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Piet Meysmans : Commissaire de police à Elisabethville

Pourquoi quitter la Belgique pour une colonie lointaine et inconnue ?

meysmans1.jpgPour certains d’entre nous c’était un moyen de fuir l’environnement habituel. Pour d’autres, la motivation était l’aventure, l’attrait de gains exceptionnels, un sentiment de supériorité. En dernier lieu il y avait les civilisateurs et ceux dont la mission était de convertir le noir. Le soleil toujours brillant, la nature flamboyante et une faune variée, attirait le Belge qui, dans son pays, vivait 52 semaines par an, sous un climat tempéré, avec le froid, la pluie. Aujourd’hui, 25 ans après la «Dipenda» l’ex colonial parle toujours du Congo comme d’un paradis terrestre.

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Piet Meysmans (a droite) en tenue pendant des jours important de la fête à Elisabethville. Josefien Mortier (a gauche)de Pulle, épouse de Piet Meysmans: Si possible retourné sans délai, Uniquement déjà pour le climat. Piet Meysmans (60ans) originaire d’Anvers, était commissaire adjoint à la police territoriale d’Elisabethville, appelé E’Ville par les coloniaux. Lacarrière qu’il avait envisagé à faire sur place, se terminait par l’évacuation de son épouse et trois enfants.

Piet Meysmans tenait le coup pendant des semaines le revolver dans la poignée. A Elisabethville les noirs se massacraient d’abord entre eux pour se dresser ensuite contre les blancs.

Sous un soleil qui brille sans cesse !

Madame Michel Moncarey l’a déjà mentionné : à Bunia s’était l’été toute l’année. En Belgique, quand le soleil perce le ciel nuageux les gens subissent une métamorphose, tout le monde retrouve le sourire, la joie de vivre. Les rayons du soleil réchauffent le cœur. Le soleil tropical, omniprésent avait le même effet sur les coloniaux, c’était une source d’énergie inépuisable. Rien pour cela je voudrais retourner…

Piet Meysmans ex colonial originaire de Deurne, au caractère jovial et bien portant tenait le même langage que Madame Moncarey. A E ville, le climat était idéal, ni trop chaud ni trop froid. Durant la saison froide les flammes léchaient les bûches entassées dans le feu ouvert. Au début la population noire était en minorité. Avec le développement économique ils envahissaient la ville. Fin 1960 Elisabethville hébergeait 14.000 blancs et plusieurs centaines de milliers de noirs. Ces derniers étaient dispersés dans les villages Kana, Katuba, Ruashi, Kasaha, Albert et tant d‘autres. Nous, avec un corps de police réduit, au milieu de cette foule, il valait mieux ne pas penser de trop !

On s’exprime en lançant des pierres.

Juillet 1955, les jeunes mariés Piet Meysmans et Josfien Mortier s’embarquent sur un des navires de la C.M.B. Destination le Congo-Belge, ou Piet rêvait de faire carrière dans la police. Une annonce publiée dans le Journal de l’Etat Belge l’avait attiré. Il n’était pas le seul à répondre à l’appel, la promesse d’une carrière rapide était convaincante !

Dans la métropole une image spécifique reflétait les relations Belgo-Congolaises ; on collectionnait les images Liebig, on achetait le chocolat Jacques pour mettre main basse sur les photos de la faune Africaine. Il y avait les messages des missionnaires, le papier argenté, le musée de Tervuren, les cours en classe sur l’histoire nationale et la chanson «Pays ou ton drapeau est planté».

Qui pouvait s’imaginer un seul instant que le continent Africain était un vulcain en réveil ? Cette partie du monde se préparait à acquérir l’indépendance ! Une notion vague, incomprise. La signification variait selon les différentes ethnies.

Les illusions que Piet nourrissait disparaissent à l’occasion de sa première mission en 1955. Il avait vite comprit que le travail était dur, des longues journées, des week-ends, des nuits entières…En plus peu d’occasions de se détendre. Au fond cela ne le gênait pas trop. Il était là pour faire une carrière rapide. On savait que la vie n’était pas facile, que le manque de discipline auprès des noirs n’allait pas faciliter les choses. Je n’étais pas conscient de l’hostilité des noirs envers les blancs. Je supposais, comme tous les blancs au Congo, que les cadres noirs seraient formés selon le principe d’égalité et disponibilité. Les évolués, peu nombreux, le rejet des noirs à accepter les lois de l’administration blanche, tout cela nous prouvait que le travail n’allait pas manquer. Il y avait encore du boulot pour des années ! A peine arrivée je devais faire le constat d’un accident routier banal. Je me vois toujours en short, le casque colonial sur la tête, interroger les différentes parties quand soudainement la situation tournait au pire, sans aucun motif. Je fus appréhendé et on me jetait des pierres à la tête. Grâce à une intervention musclée de mes collègues on sortait indemne de cette cohue. J’avais compris de suite quand on parlait du Congo en Belgique, qu’on ne parlait pas de la même chose ! Pour nous le bienvenu ne s’exprimait pas par des fleurs mais bien par des pierres… Piet Meysmans : Malgré tout cela les années passées au Congo sont les meilleures de ma vie. Le soleil, la verdure, l’entente entre les blancs, le sentiment de réaliser quelque chose, quel bonheur. Tout cela me semble, maintenant, vieux, dépassé, bref un cliché superficiel. Pourtant on retrouve ces sentiments auprès de tous les ex coloniaux. Tout le monde recherchait la présence de l’autre. Faute de télévision on discutait le soir devant un ver de bière. On forma un seul bloc et cela donnait une impression de sécurité. Nous savions que la police n’était pas aimée, d’ailleurs nulle part au monde. On avait appris à vivre avec une certaine hostilité, on évitait d’être seul dans une foule. La langue officielle était le Français. Pour éviter toute confusion on oubliait la barrière linguistique entre flamands, wallons et bruxellois. Peine perdue car je comprenais vite que les noirs, les évolués, savaient qu’en Belgique il existait des querelles linguistiques. Ils trouvaient cela normal car aussi en Afrique le problème des langues existait depuis toujours.

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L'arc n’était pas toujours tendus. Piet Meysman raconte dans un bar aux collègues Frans Cornelissen (Baarle-Hertog), Gilbert Allard (Moeskroen) et Marcel Lesenfant (Liège)les dernière nouvelles et quelques fou de rire.

 

 

 

D’abord des pierres, après les cartouches !

Après l’expo de 1958 la situation au Congo se dégradait très vite. La média belge n’en parlait pas mais nous avions vite compris ; les policiers noirs refusaient de faire leur travail parce que ils étaient souvent molestés par une foule en colère…Les brigadiers laissaient le service de nuit de coté.

Faute d’autre solution nous la faisions en leur place. Le fétichisme reprenait son droit, des noirs en transe passaient au vol, au crime, on attaquait les grandes surfaces et autres magasins.

L’Insécurité s’installait à E ville. De plus on était confronté à un autre problème : Tshombe et son rival Jason Swende habitaient la ville. Leur rivalité politique l’ors de manifestations causait, inévitablement, des troubles et un climat d’insécurité permanent.

Tshombe, fils d’un chef coutumier de Jadotville était un »Lunda». Il possédait un petit magasin à tabac dans le quartier Albert et travaillait également pour le parquet. Son emploi de temps sur ce lieu m’était inconnu.

Jason Swenda, un Baluba, était l’ennemi par excellence de Tshombe. Après l’indépendance il jouait avec l’idée de créer un état indépendant des Baluba dans le Nord du Katanga. Un jour le gouverneur m’ordonnait de conduire les deux rivaux chez lui. Ils refusaient de s’y rendre dans une même voiture. Chose rare, mais je perdais ma patience et je forçais les deux gaillards à prendre place dans la Jeep, direction la résidence du gouverneur. Je nourrissais l’espoir que les deux hommes allaient disparaître de la scène publique pendant un certain temps. Malheureusement le lendemain ils excitaient de nouveau la population sur la place publique.

1Le commissaire adjoint Adolf Tienpondt avec un peloton de noirs qui ont été formés jusqu'à »agent » ou »brigadier de la police territoriale» dans Elisabethstad.

On comprenait que la fin était proche !

Malgré qu’on s’attende à des troubles sérieux on était pris au dépourvu. Une nuit la bagarre éclatait dans le camp militaire Kasala. Devant le camp un attroupement de la foule, à l’intérieur une fusillade nourrie…

Pourquoi cet émeute ? Un groupe de noirs avaient volé des munitions pour organiser la résistance.

Quelle résistance ? On avait distribué des dizaines de grenades. Finalement des militaires blancs ont isolé le camp et rétablit l’ordre. Par cette action ils avaient sauvé la ville d’un désastre, imaginez un seul instant que les mutins avaient envahies E-ville en possession de toutes ces grenades…Il y avait une centaine de morts.

Les mutins étaient transférés sur d’autres lieux et une nouvelle garnison s’emparait de la caserne. Cet événement était pour beaucoup de blancs le signal pour préparer le départ.

Piet Meysmans : « J’avais déjà relevé dans des notes de service que les autorités craignaient des émeutes, des révoltes. Dans le centre de la ville on libérait des appartements pour accueillir les familles des policiers. Un plan qui s’avérait plus tard, très utile.

Pendant que le cri de Dipenda se répandait dans la ville on essayait de s’organiser au mieux dans les commissariats. Nos familles rassemblées entamaient leur départ à la Métropole.

Deux mois après la Dipenda j’ai quitté E ville. Les noirs prenaient la relève. Assis derrière des grands bureaux, le stylo en or dans les mains, lunettes sur le nez et chapeau sur la tête, ils lisaient le journal en buvant une tasse de café. On ne travaillait plus ! L’un après l’autre les commissaires blanc quittèrent le pays. Je partais sans faire des adieux, en voiture vers l’Afrique du Sud pour rejoindre la Belgique. Je possède seulement quelques photos mais les images ne me quittent pas.

Des dizaines d’anecdotes restent gravées dans ma mémoire, comme le derny, la nervosité autour d’un match de foot. La foule se déchaînait quand un supporter parvenait à déposer un fétiche dans le but de l’adversaire. A ce moment on n’avait pas d’agents assez pour contenir la masse qui prenait possession du terrain. Je me rappelle l’emprisonnement d’un noir, enfermé pendant deux semaines sans motif sans manger ni boire. Il crevait dans sa cellule. La nouvelle autorité trouvait cela normal, je n’ose pas penser à toutes ces atrocités car le noir a des notions différentes sur la douleur et la cruauté que le blanc !

Tout les commissaires-'adjoint d'Elisabethville ont dû apprendre après 1958 des cours de judo afin de se préparé pour les confrontations avec les noirs excités. Les notes internes précisaient de ne pas utiliser des armes

Fin 1960 Piet Meysmans était de retour à Deurne auprès de son épouse et trois enfants. Comme tous les coloniaux ayant travaillé pour l’administration de l’état on devait le caser. Piet exerçait le métier d’agent jusqu’en 1972, ensuite il fut nommé commissaire adjoint.

1Meysmans nous contactait une deuxième fois pour un autre interview, il avait encore des anecdotes à raconter. Son esprit à vif, il revoyait le décor de 1955-1960 ou il avait travaillé, dormi et rêvé d’une carrière rapide. Il avait retrouvé l’usage du langage local, il citait le contenu d’autres notes de service, il reconnaissait les personnes sur les rares photos. Au téléphone il disait je voudrais raconter, préciser certains faits. Seulement des personnes ayant travaillé au Congo peuvent nous comprendre. C’est peut-être enfantin mais on était persuadé de faire un travail humanitaire, la liberté du noir était prioritaire, il était impensable de les priver de leurs droits. Le noir rejoignait volontairement la ville pour travailler au service du blanc.

On devait même établir un certain contrôle, tellement que l’afflux était important. Cela me faisait penser à l’Afrique du Sud en voyant les images de la télévision. Ce qui se passe là, 25 ans après l’indépendance du Congo, est pareil.

En vérité c’est simple: chaque membre d’un clan à des frères. Quand un membre du clan émigre vers la ville ces frères le rejoignent s’installent chez lui et vivent sur le compte de la communauté. C’est l’explication de la surpopulation des villes, la construction des bidonvilles, la criminalité et tant d’autres fléaux. Aux villages désertées seulement des enfants et des femmes.

Il y a noir et noir !

Piet Meysmans n’avait pas digéré son passé. La conversation se traduisait par la critique. Le jour, au camps Massart et Simonet, ou le tricolore belge a été brûlée par les mutins, Piet était blessé dans son être entier.

Il s’explique : après quelques années de colonisation le blanc avait appris que le noir n’était pas toujours noir. La peau noire représente beaucoup de variation, comme la race blonde chez les blancs. Personne ne se trompera entre un Espagnol et un Danois ! Le blanc qui ne fait aucune distinction chez les noirs comme une faute grave. Ceux qui ne connaissent pas la différence entre un Baluba du Katanga et un du Kasaï, peuvent être à l’origine de troubles graves.

Les noirs du Katanga sont petits, ont la peau brune et paraissent vieux malgré leur jeune age. Ceux du Kasaï sont grands, forts, plus malin et ont un passé culturel. Les Katangais considéraient les habitants du Kasaï comme des citoyens de troisième rang. Les Katangais s’appelaient les »super noirs du Congo. »Après la Dipenda tout était clair et limpide !

Une bière rafraîchissante.

Piet Meysmans ne se rappelle pas que les blancs vivaient comme des acètes, isolés dans leur coin, dans un monde ou la polygamie était sacrée et la bière locale Simba une véritable délicatesse. Le goût, l’effet d’une consommation excessive s’était répandue jusqu’en Europe. Dans les cités noires d’E ville il y avait 200 bars. Les patrons et patronnes gagnaient bien la vie. Je me rappelle le café chez Madame Gérard, situé au quartier Albert.

Ici les boys dépensaient leur salaire mensuel, le jour de la paie était un jour de fête. La musique rythmée, l’échauffement des esprits, la bière faisait son effet et la police intervenait plusieurs fois par jour. L’or de ma dernière visite chez Madame Gérard, la fête se terminait par manque de bière, on avait vidé 460 bacs de 12 bouteilles d’un litre !

Les blancs aimaient également la bière Simba. Quand quelqu’un organisait une petite fête, il suffisait d’en informer le boy et une demie heure plus tard toute la ville était au courant.

Loterie avant l’exécution.

On devait s’occuper de multiples besognes. Dès fois on était directeur de prison, capitaine du port ou commandant des pompiers. Entre commissaires adjoints on tirait au sort celui qui se chargerait des exécutions.

Deux noirs devaient être pendues après que la cour avait prononcé le verdict. Ils avaient tués un gardien, qui dormait, chargé de la surveillance d’un grand magasin. Meurtre avec préméditation. La sentence était simple, mort par pendaison.

Dans ce temps le jury noir simplifiait les choses, pas de long procès ni défense !

J’ai connu des noirs qui vendaient leur maison dix fois. Chaque fois ils empochaient une avance. Les évolués préféraient travailler comme serviteur chez le blanc. Cela équivalait à un travail facile, bien rémunéré et avant tout pas de responsabilité.

meysmans5.jpgUne visite élevée. Tilmany (Le commissaire provincial de Katanga),

Le gouverneur de province Palinckx et le procureur du roi Vogel ,

lèvent le verre en souhaitant une bonne issue.

Plus tard, de retour en Europe, je me suis souvent penché sur la signification du mot civilisation. Au nom de qui et de quoi est on partit pour civiliser le noir? On avait troublé sa pensée, ses habitudes. On imposait nos lois, notre mode de vie. On lui apprenait des choses inutiles, on le brusquait.

Le fait de posséder plusieurs femmes qui travaillaient pour lui était chose normale, cela le rendait respectable. Nous venions au Congo avec l’idée fixe de tout changer, ils devaient penser et agir comme nous. Les hommes travaillaient et buvait. Au village les femmes s’ennuyèrent dans un environnement devenu hostile.

Piet Meysmans : La Dipenda était le seul moyen d’échapper à l’influence des blancs, à leurs lois à leur façon de voir les choses.

Piet était décidé d’écrire ses mémoires afin de conserver ces témoignages pour les générations futures. La génération actuelle n’y attache plus d’importance

 

© 2002 Gust Verwerft - Congo-1960