Le Congo belge en guerre 1940-1945

RAPPORT du Lt - Colonel BAGOT GREY

J'ai vécu au Congo Belge pendant trois ans et demi, comme officier britannique. Je voudrais décrire brièvement le Congo Belge en temps de guerre, tel que je lai vu en étranger. Mon message s'adresse a tous les Belges de la Belgique Métropolitaine qui ont perdu contact avec leur Empire colonial et ont souffert les humiliations de l'occupation allemande. Vous avez déja beaucoup entendu parler de l'effort de guerre du Congo Belge. Un nombre relativement petit d'Européens ont apporté à la lutte commune une contribution prodigieuse. La production de matières premières essentielles aux Alliés a atteint un record.

Vous n'ignorez point non plus comment la Force Publique s'est couverte de gloire lors de sa participation à la libération de l'Abyssinie. Elle a remporté de grandes victoires sur l'armée italienne. En outre, le Congo Belge a entraïné et équipé une force expéditionnaire considérable pour combattre avec les armées du Moyen-Orient. Le rapide et sensationnel développement des opérations militaires et les difficultés rencontrées pour recruter les cadres Européens ont empêché ce contingent de prendre une part active a l'offensive en Europe continentale.

Je voudrais vous donner les impressions personnelles recueillies en trois ans et demi par un observateur impartial. Ma première impression en arrivant au Congo, au début de 1941, fut la grande compétence des techniciens belges dans les travaux publiés et dans tous les autres services administratifs.

Les premières villes que j'ai visitées étaient BOMA, MATADI et LEOPOLDVILLE. Ce ne sont pas des agglomérations qui ont surgit au petit bonheur. Elles ne sont pas faites d'un rassemblement de huttes de boue érigées le long de batiments en pierre dans des marécages ou au milieu de la jungle, comme on se l'imagine avant de pénétrer en Afrique Centrale Ce sont des villes, modemes bâties en tenant compte de Ia richesse, de la décence et de la dignité des indigènes et des blancs.

Depuis, j'ai beaucoup voyagé a travers le Congo Belge et je puis vous affirmer sans redouter d'être accusé de courtisanerie, que tous les Belges peuvent être fiere de la facon énergique dont leur Empire d'outre mer fut et continue à être mis en valeur. Le Belge d'Europe fut toujour renommé pour son assiduité au travail, pour la fierté avec laquelle il accomplit son métier et pour l'intransigeante indépendance de son caractère. Ce sont ces mêmes qualités que l'on retrouve è l'origine du développement du grand Empire tropical du Congo. Ce sont précisément celles qui sont requises des constructeurs d'Empire. Sous la surveillance belge, le Congo de Stanley et de Livingstone, avec ses jungles malsaines et fétides, est devenu rapidement une terre ou il fait bon vivre et de laquelle la malédiction des maux tropicaux fut rapidement bannie.

J'ai été envoyé au Congo, dés le début de 1941, par le ministre de l'Information britannique. Ma mission était d'aider les Belges qui s'y trouvaient à obtenir des nouvelles précises de la guerre. Les moyens normaux de communications étaient rompus. Mais néanmoins je fus a même de rendre d'utiles services. Quoi qu'il en soit. le travail se poursuivit. Plus tard, au fur et a mesure que les Belges, eux-mêmes développèrent leure propres services d'information, la confiance dans la victoire alliée, et la résolution de travailler pour l'obtenir suivirent une courbe ascendante. La première partie de 1941 fut une sombre periode. La Belgique et la France étaient battues. La flotte allemande destinée à transporter l'armée d'invasion était rassemblée le long des cótes de la Manche , face aux falaises blanches de Douvres, afin de lancer l'assaut final contre la Grande-Bretagne et que rien ne paraissait pouvoir conjurer. Chaque Belige du Congo Belge se rendait parfaitement compte que si le coup était frappé et qu'il réussissait, l'Angleterre partagerait le sort des autres pays d'Europe. En quelques semaines. les Allemands auraient pu exercer un controle absolu sur le Congo. Cette perepective remplissait chacun de crainte et d'horreur. Elle n'était pas chimérique. Aidé par les ressources du Ministère de l'Information et, plus particulièrement, par celles qui étaient foumies par la Section belge qui s'occupait spécialement de la propagande belge s'adressant aux Belges, mon devoir fut d'inspirer la confiance dans la possibilité pour la Grande-Bretagne de défendre sa citadelle jusqu'au moment ou les ressources du monde libre puissent être mobilisées afin de modifier le cours de la guerre. Le Congo Belge eut la bonne fortune d'avoir de grands chefs. L'attitude sans équivoque adoptée par Monsieur Pierre RYCKMANS, le Gouverneur Général, fut dés le début, un facteur de la plus haute importance. C'est un fait bien remarquable que, le jour ou la nouvelle de Ia capitulation de l'armée belge lui parvint, le 28 mai 1940, Monsieur RYCKMANS, privé de toute communication avec son Gouvernement, et bien que le Roi fut prisonnier et incapable de guider ou de conseiller ses représentants d'outre mer, prononca dans une radiodiffusion de Léopoldville, adressée au Congo et au monde entier, ces paroles mémorables: "Le Congo Belge continue à lutter au côté de son Alliée, la Grande-Bretagne. Nous ne cesserons de combattre tant que la Patrie et le Roi ne seront pas libérés". Quels hommes ! Quel magnifique chef ? Le Congo Beige possédait également un autre grand chef, en la personne du Lieutenant Général ERMENS, le vice Gouverneur Général. II rendit de grands services comme commandant en chef. Il s'associa a tous les mouvements ayant pour but de stimuler le moral et l'effort de guerre du Congo. Ce fut lui principalement qui forma les Clubs de la Victoire: c'étaient de petits comités locaux qui concentraient tous leurs efforts è la propagande pour la victoire. Le Général ERMENS influenca directement l'opinion publique. II lui insuffla le courage et la foi nécessaires pour qu'elle fut convaincue qu'une victoire complete serait atteinte . Guidé par de tels chefs et soutenu par une opinion publique puissante, qui voulait une conduite de plus en plus vigoureuse de la guerre, le Congo Beige fournit alors un effort digne des souffrances de Ia Belgique occupée. Malgré un personnel reduit en nombre et épuisé par un climat tres dur, l'effort de guerre ne fit que progresser et fit face à des exigences sans cesse accrues. J'ai vécu parmi les Belges du Congo des jours tres difficiles au cours des demières années de la guerre. J'ai vu par moi-même comment ils se sont mis au travail pour augmenter la production de la précieuse mattière dont: le cuivre - l'étain, - le tantale - le cobalt - l'huile de palme - les diamants industriels ... (Is ont ainsi assuré, sans interruption, la production industrielle de guerre aussi bien en Angleterre qu'en Amérique. Après ces années de souffrances morales et d'effort physique, j'ai partagé leur joie lors de la libération de Bruxelles, de Liège et d'autres villes de Belgique.

signé : Lt - Colonel BAGOT GREY

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