Un ancien au chantier naval.

Passé et Evolution du Congo

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Un ancien au chantier naval ©

Repro Bulletin de l'OTRACO N° 29 année 1986

Rentré de captivité en Août 1945,découragé par l'accueil de la Belgique, j 'avais décidé de faire carrière à l'étranger, ou si possible à la Colonie!

J'étais tombé par hasard sur une annonce de l'OTRACO et j'avais eu la chance de réussir les diverses épreuves. Je passe rapidement sur les difficultés d'engagement, ce que beaucoup de nos compatriotes ignorent: les examens, les concours, la pratique, le théorique, la psychotechnique ,1e médical...etc. Et j'ai eu la chance d'embarquer le 2 Avril 1947,1e jour de mon 28ème anniversaire sur le "COPACABANA", en route vers le Congo.

Ici, je passe rapidement sur le dur moment du départ d'Anvers, où je laisse sur le quai, ma femme, mon fils, mon père. Je passe tout aussi rapidement sur l'enchantement d'une première traversée à bord d'un navire de haute mer, sur la satisfaction et sur l'angoisse d'un départ vers l'inconnu d'une aventure africaine!

Ce qui précède mériterait plusieurs pages. Je préfère arriver au moment ou le pilote monte à bord pour amener le navire à Matadi. Nous pénétrons dans l'estuaire du fleuve Congo; je suis accoudé au bastingage, avec un ancien que j'ai eu la chance de rencontrer et qui va me parrainer dans les méandres administratifs qui m'attendent!

Le COPACABANA longe la berge du fleuve; j'ai à portée de main la forêt tropicale, son extravagance, son fourmillement, son odeur d'humus, sa grandeur. Je suis émerveillé, Je sens cette chaleur humide et torride qui déjà fait couler dans mon dos, sous mes bras, à la ceinture du pantalon, la première transpiration que journellement, que ce soit à Léopoldville et plus tard à l’équateur, j'offrirais à ce pays qui vient de prendre mon coeur et mon âme.

Je ne sais pas encore que je vais vivre les plus belles années de ma vie.

A bâbord. survient BOMA. Nous nous précipitons, nous les "bleus" pour apercevoir son quai, ses maisons, ses quelques blancs et noirs qui viennent nous faire des signes de bienvenue. Le navire avance doucement, les moteurs ronronnent au ralenti. Nous admirons, éblouis par l'éclatant soleil,1'empilage des troncs d'arbres qui seront chargés au retour, dans les cales du bateau qui nous amène.

Un sentiment d'orgueil et d'exaltation m'étreint à notre arrivée à Matadi le navire accoste lentement et nous sommes attendus par une population blanche et noire exubérante. Le paysage est grandiose, les maisons paraissent petites sur la colline.

Mon parrain Otraco me montre l'hôtel où nous allons descendre. J'ai vécu un petit incident à bord. Je n'avais pas acheté avant mon départ le casque colonial indispensable et cela, pour une raison financière. Mon mentor m'oblige à porter son chapeau civil qu'il a rempli de papier rouge. J'évite ainsi la blague classique du plombage à la douane!

Mes sentiments sont plus profonds que ce détail. Je me sens déjà dans ma socîeté;c'est mon port,ce sont mes grues,c'est mon chemin de fer. Je fais partie de ces hommes qui oeuvrent pour quelque chose de valable. Je suis écrasé par l'immensité du pays, par ces horizons sans fin, par ce fleuve grondant et puissant!

A Matadi, aucun responsable de l'Otraco n'a pu me dire ma destination. Il faut me rendre à la direction des V.F. à Léo. Mon parrain d'Afrique me rassure. Le lendemain, le voyage interminable en chemin de fer Matadi-Léo ; l'accueil chaleureux des gens dans les gares: je m'imprègne de l'odeur du Congo.

De temps en temps,je ferme les yeux pendant un tant pour penser à ma femme et à mon fils restés en Belgique. A notre arrivée à Léo, où nous sommes attendus par le service d'accueil de l'Otraco, on nous conduit à l'hôtel PALACE, où nous serons plusieurs nouveaux agents à nous retrouver aux repas pour échanger nos impressions sur l'Afrique. Nous logeons dans une salle commune avec deux rangées de lits et moustiquaires en baldaquin. Le lendemain, je me présente à la direction où l'on me dit de revenir plus tard. J'ai le temps de découvrir le port, la ville, la cité et je fais une promenade en pousse-pousse (ils seront supprimés peu de temps après).

J'achète un vélo à payer en deux fois, mon parrain garantissant ma solvabilité car j'ai été affecté au Chantier navale

Je m'y présente le lendemain, craintif mais décidé. L'accueil est très sympathique et je suis mis dans le bain immédiatement sous une surveillance discrète, mais bien présente. On surveille mon premier contact avec les indigènes.

Deux méthodes de travail vont au début s'affronter et par la suite s'intégrer. Il y a ceux d'avant-guerre, les anciens, aux méthodes un peu surannée, très respectés des indigènes que je commence à connaître. Il y a les nouveaux avec des méthodes de travail et de gestion plus modernes. La barrière raciale est descendue d'un cran.

Je suis heureux. Ma femme et mon fils arrivent après six semaines et nous disposons d'une maison de célibataire derrière l'hôtel REGINA.

Pour la première fois de ma vie, rapidement, très rapidement même, je fais partie d'une entreprise et je vais pouvoir donner le meilleur de moi-même pour une société où la valeur de chacun est prise en considération. Sans doute, le système de cotation y est-il pour quelque chose?

Je ne sens plus cette transpiration que je vais donner, offrir à cette société, à cette grande famille, à ce merveilleux pays, lentement et sûrement chaque année et un morceau de mon coeur restera au Congo. Et pourtant, mon premier contact avec un indigène ne fut pas une mince affaire.

Heureusement, mes cinq années de prisonnier de guerre m'avaient appris à me dépêtrer des situations ambiguës

Mais ceci est une autre histoire,...