent évacuées vers Léopoldville pendant que les colonnes Lima I du ltcol LIEGEOIS et Lima II du ltcol LAMOULINE faisaient leur entrée dans la ville. Ces colonnes de la 5e Brigade Mécanisée du col BEM VAND EWALLE étaient parties de Kongolo le 1er novembre. Elles avaient un effectif fort varié comprenant des officiers et sous-officiers de l'Assistance Technique Millitaire Belge, des volontaires européens et sud africains, d'anciens gendarmes katangais et quelques soldats de l'ANC. Dès l'arrivée de la 5e Brigade Mécanisée , un groupe de Cubains au service de la CIA rechercha le consul HOYT, le vice-consul GRINWIS et le personnel du consulat américain pour les conduire vers l'aéroport. A l'exemple du consul CARLUCCI, expulsé de Stanleyville pour espionnage par Antoine GIZENGA en 1961, le vice-consul David GRINWIS, qui faisait partie de la CIA, récoltait depuis trois ans des renseignements grâce à un réseau d'espionnage fort actif dans la région. Malgré ses informateurs, il n'avait pu prévoir la chute de la ville et avait dû subir quatre mois d'occupation, tandis que le réseau qu'il avait créé et les mouvements pro-gouvernementaux qu'il subventionnait avaient été éliminés par les rebelles. Outre les avions étrangers venus chercher les réfugiés, l'aérodrome était encombré d'appareils de transport de l a Force Aérienne Tactique Congolaise (FATAC) et de l'US Air Force qui amenaient du ravitaillement tandis que les avions de combat du WIGMO et de la 21 e escadrille d'appui tactique décollaient régulièrement pour attaquer les positions rebelles.

Le col BEM VANDEWALLE rencontra le major parachutiste BEM HARDENNE à la tour de contrôle et il fut convenu que la 5e Brigade Mécanisée occuperait la ville, tandis que les para-commandos belges se regrouperaient autour de l'aérodrome. Les colonnes Lima I et Lima II de la 5e Brigade se composaient de la compagnie de Police Militaire de l'adjudant HENRARD, du peloton mortiers lourds de l'adjudant HOTTARD, du peloton de génie des adjudants WOUTERS et FERNET, sous-officiers de l'Assistance Technique Millitaire Belge (ATMB), des pelotons blindés BERO et KOWALSKY, de trois pelotons de Sud Africains du 5e Bn commando commandé par le major HOARE et par son second le cdt Alastair WICKS, du 7e Bn commando katangais formé à Kongolo avec des Bahemba et du 8e Bn commando katangais formé à Kamina avec des Baluba du grand chef KASONGO NIEMBO. Le 8e bataillon était commandé par le capitaine katangais André et avait pour conseiller europ_ e9en René PIRET, un sergent volontaire du 6 e commando choisi pour sa connaissance du swahili et promu lieutenant pour l'occasion. Les deux compagnies de ce bataillon étaient commandées par les lieutenants Jean-jacques DRUEZ et Louis MEURICE de l'ATMB. Pendant que la police militaire gardait les banques, des patrouilles recherchaient les otages et des insurgés cachés dans les habitations faisaient le coup de feu dès que l'occasion se présentait. L 'occupation de la ville était en bonne voie mais la zone « sûre » ne dépassait pas deux kilomètres de rayon. Le général MOBUTU débarqua aux environs de 16h00 de son nouveau bimoteur Beechraft, un avion de luxe qu'il avait acheté à l'Aga Khan. Il était accompagné du cpn OKELA, chef de sa garde personnelle de parachutistes qui débarqua d'un DC-3 avec ses hommes et prit position à l'aérodrome. La visite du commandant en c hef de l'ANC fut suivie le lendemain par celle de l 'administrateur en chef de la Sûreté Victor NENDAKA, successeur du col BEM VANDEWALLE à la tête de la Sûreté congolaise, venu par avion d'Air Congo.

Il avait un compte à régler avec les Simba, car de nombreux membres de sa famille avait été massacrés par les Simba à Kumu, son village d'origine situé entre Paulis et Buta. Son frère avait été tué au début du mois d'octobre 1964 dans l'est du Congo et son neveu Bonaventure ZAMBITI avait été envoyé en détention à la prison souterraine de l'OSIO par Gaston SOUMIALOT. Il avait amené une équipe de fonctionnaires congolais et deux conseillers techniques belges et reçut une escorte de parachutistes congolais . Le chef de la Sûreté avait donné des instructions pour qu'aucun Congolais ne quittent la ville, mais plusieurs chefs rebelles importants avaient réussi à s'enfuir. L'équipe de la Sûreté amenée par Victor NENDAKA à Stanleyville avait pour mission de rechercher les dirigeants rebelles que la rumeur signalait encore dan s la région et d'arrêter certaines personnalités influentes qui avaient pris une part active à la rébellion, soit comme membre du gouvernement ou de l'administration, soit comme officier de l'APL. Le directeur et les speakers de « Radio Stan » étaient également dans le collimateur de Victor NENDAKA, tout comme les journalistes du « Martyr », organe de la révolution populaire dont le rédacteur en chef était SALUMU BETUWA. Ce journal paraissait deux fois par semaine avant la chute de la ville et il contenait d'invraisemblables informations, telle celle de l'édition du 15 novembre qui publiait un avertissement du président GBENYE. L'ancien sergent de la Force Publique y annonçait : « Nous fabriquerons nos fétiches avec le cœur des Américains et des Belges et nous nous habillerons des peaux des Américains et des Belges ! ». Les techniciens de Victor NENDAKA devaient mener l'interrogatoire des rebelles capturés et ils devaient étudier sur place l'organisation politique et administrative du gouvernement de Christophe GBENYE sur base des documents rebelles qu'ils étaient chargés de récupérer dans les bureaux des différents ministères et dans ceux de l'administration et de l'Etat Major de l'APL.

Les listes de paie établies au camp Ketele par les recruteurs de l'APL contenaient des centaines de noms de Simba et elles se révélèrent une véritable mine d'or pour la répression. Tous les documents récoltés par la Sûreté furent envoyés à Léopoldville dans des malles métalliques et ils firent l'objet d'un triage de la part des services de sécurité. Les plus importants furent annexés à un rapport qui fut soumis au chef du gouvernement Moïse TSHOMBE par le ministre de l'Intérieur Godefroid MUNONGO. Lors de son passage à l'aérodrome, Victor NENDAKA s'intéressa aux suspects emprisonnés dans le hangar d'Air Congo parmi lesquels il découvrit l'ancien gouverneur de la province Orientale François ARADJABU. Il le fit traîner devant le général MOBUTU auquel l'ancien gouverneur affirma son loyalisme au gouvernement central, mais le commandant en chef de l'ANC lui reprocha d'avoir livré la ville à SOUMIALOT. Victor NENDAKA, n'ignorait pas que 80 % de la population de la province étaient partisans du Mouvement National Congolais de Patrice LUMUMBA avant l'indépendance et qu'ils avaient favorisé l'arrivée au pouvoir en août 1964 de la clique du Comité National de Libération, représentée par plusieurs politiciens issus du MNC/L dont le président GBENYE qui était ministre de l'Intérieur du gouvernement de Patrice LUMUMBA en juillet 1960. Gaston SOUMIALOT, ex-ministre de la défense du gouvernement rebelle , avait également fait partie du MNC/L et avait été nommé commissaire de district par Patrice LUMUMBA le 15 juillet 1959 à Kindu à la place d'Antoine OMARI jugé trop modéré ...

Le passé du ministre de la défense était assez agité : il avait été condamné à deux mois de SPP en 1940 pour faux en écriture à la MGL, puis à un an de SPP en 1949 pour faux en écriture au port de l'OTRACO à Kalundu. Quant au « général » OLENGA, il avait été indicateur de police au Kivu, puis condamné en 1959 à deux mois de SPP pour vol. Il avait purgé sa peine à la prison de Bukavu avant de devenir … inspecteur provincial des finances du parti MNC/L ! Le 26 novembre, le ministre de l'Intérieur Godefroid MUNONGO se rendit également à Stanleyville avec une équipe de fonctionnaires congolais pour évaluer la situation et tenter de remettre en marche l'administration civile, mais les agents de l'état qui l'accompagnaient restèrent prudemment en sécurité à l'aérogare et demandèrent à rembarquer par le premier avion en partance vers Léopoldville. Les hommes du col LAURENT qui tenaient l'aérodrome firent mouvement vers Kamina avant de rentrer en Belgique et le cpn OKELA, chef des parachutistes congolais venus avec le général MOBUTU, reçut l'ordre de surveiller les prisonniers parqués à l'aéroport parmi lesquels figuraient les officiers rebelles qui avaient œuvré peu auparavant au Quartier Général du 3e Groupement de l' APL. Le lendemain, cet officier congolais fut chargé par le chef de la Sûreté de fusiller les captifs au monument Lumumba, car il avait été décidé d'appliquer la loi du talion. Le consul de Belgique Patrick NOTHOMB, sorti indemne de l'enfer de Stanleyville, tenta d'intercéder en faveur du rebelle BUSHIRI qui était emmené pour être exécuté. Il déclara à Mr NENDAKA que le chef de cabinet-adjoint de SOUMIALOT était intervenu en faveur des Européens, mais Victor NENDAKA lui répondit qu'il avait sans doute sauvé des Blancs, mais qu'il ne fallait pas oublier ce qu'il avait fait aux Noirs.

Basoko * OTTIGNIES OTRACO

Répression à Stanleyville

L'intervention de la Police Militaire de la 5e Brigade empêcha momentanément le cpn OKELA de réaliser son projet, mais il tenait à exécuter l'ordre reçu de Victor NENDAKA et il chargea un adjudant de conduire les prisonniers au bord du fleuve pour s'en débarrasser. Les prisonniers dont les officiers rebelles considérés comme traîtres furent débarqués un par un, puis exécutés d'une rafale. Ils tombèrent directement dans les flots qui les emporta. Après un moment de stupeur, des témoins dont le député SAINTRAINT et Noël de BURLIN, apostrophèrent le sous-officier congolais et réussirent à arrêter cette tuerie. Le peloton d'exécuteurs s'éloigna plus en aval pour poursuivre sa basse besogne, mais le col BEM VANDEWALLE, prévenu par le cdt GRAILLY, donna l'ordre à l'adjudant HENRARD d'ouvrir le feu sur les sbires de MOBUTU s'ils tentaient de nouvelles exécutions. Le chef des parachutistes congolais fut immédiatement averti d'arrêter ses exactions et tout rentra dans l'ordre. Le centre de Stanleyville était entièrement contrôlé par la 5e Brigade Mécanisée dont l'Etat Major occupa l'ancien Quartier Général du 3e Groupement de l'armée populaire de libération ( APL). Les forces gouvernementales chargées de défendre la ville contre les velléités offensives des insurgés se composaient des pelotons sud africains qui gardaient le barrage de la Tshopo et la prison, des unités de la colonne « Lima II » du ltcol LAMOULINE cantonnées au camp Ketele et de celles de la colonne « Lima I » du ltcol LIEGEOIS qui occupaient les installations de l'OTRACO sur la rive droite du fleuve Congo. Les quais longs de 550 mètres, les dépôts et les sept grues électriques à flèche relevable étaient quasiment intacts. Le peloton de mortiers lourds installa ses pièces pour bombarder la rive gauche et le camp militaire. Le ltcol LIEGEOIS, accompagné de l'adjudant HENRARD et de policiers militaires, inspecta les quais pour inventorier les moyens de transport disponibles, car il fallait traverser le fleuve pour rechercher des otages.

Ils réquisitionnèrent le remorqueur « Géri » de l'OTRACO qui était amarré au quai, mais le mécanicien Jefton KALENGA ne réussit pas à mettre en route les moteurs. La batterie était en panne et il fallait un opérateur en engin de levage pour la remplacer. Lorsque le « Géri » fut en état de naviguer, le volontaire Tom HARRISON du 5e codo prit la barre de ce remorqueur de 80 tonnes pour effectuer un essai avec un équipage congolais improvisé et le 27 novembre à l'aube, il se dirigea vers la rive opposée en remorquant une barge chargée de soldats katangais, de quelques volontaires des pelotons blindés BERO et KOWALSKY et de l'équipe logistique du ltcol LAMOULINE. Ce raid amphibie était appuyé par trois Harvard T-6 de la Force Aérienne Congolaise et par les mortiers de 4"2 pouces mis en positions à l'OTRACO. Le remorqueur accosta au quai du CFL pour y débarquer les hommes pendant que les mortiers lourds allongeaient leurs tirs. L'appui aérien était assurer par les pilotes de la 21e escadrille AT qui faisaient du rase-mottes avec leur appareil pour mitrailler les endroits suspects. Ils signalaient par radio au PRC10 de l'adjudant DELHAISE tous les mouvements des rebelles. Une trentaine d'otages européens, dont vingt cinq missionnaires étaient signalés sur la rive gauche, malheureusement, presque tous avaient été massacrés par les insurgés le lendemain du parachutage et ils ne trouvèrent que quelques survivants, dont le père SCHUSTER. La barge amarrée au « Géry » ramena 28 cadavres vers la rive droite où des linceuls avaient été préparés et un service funèbre fut organisé par les religieux restés sur place. Faute d'effectifs suffisants, la rive gauche fut abandonnée aux Simba Lors de sa visite dans le chef-lieu de l'ex-province Orientale, Victor NENDAKA se préoccupa en premier lieu de rouvrir le bureau provincial de la Sûreté, dont le directeur avait été fusillé par les Simba. L'époque du gouvernement rebelle s'était caractérisée par l'anarchie la plus totale : libération inconditionnelle de tous les détenus, extorsion de l'argent des banques sous la menace, diminution des prix des marchandises sur les marchés, suppression des impôts et des taxes, mais la période la plus noire fut le règne du sinistre KINGHIS, nommé chef du gouvernement provincial par Gaston SOUMIALOT. Ce personnage sans scrupule était un évêque de la secte religieuse Kitawala issue du Watch Tower, une secte fortement corrompue par la sorcellerie : elle était xénophobe et repoussait toute autorité humaine et toute règle morale… ang1036

Durant cette période, plus de trois cents Congolais appartenant à l'élite de la population furent tués à coups de machettes ou brûlés vifs par les rebelles devant le monument Lumumba et des centaines de Congolais furent jetés dans la rivière Tshopo. L 'extermination systématique de plusieurs fonctionnaires, dont Joseph ALAFU, chef de l'administration, avait permis l'engagement par les autorités rebelles de chômeurs et d'ex-prisonniers dont certains avaient été placés aux postes de commandement de la fonction publique. Le premier bourgmestre de Stanleyville Léopold MATABO, le secrétaire provincial Gabriel BALETE, le directeur provincial de l'Intérieur Pierre ALAMAZANI et le bourgmestre Alfred BONINGOLI de la cité Mangobo avaient été victimes de traitements particulièrement barbares. Presque tous les magistrats du Parquets étaient morts, trois d'entre eux avaient été victimes d'actes de cannibalisme et de nombreux soldats de l'ANC avaient été fusillés au camp Ketele sur ordre du général OLENGA. abandonnée aux Simba. (N.B. A noter aussi que tous les Congolais visibles sur le bateau "Ottignies" portent un bandeau blanc comme signe de ralliement au gouvernement central. A Stan, ceux qui n'avaient pas ce bandeau blanc étaient considérés comme simba et abattus.)

Le 3 décembre 1964, les cités indigènes « Mangobo » et « Belge I » furent ratissées jusqu'à la Tshopo et près de 500 insurgés en furent délogés. Près de 20.000 personnes furent triées et environ 150 d'entre eux furent dénoncés par la population et conduits par les militaires à la prison centrale pour y être interrogés par la Sûreté. Quatre-vingt Congolais furent reconnus coupables de collusion avec les rebelles et exécutés en public. Les individus suspects de nationalité étrangère furent conduits à Léopoldville et écroués à la prison de Ndolo. Parmi ces détenus étrangers se trouvaient des ressortissants soudanais, ougandais et ghanéens qui travaillaient pour la république populaire. Les commandos katangais et le peloton de parachutistes congolais furent engagés dans ces opérations avec l'appui du peloton blindé KO WALSKI. Ils eurent plusieurs blessés, mais le sinistre Alphonse KINGHIS, qui avait fait exécuter tant de Congolais, fut abattu et son corps fut promené sur le capot d'une jeep avant d'être exposé sur les ruines du monument Lumumba. Le ratissage des cités « Mangobo » et « Belge I » fut suivi le 8 décembre par le bombardement à coups de mortiers lourds de la cité « Bruxelles » rebaptisée « Kabondo » où une patrouille du lieutenant volontaire KOWALSKI avait subi des pertes. Cette cité était habitée en majorité par les Topoke, une tribu guerrière fort agressive dont les membres ont les incisives limées en pointe et sont parmi les plus tatoués du Congo. « Kabondo » s'étendait le long de la route de l'Ituri, mais la majorité de ses habitants avait fui en brousse et il ne restait que deux à trois mille personnes. La pression rebelle y restait vivace et sa population fut rassemblée le 11 décembre au camp Ketele tout proche afin de permettre un nettoyage en règle.

Raids de sauvetage

Lorsque la sécurité de la ville fut mieux assurée, Victor NENDAKA réunit les quelques fonctionnaires épargnés par les bouchers de la rébellion et leur demanda de reprendre du service afin de remettre en marche les services publics. A cette réunion assistaient également les chefs des services parastataux, tels l'OTRACO, la REGIDESO et la Caisse d'Epargne qui voulaient remettre en marche leur service respectif et demandaient au gouvernement central de les aider. L'administrateur en chef de la Sûreté proposa de maintenir dans la ville une autorité militaire qui puisse diriger tant les affaires civiles que militaires et il proposa de nommer le colonel MULAMBA à la tête de la 5 e Brigade. Cet officier de valeur avait commandé l'ancien 3 e Groupement ANC à Stanleyville avant l'arrivée des rebelles et il avait combattu avec un grand courage au Kivu. Il connaissait bien la région et avait la con fiance de la population civile, des étrangers et des militaires. Le col VANDEWALLE était persuadé que la rébellion pouvait être vaincue s'il recevait des renforts, mais l'ambassadeur de Belgique de KERKHOVE de DENTERGEM pensait tout le contraire. L'avis plus clairvoyant du chef de la 5 e Brigade mécanisée était partagé par certains dirigeants d'entreprises privées installés dans la province du Haut Congo qui supposaient que si les opérations militaires étaient poursuivies, la rébellion s'effondrerait, car les Congolais étaient déçus par les promesses du gouvernement populaire. Ils respectaient la force et étaient incapables de combattre pour un idéal politique aussi nébuleux que celui du CNL.

Stanleyville devint une escale régulière des avions de transport américains chargés de ravitailler la garnison en vivres, armes et munitions, car les Douglas DC3 de la FATAC ne pouvaient transporter que quatre à cinq tonnes. Les rebelles harcelaient régulièrement la ville depuis la rive gauche, mais ils avaient eu beaucoup de pertes et leurs sorciers cherchaient de nouveaux remèdes magiques, notamment contre les raids aériens. L'insurrection recourait largement à la sorcellerie et les Simba subissaient des incisions rituelles et portaient des amulettes. Ils étaient persuadés d'être invulnérables et se lançaient à l'attaque drogués au chanvre en criant «Maï Mulele » ou « Maï Olenga », formules magiques qui changeaient selon eux les balles en eau. Le 5 décembre, les commandos sud africains traversèrent le fleuve sur une barge remorquée par le « Géri » et nettoyèrent le camp Prince Charles où quelques armes lourdes furent capturées, dont un vieux canon ATK de 37 mm, deux mortiers de 81 mm et une mitrailleuse .50 chinoise. Une centaine de déserteurs de l'ANC se rendirent et furent menés vers la prison, tandis que le 8e bataillon commando katangais fut cantonné au camp Prince Charles après s'être assuré du dépôt de munitions, tombé intact entre leurs mains. L'équipe de la Sûreté de Victor NENDAKA réunit la population africaine de la rive gauche avec l'aide des commandos sud africains et près de vingt mille congolais se rallièrent aux appels de fraternisation, mais c'était en majorité des femmes, des vieillards et des enfants. Mike HOARE et ses hommes participèrent ensuite à plusieurs raids aux alentours de la ville avec le soutien des T-28D du WIGMO pour retrouver les otages survivants que les hélicoptères H21B du capitaine aviateur CARPELS (FATAC) évacuèrent vers la sécur ité. Les Sud Africains se rendirent également au camp de détention de l'Osio à 12 km sur la route d'Opala pour retrouver le neveu de Victor NENDAKA. Ils fouillèrent cette prison souterraine où les gardiens laissaient mourir de faim les détenus, mais il n'y trouvèrent qu'un seul survivant. Les commandos sud africains effectuèrent également un raid à Yakusu avec l'appui d'un avion T-28 Trojan pour mettre en sécurité neuf missionnaires britanniques et rassurer la population qui cherchait à se rallier à la légalité, mais le QG de la 5 e Brigade mécanisée n'avait aucune nouvelle des missionnaires d'Isangi et de huit agents de la compagnie du Lomami et du Lualaba.

Après une reconnaissance aérienne sur les villages bordant le fleuve, une opération par voie terrestre et fluviale fut lancée le 9 décembre 1964 par la 5e Brigade mécanisée avec trois pelotons du 5e Bn Codo. Son but était de rouvrir le trafic en aval du fleuve et de libérer les Occidentaux retenus en otage à Yangambi et Isangi, dont l'évêque JANSSENS, dix sept pères Montfortains et seize soeurs des Filles de la Sagesse. Des volontaires sud africains de l'ANC embarquèrent au port de Stanleyville sur le remorqueur « Géri » et le barreur Tom HARRISON se dirigea vers l'objectif pendant qu'une colonne franchissait le pont de la Tshopo et empruntait la route longeant la rive droite. A 11h00, les hommes de Mike HOARE atteignirent Yakusu et à 13h00 Yanonge, où la barge « 042 » de l'OTRACO, bloquée depuis le mois d'août 1964 avec ses quatre bateliers, fut récupérée et prise en remorque par le « Géri ». Six missionnaires de ce poste, emprisonnés sur la rive gauche à Stanleyville y avaient été massacré par les Simba. Les Sud Africains occupèrent ensuite Yangambi où les pères VAN DEN BROECK, ROBBERECHTS, MARTIN et DELTOUR avaient été tués le 25 novembre, mais les autres otages qui y avaient été signalés, restèrent introuvables. Le « Géry » s'amarra pour la nuit à Yangambi et les commandos sud africains repoussèrent une bande de Simba qui laissa plusieurs morts sur le terrain. Le lendemain, les Sud Africains s'embarquèrent pour Isangi et fouillèrent la mission catholique des révérends pères Montfortains qui semblait abandonnée. Ils trouvèrent une dizaine de personnes dans cette localité, dont le père HAANE qui avait été gardé en vie par les Simba pour faire fonctionner le bac entre les deux rives. Six employés de la compagnie du Lomami et du Lualaba avaient servi de repas aux indigènes, tandis que le père Léo AMMERLAAN, le frère Clément VYNNIX des Monfortains et les sœurs Marie et Christine des Filles de la Sagesse avaient été exécutés le 19 novembre et leurs restes jetés au fleuve. Le jour suivant, le chef du village révéla aux volontaires que les missionnaires survivants avaient été emmené vers Yangambi.

Sur ordre de Mike HOARE, les hommes du 5e Bn codo détruisirent le monument Lumumba d'Isangi, puis ils retraversèrent le fleuve vers Yangambi où les informations obtenues permirent la découverte de quarante deux otages emprisonnés dans la mission. Ces malheureux avaient été battus et torturés par les Simba qui leur promettaient régulièrement de leur faire un mauvais sort. Les soeurs congolaises prirent place sur le "Géry", tandis que les missionnaires embarquaient sur les véhicules des Sud Africains pour rejoindre Stanleyville. Faute de moyens, la 5e Brigade ne put laisser de garnison permanente dans ces localités bordant le fleuve qui furent réoccupées par les Simba. Le ravitaillement obtenu par la voie aérienne suffisait pour la garnison de Stanleyville qui reçut également des nouveaux renforts dont les 11e et 14e bataillon commando du régiment Baka, formés à la base de Kamina. Ce régiment katangais, dont faisaient également partie le 12e bataillon Diabos cantonné au camp Ketele et les 13e et 15e bataillon de moindre valeur, était commandé par le col TSHIPOLA et son chef d'Etat Major était le major MWAMBU. Il était conseillé par le major SAINT de l'ATMB et chaque bataillon disposait d'un faible encadrement d'officiers katangais, renforcé par un cadre d'officiers et de sous-officiers volontaires européens détaché du 6e Bn commando. Pendant que le 12e Bn commando « Diabos » du cpn volo TOPOR-STASZAC occupait Wanie Rukula, le 14e Bn commando « Radi » du cpn volo TAVERNIERS prenait position à la Tshopo et le 11e Bn commando « Simba » du major volo WAUTHIER aménageait le 14 décembre dans le camp Prince Charles sur la rive gauche.

Le 22 décembre suivant, le QG/ANC à Léopoldville fit établir les futures missions de la 5e Brigade mécanisée : elle devait tenir Stanleyville, Buta et Paulis, nettoyer le Maniéma, compléter l'occupation de la province du Haut Congo et rétablir le trafic de l'Otraco sur le fleuve Congo entre Bumba et Stanleyville, artère vitale pour cette province. Le commandement de la Place de Stanleyville fut confié au ltcol ITAMBO, qui disposait d'une compagnie de policiers militaires, de la police civile et de deux bataillons commandos katangais pour faire régner l'ordre dans la ville, occuper les cités indigènes des deux rives du fleuve et défendre le dépôt de munitions, situé sur la rive gauche. La réserve opérationnelle de la 5e Brigade mécanisée consistait en deux pelotons de la compagnie blindée du 6e Bn commando, un peloton de mortiers lourds, un peloton de génie, une équipe de tran smissions, le 5e Bn commando Sud Africain et les 8e et 12e Bn commando katangais. Ces trois bataillons et le peloton blindé du lt BERO avaient une partie de leurs effectifs détachée à Paulis. La relève des équipes logistiques s'effectua durant le mois de décembre et des officiers et des sous-officiers de l'Assistance Technique Militaire Belge (ATMB) rejoignirent Stanleyville via Kamina Base. Le ltcol BEM Jacques NOEL remplaça le major BEM Henri DIERICX au poste de chef d'Etat Major de la 5e Brigade mécanisée de l'ANC et le lt Bonaventure CREETEN prit la fonction de S1, le lt Michel NEYT celle de S2, le major Aimé FRANCOIS celle de S3 et le cpn MORIS, celle de S4 avec le major Willy CLEMENT qui occupait la même fonction à Kamina. Cette base arrière de la Brigade était chargée de ravitailler la base de Stanleyville que le lt Willy RAES s'occupait de faire tourner.

Le convoi de Bumba

A son arrivée au Congo, Guy BRUNEEL, jeune sous-officier de vingt et un ans sorti de l'école de Dinant, avait été affecté à la base de ravitaillement de Baka, mais il n'était pas particulièrement intéressé par la quiétude de cette fonction de quartier-maître et il demanda à son supérieur hiérarchique de pouvoir rejoindre l'équipe logistique à Stanleyville. Il profita du passage d'un Lockheed C-130 de l'USAF qui le transporta à bon port et il fut accueilli à l'aérogare par le major FRANCOIS qui avait bien besoin de renforts. Suite aux échouages et aux attaques des Simba, le trafic fluvial de passagers entre les 397 km de fleuve séparant Bumba du chef-lieu du Haut Congo était interrompu depuis août 1964 et il resterait interdit tant que les escales d'Elisabetha, d'Isangi et de Yangambi seraient aux mains des rebelles. Ils avaient établi des camps sur les rives du fleuve Congo et tiraient sur les convois au mortier et à l'arme automatique. La menace muléliste n'était pas le seul danger qui menaçait la navigation, car l'OTRACO devait aussi tenir compte du manque de balisage signalant les bancs de sable. Trois de ses bateaux s'étaient échoués en face d'Isangi et un bateau de la compagnie Busira-Lomami gisait sur un banc de sable au large de Basoko. Les magasins de Stanleyville avaient été pillés par les Simba, les militaires avaient volé le reste et la famine commençait à se faire sentir parmi la population civile. La direction de l'OTRACO à Léopoldville envoya quelques unités à Bumba pour former un convoi fluvial, mais elle ne voulait pas risquer ses unités à faible tirant d'eau sans une solide escorte. Ce convoi chargé de forcer le blocus rebelle fut placé sous le commandement d'un ancien offi cier des Chasseurs Ardennais devenu mercenaire au 6 e commando, le cdt DELECOSSE. Les bimoteurs B26K du WIGMO furent mobilisés pour lui assurer une protection jusqu'à Stanleyville et le col GOOSSENS, chargé de la logistique des opérations au QG/ANC, annonça son départ le 8 décembre 1964 avec un chargement de 550 tonnes de vivres et de marchandises. Malheureusement, la passerelle et la timonerie n'étaient pas protégés contre les balles ennemies et lorsqu'il passa à la hauteur d'Elisabetha, le bateau subit une fusillade intense.

L'équipage disparut dans les cales et malgré l'appui aérien et la présence à bord de l'attaché naval américain, le commandant DELECOSSE ordonna au capitaine du bateau de l 'OTRACO de faire demi-tour sous prétexte d'une forte opposition des Simba. Une seconde tentative se solda à nouveau par un échec malgré l'appui aérien et les Lockheed C-130 Hercules de l'US Air Force continuèrent d'apporter la ration quotidienne de la garnison de Stanleyville. Outre sa fonction de S2, le lt NEYT était chargé du peloton mortiers lourds et il voulut fêter la nouvelle année par un superbe feu d'artifice sur le fleuve Congo. Il demanda au col MULAMBA, qui avait remplacé le col BEM VANDEWALLE à la tête de la 5e Brigade mécanisée, l'autorisation de tirer une douzaine de bombes éclairantes aux douze coups de minuit. Aidé par Willy RAES, Michel NEYT installa un mortier de 4''2 pouces près de l'hôtel, mais ils furent pris de vitesse par les soldats de la garnison qui déclenchèrent une fusillade générale dès 22h00. Néanmoins, les bombes illuminant les eaux du fleuve et les traçantes de couleur rouge et verte traversant le ciel de la ville eurent un effet féerique. L'année 1965 débuta par une nouvelle tentative de ravitailler par le fleuve Stanleyville qui souffrait d'une carence de vivres, mais à Bumba, le cdt DELECOSSE s'entêtait à renforcer la défense du convoi de l'OTRACO, pourtant muni d'une solide escorte et équipé de mortiers et de mitrailleuses. Le départ du convoi était à chaque fois retardé et au QG de la Brigade, le col MULAMBA et son S3 le major FRANCOIS en furent exaspérés. Lorsque l'officier S2 Michel NEYT proposa de se rendre à Bumba pour prendre les choses en main, ils sautèrent sur l'occasion pour discuter de cette éventualité avec l'EM/ANC à Léopoldville.

Peu de temps après, un ordre du QG/ANC parvint à la 5e Brigade et annonça au major FRANCOIS que le général MOBUTU envoyait son DC-3 personnel « 9T-JDM » à Stanleyville pour y prendre le lieutenant NEYT et le conduire à Bumba muni d'un ordre de mission qui le chargeait d'amener ce convoi fluvial à Stanleyville. Le lt NEYT débarqua à Bumba du bimoteur et annonça au commandant DELECOSSE qu'il était relevé de ses fonction et qu'il devait rejoindre Léopoldville dans le même appareil pour s'expliquer sur son attitude. Le nouveau commandant du convoi se rendit au port où il inspecta les unités du convoi qui se composaient d'un baliseur, d'un remorqueur et de trois pousseurs placés chacun à l'arrière de trois barges amarrées rigidement à leurs flancs. Leurs cales étaient chargées de marchandises, tandis que des véhicules destinés à la 5e Brigade étaient amarrés sur les ponts où campait le peloton de parachutistes ANC, formé en Israël et armé de fusils FN Fal 7,62 mm du dernier modèle. Le lt NEYT constata l'absence à bord de réserves de vivres et d'eau potable nécessaire à la durée du voyage et un manque de moyens de transmissions. Il constata également que les parachutistes congolais qui occupaient les pousseurs les avaient transformés en une petite cité flottante abritant femmes, enfants, chèvres et poules. Il donna des ordres très stricts pour débarrasser les bateaux de ces campements de fortune et des civils qui encombraient les ponts et il demanda des moyens supplémentaires à la 5e Brigade à Stanleyville.

Le lt RAES fit parvenir par DC-3 FATAC le matériel demandé par le lt NEYT et le major FRANCOIS lui envoya le capitaine volo BERO, chargé de renforcer l'escorte avec quelques volontaires de son peloton blindé, deux sous-officiers de l'ATMB, un spécialiste des transmissions, l'adjudant BRUNEEL du service santé et deux volontaires d'origine slave. Le 5 janvier, le premier ministre Moïse TSHOMBE visita Stanleyville et y fut accueilli par une foule évaluée à 10.000 personnes. Le jour suivant, le ministre de l'Intérieur Godefroid MUNONGO et l'administrateur de la Sûreté Victor NENDAKA retournèrent dans l'ancienne capitale rebelle et le ministre de l'Intérieur y annonça le 7 janvier 1965 que l'état d'exception était proclamé dans la province et que le colonel Léonard MULAMBA était nommé Commissaire Général Extraordinaire avec comme assistant le fonctionnaire de la Sûreté Ferdinand HAMICI, ancien bourgmestr e de la commune Kabondo en décembre 1958. A l'issue de cette nouvelle visite dans le chef-lieu du Haut Congo, Victor NENDAKA rentra à Léopoldville et dans un rapport rédigé le 7 janvier, il nota avec satisfaction que le ministre de l'Intérieur avait reconstitué la Police locale forte de 400 hommes. Il critiqua néanmoins le fait que plusieurs commissaires de Police avaient servi le gouvernement rebelle et il suggéra que le commissaire en chef de la Police COCQUYT prenne contact avec Jean-Pierre ANTOINE, chef de la direction locale de la Sûreté, pour étudier leur cas. Les policiers avaient perdu sept des leurs à la suite d'un accrochage avec des rebelles et ils en éprouvaient la plus grande peur.

Il fallait améliorer la sécurité en ville de toute urgence, car certains Simba circulaient librement sous le couvert du bandeau blanc et ils renseignaient les maquis établis autour de la ville. Pendant ce temps, le lt NEYT préparait son voyage vers le chef-lieu du Haut-Congo. Il fit charger des vivres en suffisance et demanda à la brasserie du lieu d'embouteiller de l'eau potable pour l'escorte. Une partie du chargement consistait en plusieurs tonnes de sacs de sels dont une partie fut sortie des cales et disposée sur les ponts de chaque barge et dans les postes d'équipage pour servir de remparts de protection. Une reconnaissance de l'itinéraire du convoi fut effectuée par un bimoteur B26K du WIGMO et le convoi fluvial largua ses amarres le 7 janvier à l'aube, s'éloignant lentement de Bumba en progressant en file indienne sur le fleuve. Le Lt NEYT avait installé son PC sur le pousseur « Oostkamp », placé au centre en tant qu'unité principale du convoi. Les liaisons radio avec Bumba et Stanleyville étaient assurées par un poste BLU et des PRC10 assuraient celles des diverses unités quand ils acceptaient de fonctionner. Pour suppléer aux carences des PRC10, une sorte de code sémaphore fut mis au points à l'aide de panneaux confectionnés avec des cartons de couleur. Dirigées par des capitaines congolais fort capables, les unités de l'OTRACO poursuivirent leur route à un rythme de croisière, précédé du baliseur équipé d'un sonar et du remorqueur sur lesquels avaient pris place les hommes du lt BERO. Durant la journée, ils furent survolés par le Beechraft de la mission d'assistance américaine COMISH.

Patrouilles fluviales

Le cortège de navires passa en vue de Mombongo, puis réduisit sa vitesse et l'équipage du convoi jeta l'ancre au milieu du fleuve pour passer la nuit. Chaque unité s'était amarrée à voisine et le fleuve fut éclairé par les phares des bateaux afin de surveiller l'intrusion éventuelle de pirogues ennemies. Aux premières lueurs de l'aube, le convoi de bateaux reprit sa route et dépassa Basoko, localité située sur la rive droite au confluent de l'Aruwini. En fin de journée, les rebelles qui infestaient les rives, ouvrirent le feu lors de son passage devant Elisabetha et un appui aérien fut demandé par l'intermédiaire du poste BLU. Le lendemain, après avoir subi quelques tirs ennemis sans gravité, le convoi passa au large d'Isangi et à l'approche de Yangambi, tout le monde fut sur le qui vive, car le fleuve commençait à se rétrécir et des rebelles pouvaient les canarder du haut de s berges fort escarpées. Quatre jours après son départ, le convoi de bateaux dépassa l'île Bertha et il ralentit en vue de Yakusu où la population ralliée s'était massée au bord de la rive. Des pirogues se détachèrent du village et un troc s'effectua entre Congolais. Du poisson et des fruits furent achetés par les militaires et les piroguiers s'en retournèrent chargés de sacs de sel, une véritable aubaine pour les habitants qui en avaient perdu le goût pendant l'occupation rebelle. Peu après, un hélicoptère H21B de la FATAC envoyé de Stanleyville survola le pousseur « Oostkamp » et un des membres de équipage déposa par filin des casiers de bière sur le pont. Dans l'après-midi, le convoi parvint sans encombres aux abords de Stanleyville et il longea la rive droite où s'était massée la population qui accueillit les bateaux avec enthousiasme. Le lt NEYT avait fait confectionner des banderoles de couleur qui furent hissées telles un grand pavois lorsque le convoi manoeuvra pour s'amarrer au port. Le commandant du convoi ouvrit pour la dernière fois le livre de bord et inscrivit l'heure d'arrivée, puis il descendit sur le quai où les autorités militaires attendaient les héros du jour pour les congratuler. Le chargement de sel et de vivres tant attendu fut déchargé et stocké dans les entrepôts, mais une partie de la cargaison fut distribuée aux habitants alertés par un porte-voix. Une distribution se déroula aussi dans les cités, mais le bruit courut qu'une partie des dons était acheminée chez les rebelles. Quelques jours plus tard, le convoi fluvial retourna à Bumba où il arriva le 26 janvier après avoir subi des attaques à Yalutsa,Yangambi, Isangi et Mabono. Le port pétrolier de la Socopetrol à Simi-Simi, situé à à sept kilomètres du port public de l'OTRACO, était intact et un convoi de camions citernes s'y rendait régulièrement sous escorte armée pour ravitailler la garnison en carburant. Les volontaires pour cette mission dangereuse ne se bousculaient pas pour en faire partie et l'adjudant Guy BRUNEEL fut un des rares à escorter le volontaire HOUILLET pour cette corvée. Peu après son retour de Paulis où il avait accompagné la colonne du major volo MUELLER, Guy BRUNEEL participa également aux patrouilles effectuées sur le fleuve Congo avec le remorqueur « Géri » jusqu'à Yakusu où la population hostile aux rebelles réclamait fréquemment du secours.

En mars 1965, L'Etat Major du 6e Bn commando permit au major volo Bob DENARD de créer le 1er choc avec des volontaires européens reçus en renfort.

Le 22 mars 1965, cette nouvelle unité du 6e bataillon participa à l'opération fluviale lancée par le QG de la 5e Brigade mécanisée vers Yangambi. Elle avait pris place sur un convoi de barges tiré par le « Geri » dont le volontaire SIEDEROF avait pris la barre et l'adjudant BRUNEEL, seul membre de l'ATMB à participer à cette opération amphibie, l'accompagna vers l'objectif qui fut atteint après quelques heures de navigation. Le convoi du

1er choc revint le surlendemain à son port d'attache chargé de réfugiés congolais qui s'étaient embarqués à Yangambi pour échapper au joug des rebelles. Pendant cette période, d'autres opérations fluviale se déroulèrent à partir de Bumba pour s'assurer de Basoko et d'Elisabetha afin de contrôler les passes du fleuve, mais elles échouèrent. Faute d'une occupation de longue durée, les rives restaient peu sûres car les guérilleros qui troublaient la navigation étaient recrutés en majorité parmi les « gens du fleuve » : les Lokele, originaires de la région d'Isangi, et les Topoke. Ces deux tribus de pêcheurs vivaient en partie dans leurs grandes pirogues et trafiquaient de tout. Avant l'indépendance, ils avaient eu fréquemment des démêlés avec la justice coloniale et avaient accueilli l'arrivée au pouvoir des lumumbistes avec enthousiasme. Contrairement à la tribu des Topoke, les Lokele avaient perdu beaucoup de leur ardeur guerrière depuis la chute de Stanleyville. Une majorité d'entre eux était déçue par le mouvement rebelle qui n'avait apporté que ruines et désolation et une centaine de recrues fut sélectionnée parmi des homme de cette tribu évacués de Yangambi.

Elle fut confiée pour un dur entraînement à deux membres de l'Assistance Technique et Militaire Belge : le lieutenant VAN BAELEN et l'adjudant BRUNEEL et un caporal para ANC fut désigné comme interprète et les aida à instruire cette milice de contre-guérilla de la valeur d'un peloton. Sur la centaine de recrues engagées, ils n'en restait qu'une quarantaine à la fin de l'entraînement. L'armement consistait en fusils à verrou de type Mauser et à un fusil-mitrailleur FN .30 par section. En avril 1965, pendant que Mike HOARE et ses Sud Africains bouclaient les frontières du nord-est à partir de Bunia, l'Etat Major de la 5e Brigade mécanisée de l'ANC mit au point une opération qui avait pour but de dégager tous les postes riverains afin de permettre la reprise du transport fluvial. Des espions lokele furent recrutés parmi les habitants de Stanleyville et les renseignements obtenus aboutirent à l'officier S-2 de la 5e Brigade qui avait remplacé le lieutenant NEYT. Il put localiser les points de concentration et, grâce à des documents tombés entre les mains de l'ANC, notamment lors d'une opération fluviale limitée exécutée sur Basoko le 17 avril 1965 par le cpn BALTUS à partir de Bumba, l'officier de renseignements put connaître les effectifs des rebelles dans la région et notamment ceux du colonel Simba BOMISI qui commandait la 5e Brigade de l'APL. Selon un document orné d'un splendide cachet marqué « 5 e Brigade de l'APL », cette force rebelle disposait de 22 officiers, 17 sous-officiers et 966 Simba répartis dans treize villages autour de Basoko. Le col Jean BOMISI, alias « Nasser », était un être sanguinaire et lors de l'arrivée des Simba à Basoko en août 1964, il avait donné l'ordre d'éliminer toute l'élite congolaise de la région.

Avant l'occupation de Boende par l'ANC, il avait donné l'ordre d'exécuter un européen en représailles à un bombardement aérien et à Djolu, il s'était rendu tristement célèbre en faisant fusiller neuf Belges après l'échec d'une contre-attaque vers Boende (ce boucher fut fait prisonnier par l'ANC et fusillé à Coquilhatville le 6 juin 1966). Son chef d'Etat Major était le major Simba Norbert ALONGOLI et selon un rapport rédigé par son S-3 André LIKOY, l'entente n'était pas bonne entre les différents groupes de rebelles et le major Simba ALONGOLI avait dû intervenir personnellement pour rétablir l'accord entre ceux de Mokaria et ceux de Basoko. Ce document évoquait également les opérations futures des maquisards et l'installation de barrages sur le fleuve. Enfin, Norbert ALONGOLI se plaignait du manque d'argent, d'armement et de munitions. L'ANC bénéficia de l'appui total de l'OTRACO pour éliminer les repaires de Simba qui gênaient la circulation fluviale et pour occuper définitivement Yangambi et Isangi. L'office de transport congolais mit à sa disposition de l'ANC le remorqueur « Geri », une vedette, les barges « C12 », « 023 » et « 042 » (cette dernière récupérée en décembre 1964 à Yanonge par les Sud Africains). Le peloton de Lokele devait tenir garnison à Yangambi, tandis que le 11 e bataillon commando « Simba » du major volo WAUTHIER était chargé d'occuper la localité d'Isangi et les principaux villages de la rive gauche. René WAUTHIER avait un mauvais souvenir d'une opération fluviale menée au Katanga en avril 1961 qui s'était terminée par la destruction du navire du CFL « Constantin de Burlet » lors de l'opération « Conga » à Kabalo et il proposa de confier la partie fluviale à so n adjoint Charles MASY. Pendant la sécession katangaise, celui-ci patrouillait sur le Lualaba à partir de Kongolo avec le bateau « Bwana Kitoko ». Marin d'occasion, il avait également participé au sein du 52 e peloton commando sud africain à l'attaque par le fleuve vers l'agglomération de Boende en octobre 1964.

L'opération « Fleuve »

Un peloton de Katangais et les volontaires belges Gilbert VERJANS, Charles HEYMAN, Rémy MASY et l'Anglais Michael MAY furent détachés du 11e bataillon commando. Ils devaient être débarqués à Yangambi avec le peloton anti-guérilla, dont se chargeaient le lieutenant VAN BAELEN et l'adjudant BRUNEEL. Les barges et le remorqueur amarrés au beach de l'OTRACO furent préparés pour l'opération et des sacs de sable furent disposées sur le pont le long du bord, tandis que des plaques de blindage protégeaient le poste de commande. Un mortier de 81 mm et un de 60 mm furent placés au centre d'une des barges et entourés de sacs de sable et une mitrailleuse .50 fut installée sur le pont avant du « Geri ». La comptabilité tatillonne n'avait pas perdu ses droits à l'ANC et le cpn volo MASY n'avait obtenu que quatre obus de mortier de 81 mm à la Poudrière de la rive gauche, il dut se débrouiller autrement pour en avoir. L'armement individuel des Katangais consistait en majorité en fusils Mauser et quelques FN Fal et comme armes collectives, ils disposaient d'un FM léger FN Falo et de deux mitrailleuses Alfa d'origine espagnole en mauvais état qui ne tiraient qu'au coup par coup ! Le mercredi 5 mai 1965 à l'aube, les forces réunies pour l'opération embarquèrent sur les barges et le radio assura la liaison avec le QG/5 e Brigade pendant la progression vers Yangambi. Avant l'indépendance, cette localité était le siège de l'Institut National pour l'Etude Agronomique du Congo (INEAC) et lorsque les rebelles l'avaient occupé en août 1964, ils avaient tué l'administrateur de territoire René LINZANZA, puis s'étaient livrés au massacre de tout le personnel qualifié de la station expérimentale. Le jardin botanique était envahi par la jungle et les installations et les laboratoires avaient fort souffert des pillages. Le convoi fluvial approcha de son objectif et le remorqueur amarré à ses barges longea le beach sans rencontrer de résistance. Tout semblait tranquille et la vedette pilotée par Vladimir KRUPA, restée jusque là à l'abri du convoi, vira à tribord pour débarquer les Katangais et les volontaires européens sur le quai. Le malheureux Polonais se fit allumer d'une rafale de Kalashnikov tirée du haut de l'embarcadère qui transperça le toit du roof. Il fut grièvement blessé et la vedette partit à la dérive. Une fusillade éclata et Gilbert VERJANS mit en action la mitrailleuse Browning de 12,7 mm du « Géri » pour arroser l'embarcadère et abattre le sniper qui tentait de fuir.

Les Congolais et les Katangais en position derrière les sacs de sable répliquèrent à leur tour aux tirs ennemis. Des coups de mortiers furent lâchés sur les endroits supposés dangereux, mais dans la précipitation, une des bombes fut mal préparée et perdit un de ses relais qui mit le feu aux sachets de poudre. Une grande flamme monta vers le ciel, mais heureusement, l'explosion ne fit aucune victime. Le barreur SIEDEROF rattrapa la vedette avec le « Géri » et Michael MAY en prit les commandes pour l'amener à quai et y débarquer les troupes. Pendant que les Katangais et les volontaires occupaient le port, le convoi se dirigeait vers l'embarcadère d'une briqueterie proche de Yangambi pour permettre au lieutenant VAN BAELEN et à l'adjudant BRUNEEL de prendre les rebelles à revers avec les hommes du peloton anti-guérilla en rejoignant Yangambi par la route. Quelques rebelles furent fait prisonniers et les assaillants eurent la surprise de découvrir six gendarmes katangais qui cherchaient à se rendre. Ils expliquèrent qu'ils s'étaient ralliés à l'armée populaire de libération en août 1964 pour sauver leur peau. Considérés comme des traîtres, ils furent immédiatement emprisonnés et leur chef fut fouetté en public pour l'exemple. Ces gendarmes katangais renégats ne demandaient qu'à reprendre du service et ils furent armés de Mauser (six mois plus tard, ils furent réclamés par l'auditoriat militaire à Stanleyville et condamnés à des peines légères). Une dizaine de Simba avait perdu la vie et peu d'armes furent capturées dont un fusil automatique Fal, une mitraillette Vigneron et une Sten. Le peloton anti-guérilla en empruntant la route. rameuta la population constituée en majorité de Lokele qui collabora immédiatement avec les forces régulières et leur livra les Simba qui ne s'étaient pas enfuis dans la forêt, telle Alber tine EFONO, « présidente des femmes nationalistes », qui s'était rendue tristement célèbre durant l'occupation rebelle. La liste de ses exactions était longue, elle fut reconnue coupable d'assassinats, d'arrestations et de détentions arbitraires, d'avoir extorqué des fonds publics et d'avoir porté atteinte à la sûreté intérieure de l'Etat. Elle fut emprisonnée à Stanleyville et condamnée à mort par un tribunal militaire en octobre 1965. Après son jugement, Albertine EFONO fut passée par les armes devant une foule estimée à mille personnes.

Peu après l'occupation de Yangambi, le « Géri » réembarqua le peloton de Katangais et effectua un raid vers la localité d'Isangi pour en évacuer des membres de la tribu Lokele qui voulaient échapper aux exactions des Simba. Le centre commercial et la mission avaient été pillés par les rebelles et une partie des habitants s'était enfuie dans la jungle. Les réfugiés prirent place sur le bateau qui retraversa le fleuve en direction de Yangambi où ils furent accueillis par leurs frères de race. Les forces d'occupation laissées sur place s'organisèrent pour pacifier le territoire entourant la localité. Un poste émetteur GRC9 reliait la garnison à Stanleyville par messages en morse et le peloton Lokele disposait d'une vieille Willys qui sera d'ailleurs détruite dans une embuscade. Certains véhicules furent récupérés chez les rebelles dont trois camions Ford et les volontaires placèrent la mitrailleus e Browning .50 sans trépied sur le capot de la jeep et la bloquèrent avec des sacs de sable pour appuyer le peloton anti-guérilla lors de ses patrouilles. Une piste conduisait à Yaekela, localité située sur le fleuve en face d'Isangi et une autre voie routière conduisait au carrefour de Weko, d'où partait une route en mauvais état qui conduisait à Bengamisa à travers la forêt tropicale, amis comme partout au Congo, le réseau routier n'était plus entretenu depuis l'indépendance. Guidés par des habitants de l'endroit, le lieutenant VAN BAELEN et l'adjudant BRUNEEL s'enfoncèrent régulièrement dans la jungle avec quelques hommes pour de longues marches à la recherche de Simba, dénoncés par la population. Des maquisards continuaient le combat et des tirs sporadiques provenaient du village de Yaotoke sur la rive opposée. Pour faire cesser ces tirs de harcèlement, un raid surprise fut lancé durant la nuit pa r le lieutenant VAN BAELEN avec le lt MAY, l'adjudant BRUNEEL, les six Katangais et une section de Lokele. Ils traversèrent le fleuve en pirogue et accostèrent en aval du f L'attaque se déroula après un encerclement en règle et se solda par plusieurs morts rebelles, mais un des Lokele perdit la vie dans cette aventure. Après avoir détruit le camp des rebelles, ils embarquèrent immédiatement avec le mort qui fut enterré le lendemain avec les honneurs militaires au cimetière de Yangambi. Piroguiers intrépides, les Lokele remirent en route le commerce du poste grâce au produit de leurs pêche et aux marchandises qu'ils se procuraient chez leurs compatriotes de Stanleyville. Ils y occupaient un village flottant situé près des chutes de la Tshopo et y formaient la « maffia des Lokele » qui exploitant un marché où tout se vendait à des prix prohibitifs. Le 25 mai 1965, les 300 Katangais du 11 e bataillon commando abandonnèrent leur camp à Stanleyville et prirent place dans les barges amarrées au « Géri ». Ce bataillon devait tenir garnison à Isangi avec ses Katangais encadrés par une vingtaine de volontaires européens, dont des Espagnols d'excellente réputation. René WAUTHIER installa son PC dans la mission catholique, mais il préféra retourner à Stanleyville pour profiter du confort de l'hôtel Palace. Ses hommes se mirent à la recherche de deux employés de la compagnie du Lomami et du Lualaba, disparus depuis novembre 1964 et ils firent le tour de plusieurs villages des environs. Dans un de ceux-ci, renseigné comme lieu de leur détention par des Congolais, ils interrogèrent un vieillard resté sur place qui leur avoua que les deux Européens avaient été mangés par ses congénères, mais qu'ils ne les avaient pas trouvé très bons. Pendant ce temps, des Simba prisonniers étaient mis au travail pour récupérer les récoltes dans les plantations abandonnées et trois unités fluviales échouées près de la rive furent renflouées à l'aide de la population d'Isangi et d'un bulldozer amené de Stanleyville. Le s navires récupérés furent remis en service sur le fleuve et transportèrent l'huile de palme à Stanleyville. Ce trafic donna le jour à un commerce illicite, car ils en revenaient chargés de casiers de bière et de marchandises pour le réseau commercial mis en place par la maîtresse congolaise du chef de la garnison. Certains officiers volontaires excellaient dans cette activité fructueuse ou dans la vente de véhicules récupérés chez les rebelles . Le 10 juin, un B-26K effectua une reconnaissance visuelle de l'axe Yangambi-Weka et au retour de sa mission, le pilote déclara avoir détruit deux voitures rebelles. La zone de sécurité entourant Isangi ne s'étendait pas plus loin que le centre, mais les villages de Yafungo, Yaotoke et Yanonge, situés entre cette localité et Stanleyville sur la rive gauche du fleuve, étaient occupés par une petite garnison.

Quant au poste de Yamfira sur la Lomami, il ne fut conquis qu'au mois d'août 1965. L'opération « Violettes impériales » à laquelle participait les unités de Bob DENARD et de Mike HOARE s'acheva par la prise de Buta et le major volo Pierre BOTTU participa le 5 juin à une opération en tenaille à partir de Stanleyville vers la localité de Banalia où se dirigeaient les Sud Africains de Mike HOARE venus du nord. Au passage de la Tshopo, la colonne fut survolée par un B-26K qui assura la couverture aérienne. Sur ordre du QG/5e Brigade, Pierre BOTTU fut chargé de former une colonne à Bengamisa avec des Diabos katangais et quelques volontaires pour rejoindre Yangambi par la route. La végétation n'avait plus été coupée depuis l'indépendance et la piste disparaissait sous les hautes herbes, mais il parvint à son but et retourna à Bengamisa par le même chemin. Un des camions blindés du major volo TOPOR fut perdu dans un ravin, mais après ce périple, le major BOTTU retourna à Stanleyville avec deux véhicules récupérés chez les rebelles. Un bombardier B-26K assura la couverture de la colonne rentrant de Banalia à Stanleyville. Après la capture de Basoko, une petite garnison de vingt Grecs peu combatifsfut laissée en garnison. Avant l'indépendance, cette localité était reliait la rive gauche du fleuve Congo par un bac qui assurait la liaison avec la route reliant Yahuma à Isangi, mais la forêt l'avait envahie et elle n'était plus praticable. Le major volo René WAUTHIER fut averti que les volontaires grecs refusaient de sortir du périmètre du poste sous prétexte qu'ils étaient en fin de contrat. Afin de les aider, trois Harvard T-6 de la 21 e escadrille effectuèrent le 6 juillet une reconnaissance visuelle de la route Basoko-Bakere. Une attaque fut effectuée à quatre kilomètre de Basoko, mais sans résultat. Le major WAUTHIER fut obligé d'y envoyer le cpn volo Charles MASY, six volontaires espagnols très valables et quelques Katangais avec le SW « Ottignies » pour rétablir la situation. Les Grecs furent renvoyés chez eux et le capitaine MASY organisa des patrouilles autour du poste, tandis que le bateau de la compagnie Busira-Lomami était renfloué avec l'aide des indigènes et remis en service pour approvisionner la population locale en bière Stanor. Le trafic fluvial de l'OTRACO put reprendre presque normalement et le ravitaillement de Stanleyville fut assuré par cargos-mixtes avec escorte armée, mais les Simba ne s'avouaient pas vaincus et canardèrent régulièrement les convois fluviaux entre Elisabetha et l'île Bertha.

Avec nos remerciement à Mr JP Sonck pour sa contribution au site congo-1960

Fin

congo 1960 image foto sans titre
©2008 www.congo-1960.be homeles opérations au congo par Jp Sonck © Les abrévations Militaires indexlivre de l'auteur JP SONCK film